Apprendre par cœur l'Evangile (26)

publicat in Parole de l'Évangile pe 4 Novembre 2016, 15:19

La personne du Christ dans le Prologue de l’Évangile selon Saint Marc (2)

Dans la parution précédente, j’ai examiné ce que le premier verset de Marc pouvait  nous apprendre de la personne du Christ.

Nous apprenions  

qu’il était Yéshoua’ – le Dieu quisauve, 

et qu’il apparaissait pour commencer une création nouvelle, 

annonçant l’avènement du Règne de Dieu, 

lui, le Messie, oint à la fois comme roi et comme prophète, 

Fils de Dieu, porteur et transmetteur de toute la Parole de Dieu son Père.

Voyons maintenant la suite.

Les versets 2 et 3 relatent les prophéties qui nous préparent à reconnaître et à accueillir le Christ.

Verset 2 –
Comme il est écrit
dans Y esha’yâhou
le prophète
 
                      « Voici j’envoie mon messager
          «  devant ta face                                                qui établira ta route
 
Verset 3 –                                            « Voix d’un crieur
« dans le désert
 
                        « Préparez
                        « la route du Seigneur                                faites-droits ses sentiers »1

Cette citation, en fait, est un amalgame de trois prophéties :

En Exode 23, 20– Le Seigneur dit à Moïse qui représente le peuple :

Et voici

moi j’envoie mon messager

          devant ta face (Traduct° B. Frinking, d’après la LXX)

En Malachie 3, 1(Traduc° Bernard Frinking, d’après la LXX)

Voici
j’envoie mon messager
devant ma face                         qui établira ma route

Et il faut garder à l’esprit aussi la suite du verset :

Et soudain il viendra
dans son Temple
 
le Seigneur                                        et le Messager de l’Alliance
que vous cherchez                            que vous désirez

ainsi que le verset 23 de ce même chapitre :

Et   voici                                               avant que ne vienne
moi je vous  envoie                              le Jour grand et éclatant
Eliyâhou le Thesbite                            du Seigneur

Donc, le Seigneur nous avertit : lorsqu’apparaît ‘le messager qui établit la route du Seigneur’,  soudain apparaît aussi ‘le Seigneur’ lui-même, le ‘Messager de l’Alliance’ (entre Dieu et l’homme) – tant cherché et désiré. Ces apparitions sont concomitantes.

Pour reconnaître le messager de la route, nous sommes informés qu’il se présentera tel Eli le Thesbite – donc, manteau de poils et ceinture de peau autour des reins (2 Rois 1, 8). Or c’est exactement ainsi qu’est décrit Jean Baptiste deux versets plus loin.

Et alors apparaîtra de façon imprévisible et soudaine, le Seigneur que vous cherchez et le Messager de l’Alliance que vous désirez.

Pour nous qui venons vingt siècles après, il est facile de reconnaître qu’est annoncé ici Celui qu’attendait Israël sans le connaître, ce Dieu qui, en chair et en os est venu instituer la Nouvelle Alliance, fonder l’Église, ce Temple non fait de main d’homme mais constitué de l’ensemble même des croyants, pour y habiter jusqu’à la fin des temps, habiter dans les cœurs des croyants.

Oui, c’est bien du Christ que parle cette prophétie.

Lui, objet de l’annonce des prophètes, est présenté comme ce Dieu qui vient dans son Temple, porteur de l’Alliance désirée.

La troisième prophétie est celle d’Isaïe 40, 3 (Traduct° B. Frinking, d’après la LXX)

Voix d’un crieur
dans le désert
 
Préparez
la route du Seigneur                              faites droits ses sentiers.

Cette prophétie présente le Précurseur – le Messager pour la route – et son message préliminaire : il enseigne que ceux qui veulent reconnaître et accueillir le messager de l’Alliance – le Christ – auront à préparer leurs cœurs.

Comme le développe le verset suivant d’Isaïe – qu’omet Marc mais que cite l’Évangéliste Luc (Lc 3, 4-5) – il faut renoncer au désespoir (combler les vallées), bannir l’orgueil (abaisser montagne et colline), se conduire avec droiture (redresser les sentiers tordus), et avoir le souci des frères (aplanir les inégalités.)

