Ajouté le: 6 Mars 2021 L'heure: 15:14

« Sur la peur » avec les hiéromoines Pantéléimon et Georges, 29 octobre 2020 (2)

Question (du public) : Tous les jours, la police vient à notre bureau pour nous vérifier. Les policiers nous ont mis des amendes, nous ont menacés et j’ai commencé à avoir peur d’eux. Je panique à chaque fois que je les vois. Comment puis-je dépasser cet état ?

Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Très simplement. Il faut regarder au-delà de l’uniforme. De conscientiser que ce qui te fait peur, c’est l’uniforme et derrière l’uniforme, il y a un homme. Cet homme est un représentant de la loi, mais comme disait l’apôtre Paul, « Celui qui fait du bien, na pas peur de la loi1 ». Alors tu dois penser, qu’ils sont aussi des hommes qui suivent des instructions, un scénario, ils utilisent un certain langage, un certain comportement qui est lié à leur éducation. Ce sont des hommes qui ont des enfants, qui ont des faiblesses, des hommes comme nous. Donc il faut ouvrir ton cœur envers eux aussi.

Question : Si dans l’avenir, des vaccins nous sont imposés, sommes-nous en droit d’avoir peur ou non ?

Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Ici je pense qu’il faut poser la question à quelqu’un d’autre. Quoi qu’il arrive, même s’ils nous vaccinaient avec du cyanure, nous ne devrions pas paniquer. Comme je disais, nous prenons la vie telle qu’elle vient. Jusqu’au moment où le vaccin arrivera, ou le cyanure, sous ma peau, j’ai encore à vivre beaucoup de bons et beaux jours. Et s’il y a du sérum physiologique et non pas du cyanure et si je vis jusqu’à ce moment-là avec la peur, je vis dans une projection. Je vis dans un film d’horreur que je me suis créé dans ma tête, que j’alimente avec tout sorte de petits films que je vois sur Youtube, que je prends pour véridiques alors que je ne sais pas s’ils le sont vraiment. Ou je peux avoir confiance dans quelqu’un qui me parle de son expérience, par exemple un médecin qui travaille en première ligne et me dit comment cela se passe et je peux tenir compte de ce qu’il me dit. Cependant, pour autant que les informations sur l’internet pourraient nous paraître véridiques, elles pourraient ne pas l’être. Et nous devons savoir que tout ce qui provoque de la peur vient du malin. Et je n’ai pas le droit d’entrer dans son jeu. Et ça va loin avec les projections et les scénarios. Il est important de savoir vivre dans la quiétude, en paix. On a déjà eu peur des choses qui ont été moins graves qu’on ne le pensait. On va dépasser toutes ces choses. Tout ce qui vient, nous devons le recevoir avec joie. Peut-être qu’il n’y aura pas de maladie provoquée par les vaccins, mais à sa place, une maladie psychologique causée par les soucis, la panique et le stress. Peut-être qu’à travers le stress que je me crée, je cours le risque de me rendre malade, pas nécessairement sur le plan psychologique, mais dans mon corps et dans ma chair, et cela, en raison seulement du stress. Comme je disais, peu importe ce qui pourra se passer, il y a des choses qui arrivent et qui ne peuvent pas être évitées et dans ce cas on les affronte telles qu’elles sont et on les prend pour ce qu’elles sont. En définitive tout mal dont la cause vient de quelqu’un d’autre est moindre que le mal que tu te fais à toi-même. En général, nous avons tendance à identifier le mal avec le danger qui vient de l’extérieur, ce qui menace notre santé, les êtres qui nous sont chers, notre sécurité, nos biens, notre richesse, notre plaisir, notre confort. C’est ainsi que nous donnons une plus forte emprise au mal. Mais, il y a un seul mal dans ce monde, une seule chose qui nous fait mal, il y a un seul poison dans ce monde et c’est le péché, l’épingle de la mort. Mais le péché ne vient pas de l’extérieur, c’est moi qui commets le péché lorsque je me rapporte d’une manière erronée ou passionnée aux choses extérieures. Et alors, nous arrivons au même problème que connaissent tous les chrétiens. Nous arrêtons la lutte que nous devons mener contre le péché et nous nous jetons dans toute sorte de soucis, nous engageons des batailles avec le système, la conspiration, les pouvoirs du monde que de toute façon nous ne pouvons pas vaincre. Et je pense que cela nous arrange de considérer le mal comme une réalité externe à notre vie, de projeter le mal comme venant de l’extérieur, mais cela n’est pas vrai. Le seul mal, c’est celui que nous nous faisons à nous-mêmes. Les autres choses, on les dépassera.

