Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Revue de spiritualité et d'information orthodoxe
Preuve légale de Sa mort et condition de Sa résurrection (Mt 27/57-66; Mc 15/42-47; Lc 23/50-56; In 19/38-42)
Le noble Joseph descendit du bois Ton corps très pur, l’enveloppa d’un linceul immaculé et le déposa,
couvert d’aromates, dans un sépulcre neuf1
Depuis plusieurs années2 nous avons entrepris de faire une exégèse précise de toute la Passion du Christ. Nous avons abordé d’abord les prémices : la résurrection de Lazare3, l’Onction à Béthanie4 et l’Entrée messianique du Christ à Jérusalem5. Puis la Sainte Cène6, qui constitue le point d’articulation entre les prémices et la Passion elle-même. Et enfin la Passion proprement dite : l’arrestation, le jugement et la condamnation à mort du Christ par le Sanhédrin7, Son jugement par Pilate8 et enfin Sa crucifixion et Sa mort9. Maintenant nous achevons ce chemin de souffrance du Christ avec Sa mise au tombeau, qui n’est pas de moindre importance, parce qu’elle est la condition même de Sa résurrection. Les quatre évangélistes la rapportent, et ces péricopes sont lues le Samedi Saint dans tous les rites. Tous les Pères de l’Église qui ont commenté l’Évangile en parlent. Tous ceux qui ont l’expérience de vivre liturgiquement la Semaine Sainte, savent que c’est un moment de paix après le déchaînement de haine contre Jésus : c’est la quiétude du sabbat, le grand sabbat divin. La mort est une horreur, mais elle est aussi un apaisement.
Le Christ vient de mourir en tant qu’homme : c’est attesté par le coup de lance du centurion9 qui Lui a percé le cœur – ce cœur qui aime tous les hommes – d’où il est sorti « du sang et de l’eau », au témoignage visuel de Saint Jean, et qui est un symbole de l’Eucharistie. Le cosmos entier hurle : tremblement de terre, éclipse du soleil, éclairs, orage, grondement de tonnerre : c’est la panique générale. L’officier romain conclut : « cet homme était vraiment le Fils de Dieu ». Le voile du Temple se déchire de lui-même, mettant à nu le Saint des Saints, comme Dieu est mis à nu dans Son humanité. Tout est dévoilé. Le Sanhédrin se terre dans son antre de l’esplanade du Temple, mais ne cède pas (à quelques exceptions près). Voici le tableau redoutable qui préfigure la Fin des temps.
Il est tard : 15h. Dans 3 ou 4 heures commencera le sabbat, et on ne pourra plus bouger. Il y a urgence : on a peu de temps. Le sabbat commençait lorsqu’on apercevait les trois premières étoiles : on sonnait alors les trois derniers coups de trompette au Temple, du portique du sabbat. Le peuple était prévenu : il fallait se conformer à la Loi. À Jérusalem, qui se trouve dans un pays méditerranéen, à 31° de latitude (celle du Sud de l’Algérie), au début du printemps, le soleil se couchait vers 18h, c’est-à-dire à la fin de la 12e heure romaine du jour, et l’apparition des trois premières étoiles environ 1h plus tard, vers 19h (vers la 2e heure romaine de la nuit). On disposait donc de très peu de temps (3 petites heures) pour accomplir une tâche longue et difficile.
Le Christ vient de mourir, c’est-à-dire qu’Il vient de rendre Son âme humaine à Dieu Son Père, librement, lorsqu’Il l’a voulu. La loi romaine permettait aux parents des condamnés à mort de récupérer leurs corps pour leur assurer une sépulture décente. Or, Sa mère, Marie, est présente : elle peut donc en principe récupérer le corps de Son Fils Jésus. Mais comment faire ? D’autant plus qu’elle est proche de l’évanouissement, brisée par la mort de Son Fils unique, Jésus, le Fils de Dieu. Dépendre un condamné d’une croix était extrêmement difficile, d’autant plus que Jésus était grand : Son corps pesait lourd. De plus c’était une tâche difficile psychologiquement, car Il était couvert de sueur et de sang. Et si les amies du Christ présentes (Marie Jacobée et Marie Salomé, Marie de Magdala, et peut-être d’autres) L’ont aidé à supporter Son supplice, ces femmes n’avaient pas la capacité physique d’accomplir un tel travail. Quant à Saint Jean, qui était aussi présent, il était un tout jeune homme, réservé et plutôt timide, et ne pouvait pas beaucoup les aider. Heureusement, le Père céleste avait tout prévu pour Son Fils bien-aimé, qui venait de donner Sa vie pour sauver tous les hommes. Deux hommes remarquables vont se présenter et assumer tout cet office funéraire : Joseph d’Arimathie et Nicodème le Myrrhophore.
