Dans la parution précédente, j’ai examiné ce que le premier verset de Marc pouvait nous apprendre de la personne du Christ.
Nous apprenions
qu’il était Yéshoua’ – le Dieu quisauve,
et qu’il apparaissait pour commencer une création nouvelle,
annonçant l’avènement du Règne de Dieu,
lui, le Messie, oint à la fois comme roi et comme prophète,
Fils de Dieu, porteur et transmetteur de toute la Parole de Dieu son Père.
Voyons maintenant la suite.
Les versets 2 et 3 relatent les prophéties qui nous préparent à reconnaître et à accueillir le Christ.
Cette citation, en fait, est un amalgame de trois prophéties :
En Exode 23, 20– Le Seigneur dit à Moïse qui représente le peuple :
Et voici
moi j’envoie mon messager
devant ta face (Traduct° B. Frinking, d’après la LXX)
En Malachie 3, 1– (Traduc° Bernard Frinking, d’après la LXX)
Et il faut garder à l’esprit aussi la suite du verset :
ainsi que le verset 23 de ce même chapitre :
Donc, le Seigneur nous avertit : lorsqu’apparaît ‘le messager qui établit la route du Seigneur’, soudain apparaît aussi ‘le Seigneur’ lui-même, le ‘Messager de l’Alliance’ (entre Dieu et l’homme) – tant cherché et désiré. Ces apparitions sont concomitantes.
Pour reconnaître le messager de la route, nous sommes informés qu’il se présentera tel Eli le Thesbite – donc, manteau de poils et ceinture de peau autour des reins (2 Rois 1, 8). Or c’est exactement ainsi qu’est décrit Jean Baptiste deux versets plus loin.
Et alors apparaîtra de façon imprévisible et soudaine, le Seigneur que vous cherchez et le Messager de l’Alliance que vous désirez.
Pour nous qui venons vingt siècles après, il est facile de reconnaître qu’est annoncé ici Celui qu’attendait Israël sans le connaître, ce Dieu qui, en chair et en os est venu instituer la Nouvelle Alliance, fonder l’Église, ce Temple non fait de main d’homme mais constitué de l’ensemble même des croyants, pour y habiter jusqu’à la fin des temps, habiter dans les cœurs des croyants.
Oui, c’est bien du Christ que parle cette prophétie.
Lui, objet de l’annonce des prophètes, est présenté comme ce Dieu qui vient dans son Temple, porteur de l’Alliance désirée.
La troisième prophétie est celle d’Isaïe 40, 3 (Traduct° B. Frinking, d’après la LXX)
Cette prophétie présente le Précurseur – le Messager pour la route – et son message préliminaire : il enseigne que ceux qui veulent reconnaître et accueillir le messager de l’Alliance – le Christ – auront à préparer leurs cœurs.
Comme le développe le verset suivant d’Isaïe – qu’omet Marc mais que cite l’Évangéliste Luc (Lc 3, 4-5) – il faut renoncer au désespoir (combler les vallées), bannir l’orgueil (abaisser montagne et colline), se conduire avec droiture (redresser les sentiers tordus), et avoir le souci des frères (aplanir les inégalités.)
Isaïe 40, 4 dit en effet :
Ces versets prophétiques nous apprennent ceci à propos du Christ : nous le désirons et pourtant, le fait de le reconnaître et de l’accueillir représente pour nous un vrai défi.
Aujourd’hui, on dirait volontiers : il nous remet en question.Si tu veux accueillir le Christ, examine-toi. Quitte tes préjugés et tes idées reçues … Laisse-toi bousculer !
Il est celui qui chamboule tout.
Verset 7 –
Qu’est-ce que ce cordon de sandales ?
A ce qu’on sait des coutumes de l’époque, délier les sandales d’un maître n’était pas un service qu’on pouvait exiger d’un esclave israélite.3 Le disciple par contre, pouvait le faire et le faisait. Jean Baptiste précise ainsi qu’il n’est pas disciple de Jésus. Il est son Précurseur, pas son disciple ; il n’a pas reçu son enseignement et ne peut le transmettre.