Hiéromoine Gheorghe Sas : La foi vécue et assumée nous donne une autre perspective de la vie.Comme le disait le père Pantéléimon avant, dans toute épreuve, Dieu vient et te donne un don, une grâce, une force qui n’est accessible qu’à ce moment-là. Rappelez-vous, il y avait avant, le problème des puces électroniques sous la peau et je me rappelle que cette question avait été posée aussi au père Théophile : « Père avez-vous entendu qu’on va nous mettre des puces et ils vont nous contrôler ? ». Et le père a dit calmement et avec joie : « Ce n’est pas grave, mon cher ». « Quoi ! Pourquoi dites-vous que ce n’est pas grave ? Ils vont voir tout ce que vous faites. »  Et le père de répondre : « Laisse-les, mon cher, qu’ils voient que je suis un homme bon ». Chaque jour il y a des hommes qui meurent. Peut-être que je ferai partie de ces hommes qui vont mourir avant que le vaccin n’arrive. Mais, est-ce que je suis préparé pour la rencontre avec Dieu, si cette nuit on me réclame mon âme ? Est-ce que j’ai tout fait pour mon âme ? Est-ce que je me suis réconcilié avec tout le monde ? Si nous vivons pour et avec Dieu, alors nous sauront à ce moment-là comment aborder le problème du vaccin et tous les problèmes qui surviendront dans notre vie.


Question : Comment devons-nous nous comporter avec ceux autour de nous qui sont paniqués et qui ont un comportement inhumain et incompréhensible en cette période ?

Hiéromoine Pantéléimon Susnea : En premier lieu, nous devons être détendus et aider les autres à sortir de cette sphère de la peur. En règle générale ce n’est pas sain, ce n’est pas bon de se concentrer sur le mal, d’être axé sur le mal dans ta vie et même d’être axé sur le mal en toi. Les Saints Pèresdisent qu’il n’est pas bon de te souvenir des grands péchés que tu as commis. Nous ne devons pas tourner comme si nous étions des satellites en orbite autour du mal. Nous devons trouver la beauté, trouver ce qui est beau dans notre vie. D’où vient la joie de l’homme ? De toute chose qui est belle. La beauté de ce monde a-t-elle disparu ? Mais non, elle est toujours là. Et alors pourquoi je ne suis pas content ? Parce que j’ai commencé à me concentrer sur le mal, sur le mal que j’ai commencé à projeter en-dehors de moi. Il nous est nécessaire de retrouver le chemin vers la beauté. Nous devons nous occuper de l’œuvre de la beauté, de parler bien avec celui qui est à côté de nous, de faire de beaux gestes pour celui qui est à côté de nous, apporter de la beauté, de la joie dans la vie de l’autre. Et après, l’autre se rendra compte qu’il a un comportement inadéquat. En général les hommes dans une situation critique, ont tendance à défendre leurs intérêts et à se maintenir sur leur position. Ils ne tiennent plus compte de l’autre. Mais nous ne devons pas être tous ainsi. Nous devons leur montrer qu’on peut être différent, nous devons leur montrer que le soleil resplendit de beauté chaque jour, que l’air est le même, qu’il y a des belles choses autour de nous, les mêmes belles pensées avec lesquelles nous pouvons nous enrichir. Et c’est ainsi que nous pouvons les détendre.

Question : Quand nous ressentons une peur à la suite d’un traumatisme, comment pouvons-nous dépasser cet état, lequel, même conscientisé et en cours de guérison par la confession, la thérapie, le pardon, la patience, a tendance parfois à persister et à nous troubler ? Comment pouvons-nous en guérir ?

Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Il y a une histoire dans les « Apophtegmes des Pères ». Il y est question d’un moine qu’on a appelé pour chasser le démon d’un homme possédé. Le moine avait commencé de prier pour cet homme et le démon lui dit : « Fais attention, si je sors de lui, je vais entrer en toi ». Et le moine de lui dire : « Viens ». Et le démon est sorti de l’homme et est rentré dans le moine. Et pendant de longues années, le moine a vécu sous le poids de la présence du démon en lui, mais il ne s’est pas laissé faire et il torturait le démon avec des prières, des offices jusqu’au moment où le démon ne l’a plus supporté et il est parti, il s’est enfui. Il en est de même avec les traumatismes ou avec un problème avec lequel nous sommes contraints de vivre. C’est comme une oppression démoniaque qui exerce sur nous tout son poids mais que nous devons porter sur notre dos en disant « viens traumatisme avec moi à la prière, viens avec moi à la Liturgie, viens avec moi pour regarder un coucher de soleil ». Nous devons l’assumer et savoir qu’à un moment donné on en sera libéré, Dieu nous allégera de cela. Jusqu’à ce moment-là, il se peut que ce traumatisme ou cette souffrance soit justement pour nous une échelle vers le ciel. Comme il en est de beaucoup de souffrances des hommes qui sont une échelle vers le Ciel. Certains choisissent de monter, d’autres pas. C’est une situation qui peut m’inciter à la prière, me donner plus d’élan, me sortir de la superficialité et finalement on ne le regrette pas. Comme je le disais, ceux qui ont quitté la prison et que la grâce a quitté après, ont regretté la perte de la grâce mais ils n’ont pas regretté les conditions de la vie en prison. Mais ce sont des choses avec lesquelles nous ne devons pas être en conflit. Tu ne dois pas être en conflit avec ton traumatisme. Tu dois seulement le gérer et apprendre à vivre avec et apprendre à ne plus te laisser contrôler par lui. Mais il faut que tu assumes ton traumatisme en te disant : « Je vais guérir ou peut-être pas. C’est un handicap, mais il y a tellement de monde accablé d’un handicap locomoteur ou des handicaps de toute sorte et les personnes apprennent à vivre avec. Alors je vais, aussi, porter ce traumatisme ». Vous savez, il y a une parole du père Théophile qui racontait qu’un père de l’Orient disait qu’un saint triste est un triste saint. Cela veut dire que c’est un homme qui est dans sa structure quelqu’un de triste, et il s’est sanctifié dans les conditions même de tristesse qui l’habite, avec toute sa tristesse. La même chose vaut pour moi – « j’ai un traumatisme, alors je l’amène à la sanctification. Je dois faire la paix avec lui, ne plus être en conflit et à ce moment je n’en ai plus peur. Si j’assume ce que la vie met devant moi, je constate que cette douleur, provoquée par n’importe quoi, je peux la gérer, c’est supportable. Cela n’a pas franchi le seuil où je ne peux plus la supporter. Si ce seuil est dépassé, même à ce moment-là, Dieu va me donner la force pour pouvoir la supporter. Même au Christ, cela ne lui a pas été facile. Pensez qu’au Jardin de Gethsémani, Il a vaincu tout ce qui allait suivre, toutes les tortures, toutes les moqueries auxquelles Il allait être soumis. Il a vaincu, mais notre Seigneur Christ a vaincu en tant qu’homme parce qu’en tant que Dieu il n’avait pas besoin de se battre avec tout cela. En tant qu’homme, Il devait vaincre toute la peur, toute la douleur qui devait lui advenir. Et il y a eu tellement de tension dans le corps du Christ, qu’Il a transpiré avec des sueurs de sang. Ceci montre dans quel état de tension a été son être et son corps. Et Il a assumé et Il a vaincu dans le Jardin de Gethsémani et après Il a continué d’aller en avant mais cela ne lui a pas été facile. Cela n’a pas été facile à sa nature humaine. C’est cela que veut dire « s’assumer ». Même dans les conditions de vie d’une telle souffrance insupportable, tu recevras une force de Dieu pour la porter. Mais il y a beaucoup de choses que nous considérons comme insupportables, bien que nous ne les ayons pas vécues personnellement. Et lorsque nous sommes dans une situation de projection, comme je le disais, toute menace, semble pour nous insupportable.

Traduit du Roumain par Alina Gogu

Note :

1. cf., La loi n’est pas faite pour le juste, mais pour les méchants et les rebelles, les impies et les pécheurs. Saint Paul ; Première épître à Timothée, I, 9.

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