Joseph dArimathie10 était un membre « éminent » du Sanhédrin. Grand propriétaire terrien à Arimathie11, il était riche, et respecté pour sa sagesse et sa bonté (« homme juste et bon » Lc 23/50). Il était disciple du Christ « en secret par crainte des juifs » (Jn 19/38) comme son ami Nicodème.
Nicodème le Myrrhophore12 était aussi membre du Sanhédrin et disciple de Jésus en secret (il était venu Le trouver de nuit pour Le questionner – Jn 3/1-21). Il était pharisien et docteur de la Loi, un rabbi (Jn 3/10). Ami de Joseph d’Arimathie, il était aussi un grand propriétaire terrien et riche. Il prit ouvertement la défense de Jésus devant le Sanhédrin (Jn 7/50-53). Il est intéressant de voir qu’un Pharisien pouvait aussi croire en Jésus et vivre saintement.
Joseph d’Arimathie prend les choses en main. La tradition dit qu’il avait réussi, avec Nicodème, à se faufiler et à être proche de la Croix (ils étaient de grands personnages, connus des Romains) avec Marie et les femmes-disciples. Dès la mort du Christ, Il se rend auprès de Pilate et lui demande « hardiment » le corps de Jésus, probablement au nom de Marie, la mère de Jésus. Entre le Golgotha et la forteresse Antonia, où réside Pilate, il y avait de 400 à 500 m (comme les hommes de cette époque portaient des robes et de longs manteaux, il était difficile de courir…). C’était très courageux de sa part et risqué, car il se dévoilait publiquement comme disciple du Christ, alors qu’il était un personnage connu, comme le fait remarquer Saint Jean Chrysostome13. Pilate « s’étonne que Jésus soit déjà mort ». Il ne manquait pas de culot14 ! Personne n’avait jamais souffert comme Jésus. Mais il fait vérifier : il fait venir le centurion, qui confirme la mort du Christ (il Lui a lui-même percé le cœur). Alors Pilate accorde le corps de Jésus à Joseph, probablement en raison de sa notoriété (en tant que membre important du Sanhédrin).
C’est un évènement extrêmement important, car si Joseph n’avait pas fait cette démarche (à la place de Marie qui était dans l’incapacité de la faire), comme la Loi interdisait que les corps des crucifiés restent sur leur croix pendant le sabbat15, il aurait très bien pu se faire que les sanhédrites Le réclament à Pilate et Le jettent dans une fosse commune (ou dans les ordures). Saint Joseph, inspiré par le Saint-Esprit, a protégé le très saint corps du Christ de la profanation par ceux qui Le haïssaient même après Sa mort (cf. Mt 27/64). Aussitôt Joseph se met en quête des linges mortuaires (linceul, suaire, bandelettes) ou les fait acheter par des serviteurs, tandis que Nicodème se met en quête des aromates. Ces hommes riches possédaient toujours de somptueuses maisons à Jérusalem avec du personnel.
Après, il fallait accomplir la descente de croix, ce qui était très difficile, et demandait la présence de plusieurs hommes (solides) et de beaucoup de matériel (échelles, tenailles, civière, linges…). Comme Joseph et Nicodème avaient beaucoup de serviteurs, il est possible qu’ils soient venus avec du personnel (notamment pour porter le matériel). Le Dr Barbet16 estime qu’il fallait au moins 5 hommes pour dépendre le Christ et Le transporter jusqu’au sépulcre (l’Évangile n’en mentionne que 3).
