Ajouté le: 3 Juillet 2016 L'heure: 15:14

La visitation. Marie, la Mère de Dieu, visite Élisabeth, la Mère du Précurseur

Le Magnificat (Lc 1, 39-56)

 

Le terme « visitation » vient du latin ecclésiastique visitatio, qui apparaît en Occident à partir du 13e siècle. Elle est la commémoration liturgique de la visite que fit la Vierge Marie à sa cousine Élisabeth, aussitôt après l’Annonciation (fêtée le 25 mars). Elle constitue la première révélation de l’Incarnation du Verbe à une tierce personne, la première rencontre entre Jésus et Jean dans le sein de leurs mères respectives, et donna lieu au plus beau des cantiques néotestamentaires, le Magnificat, proclamé par la Mère de Dieu. C’est un évènement historique et biblique longuement rapporté dans l’Évangile selon Saint Luc et abondamment commenté par les Pères de l’Église.

Il est surprenant que les Églises en aient fait si peu de cas, dans les différents rites. Cette fête est inconnue en Orient, mais la péricope évangélique y est lue le jour de la fête de la Nativité de Marie1 (8 septembre). Elle est fêtée en Occident dans le rite romain2, mais seulement depuis le 13e siècle : les Franciscains adoptèrent cette fête « mariale », en 1263. Elle ne fut étendue à toute l’Église catholique-romaine qu’en 1389 par le pape Urbain VI, afin d’ obtenir, par Marie, la fin du « grand schisme d’Occident», mais ne se répandit vraiment qu’au 15e siècle. Curieusement, les Franciscains choisirent une date « orientale », le 2 juillet, qui était à Constantinople la fête de la « Déposition de la précieuse robe de la Théotokos » dans l’église des Blachernes, où l’on lisait l’Évangile de la Visitation4. Cette date peut paraître surprenante puisque l’Annonciation est fêtée le 25 mars (la Visitation a donc dû avoir lieu peu après, fin mars) et que le 2 juillet est postérieur à la date traditionnelle de la naissance de saint Jean Baptiste (24 juin), qui eut lieu alors que Marie était encore chez sa cousine Élisabeth5. Le Concile Vatican II a changé la date en la fixant au 31 mai6 (entre l’Annonciation et la Nativité de Saint Jean-Baptiste). Cet Évangile est lu aussi le vendredi des Quatre-Temps d’hiver7, mais sans le Magnificat.

La péricope commence par « Dans ce même temps ». Or saint Luc vient de rapporter l’Annonciation. La visite de Marie à sa cousine Élisabeth s’est donc passée « au 6e mois » de la grossesse de celle-ci (verset 26), juste après l’Annonciation. Pourquoi Marie s’en va-t-elle « en hâte » dans les montagnes de Judée, après une annonce aussi bouleversante que celle que le Séraphin Gabriel vient de lui faire de la part de Dieu, à savoir qu’elle va être enceinte du Fils de Dieu, par la puissance du Saint-Esprit ? On pourrait penser a priori que cette toute jeune fille, cette vierge de 16 ans, qui n’est pas encore mariée à Joseph, aurait eu besoin d’entrer en elle-même, de faire silence intérieurement, de méditer, pour pouvoir assimiler, intégrer à son être, cet extraordinaire message divin. Or, elle va faire l’inverse : pourquoi ? Plusieurs raisons peuvent nous aider à comprendre.

L’ange Gabriel lui avait d’abord expliqué qu’elle n’aurait pas besoin de renoncer à sa virginité pour concevoir et enfanter, ce qui signifie qu’elle pourrait rester fidèle à Dieu, son Époux céleste, ce qui, pour elle, était primordial. Mais cela dépassait quand même l’intelligence humaine. Il lui a alors révélé, à la fin de son discours, que « Élisabeth, sa parente, avait conçu, elle aussi, dans sa vieillesse, et que celle qui était appelée stérile était dans son 6e mois » (Lc 1, 36), pour lui montrer que « rien n’est impossible à Dieu ». Cette révélation était importante pour Marie et pouvait la conforter : qu’une femme âgée et stérile, mariée à un vieux mari, puisse tomber enceinte, constituait une démonstration évidente de la toute-puissance de Dieu. Aussitôt après, elle dira « oui » (« Qu’il me soit fait selon ta parole »). Quelle joie d’être agréable à Dieu, mais aussi quelle solitude de porter un tel secret ! D’autant plus que Joseph, qui n’est encore que son « fiancé », n’est au courant de rien8.

