Ajouté le: 6 Décembre 2009 L'heure: 15:14

NOËL Un enfant parmi les animaux ou Se nourrir de la paille divine

NOËL Un enfant parmi les animaux ou Se nourrir de la paille divine

Noël, vient du latin « natalis », naissance (sous-entendu : d’un enfant). La fête de Noël est centrée sur un enfant, sur la naissance d’un enfant. Mais l’Evangile est extrêmement discret sur l’événement : un verset chez St. Luc (Lc. 2, 7) qui est le seul évangéliste à raconter la nativité du Christ, et un demi-verset chez St. Matthieu (Mat. 1, 25b) qui raconte uniquement l’adoration des Mages. Et le contenu théologique de cette fête échappe presque complètement au monde, car il s’agit d’un événement exclusivement chrétien, incompréhensible pour les païens et les athées, contrairement à la fête de Pâques qui est universelle, car tous les hommes sont confrontés à la mort.

Le Christ aurait pu apparaître sur la terre dans un corps d’adulte, et il n’avait pas besoin d’une mère terrestre, car il n’y a rien d’impossible à Dieu. Mais le Grand Conseil divin – la Divine Trinité – en a choisi autrement. Dieu a voulu venir sur Terre comme un enfant, et naître d’une femme comme tous les hommes. Un Dieu-bébé ! Quel mystère étrange ! Ce fait même est un océan théologique, dans lequel nous devons nous immerger.

Lorsqu’un enfant naît dans une famille, tout le monde est dans l’émerveillement, parce qu’un enfant représente la vie, l’avenir. Il devient le centre de la famille et de la maison. Et l’on prend soin de lui pour qu’il grandisse, parce qu’un enfant n’a pas pour vocation de demeurer enfant : il est une potentialité. Tout se trouve en lui, rien ne s’y ajoutera, mais tout est petit, en germe. Il faut qu’il grandisse, que son corps croisse et que son âme s’éveille. Un enfant est entièrement dépendant et d’une faiblesse totale : si on ne prend pas soin de lui, il meurt.

C’est la même réalité spirituelle qui existe entre l’Enfant Jésus et nous. Le Christ, Lumière du monde, est venu dans les ténèbres du monde déchu et « le monde ne l’a pas connu ; Il vint chez Lui, et les siens ne l’ont pas reçu »1. En effet, l’Evangile nous apprend qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie de Betléem. 

Et pourtant ces pauvres gens étaient exténués par un long chemin. Marie était une toute jeune femme enceinte2, proche du terme, Joseph était un vieillard. Les Juifs pieux de Bethléem avaient bien trop d’occupations « importantes » pour se préoccuper de ces gens-là, des Galiléens, des Juifs de seconde zone… Peut-être préparaient-ils la fête de Hannoukah,  si tant est que le Christ soit né au solstice d’hiver, ce que nous ignorons totalement.

L’Enfant-Dieu ne sera pas reçu par les hommes. Il sera reçu par le Cosmos : les trois règnes l’accueillent : le minéral (la grotte), le végétal (la paille) et l’animal (le bœuf et l’âne). Souvenons-nous de ce qu’avait répondu le Christ aux prêtres du Temple offusqués par les « Hosanna » des enfants le jour des Rameaux : « s’ils se taisent, les pierre crieront ». A Noël, nous voyons le Cosmos crier son admiration pour l’Enfant-Dieu, parce que les hommes se taisent.

La grotte, il est vrai, n’est pas mentionnée dans l’Evangile : elle nous vient de la Tradition. Mais l’Evangile nous laisse entendre que Marie et Joseph sont dans la « nature », la nature cosmique. Et nous savons qu’en Judée, on avait l’habitude d’utiliser les grottes naturelles comme étables. Une grotte est un lieu ténébreux, inhospitalier, triste et parfois dangereux (serpents, rats, scorpions…). Cette grotte symbolise le cœur de l’homme – lieu caché par excellence – : c’est le cœur de l’homme-sans Dieu. L’homme a été exclu du Paradis parce qu’il a exclu Dieu du temple de son cœur. Le Christ vient naître dans la grotte de notre cœur, dans cet abîme qu’est notre être intérieur, où il y a autant d’inconscient que de conscient3. Il vient dans ce cœur ténébreux et ingrat, mais Il y vient petit, enfant, bébé, pour ne pas nous effrayer, contrairement à Pâques où Il descend dans la grotte de l’Enfer, adulte, pour y faire éclater Sa puissance divine, car c’est l’aboutissement de Son combat contre la mort.