Ceux qui crucifiaient étaient des bourreaux professionnels (les soldats romains ne s’occupaient pas de ces basses besognes) et, en général, c’était eux qui dépendaient les crucifiés (et les familles les payaient). Il est certain que Joseph et Nicodème n’ont pas eu recours à ces bourreaux, ce qui eût été une profanation, mais qu’ils dépendirent eux-mêmes le corps du Christ de la croix : « ils prirent le corps de Jésus… » Jn 19-40). Ils accomplissent donc ce sacrement funéraire, aidés par Saint Jean et probablement par les Saintes femmes, avec un immense recueillement et un cœur brisé de chagrin (comment toucher de ses propres mains le corps mort de Celui qui est la Vie ? Cela dépasse l’intelligence, les sentiments et l’imagination). Marie reçoit certainement dans ses bras le corps de son Fils, comme on le voit dans les pieta17 occidentales et sur les icônes, notamment des antimensia18 et des epitaphia19 orthodoxes. La tradition dit que c’est elle qui a retiré la couronne d’épines de la tête de Jésus et a remis ses cheveux en place. Il est à peu près certain qu’on a mis à ce moment-là sur le visage du Christ un « suaire », destiné à essuyer la sueur, les saletés (Jésus était tombé plusieurs fois à terre pendant le chemin de croix) et surtout le sang. Mais comme la question du suaire est difficile et controversée, nous allons l’aborder ci-dessous, après avoir parlé du linceul.
Où mettre le saint et précieux corps de Jésus ? Il n’était pas possible de chercher un lieu de sépulture dans un délai aussi court, d’autant plus que Marie n’était pas riche. Le Saint-Esprit avait tout prévu. Le droit romain et la Loi de Moïse interdisaient d’enterrer les morts dans la ville. Or, il se trouve que, tout près du Golgotha, il y avait un cimetière. Le site du Golgotha était celui d’une ancienne carrière de pierre, abandonnée au 1er siècle av. J-C, au milieu de laquelle se trouvait un piton calcaire20 servant de gibet, qui était le calvaire. Le reste avait été transformé en jardin en terrasses. Et dans les bancs de pierre qui affleuraient, les personnages riches de Jérusalem se faisaient creuser des tombeaux (des grottes funéraires). Or, c’était le cas de Joseph d’Arimathie, car les Juifs pieux voulaient reposer à Jérusalem, près du Temple (ils connaissaient les prophéties et notamment celle de Zacharie, qui avait prophétisé la venue du Seigneur à la fin des temps sur le mont des Oliviers21). Il s’était fait creuser dans la roche un tombeau pour lui-même, récemment. Saint Matthieu, Saint Luc et Saint Jean parlent d’un « tombeau neuf, taillé dans le roc, dans lequel personne n’avait encore été mis » : il s’agit donc d’un tombeau vierge, unique, qui n’a jamais contenu de mort (Dieu n’a pas créé la mort). Ces tombeaux étaient des grottes creusées dans le rocher, avec une porte basse, qui comportait au centre une table de pierre (dite « pierre de l’onction »), sur laquelle on préparait les corps, et avec des loculi, ou niches funéraires, cavités creusées dans la paroi rocheuse pour y mettre les corps des défunts. Mais celui-ci ne comportait qu’une seule niche22 : le Saint-Esprit l’avait prévu exclusivement pour le corps du Christ (et pour l’éternité, car il demeurera un signe de l’amour ineffable du Christ pour tous les hommes, de même que Ses stigmates). Joseph offre son tombeau à Marie, pour son Fils. On dépose le corps du Seigneur sur une civière (un grabat) et on Le transporte jusqu’au tombeau, qui se trouve à 45 m du Golgotha. Pour porter le corps d’un homme de cette taille, il fallait au moins 4 hommes. Le corps du Seigneur est déposé sur la table en pierre qui se trouvait dans l’antichambre de la grotte funéraire, on allume des torches parce qu’il y a très peu de lumière. Le corps va alors être « embaumé »23, c’est-à-dire enduit entièrement d’aromates. C’est Nicodème qui les a apportés et offerts : « cent livres de myrrhe et d’aloès », ce qui valait une fortune. La livre romaine pesait 326 g : 100 livres pesaient 32,6 kg. Les aromates étaient une sorte de pommade faite d’un mélange de myrrhe24 et d’aloès25 avec un liant huileux, qu’il fallait longtemps travailler et malaxer, et fort coûteux, dont on enduisait le corps intégralement. Il en fallait environ 30 kg pour un cadavre. C’était un traitement mortuaire de luxe réservé aux grands personnages (grands-prêtres, princes et gens très riches). Son but était d’empêcher (ou de retarder) la putréfaction des corps morts, d’en éloigner les insectes et surtout d’empêcher les odeurs pestilentielles de chair pourrie26. Il était impensable que le corps du Christ mort puisse entrer en décomposition et sentir la mauvaise odeur du monde déchu. Ces hommes myrrhophores étaient prophètes, comme le seront les saintes femmes, au matin de Pâques.