D’autre part, selon la loi du Lévirat4, pour conclure son engagement, celui qui ‘rachète’ la femme pour la délivrer de sa stérilité, ôte sa sandale devant les témoins … Or le Christ vient bien pour épouser l’humanité … et lui rendre la fécondité spirituelle.
Pour preuve cette strophe tirée de l’office des Matines de la Théophanie (Ode 6, 1er Canon, 1ère strophe) : « Né du Dieu et Père immatériellement, de la Vierge sans souillure prend chair le Christ, dont le Précurseur nous enseigne qu’il ne peut délier la courroie, c’est-à-dire l’union du Verbe et de notre nature, puisqu’il est venu racheter de l’erreur les mortels. »
Oui, c’est bien de l’erreur de l’idolâtrie que le Christ vient délivrer l’humanité, l’arrachant à l’usurpateur qui l’a privée de la Vie et réduite en esclavage, faisant des hommes des ‘mortels’, et induisant la stérilité spirituelle.
Isaïe l’avait prédit : Ton époux sera ton créateur,
ton Rédempteur, ce sera le Saint d’Israël – (Is 54, 5) (Traduc° BJ)
Rédempteur, en grec c’est ‘rusamenos’, celui qui délivre, comme dans ‘Délivre-nous du malin’. Il vient pour délivrer, pour racheter.
Donc ici, Marc nous dit que Celui qui est Dieu vient pour des épousailles : Il veut s’unir à la nature humaine et la délivrer de sa stérilité. Il est le Fort.
Verset 8 –
C’est lapromesse de vie nouvelle, de re-création dans l’Esprit-Saint qui est énoncée ici de nouveau. Le verset 1 parlait déjà de Règne de Dieu, allusion à la puissance transformante de l’Esprit Saint.
Cette promesse, Jésus lui-même la confirmera à l’autre bout de son parcours, en Actes 1, 5 :
et au verset 8 :
La puissance d’être témoin. D’être martyr …
Jean Baptiste le sera. Marc le raconte en Mc 6, 17-29. C’est l’épisode de la décollation de Saint Jean Baptiste.
Et de nos jours, beaucoup l’ont été au XXe siècle, et le sont au XXIe.
Le christianisme n’est pas une jolie histoire bleue et rose pour les enfants ; il n’est pas non plus une doctrine qui attribue le pouvoir temporel et la palme aux ‘gens de bien’.
Marc nous avertit d’emblée qu’il s’agit du combat contre la mort et pour la Vie : « Il vient le Fort … Il vous immergera dans le Souffle Saint. »
Car le projet de Dieu, c’est d’arracher l’homme à la gueule de l’enfer. Et pour cela, Dieu lui-même s’engage et va payer de sa personne. (On le verra dans les versets suivants, une prochaine fois.)
Qu’avons-nous appris ?
Que le héros de l’histoire, Yéshoua, est bien celui qu’ont annoncé les prophètes. On peut le reconnaître et qu’il vient dans son Temple – humain –, porteur de l’Alliance tant désirée, porteur de la réconciliation avec Dieu. Alors qu’Adam avait rompu avec Dieu.
A ce projet, l’homme est associé comme acteur :
- renonçant à l’oisiveté et au découragement qui s’ensuit, il devra combler les vallées du désespoir ;
- il lui faudra abaisser montagne et colline de la domination et de l’orgueil ;
- renonçant à la parole facile, par laquelle il a l’habitude de se justifier et de mettre à mal son prochain, il redressera les sentiers de son âme tordue ;
cela rappelle une certaine prière de Carême …
- et enfin, il aplanira les inégalités en œuvrant pour une vie fraternelle de compassion et de partage – sans jugement.5
Sans l’homme, rien ne se fera. Quelle responsabilité …
Lui qui est Dieu, il vient s’unir à la nature humaine, et l’immerger ainsi dans le Souffle Saint dont il est inséparable, car la Divine Trinité est une et indivisible. Ainsi, la voie de la déification sera ouverte à l’homme.
Que notre Dieu soit connu et béni dans les siècles des siècles. Amen.
Notes :

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