Isaïe 40, 4 dit en effet :

Toute vallée                                          et toute montagne
sera comblée,                                       et toute colline seront abaissées
 
et tous les sentiers tordus                     et les inégalités seront
seront rendus droits                               aplanies

Ces versets prophétiques nous apprennent ceci à propos du Christ : nous le désirons et pourtant, le fait de le reconnaître et de l’accueillir représente pour nous un vrai défi.

Aujourd’hui, on dirait volontiers : il nous remet en question.Si tu veux accueillir le Christ, examine-toi. Quitte tes préjugés et tes idées reçues … Laisse-toi bousculer !

Il est celui qui chamboule tout.

Les versets 4 à 7 présentent Jean Baptiste,
le Précurseur, ou : ‘celui qui court devant’,
lui, le nouvel Eli annoncé dont il porte le costume. (Verset 6)
Sa mission, sa personne nous sont présentées2, puis
aux versets 7 et 8, ses paroles.

Verset 7 –

                        Il vient
                        le plus fort que moi                             derrière moi
 
                        celui dont je ne suis pas                     de délier
                        en mesure me baissant                      le cordon des sandales

Qu’est-ce que ce cordon de sandales ?

A ce qu’on sait des coutumes de l’époque, délier les sandales d’un maître n’était pas un service qu’on pouvait  exiger d’un esclave israélite.3 Le disciple par contre, pouvait le faire et le faisait. Jean Baptiste précise ainsi qu’il n’est pas disciple de Jésus. Il est son Précurseur, pas son disciple ; il n’a pas reçu son enseignement et ne peut le transmettre.

D’autre part, selon la loi du Lévirat4, pour conclure son engagement, celui qui ‘rachète’ la femme pour la délivrer de sa stérilité, ôte sa sandale devant les témoins … Or le Christ vient bien pour épouser l’humanité … et lui rendre la fécondité spirituelle.

Pour preuve cette strophe tirée de l’office des Matines de la Théophanie (Ode 6, 1er Canon, 1ère strophe) : « Né du Dieu et Père immatériellement, de la Vierge sans souillure prend chair le Christ, dont le Précurseur nous enseigne qu’il ne peut délier la courroie, c’est-à-dire l’union du Verbe et de notre nature, puisqu’il est venu racheter de l’erreur les mortels. »

Oui, c’est bien de l’erreur de l’idolâtrie que le Christ vient délivrer l’humanité, l’arrachant à l’usurpateur qui l’a privée de la Vie et réduite en esclavage, faisant des hommes des ‘mortels’, et induisant la stérilité spirituelle.

 Isaïe l’avait prédit : Ton époux sera ton créateur,

  ton Rédempteur, ce sera le Saint d’Israël – (Is 54, 5) (Traduc° BJ)

Rédempteur, en grec c’est ‘rusamenos’, celui qui délivre, comme dans ‘Délivre-nous du malin’. Il vient pour délivrer, pour racheter.

 

Donc ici, Marc nous dit que Celui qui est Dieu vient pour des épousailles : Il veut s’unir à la nature humaine et la délivrer de sa stérilité. Il est le Fort.

Le verset 8
Centre du chiasme. Moment clé du Prologue.
Le projet divin est dévoilé

Verset 8 –

                        Moi je vous ai immergés                     mais lui vous immergera
                        dans l’eau                                            dans le Souffle Saint

C’est lapromesse de vie nouvelle, de re-création dans l’Esprit-Saint qui est énoncée ici de nouveau. Le verset 1 parlait déjà de Règne de Dieu, allusion à la puissance transformante de l’Esprit Saint.

Cette promesse, Jésus lui-même la confirmera à l’autre bout de son parcours, en Actes 1, 5 :

            Jésus ressuscité dit : Jean, lui, a baptisé avec de l’eau,
            mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés dans peu de jours. »

et au verset 8 :

            Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous ;
            vous serez alors mes témoins ... (Traduction BJ.)

La puissance d’être témoin. D’être martyr …

Jean Baptiste le sera. Marc le raconte en Mc 6, 17-29. C’est l’épisode de la décollation de Saint Jean Baptiste.

Et de nos jours, beaucoup l’ont été au XXe siècle, et le sont au XXIe.

Le christianisme n’est pas une jolie histoire bleue et rose pour les enfants ; il n’est pas non plus une doctrine qui attribue le pouvoir temporel et la palme aux ‘gens de bien’.