Après avoir enduit le corps de Jésus sur la table funéraire, ils l’enveloppent dans un « linceul27 pur28 » qui recouvrait entièrement le corps – selon les coutumes juives – le pliage se faisant au niveau de la tête. Ce linceul nous le possédons : il est conservé à Turin29. Il s’agit d’un drap funéraire juif en lin, de facture luxueuse, long de 4,37 mètres et large de 1,11 m, sur lequel il y a l’image du corps du Christ mort, des deux côtés (de face et de dos) : c’est l’éclair de la lumière incréée survenue dans le corps du Christ par le Saint-Esprit, au moment de Sa Résurrection, qui en a fixé l’image sur le linceul comme sur une plaque photographique, image parfaite et indélébile pour l’éternité. On a retrouvé des traces de myrrhe et d’aloès sur le linceul de Turin. Elle est la relique la plus précieuse du Christ qui existe sur la terre. Elle a permis aux scientifiques et aux biblistes d’avoir une connaissance précise de l’aspect physique et de la physiologie du Christ, ainsi que de Sa Passion. Et toutes ces données scientifiques confirment l’Évangile et la tradition. Puis ils ont lié l’ensemble avec des « bandelettes » qui étaient des bandes de lin destinées à tenir le linceul autour du corps, lorsqu’on déplaçait le cadavre.
Nous devons maintenant aborder le problème difficile du Suaire du Christ. L’usage juif voulait que l’on couvre le visage d’un crucifié d’un suaire, une sorte de grand mouchoir qui couvrait le visage et parfois toute la tête, et qui permettait d’essuyer la sueur30, le sang, la bave et autres sécrétions naturelles pour donner au défunt un visage plus humain, moins tragique. Les Évangélistes n’en parlent pas à propos de la mise au tombeau. Par contre Saint Jean en parle lorsque Pierre et lui-même viendront au tombeau avec Marie de Magdala le matin du dimanche de Pâques. Pierre entre dans le tombeau et voit « les linges [funéraires] posés là [sur le banc funéraire du loculus] et le suaire qui était sur Sa tête, non pas là… mais roulé à part dans un autre endroit » (Jn 20/6-7), tandis que Saint Luc dit que Pierre « voit les linges seuls » (Lc 24/12). Une difficulté tient au fait que le terme grec ta othonia peut signifier « les bandelettes » [funéraires] ou « les linges » [funéraires]31. Mais Saint Jérôme a traduit ce terme en latin par linteamina, qui signifie « linges » [funéraires]32. Cela explique que Saint Jean ne parle pas du linceul (« les linges » : le linceul et les bandelettes).
Quant au suaire, expressément mentionné par Saint Jean, qui l’avait vu lors de la mise au tombeau, cela indique qu’il n’a pas été laissé sur le corps de Jésus avec le linceul (comme certains le pensent) pour des raisons rituelles. On devait envelopper le corps du défunt dans un linceul « pur » au sens rituel : or, le suaire était non seulement « sale » (sécrétions diverses et poussières), mais aussi impur, parce que rempli de sang (tout écoulement de sang était considéré comme impur par la Loi de Moïse). De plus, il avait rempli sa fonction de rendre propre le visage du Christ et d’éponger Son sang : il n’avait donc plus d’utilité. Mais Joseph et Nicodème l’ont soigneusement rangé dans un coin, parce qu’il contenait le précieux sang du Christ. Pourquoi Saint Jean dit-il qu’il est « roulé », ce qui est surprenant pour un tissu de petite taille, qui aurait dû être plutôt « plié » ? Mais comment plier un mouchoir rempli de sang ? Janice Bennet33 avance une raison intéressante : il avait été enroulé autour de la tête du Christ, pendant le transport de Son corps jusqu’au sépulcre, et peut-être noué au sommet de Sa tête : il est probable qu’on l’ait laissé tel quel, d’où son aspect « enroulé », d’autant plus qu’on disposait de peu de temps.