Elle va donc vouloir rapidement visiter sa cousine, car elle a besoin de partager ce secret et sa joie avec une femme amie. Or, la seule femme au monde avec laquelle elle pouvait le faire était sa cousine Elisabeth, parce qu’elles étaient non seulement liées par le sang et l’amitié, mais aussi par l’amour de Dieu et, plus encore, par le fait que Dieu avait accompli un prodige en chacune d’elle, en leur donnant une grossesse miraculeuse en vue du salut du monde, même s’il n’y avait aucune commune mesure entre les deux9.

Il faut ajouter que Marie a hâte d’aller aider sa cousine âgée, qui n’était plus en âge d’avoir un enfant, et qui n’avait plus l’énergie d’une jeune femme. La grâce insigne, et unique pour toujours, qu’elle a reçue, ne lui fait pas oublier le second commandement de la Loi, qui est d’aimer son prochain comme soi-même10.

Origène, lui, donne une autre explication « divine » : « …car Jésus, qui était dans son sein [Marie], avait hâte de sanctifier Jean, encore dans le ventre de sa mère…et dès ce moment, Il fit de son Précurseur un prophète »11.

Marie rassemble donc quelques affaires et part en « hâte ». L’Évangile ne nous dit pas si Joseph est avec elle, Dans quelle ville se rend-t-elle ? Une tradition indique Hébron12. Le chemin entre Nazareth et Hébron est assez long (au moins 200 km : à dos d’âne, il faut de 5 à 7 jours).

Marie « entre dans la maison de Zacharie et salue Élisabeth ». Les deux saintes femmes sont seules (Zacharie n’est probablement pas présent, et il est muet depuis six mois) et très heureuses de se revoir, surtout dans une telle circonstance. Il se passe alors quelques chose de merveilleux : aussitôt « son enfant [celui d’Élisabeth] tressaillit dans son sein… ». Jean-Baptiste, qui est un fœtus de six mois, exulte de joie enprésence du Messie, qui, Lui, vient d’être conçu – selon la chair – dans le sein de Marie13. Élisabeth dit en effet à Marie, un peu plus loin (verset 44) : « l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein ». Saint Luc ajoute : « ...et elle fut remplie du Saint-Esprit ». Cela signifie que Jean-Baptiste, dans son sein, fut rempli du Saint-Esprit14,, et sa mère avec lui. C’est la première rencontre entre le Christ et son Précurseur, dans le sein de leurs mères respectives15. Il faut noter que Marie n’a encore rien dit. Élisabeth a compris le mystère parce que Jean a « bondi de joie dans son sein » à la salutation de Marie, porteuse de l’embryon divin (elle est enceinte depuis une quinzaine de jours). C’est l’Esprit-Saint, descendu sur Jean et sur elle, qui lui a révélé le mystère. Après, Marie parlera longuement avec sa cousine.

Élisabeth, remplie du Saint-Esprit « s’écrie d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes16 et le fruit de ton sein est béni ». C’est Dieu qui parle par sa bouche et qui révèle la grandeur et la sainteté de la Vierge Marie et de son divin fils. Nous avons ici la deuxième partie de la très belle prière qu’on appelle la Salutation mariale (la première partie ayant été dite par l’ange Gabriel17 lors de l’Annonciation). Et elle s’étonne de l’honneur qui lui est fait d’être visitée par « la Mère de mon Seigneur », ce qui signifie la Mère de Dieu. Nous avons ici le premier témoignage – biblique – du dogme qui sera affirmé 300 ans plus tard au concile d’Ephèse18, où Marie sera proclamée « Théotokos », c’est-à-dire Mère de Dieu. Puis Élisabeth prophétise, par le Saint-Esprit : « Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement. Cela signifie – in fine – que le Christ viendra au monde, Se révèlera comme Messie et sauvera l’Homme déchu, en vainquant la mort, le péché et Satan, par sa mort et sa résurrection.

La Vierge Marie va alors proclamer, par le Saint-Esprit qui remplit tout son être, son admirable cantique du Magnificat. Ce cantique est à la fois une réminiscence de deux grands cantiques de l’Ancien Testament, celui de Moïse après le passage de la Mer rouge (chanté par Moïse et sa sœur Marie, la prophétesse, au 13e s. av. J-C. - Ex 15) et surtout celui d’Anne, après la naissance de Samuel (au 11e s. av. J-C, 1 Sam 2, 1-10), et aussi une prophétie19, car de nombreux versets annoncent l’enseignement du Christ et se retrouvent dans son discours inaugural (le « Sermon sur la montagne »). Il est universellement utilisé dans la liturgie : en Occident, il est chanté aux Vêpres20, encadré d’une « grande antienne » liée à la fête du jour ou au temps liturgique ; en Orient, il est chanté à la 9e ode du canon des Matines. Son nom usuel vient du premier mot du texte latin (« Magnificat anima mea Dominum ... »). Nous allons le commenter brièvement.

« Mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon sauveur… ». Le deuxième membre de phrase se trouve chez le prophète Habacuc (3, 18). L’âme21, cette partie invisible et incorporelle de la nature humaine, a l’aptitude à comprendre, réfléchir, sentir (siège de l’intelligence et des sentiments). Magnifier signifie « faire « grand », c’est-à-dire reconnaître la grandeur de Dieu, et le glorifier pour sa toute-puissance. L’âme de Marie est entièrement tournée vers Dieu et Le glorifie consciemment. L’esprit22 est, comme le disent certains Pères « la fine pointe de l’âme », qui a l’aptitude à entrer en communion avec Dieu. Être « ravi de joie en Dieu » est partager la joie divine, c’est faire l’expérience de Dieu, communier à Lui, c’est une forme d’extase : Marie est dans la béatitude. « Mon Sauveur » : Celui que je porte en moi, le Fils de Dieu – Jésus-Christ – qui est venu sauver tous les hommes, y compris moi-même. Et pourquoi Marie est-elle dans cette béatitude ?

« …parce qu’Il a regardé l’humilité de sa servante. » On trouve une phrase similaire dans le 1er livre de Samuel (1, 11). Dieu est humble : le Père est la source de l’humilité, le Fils est l’humilité («…car Je suis doux et humble de cœur » Mt 11, 29) et l’Esprit-Saint est l’esprit d’humilité. Dieu aime les humbles, tant dans le monde angélique que chez les hommes. La Vierge Marie est d’une parfaite humilité, ressemblante à Dieu. Dans le texte grec, c’est plus que « servante », c’est « esclave » (doulos). Le Christ dira : « Celui qui voudra être premier, sera l’esclave de tous » (Mc 10, 44) et aussi : « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20, 28).

« Voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Puissant a fait pour moi de grandes choses, et son Nom est saint. Marie est humble, mais elle est consciente de la grâce ineffable qui lui est donnée, pour le bien de toute l’humanité et de toute la création. La « grande chose », la merveille faite pour elle est que le Père céleste lui a demandé d’être mère de son Fils unique, par son Esprit-Saint. Tous les êtres humains, depuis Adam et Eve jusqu’au dernier homme à venir, reconnaîtront que Marie partage la joie divine, qu’elle est heureuse en Dieu, sainte. Le Nom de Dieu – Jésus-Christ –est saint23, comme le père est saint et comme l’Esprit est saint. Cette phrase se trouve dans le Psaume 110 [He 111]/9. La Vierge Marie est « le tabernacle de la sainteté » (Ps 131[He 132]/8).

« Et sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui Le craignent ». Dieu est miséricordieux parce qu’Il est Amour. Le terme latin Misericordia24 signifie avoir un cœur sensible aux malheurs des autres, porter avec eux leurs souffrances, être compatissant. Cette miséricorde existe depuis toujours et jusqu’à jamais. Mais elle ne peut être reçue que par ceux qui ont conscience de la toute-puissance de Dieu et par conséquent de la toute-petitesse de l’homme et de la créature. C’est cela « craindre Dieu ». Celui qui a le cœur endurci ne peut pas recevoir ce trésor. Cette phrase se trouve dans le Psaume 102 [103]/17.

« Il a déployé la force de son bras, Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses ». La bonté de Dieu n’est pas de la faiblesse : Il est « le Fort, le Puissant dans les batailles » (Ps 23 [He24]/8). Dans l’hymne séraphique chanté autour du trône de Dieu pendant la liturgie céleste – le Trisagion – le Christ est appelé « Saint Fort », parce qu’Il manifeste la puissance de Dieu dans la faiblesse de l’Homme. Dieu vomit l’orgueil, parce que c’est un comportement totalement étranger à son être. Et l’orgueil se tapit dans le cœur de l’Homme. Dieu disperse les orgueilleux comme on souffle sur la poussière, lorsqu’on veut nettoyer et embellir un objet ou un lieu.

« Il a renversé les puissants de leurs trônes et a élevé les humbles ». Cette phrase se trouve dans l’Ecclésiastique (Si 10, 14) et dans le livre de Job (Job 12, 19 et 5, 11). Il a renversé les puissants de leurs trônes, parce qu’ils ne se comportent pas comme le vrai Roi, le Roi céleste, qui est doux et humble. Il élève les humbles, conformément à l’enseignement du Christ : « celui qui s’abaisse sera élevé… ». C’est le renversement des valeurs.

Il a rassasié les affamés et Il a renvoyé les riches les mains vides. La première partie se trouve dans le Psaume 106 [He 107]/9. Dieu rassasie ceux qui ont faim de Lui. Mais Il rejette ceux qui ont leur propre richesse et qui n’ont donc pas besoin de Lui. Le Christ enseignera souvent à être « riche pour Dieu » et non pour soi-même25.

« Il a pris sous sa protection Israël son serviteur, Se ressouvenant de sa miséricorde, selon la parole qu’Il avait donnée à nos Pères, à Abraham et à sa postérité pour toujours. Les éléments de cette phrase se trouvent chez le prophète Isaïe (41, 8-10), dans le Psaume 97 [He 88]/3, chez le prophète Michée (7, 20) et dans le 2e livre de Samuel (22, 51). Israël a beaucoup pêché et le Seigneur l’a souvent châtié, mais Il n’a jamais permis sa destruction. Car le Seigneur a passé un pacte avec Abraham et sa postérité (la lignée des justes), une alliance : Il revient toujours à sa Miséricorde. Il est tout à faire remarquable que le cantique d’action de grâces de Marie se termine par Abraham parce qu’elle est, elle, le point d’aboutissement de la lignée des justes, la fille d’Abraham. Dans la généalogie du Christ selon saint Matthieu, on part d’Abraham pour arriver à Marie. Dieu, le Père céleste, a envoyé et donné son Fils parce qu’Abraham avait accepté de Lui donner le sien, Isaac. Et il est aussi remarquable que le Saint-Esprit ait conduit Marie à Hébron, car c’est la ville où se trouve le tombeau d’Abraham et de Sarah26. En fait, lorsque Marie visite sa cousine à Hébron pour que le Précurseur puisse être sanctifié par son Maître, la promesse de Dieu est accomplie : la Vierge Marie porte dans son sein la « postérité d’Abraham », qui est, comme le dit saint Paul, le Christ, le Fils de Dieu.

Marie va rester trois mois auprès de sa cousine, ce qui est un temps très long. Elle l’aidera à supporter les douleurs de la grossesse (nausées, fatigue…) et de l’accouchement. Elle sera présente aussi à la circoncision et à la présentation au Temple du Baptiste.

Cet événement de la Visitation, qui semble être anodin, nous révèle le dessein de Dieu : il est en fait une rencontre de Marie avec Abraham, et du Christ avec son Précurseur. C’est l’aube du salut. Que le saint prophète Abraham et la Vierge Marie soient bénis à jamais !

Notes :

1. Toutefois, la péricope est un peu tronquée : il manque la moitié du Magnificat ! Elle est aussi lue aux Matines de l’Entrée de la Vierge au Temple (21 novembre).
2. Certains auteurs disent qu’elle existait, auparavant, dans le rite ambrosien [rite de Milan et de toute l’Italie du Nord, appartenant à la famille liturgique du rite des Gaules, mais comportant certains éléments romains, en raison de la proximité géographique des deux rites], mais je n’ai pas pu le vérifier.
3. Le grand schisme d’Occident : schisme interne de l’Église romaine, en raison de l’élection simultanée de plusieurs papes (1378-1451), et qui faisait suite à l’exil des papes de Rome en Avignon (1309-1376).
4. La Déposition de la précieuse robe de la Théotokos : sous l’empereur Léon Ier (457-474) deux nobles firent un pèlerinage en Terre Sainte et dérobèrent une relique trouvée en Galilée, la « Robe de la Mère de Dieu » qu’Ils déposèrent dans l’église des Blachernes, dans le Nord de Constantinople [et, à cette époque, hors les murs] en 473. L’empereur fit alors construire une chapelle circulaire dans l’église pour abriter les reliques, dans laquelle on déposa la Sainte Robe et le « Maphorion », le Voile de la Vierge Marie, qui joua un rôle très important dans l’histoire de la ville impériale (c’est ce Voile qui donna lieu à la fête de la « Protection de la Mère de Dieu » [sur Constantinople], du 1er octobre). N.D. des Blachernes devint l’un des sanctuaires les plus prestigieux de Constantinople. C’est grâce à son icône et à ses reliques (et notamment au Voile de la Vierge) que la ville fut sauvée successivement des Avars (en 626), des Arabes musulmans (en 717) et des Russes (qui étaient païens, en 864). Chaque vendredi, à Vêpres, un miracle se produisait : le voile de soie de Marie, qui recouvrait son icône se relevait miraculeusement et laissait apparaître l’image, pour redescendre le samedi à Vêpres. L’église, reconstruite en 1070, fut détruite par un incendie en 1434, 19 ans avant la prise de Constantinople par les Turcs musulmans : ce fut le signe de la disparition prochaine de l’Empire romain d’Orient, l’Empire byzantin, et de Constantinople, qui s’appellera ensuite Istamboul.
5. Il faut néanmoins remarquer que le 2 juillet est l’octave de la Nativité de saint Jean-Baptiste.
6. 31 mai : probablement parce qu’il y avait à cette date une fête de « Marie-Reine », instituée par Pie XII en 1954 et qui sera reportée par Vatican II au 22 Août, à l’octave de l’Assomption.
7. Les Quatre-Temps d’hiver : dans le rite romain, il y avait des cérémonies pénitentielles à chaque changement de saison, appelées « Quatre-Temps ». Les messes du mercredi et du vendredi étaient pénitentielles (avec jeûne) et le samedi soir on célébrait une grande messe de vigile du dimanche, au cours de laquelle l’évêque procédait aux ordinations. Celle du printemps coïncidait avec le Carême, et celle d’hiver avec l’Avent.
8. Selon le Proto-Évangile de Jacques, Joseph ne découvrira la grossesse de Marie qu’à son 6e mois, en rentrant d’un travail à Capharnaüm. Il voudra alors la répudier en secret, ce qu’on trouve en Mt 1, 18-24. Cela est confirmé par le « doute de Joseph », rapporté en Mt 1, 18-24.
9. Dieu, en effet, avait accompli le même prodige pour sainte Élisabeth que pour plusieurs femmes justes de l’Ancienne Alliance, toutes stériles et âgées, parce qu’il s’agissait du monde ancien, vieilli par le péché : Élisabeth est la dernière de cette lignée des femmes justes. Tandis que le prodige que Dieu accomplit en Marie est unique pour toujours et éternellement incompréhensible pour l’intelligence humaine (comme aussi pour l’intelligence angélique).
10. Ceci est souligné par saint Ephrem le Syrien (4e s.) dans son commentaire de l’Évangile concordant (S.C.n°121. Tout le § 31 du ch.I,IV p. 62-63, est admirable).
11. Origène (3e s.) : homélie sur la Visitation (homélie 7, in L’Évangile de Saint Luc commenté par les Pères, p.43-47).
12. Hébron était une ville « lévitique », c’est-à-dire sacerdotale : ces villes avaient été accordées aux prêtres comme lieu d’habitation, parce que la tribu de Lévi n’avait pas reçu de territoire lors du partage de la Terre promise par Josué [Jos. 21] (il y en avait 48 en Israël). Elle se trouve environ à 40 km au Sud de Jérusalem. De Nazareth à Hébron (il existait une route) il y a environ 200 km, qu’on peut faire à pied ou sur un âne (de 10 à 12 jours, ou de 5 à 7 jours).
13. Il semble raisonnable de penser que Jésus devait être, lors de la Visitation, un embryon d’environ 15 jours.
14. On peut se demander, d’ailleurs, si ce n’est pas à ce moment précis que s’accomplît la prophétie d’Isaïe le concernant : « Le Seigneur m’a appelé dès le sein, dès les entrailles de ma mère… » (Is. 49, 1, et jusqu’au verset 7). Origène semble le dire, dans sa très belle homélie sur la Visitation.
15. Il existe une icône étonnante, et remarquable, où l’on voit les deux saintes femmes, Marie et Élisabeth, se saluer, avec leur enfant respectif (bien dessiné) dans leur sein, saint Jean s’inclinant devant le Seigneur Jésus.
16. C’est une réminiscence du Livre de Judith. Ozias dit à Judith : « Sois bénie, ma fille, par le Dieu Très-Haut plus que toutes les femmes de la terre…» (Judith 13, 8). Cette jeune veuve avait sauvé la nation juive des armées étrangères (Assyriens ou Babyloniens ?) en tuant le général Holopherne. La Vierge Marie, elle, contribuera au salut de l’humanité et du monde entier en écrasant le Démon. C’est probablement en raison de cette occurrence biblique que la tradition liturgique universelle a ajouté « toutes » à la salutation mariale (« tu es bénie entre toutes les femmes…)
17. « Salut Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi [1ère partie, dite par l’ange Gabriel lors de l’Annonciation], tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni [2e partie, dite par sainte Élisabeth lors de la Visitation] ». C’est la plus belle prière à la Mère de Dieu. Elle est universelle, mais utilisée, telle qu’elle, surtout en Occident. La suite (« Sainte Marie Mère de Dieu, prie pour nous, pêcheurs… ») est un ajout occidental tardif, qui a d’ailleurs plusieurs variantes (forme définitive au 16e s. seulement) et qui n’est pas utilisée dans l’Orthodoxie.
18. Concile Éphèse (3e concile œcuménique) en 431, réuni pour condamner l’hérésie nestorienne : Marie sera proclamée « Théotokos », c’est à dire Mère de Dieu, parce que, si elle a engendré le Christ selon la chair (donc la nature humaine du Verbe), comme Il est une seule personne, indivisible, le Fils de Dieu, elle est bien « Mère de Dieu ». La théologie égyptienne l’a emporté sur la théologie antiochienne.
19. Souligné par saint Ambroise de Milan (Traité sur l’Évangile de Saint Luc, I, S.C. n° 54 bis, p. 81).
20. Le Magnificat était chanté aux Vêpres dans la Règle de saint Benoît, qui fut imposée à tous les monastères d’Occident par Charlemagne. Mais dans l’office divin gaulois, il était chanté aux Laudes.
21. Grec : psychê, latin : anima.
22. Grec : pneuma, latin : spiritus.
23. Le Seigneur nous enseignera ensuite à dire au Père céleste : « …que Ton Nom soit sanctifié… ». Jésus-Christ est le Nom du Père, parce qu’Il Le révèle. Le sanctifier signifie le reconnaître saint, comme son Père est saint, et Le glorifier. Marie prophétise cette sainteté.
24. En grec : eleos (miséricorde, pitié), que l’on retrouve dans eleison êmas, aie pitié de nous.
25. Dans la parabole du Riche insensé, le Christ fustige celui qui amasse des trésors pour lui-même « et qui n’est pas riche pour Dieu » (Lc 12, 21).
26. Il y a aussi à Hébron (Qiryat Arba de la Genèse) les tombeaux d’Isaac et Rébecca, de Jacob et Léa, c’est-à-dire les tombeaux des trois patriarches : Abraham, Isaac et Jacob.

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