Ajouté le: 7 Novembre 2020 L'heure: 15:14

La tristesse que nous avons éprouvée lorsque nous avons appris que nous ne pouvions plus aller à l’église s’est transformée en espérance

L’année 2020 a été déclarée par le Patriarcat de Roumanie comme année hommagiale de la pastoration des parents et des enfants. Ceci a démontré à nouveau la sollicitude de l’Église envers les familles, l’importance d’une intense activité pastorale pour les parents et les enfants. La conjoncture particulière de cette année a mis elle aussi en évidence la nécessité d’une relation étroite entre l’Église et la famille. C’est de tout cela que nous avons parlé avec la famille de Cristian et Raluca Stoiu de la paroisse des Saints et justes parents Joaquim et Anne de Rennes, France. 

Comment avez-vous vécu, en tant que famille, l’année 2020 ? Combien a-t-elle été différente de ce que vous aviez pensé au début de l’année ?

Nous n’avons pas commencé l’année avec des attentes particulières, nous aimons vivre dans le présent, et nous ne nous projetons pas trop dans l’avenir. Cette année était particulière, comme elle l’a été, je pense, pour tout le monde. La pandémie qui l’a marquée a été pour nous une expérience nouvelle, mais positive, je peux le dire, surtout durant l’isolement. Nous l’avons ressenti comme un frein mis par Dieu à tout le fracas qui domine les temps actuels. Toujours pressés de faire le plus possible, d’arriver le plus tôt possible, nous nous sommes retrouvés arrêtés tout à coup. C’était le signal, je crois, qui nous disait qu’il fallait changer quelque chose dans notre vie, avoir d’autres priorités, simplifier notre vie, nous réjouir plus de ce qui nous entoure. Même si mon mari et moi avons continué à travailler durant cette période, nous avons ressenti un grand soulagement et une grande paix, nous avons abandonné nos soucis, et nous avons commencé à nous réjouir de tout ce qui nous entourait. Et ce qui nous a réjoui le plus, ce fut le calme environnant, on n’entendait plus de voitures, on n’entendait plus un bruit, même lointain. C’était merveilleux ! 

Quel est le rôle joué par l’Église Orthodoxe, à travers la paroisse de Rennes, dans votre vie ? Concrètement, comment le prêtre et la paroisse vous ont aidés durant le début de la pandémie ?

La paroisse de Rennes et plus concrètement le père Adrian Iuga ont un rôle très important dans notre vie depuis l’année 2014 – moment où a commencé cette mission à Rennes, en nous aidant à découvrir en fait la véritable Église, la foi véritable, et la beauté de l’Orthodoxie que nous n’avions pas connue en Roumanie, ou que nous avions mal comprise. Ce qui nous a beaucoup aidés, au début de cette pandémie, ce fut une parole de sagesse que nous avons écoutée pendant notre pèlerinage en Terre Sainte, qui a eu lieu une semaine avant la fermeture des frontières. En fait, à chaque fois que nous sommes allés dans ces pèlerinages organisés par notre paroisse je suis rentrée avec une parole qui a été d’un grand appui et secours dans les épreuves qui intervenaient durant l’année en question. Cette fois, c’était à Nablus, au puits de Jacob, lorsque le père nous lisait l’Évangile, la parole qui est entrée dans mon cœur et qui revenait dans mon esprit, c’était la discussion entre le Christ et la femme samaritaine, qui demandait où elle devait adorer – sur cette montagne ou à Jérusalem, et le Christ répond : Femme, crois-Moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. [...] Mais l’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. En effet, ce sont là les adorateurs que recherche le Père. Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. Avec cette parole, la tristesse que j’ai ressentie lorsque j’ai appris que nous ne pouvions plus aller à l’église s’est transformée en espérance, avec la foi que ceci était permis par Dieu pour nous corriger, et en même temps j’ai senti la présence de Dieu même plus proche de nous qu’à l’époque où l’Église était ouverte. Un moment de joie mais aussi de tristesse fut celui où les prêtres ont pu reprendre leur service dans les églises, et notre église de Rennes, même si elle était acquise (malgré les mensualités qui nous restent à payer pendant quelques années) est restée fermée, par manque d’un prêtre qui puisse y célébrer. Mais le père Adrian a su, aussi pendant cette période, rester proche de nous même à distance, nous avons eu beaucoup de rencontres en ligne, des catéchèses pour les adultes et les enfants, les offices qu’il célébrait à Nantes étaient transmis en direct, nous avons pu discuter avec lui chaque fois que nous en avons eu besoin. Il a sacrifié son temps et nous a répondu avec beaucoup d’amour à toute heure, même si sa mission en Bretagne et aux Pays de la Loire ne lui laisse pas beaucoup de temps disponible.

Comment voyez-vous la relation entre l’Église et la famille dans le nouveau contexte ? Comment les enfants ont-ils été affectés par cette pandémie ?

Nos enfants ont bien traversé cette période, même si au début ils avaient la nostalgie de l’école, et même si au début ils n’étaient pas très motivés pour l’école à la maison. En revanche, ils ont pu toujours trouver des occupations. Cela nous a aidés d’habiter dans une maison avec une cour, des animaux, un jardin, avec toujours quelque chose à faire, sans avoir le temps de s’ennuyer. Ce fut en même temps un exercice de responsabilité pour eux. Ils ont compris qu’ils devaient porter le masque, que c’est la seule manière de protéger les plus âgés, ceux qui ont un système immunitaire affaibli, que nous devions respecter certaines règles, que nous devions être honnêtes et remplir la déclaration nécessaire seulement une heure au moment de quitter la maison, et pas plus. Qu’il faut parfois faire des sacrifices, et non pas seulement ce qui nous fait plaisir.

Qu’est-ce qui vous a manqué le plus durant cette période ?

Personnellement, ce qui nous a manqué le plus cet été, ce fut le camp de tradition et spiritualité orthodoxe organisé par la Métropole au pays. Et pour les besoins de notre paroisse, nous prions Dieu de faire venir des ouvriers pour Sa moisson, qui avec le père Adrian continuent les missions commencées par lui à Rennes et dans toute la Bretagne, car comme nous dit le Seigneur Jésus-Christ, la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.

Interview réalisée par Alexandru Ojică

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