Quoi qu’il en soit, nous possédons ce suaire, le Saint Suaire du Christ, qui est conservé à Oviedo34 (au Nord de l’Espagne) et fait 83 x 53 cm, en lin, de facture ordinaire et de couleur blanche, avec des taches de liquide [sérum] et de sang, qui est le même que celui du Saint Linceul de Turin et de la Sainte Tunique d’Argenteuil (groupe sanguin AB). Il est quasiment certain qu’il a été posé sur le visage du Christ, tenu à Ses cheveux par une épingle (dont on a retrouvé les trous dans le tissu) lors de la descente de la croix et pendant le trajet jusqu’au sépulcre, qui aprobablement duré de 5 à 10 mn.Il est improbable qu’il ait été laissé sur Son visage avec le linceul, car si tel était le cas, le visage du Christ aurait été imprimé sur lui comme sur le linceul. Il a été étudié scientifiquement : on a constaté qu’il y avait une correspondance des taches de sang avec celles du Linceul de Turin (il y a 70 points de concordance entre les taches visibles du Suaire et du Linceul). Il faut ajouter que ce suaire, attesté par l’Évangile, n’a aucun rapport avec le suaire de Véronique rapporté par la tradition35.
Tous les linges mortuaires qui ont touché le corps du Christ étaient en lin. Le tissu de lin – entièrement végétal, et qui ne pouvait pas être mélangé à la laine, d’origine animale (Dt 22/11 et Lv 9/19) – était beau, solide et luxueux, à peu près imputrescible. Tous les vêtements du grand-prêtre du Temple, devaient être en lin (en « lin fin retors ») jusqu’au caleçon (Ex.28 et 39). Cela nous permet de dire quele Christ a été mis à mort comme un esclave (la Croix), mais qu’Il a été mis au Tombeau comme un grand-prêtre (Isaïe avait prophétisé : « On a mis Son Tombeau avec les princes » - Is. 53/8).
Enfin, le précieux corps du Christ est déposé dans un « loculus », une cavité creusée dans le roc, avec un banc funéraire. Tout cela se passe à la lumière des torches, en raison de l’obscurité. Seuls les trois hommes, Joseph, Nicodème et Jean pouvaient tenir dans cet espace étroit, avec probablement Marie en larmes et priant, les autres saintes femmes se trouvant probablement à l’entrée du tombeau.
Marie, mère de Jésus et mère de Dieu, est écrasée, anéantie, broyée par la souffrance : elle veut toucher le corps de son enfant Jésus blessé et meurtri, rempli de sueur et de sang, et surtout elle a vu la plaie béante du coup de lance qui Lui a percé le cœur (7 cm, d’après l’image du Saint Linceul) : la prophétie de Saint Siméon l’Ancien s’accomplit36 : son cœur de mère est transpercé ; elle vit intérieurement la Passion de son Fils et y communie. L’office byzantin des « Éloges », qui sont en fait les Lamentations de Marie (et de l’Église) sur le corps du Christ mis au tombeau (chantés le soir du Vendredi Saint, devant le tombeau, sur lequel on a déposé l’epitaphion) est un chef-d’œuvre liturgique, qui permet de ressentir ce qu’ont vécu Marie, les saintes femmes, Jean, Joseph et Nicodème en ce moment crucial, tragique, où notre intelligence se tait.
Les hommes roulent la pierre du tombeau qui est très lourde. Les saintes femmes ramènent Marie, qui est dans un état second, au Cénacle. Le soir tombe : les trois étoiles annonçant le début du Sabbat vont bientôt briller (Saint Luc dit : « le sabbat commençait à luire » - Luc 23/54). La vie profane s’arrête.
