Ajouté le: 14 Avril 2010 L'heure: 15:14

Rencontre de L’archimandrite Syméon de Maldon avec le père Théophile de Sâmbăta de Sus (III)

Rencontre de L’archimandrite Syméon de Maldon avec le père  Théophile de  Sâmbăta de Sus (III)

Question : En Suisse, il y a surtout des personnes âgées dans les églises ; ici, c’est le contraire : nous voyons  beaucoup de jeunes à l’église.

Père Théophile : Vous auriez dû fréquenter d’autres églises en Roumanie, vous n’auriez vu que des vieillards. L’église Saint-Nicolas de Bucarest est un cas unique, car c’est l’église des étudiants. Dernièrement, j’étais à Cluj, avec un prêtre de Sambata dans une église où il y avait beaucoup de jeunes, mais, selon moi, ces jeunes allaient se diriger dans une direction opposée à celle de la foi. Et j’ai dit à mon ami : « Que de monde qui n’a rien à faire avec nous ! ». Il faut être réaliste. Même ici, à Sambata, lors de la Fête de la Dormition, il y a une foule immense. Mais ce sont des gens qui sont isolés dans leur propre famille. Nous constatons également que beaucoup de personnes vivent la foi comme une superstition : tout ce qu’ils accomplissent, ils le font en pensant à eux et non à Dieu. Ils espèrent que tout aille bien dans leurs affaires, dans leur vie. Ils considèrent Dieu comme un sponsor ou comme un terroriste. D’autres gens voient Dieu comme une possibilité, comme une probabilité, comme une idée, donc ils n’ont pas un rapport correct avec Dieu.

Question : Qu’est ce que l’Église doit comprendre de cet état de fait ?

Père Théophile : L’Église doit comprendre qu’elle n’est pas efficace. Ma mère venait souvent au monastère  et je lui demandais si les gens fréquentaient régulièrement l’église dans mon village, et ma mère me disait : « Pas trop, mais ce sont toujours les mêmes personnes ».

Monastèere de Sâmbăta de SusQuestion : Les monastères en Roumanie sont-ils peuplés de moines roumains principalement, ou y a-t-il des monastères avec une population monastique internationale ?

Père Théophile : Roumains, exclusivement.

Question : Est-ce que c’est un bien selon vous ou est-ce qu’il y a nécessité d’ouverture ?

Père Théophile : Ce n’est pas un manque d’ouverture de notre Église, mais il n’y a pas de sollicitation. J’ai connu deux étrangers qui ont vécu une partie de leur vie dans des monastères roumains. Une religieuse, qui a pris le voile en Moldavie et qui maintenant vit en France car elle est française, vit une vie monastique particulière, car elle n’est pas dans un monastère. Et également un moine français qui est devenu évêque auxiliaire à la Métropole roumaine d’Europe occidentale : auparavant il était architecte. Voilà deux situations que je connais.

Question : De quelle classe sociale ou intellectuelle sont les novices recrutés ?

Père Théophile : Cela dépend de la vocation de chacun. Mais, tout de suite après la révolution, il y a eu une mode, une vague de jeunes gens qui voulaient devenir moines, pas les meilleurs. Comme ils n’ont pas été suffisamment accompagnés le temps qu’il fallait, certains ont quitté le monastère, d’autres ont essayé de continuer. Ici, à Sambata, il y avait seulement trois moines après la restauration. Historiquement, le monastère de Sambata a été construit un peu avant 1700 par les soins du Prince de Valachie Constantin Brancovan, qui est devenu saint car il a été martyrisé à Constantinople. Puis, en 1785, les catholiques, pour se faire de la place « spirituelle », ont démoli les monastères en Transylvanie, y compris le nôtre. Ces monastères sont restés en ruines jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Le métropolite qui a fait restaurer le monastère de Sambata a souhaité y accueillir des moines ayant fait des études de théologie. Donc, nous avons commencé la vie monacale avec trois moines seulement. Parmi ces moines, un était extrêmement doué et doté d’une grande culture générale, ayant suivi des études de théologie et de beaux-arts. Ce moine a marqué non seulement les moines, mais aussi les fidèles. On parle encore beaucoup de lui et les personnes l’ayant côtoyé insistent pour qu’il soit inscrit au rang des saints. Le deuxième moine a été pendant vingt-cinq ans professeur de théologie, et quinze ans métropolite de Transylvanie. Le troisième moine est venu ici en 1940, il avait également étudié la théologie, il a vécu ici jusqu’à sa mort en 1990. Ensuite, d’autres moines ont été reçus sans que l’idéal de départ du métropolite soit respecté. Je suis ici depuis 1953, donc 54  années de vie monacale, et j’estime avoir eu une belle vie. J’ai vaqué à mes activités spirituelles, je suis très content de ce qui a été réalisé, je ne remets pas en question ce qui a été fait. Je suis convaincu d’aller au paradis, je vis ici dans le monastère comme à l’entrée du paradis. Je suis content et mon contentement provient de deux sources : la foi en Dieu et la culture. Je suis toujours disponible pour les personnes qui désirent me voir. Et je donne les conseils suivants : aller à l’église les dimanches et les jours de fête, prier tous les matins et les soirs ainsi qu’avant les repas, lire deux chapitres du Nouveau Testament chaque jour, pratiquer la prière de Jésus et jeûner les jours prescrits par l’Église. Je complète mes conseils par les règles de vie données par le Père Arsénié : oxygène, glycogène, sommeil, se garder des hormones et garder une conception de vie chrétienne. Il y a dix points, ceux du Père Arsène et les miens qui doivent être respectés. Je suis quelqu’un qui prêche la joie chrétienne.

(A suivre)

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