Aujourd’hui, à Noël, le Christ vient en nous, enfant, pour que nous prenions soin de Lui. Il nous dit : n’aie pas peur, Je ne suis qu’un enfant, Je ne peux pas te faire du mal ; accueille-Moi, prends-Moi dans tes bras, aime-Moi comme Moi Je t’aime.

Si nous prenons soin de Lui, Il va pouvoir grandir en nous et Il pourra nous transformer. La grotte de notre cœur deviendra moins ténébreuse et se transformera petit à petit en Temple de Dieu, en salle de noces. Si nous ne l’accueillons pas, si nous ne prenons pas soin de Lui, Il va mourir, c’est-à-dire disparaître à nos yeux, car un enfant ne peut pas s’imposer : il est ontologiquement faible. Seul le Saint-Esprit continuera à gémir en nous après Dieu, tout en nous laissant libre.

Mais il n’y a pas que la grotte qui soit riche de symboles. Dans cette grotte, il y a des animaux. L’Evangile nous mentionne la crêche, c’est-à-dire une mangeoire pour les animaux, remplie de paille, c’est-à-dire de foin. Et les animaux s’y trouvent parce qu’il fait nuit (l’évènement a eu lieu la nuit, car les Bergers veillaient sur leurs troupeaux4. La Tradition nous indique le bœuf et l’âne, parce que ce sont les deux animaux mentionnés par Isaïe lorsque la colère du Seigneur s’enflamme contre Son peuple5, huit siècles avant Noël, et parce que le Christ Lui-même cite plusieurs fois ces deux races d’animaux. La Tradition y a vu le symbole des deux peuples : les juifs (l’âne, qui porte le Messie), les Gentils (le bœuf qui est eunuque : ils n’ont pas engendré le Messie). Mais il y a un autre sens. Le Christ naît au milieu des animaux parce que l’homme est devenu comme un animal6. Le Christ s’est mis à notre niveau, à notre portée.

Et le Christ est couché dans la mangeoire des animaux, dans de la paille. L’Evangile insiste beaucoup sur la crèche, qui est citée trois fois par Saint Luc. Elle est indiquée aux Bergers comme critère de reconnaissance du Messie (« vous trouverez un nouveau-né emmailloté de langes et couché dans une crèche ». Luc. 2, 12).

Le symbole est remarquable. Le Christ nous dit : vous vous conduisez comme des animaux, alors Je me mets à votre niveau, dans la paille. Mangez-Moi : Je suis la paille divine, et vous revivrez. Nous pouvons avoir l’audace de dire que, dans un certain sens, c’est une préfigure de l’Eucharistie. Le corps et le sang du Christ sont en effet destinés à être mangés et bus par les hommes pour être sauvés et déifiés. Nourrissons-nous de cette paille divine dans cette très sainte nuit de Noël. Christ est né !

P. Noël Tanazacq

Notes :

1. Prologue de Saint Jean 1, 9 -11.
2. La Tradition dit qu’elle avait 16 ans.
3. Le Christ parlera sévèrement du cœur de l’homme : « c’est du cœur que procèdent la méchanceté, la jalousie, le meurtre, l’adultère… » (Matt 15, 19).
4. Cette nuit astronomique est le symbole de la nuit spirituelle de l’Homme, celle de la chute.
5. « Le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche son maître. Israël ne connaît rien ». (Is. 1, 3). C’est la première lecture prophétique de l’Avent dans le rite occidental.
6. On retrouve plusieurs fois cette comparaison dans la Bible, et notamment chez les prophètes Isaïe et Jonas.

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