Marc nous avertit d’emblée qu’il s’agit du combat contre la mort et pour la Vie : « Il vient le Fort … Il vous immergera dans le Souffle Saint. »

Car le projet de Dieu, c’est d’arracher l’homme à la gueule de l’enfer. Et pour cela, Dieu lui-même s’engage et va payer de sa personne. (On le verra dans les versets suivants, une prochaine fois.)

Conclusion

Qu’avons-nous appris ?

Que le héros de l’histoire, Yéshoua, est bien celui qu’ont annoncé les prophètes. On peut le reconnaître et qu’il vient dans son Temple – humain –, porteur de l’Alliance tant désirée, porteur de la réconciliation avec Dieu. Alors qu’Adam avait rompu avec Dieu.

A ce projet, l’homme est associé comme acteur :

 - renonçant à l’oisiveté et au découragement qui s’ensuit, il devra combler les vallées du désespoir ;

 - il lui faudra abaisser montagne et colline de la domination et de l’orgueil ;

 - renonçant à la parole facile, par laquelle il a l’habitude de se justifier et de mettre à mal son prochain, il redressera les sentiers de son âme tordue ;

cela rappelle une certaine prière de Carême …

 - et enfin, il aplanira les inégalités en œuvrant pour une vie fraternelle de compassion et de partage – sans jugement.5

Sans l’homme, rien ne se fera. Quelle responsabilité …

Lui qui est Dieu, il vient s’unir à la nature humaine, et l’immerger ainsi dans le Souffle Saint dont il est inséparable, car la Divine Trinité est une et indivisible. Ainsi, la voie de la déification sera ouverte à l’homme.

Que notre Dieu soit connu et béni dans les siècles des siècles. Amen.

Notes :

1. Traduction Bernard Frinking.
2. Voir Apostolia n° 86 de Mai 2015, article ‘Apprendre par cœur l’Evangile’ n° 11.
3.  On peut s’en étonner, mais il arrivait qu’un juif réduisît en esclavage un autre juif.
Essentiellement pour dette : … Le prêteur sur gages est venu pour prendre mes deux enfants et en faire ses esclaves, dit la veuve au prophète Elisée. Alors il multiplie son huile et lui dit : Va vendre cette huile, tu rachèteras ton gage et tu vivras du reste, toi et tes fils (2 Rois 4, 1) ;
Ou bien si un voleur dans la misère ne pouvait pas rembourser  son larcin : on le vendait (Exode 22,2).
Mais cet état d’esclavage avait un terme fixé par Dieu : Si tu acquiers un serviteur hébreu, il sera ton esclave pendant six ans ; la septième année, il partira libre gratuitement (Exode 21, 2), ou au pire : il travaillera chez toi, jusqu’à l’année de la rémission, c’est à dire jusqu’à l’année jubilaire qui revenait tous les cinquante ans. (Lévitique 25, 54) Car, dit Dieu, pour moi les fils d’Israël sont mes serviteurs que j’ai fait sortir du pays d’Egypte. C’est moi qui suis le Seigneur votre Dieu. (Lévitique 25, 55) Autrement dit : c’est moi votre Maître. Et vous ne pourrez appartenir à un maître humain que pour un temps très limité.
4. La loi du Lévirat est une coutume en Israël qu’on trouve exposée en Deutéronome  25, 5 sq, et mise en pratique en Ruth 4, 7 selon laquelle : « Si le frère de quelqu’un meurt et laisse une femme après lui, et ne laisse pas d’enfant, que son frère prenne la femme et qu’il suscite une semence à son frère » (Marc 12, 19 citant Dt 25, 5). Ainsi le nom et les biens du défunt reviendront  à cet enfant que la veuve du défunt aura engendré avec le frère du défunt. En passant, notons combien le lien entre époux est fort et incarné dans la culture juive, puisque la femme, qui a formé une seule chair avec son mari – « et les deux, ils seront chair une » (Mc 10,7 citant Gn 1, 3) – peut transmettre  l’héritage de son mari défunt.
D’après Elie Munk, ‘La voix de la Thora, commentaire  du Pentateuque’,  ‘lévir’ serait un mot latin signifiant le frère du mari. (Commentaire  du Deutéronome,  page 246.)
5. Prière de Saint Ephrem –
Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, L’esprit de pureté,
de découragement,                   d’humilité,
de domination de patience
et de parole facile, et de charité,
éloigne de moi. donne à ton serviteur.
 
        Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère.