Ajouté le: 16 Novembre 2010 L'heure: 15:14

Savoir mourir et ressusciter chaque jour : Car vivre consiste dans une mort continuelle

Entretien avec le Révérend Père archimandrite Arsenie Papacioc, monastère « Sainte-Marie », Techirghiol - Constanta, à l’occasion de son 95ème anniversaire 15.08.2009

 

Savoir mourir et ressusciter chaque jour : Car vivre consiste dans une mort continuelle

Stelian Gomboş : Révérend Père Arsenie, permettez-moi d’abord de vous adresser, à l’occasion de votre anniversaire, de sincères et chaleureux souhaits de „nombreuses et joyeuses années!” Je vous remercie beaucoup pour l’amour avec lequel vous m’accordez cet entretien. Ensuite, j’ai une première question: quel est le premier conseil que vous donnez aux chrétiens qui veulent porter des fruits dans la vie selon l’Esprit?

Père Arsenie Papacioc : Je recommande avant tout un état d’allégresse intérieure, intime, dans le cœur, état qui suppose la prière ininterrompue. C’est un état d’allégresse véritable, dégagé des soucis de la vie, des soucis que présente, d’une façon ou d’une autre, le chemin de la vie: de toute façon, un état d’allégresse. Quand on s’attriste, le diable couve ses œufs! Et cela produit un état d’absence, de ténèbre. Tant que l’être humain ne meurt pas à son mode de vie d’élévation de soi et de prétention, toute la création souffre. Nous vivons dans une grande unité, toute la création de Dieu est une unité. Quand nous nous éloignons de cette grande unité, nous sommes dans une position d’annulation, d’auto annulation. Je recommande donc une attitude de vie. La tragédie du monde entier doit être pleurée comme nos propres péchés, et l’état de prière signifie un état de présence. En ce qui me concerne, en tant que père spirituel qui toute la journée parle avec un monde qui a besoin de verticalité, je ne recommande pas des efforts ascétiques, des renoncements. Je recommande un état permanent de présence, qui signifie la reconnaissance des forces du bien qui sont en nous.

S.G. : Avez-vous connu des personnes qui avaient cet état de présence continuelle ?

P.A.P. : AOn ne peut répondre de façon complète à cette question: les personnes gardent leur vie cachée. J’ai vécu au bagne pendant 14 ans; je me suis trouvé avec toutes sortes de chefs indignes. J’étais dans une certaine relation avec Père Dumitru Staniloae, toutes proportions gardées, bien sûr, car j’étais un nabot à côté de lui. Au procès du Buisson Ardent  - nous étions tous les deux dans ce lot – il s’est montré un peu réservé. Mais, quand il est entré dans la prison, quand il y a rencontré de grands hommes de prière qui étaient depuis 20 ans en prison, qui connaissaient le Nouveau Testament presque par cœur – il y en avait peu qui ne connaissaient pas tous les écrits de saint Jean l’Evangéliste – Père Staniloae a été impressionné: il ne se passait rien, absolument rien, jamais, sans la volonté de Dieu. Car dit le Sauveur : « Pas un seul de vos cheveux ne tombe sans que Je le veuille ». Nous sommes conduits et gouvernés par Dieu dans tous nos mouvements; il nous faut donc être attentifs! En prison, il y avait des hommes de prière. J’ai vécu avec eux, avec Valeriu Gafencu, avec Virgil Maxim... J’ai même partagé la cellule avec Virgil Maxim. Nous avons vécu ensemble, il a été pour moi comme un disciple. Nous sommes restés longtemps à deux dans la cellule, à Aiud. On m’a gardé pendant des années à Zarca. Zarca était à Aiud une prison dans la prison. Vous ne pouvez pas savoir! Faite par les Hongrois pour les Roumains. On ne voyait rien; on regardait dehors dix minutes par mois. Rendez-vous compte: on était totalement dispensé de tout ce qui est matériel. Dans ces conditions, tous ces chrétiens priaient. Mais il est difficile d’apprécier quelle était l’intensité de la prière, et de satisfaire maintenant la curiosité de notre monde. Je vous le dis encore une fois: je recommande un état d’allégresse qui suppose la prière incessante.

S.G. : En tant que père spirituel, pouvez-vous nous dire pourquoi la Divine Liturgie est-elle considérée par tous les Pères comme le ciel descendu sur la terre ?

P.A.P. : La Divine Liturgie est en dehors de toute forme de comparaison. La Divine Liturgie est le Ciel, elle est Dieu; dans la main de l’être humain, bien entendu. C’est ce qu’il y a de plus important, la plus haute réalité possible. Et souvent je pense à la gloire que possède l’être humain. Car Dieu a créé deux réalités inouies qui ne peuvent être répétées. Il a créé une femme distincte qui a donné naissance à Dieu; et il a créé la prêtrise qui Le fait descendre d’en haut et L’enfante à nouveau sur le saint Autel. Qu’en dites-vous? Ce n’est pas un bout de pain là-bas : c’est un Dieu, c’est une création intégrale! Avec qui, avec quelle prière, avec quelle sainteté, oserions-nous comparer cela? C’est même Dieu, en totalité, sur le saint Autel. Et cette œuvre est accomplie par l’être humain! Parce que la nature humaine – comme le dit saint Grégoire de Nysse – est, de façon incompréhensible, plénitude. En ce qui concerne l’être humain, Dieu a encore un mystère caché, que ne connaissent même pas les anges : l’être humain est, au sein de la création, une créature totalement supérieure. La lutte de Satan, assidue et même ultime, tend à ce que nous ne reconnaissions pas que nous pouvons être à la ressemblance de Dieu. Oui, Dieu nous a créés ainsi. Que nous le reconnaissions ou non, nous sommes créés ainsi. Rien dans la création n’est comme l’être humain. Il est le seul maillon possible qui relie Dieu et la création. L’homme! A lui a été confiée la grande responsabilité de veiller sur l’entière création, il est le maître de la création. Ô homme, homme, vois qui tu jettes en enfer! – toi-même, c’est-à-dire, quand tu marches sur la voie de la perdition. Et la Liturgie, en fait, n’est pas une œuvre humaine, elle est au-delà des anges, au-delà de tout. Elle est même Lui, le Seigneur! Oui: « Je suis Je-suis », ici et maintenant! La Résurrection du Christ a eu lieu... Non seulement Il est Lui-même ressuscité: mais la création entière a connu un moment de reconquête et de résurrection

Pourtant la gloire entière de cet événement inouï, que nous évoquons avec crainte, n’aurait pas eu toute sa valeur, s’il n’y avait eu d’abord la Croix. Telle est donc la situation: la souffrance, puis le salaire. « Qui fuit la Croix fuit Dieu », dit saint Théodore Studite. Cela ne demande rien d’autre qu’un peu d’émerveillement. Nous n’offensons pas tellement Dieu par nos fautes, que par le fait que nous sommes indifférents. Ne tardons pas à nous émerveiller selon l’Esprit! Dans la hiérarchie de l’Eglise, aucun roi, aucun patriarche n’est plus grand. Le plus humble est le plus grand, dans l’Eglise et dans le Royaume des cieux. Sachez que l’humilité est la seule voie de Salut – et l’humilité est émerveillement..

S.G. : S’il vous plaît, expliquez-nous la citation de saint Théodore Studite.

P.A.P. : J’ai été arrêté il y a environ 44 ans, mais au procès du Buisson Ardent j’ai été condamné à 40 ans. Vasile Voiculescu, Dumitru Staniloae, Alexandre Mironescu et tous les autres ont reçu 15 ans chacun. On m’en a donné 40. Bien sûr je n’ai pas fait attention quand on m’a condamné, mais j’en ai payé le prix. Tous me traitaient comme un grand criminel. Même à Jilava un capitaine m’a un jour demandé de me déshabiller et de me raser: « Qu’as-tu fait, dis-moi? » «Je n’ai rien fait, moi ! » lui ai-je dit. « Dis-moi, si tu n’avais rien fait, on t’aurait condamné à 10-15 ans, mais à 40...» Vous voyez, même sans rien faire, on était condamné tout de même à 15 ans. C’était à des gens comme cela qu’on avait affaire; ceux qui vous déshabillaient, ceux qui vous tuaient... L’important est que tu aies une attitude de présence. On ne m’a pas tué; mais on m’a persécuté; on m’a jeté à la glacière, dans la chambre frigorifique. En trois jours je mourais, d’après leur estimation. Je ne suis pas mort en trois jours. On m’en a donné cinq. Je ne suis pas mort en cinq jours. On m’en a donné sept, je ne suis pas mort. Dieu n’a pas voulu. Mais c’était dur... Sois présent là où tu es: c’est cela qui est important. Et, désormais, advienne que pourra. Je suis homme: paille dans le vent... La mort ne compte plus, Pères. La mort est le salut!

Il existe, en l’être humain, un souffle, une ligne, un rayon de vie, qui ne cède pas. Et nous n’avons pas d’autre idéal que de consacrer à Dieu la béatitude de mourir torturés et lacérés pour une étincelle de vérité que nous savons en nous: pour la garder, nous irons, à la vie et à la mort, jusqu’à nous prendre aux mains avec les maîtres des puissances des ténèbres. Telle est la devise de tout chrétien. S’il n’en est pas ainsi, alors „mortua est”, elle est morte, la vie. Etant jeune j’étais le seul du village à aller à l’église. Ni vieille, ni vieux, ni personne: j’étais seul. Le prêtre disait: « je n’en ai qu’un qui vienne à l’église, et même lui ne reste pas jusqu’à la fin ». Moi, quand j’ai entendu cette parole... Je ne savais pas, j’étais un enfant. Quand commençait l’homélie, je croyais que tout était terminé. Je ne savais rien de la Liturgie, j’étais un enfant. Depuis lors je n’ai plus quitté l’église avant le départ du prêtre, pour être sûr que c’était fini !

Je suis Macédonien par mon père. Le père de mon grand-père a été prêtre en Macédoine, d’où vient également le nom de Papacioc. A l’origine, on nous appelait Albu. Au bout du compte... ni les facultés, ni les académies, rien ne te forme autant à l’état de présence continue que les prisons, que la souffrance. C’est une grande faute de l’ignorer. Quand le Sauveur était au lac de Génézareth, avec les Apôtres, Il a dit: « passons sur l’autre rive ». Il S’est couché dans la barque – pendant ce temps les vagues devenaient plus grandes: « Seigneur, Seigneur, réveille-Toi : nous périssons! », criaient les Apôtres. « Vous voyez-vous au fond de la mer, avec seulement Moi ? » C’est-à-dire: « N’ai-Je pas bien dit: passons sur l’autre rive ? Vouliez-vous une mer sans vagues ? Vouliez-vous un voyage sans épreuve ? » Mais ce n’est pas possible, parce que, en pratique, tout cela fait que ton cœur fond de plus en plus, et coule vers les grandes puissances de l’âme, vers Dieu.

S.G. : Traduisez-nous, Père: qui fuit la Croix fuit Dieu?

P.A.P. : tous les saints Pères disent cela, afin que vous n’ignoriez pas la souffrance, que vous ne refusiez pas la souffrance. Ne cherchez pas la Croix, mais si elle vient, prenez-la! Notre Sauveur Jésus Christ n’a pas voulu la Croix, mais quand elle Lui a été donnée, Il ne l’a pas repoussée. Il n’a cédé en rien. On l’a déchiré, mais Il n’a pas cédé. Il n’a rien dit de ce que ses ennemis auraient voulu qu’Il dît. Seulement ainsi, seulement par la Croix, pouvons-nous atteindre la Résurrection:  en conclusion, il faut savoir mourir et ressusciter chaque jour; parce que vivre consiste dans une mort continuelle.

S.G. : Révérend Père, que pouvez-vous nous dire des années que vous avez passées à vivre au désert?

P.A.P. : la vie au désert est tellement dépouillée qu’on ne peut même pas voir quelque chose à ses pieds par terre: aussi, quelqu’un de l’extérieur ne peut-il pas comprendre ce qui se passe au désert. C’est une présence, et une création intégrale, dans le cœur et dans l’activité de l’ermite. J’ai connu également pendant ces années l’épouvante, mais Dieu m’a aidé à rester présent. Les loups étaient très audacieux. Je n’avais pas peur des ours comme des loups, parce que les loups affamés attaquent en bande. C’est plus facile dans les forêts, parce que le loup ne tourne pas la tête pour regarder comme cela: gauche-droite. Il regarde droit devant. Dans les forêts, les arbres le trompent: il croit que ce sont des êtres humains. Et il a peur. J’ai remarqué que tous les animaux ont peur de l’homme. Ils en ont une peur mortelle. Nous faisions un mouvement pour chasser les ours, nous faisions un mouvement pour chasser les loups: tous avaient peur, même les loups tellement insolents. Oui, ce n’était pas une situation difficile, cela. Mais cela vous gardait présent. On était vu de tous les côtés; mais, sans discussion, il faut que je reconnaisse – je ne sais pas si vous pouvez me comprendre – que la puissance de Dieu nous maintenait. C’était une vie dépouillée, à l’écart aussi bien des paroles que de la compréhension des gens qui n’ont pas, animés d’un grand désir de sauver leur vie, vécu cela tant soit peu. Il est difficile de parler de réalités qui nous dépassent... Je n’étais plus vivant. Et pourtant j’étais vivant.

J’ai beaucoup de souvenirs: la neige... Une fois il a neigé, il a neigé pendant quatorze jours, jour et nuit. Tous les chemins, toutes les routes étaient recouverts. Nous avions une source à distance d’environ deux cents mètres de la cabane où nous restions. Vers la source les loups guettaient les biches qui venaient y boire. Mais j’étais, moi aussi une biche, savez-vous... Tous, nous avions besoin de la source. L’hiver il n’y avait pas de problème, parce qu’il y avait la neige et je faisais fondre la neige. Chaque fois que je la faisais fondre, je recevais des épines de sapin dans la gorge. Et c’était tellement insupportable! Il y a beaucoup de souvenirs ! Comment donner des exemples ? Comment matérialiser ce que je vivais ? J’ai beaucoup appris. Mais je n’étais pas un homme du désert. Si tu n’as pas l’état d’humilité, où que tu sois dans la vie, mais surtout dans la prison et au désert, tu ne tiens pas.

S.G. : où pensez-vous que c’était le plus dur: au désert ou en prison?

P.A.P. : à l’époque, rendez-vous compte, dans les prisons, ils ne croyaient pas en Dieu, les malheureux gardiens. Et ils étaient revenus à l’état sauvage, acharnés. A Aiud j’ai eu là un chef gardien, à Zarcà, il s’appelait Biro. En hongrois cela veut dire primaire. Il était tout-à-fait désagréable. J’y reviens: les bagnards ne croyaient pas en Dieu. Et ils étaient dangereux. Au désert je luttais avec le diable. Le diable croyait en Dieu. Il avait peur de Lui. Je pouvais tenir le diable à distance, et, pour cette raison, je n’avais pas peur. Car il vous accrochait, il tirait l’habit sur lequel j’étais assis, un manteau en peau sur lequel je m’allongeais durant la nuit.

Il se passait beaucoup d’événements. Mais ce n’était pas dangereux. Malgré tout, j’étais libre. Mais les humains ne goûtent pas la vie de liberté. Surtout, ils ne goûtent pas le souffle et la respiration, qui viennent de Dieu. Nos péchés, si nombreux, n’offensent pas Dieu autant que le fait notre indifférence. Il faut dire cela à tout le monde. Et je vous dis moi aussi cela maintenant. Faites acte de présence devant Dieu: « Seigneur, Tu m’as créé, Tu me vois ! » Il nous a créés seuls seulement pour Lui, non pour le diable, pour les passions.

Ne jouons pas avec le temps de notre vie. J’ai souvent eu l’occasion d’être appelé aux extrémités de la mort. Moi, dans cinq ans, j’accomplirai cent ans de vie sur cette terre. J’ai eu une vie bien vécue, en vérité: les bagnes, une vie intense, une vie qui mesurait le souffle et la respiration jour après jour, instant par instant. Donc cela oblige à adopter une attitude. Car je ne pouvais céder: c’était l’épreuve de la foi ou de l’incroyance. On ne joue pas avec ça. Mais cela ne m’a pas autant aidé à comprendre la profondeur du réel, comme d’être à l’extrémité de la mort. Cris... sentiments humains... les moribonds voyaient les démons, comme nous savons qu’ils viennent. Ils voyaient les péchés tels qu’ils avaient été commis, non pas tels qu’ils avaient été avoués. Et ils auraient voulu les avouer, mais ils ne le pouvaient pas... Retourner en arrière, plus possible, car elle était là, la mort. La mort ne vient pas pour que tu lui fasses un café! Rendez-vous compte de l’angoisse que c’était... Il y avait alors des âmes mortes avant la mort, et elles entraient dans l’inconnu et elles commençaient à apparaître, et tout commençait à apparaître, de la façon dont nous le montrent les divines Ecritures. Ainsi parle un saint Père: « Je voudrais que vous compreniez : si les tourments de l’enfer sont au niveau des tourments du jour de la mort, c’est assez ». C’est épouvantable. Et attention: tous voulaient vivre encore un jour. Nous disons, nous qui avançons en âge: « que faire en un jour ? » Non pas en un jour: en un instant tu peux faire beaucoup! Parce que Dieu n’a pas besoin de nos mots; Il a besoin de notre cœur, et nous pouvons le Lui donner en un instant.

S.G. : quand nous disons aux jeunes qu’ « il n’est pas bien de nouer des relations corporelles avant le mariage », certains commencent à rire et à dire: « hé, c’était comme cela il y a cent ans ! » Dans ces conditions, que pouvez-vous dire à ces jeunes ?

P.A.P. : que les pères spirituels soient très attentifs ici! Qu’ils ne prennent par leur parti en leur disant: « tel Père m’a dit que tu peux...» Ils soutiendraient leur point de vue érotique. Les jeunes ont besoin d’un soutien, d’une parole, de la garantie d’un clerc. Vous comprenez ? Ne bavardons pas. Regardez, même moi aujourd’hui j’ai eu une discussion: le médecin a dit à une jeune fille que, si elle garde sa grossesse, elle va sûrement mourir. Je lui ai dit : « tu mourras dans ton devoir suprême de maman, parce que t’attend la vie éternelle et bienheureuse ». « Non, ce n’est pas possible », a-t-elle répondu. Vous voyez, elle voulait avorter avec l’approbation d’un clerc, qui ait un nom et une réputation, si possible. Non! Les médecins n’ont aucune autorité; ils veulent que tu vives ici, mais moi je veux que tu vives au-delà, dans l’éternité. Qu’ils parlent, nous avons de quoi leur dire. Qu’on vive chrétiennement! Je voudrais vous dire que, si on ne reste pas tranquille, ce ne sera pas une plaisanterie. Il peut arriver des situations épouvantables, indescriptibles, comme un cas que je rencontre à présent. Que tu le veuilles ou non: mène ta vie comme Dieu l’a ordonné et comme l’enseigne l’Eglise, et c’est bon. Ceux qui ne luttent pas contre les passions ne connaissent pas le bonheur de la victoire spirituelle. Ils ne le connaissent pas. Il n’y a pas maintenant un autre Christ, différent de Celui du passé. Nous ne pouvons pas changer l’enseignement de Dieu comme il nous convient. Le même Christ, avec l’intégralité de Son enseignement, demeure pour tous les siècles.

S.G. : du point de vue spirituel, comment voyez-vous l’avenir de notre pays?

P.A.P. : c’est une question audacieuse qui devrait recevoir une réponse réservée. Moi, personnellement, je juge, d’après mon cœur: je vois une grande réponse, je vois une grande réponse que seule la Roumanie pourra un jour donner dans le monde. Je considère qu’en Roumanie il y a la vie la plus adéquate, le souffle et la respiration, suivant l’Ecriture. La Roumanie est clémente; elle ne mène pas de guerre de destruction; elle fait seulement des guerres d’avant poste, de défense. C’est justement la position des Ecritures. La Roumanie, je lui vois une grande mission dans le monde: pas du point de vue économique à tout prix, bien sûr; mais du point de vue du Salut à tout prix. Et c’est cela qui compte: parce que Dieu patiente, Il patiente, mais Il entreprend auparavant. Et nous, qui voyons cela, à cette question si audacieuse nous répondons: nous sommes Roumains – comment ne pas voir un bonheur pour mon pays ? Non parce que c’est mon pays, mais parce que je suis dans le cadre adéquat des Ecritures. Même s’il existe des chutes, les Roumains vivent l’Ecriture. Le Roumain comprend pourquoi tu as tendu la main. En Occident la situation ne se présente dans le même esprit. Beaucoup viennent me demander: « dois-je partir à l’étranger ? » – « Pars! Mais sache que tu en as fini avec l’Orthodoxie ! » Parce que là-bas on raisonne, on court à l’argent, c’est un autre monde. Bonne chance, je n’ai rien à dire. Nous comprenons ces personnes. Mais cela ne nous interdit pas de dire la vérité. La Roumanie a une grande mission spirituelle. C’est mon opinion. Que nous le vivions ou pas, nous verrons que c’est ainsi.

S.G. : si vous aviez à adresser aux jeunes un conseil, un mot, que leur diriez-vous?

P.A.P. : attention à ce que je leur dis: jeunes gens, donnez-moi votre jeunesse, si vous ne savez pas quoi en faire! Voilà ma réponse.

S.G. : ceci étant dit, je vous remercie beaucoup, Révérend Père, et vous souhaite de rester en bonne santé, de continuer à produire beaucoup de fruits spirituels !...

Entretien réalisé par Stelian Gombos
et traduit en français par P. Marc Antoine Costa de Beauregard

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