Mais cette histoire sainte ne s’arrête pas là. « Le lendemain » (Mt 27/62), c’est-à-dire le samedi matin, au début du sabbat diurne, « les grands-prêtres et les Pharisiens », c’est-à-dire les sanhédrites, vont trouver Pilate, ce qui est une transgression du sabbat (alors qu’ils n’avaient pas cessé de reprocher cela au Rabbi Jésus37). Il ne leur suffit pas d’avoir condamné à mort le seul homme juste et bon – Jésus-Christ –, de L’avoir livré aux païens pour Le torturer et Le tuer, ils veulent plus. Ils demandent à Pilate de faire garder le Tombeau « jusqu’au troisième jour », parce que « cet imposteur a dit de Son vivant : après trois Je ressusciterai des morts. Et cette dernière imposture serait pire que la première ». Ils poursuivent le Christ de leur haine jusque dans la mort, sans respect pour le Défunt, ni pour Sa famille (Marie). Satan en veut toujours plus. Il pense avoir gagné et il voudrait bien effacer jusqu’à la mémoire de Jésus, car il veut prendre Sa place devant les hommes. On peut remarquer que les iniques et les pervers voudraient toujours s’approprier l’histoire, pour s’assurer d’une célébrité post-mortem. L’homme déchu est d’une bêtise affligeante.
Pilate est excédé par ce qu’il considère comme des « juiveries », des bisbilles entre Juifs. Pour l’État romain, l’affaire est terminée. Débrouillez-vous entre vous : « Vous avez une garde, gardez-Le comme vous l’entendez ». Pilate autorise les Juifs à garder le Tombeau du Christ pendant trois jours. Ils s’en mordront les doigts ! Un huissier vient mettre le sceau du grand-prêtre sur la pierre qui ferme le Tombeau38, et une partie de la garde du Temple campe devant (et non pas des soldats romains). Comment les sanhédrites ont-ils su où se trouvait le sépulcre du Christ ? Il est possible que Joseph les en ait informés (il était un membre du Sanhédrin), mais ils avaient aussi des indicateurs partout à Jérusalem.
Mais cette ultime offense faite au Christ-Dieu va se retourner contre les sanhédrites, comme le fait remarquer Saint Ephrem le Syrien39, et contre Satan. En effet, le monde entier a eu la preuve de la mort du Christ, par le coup de lance du centurion, validé par le gouverneur romain – représentant de l’empereur –, le corps du Christ mort est déposé dans un tombeau scellé et gardé par les hommes du Sanhédrin avec l’autorisation de l’État romain (qui est sa caution juridique). Tout a été fait dans les règles, politiques et religieuses. C’est une preuve historique. Dans 33 heures40 le Christ va ressusciter, passant avec Son corps déifié à travers la pierre du tombeau, sans toucher aux scellés (c’est l’ange qui roulera la pierre pour les saintes Myrrophores). Puis Il Se montrera vivant à des centaines, ou peut-être même à des milliers de gens. Personne ne pourra dire qu’Il n’était pas vraiment mort, comme le penseront certains hérétiques, ni qu’on a subtilisé Son corps41 (comme le répandront les sanhédrites et les juifs « jusqu’à ce jour ». Mt 28/15). Les magnifiques tropaires byzantins de l’office de la Résurrection (l’Octoèque)42 insistent beaucoup sur « le Tombeau scellé », qui constitue une preuve : Dieu est sorti de Lui-même du tombeau scellé par Sa toute-puissance, sans intervention humaine, ni angélique. Et le fait que ce tombeau n’eût jamais servi, et qu’il ne contenait qu’un seul corps défunt, bien identifié, empêchera qu’il y ait un doute sur la personne de Celui qui ressuscitera, comme le fait remarquer judicieusement Saint Jean Chrysostome.
Nous sommes arrivés au terme de cette longue exégèse de la Passion et de la mort du Christ. Ce qu’a vécu l’Homme-Dieu, Jésus, dépasse notre intelligence et notre imagination. L’humilité et la bonté de Dieu dépassent notre intelligence et notre imagination. Les mots et les images nous manquent. Heureusement, le Christ n’a fait qu’« effleurer » la mort : dans trois jours Il ressuscitera. Nous sommes comme les 11 Apôtres : nous ne pourrions pas supporter plus. Avec Marie la Mère de Dieu, nous pouvons crier : le Christ va ressusciter !
Postface
Le Tombeau du Christ depuis 2000 ans et le miracle de la Sainte Lumière
Le Tombeau du Christ est toujours à sa place exacte à Jérusalem, et il est le centre de l’Église universelle, du monde, du cosmos et de toute la création. Le Père céleste n’a pas permis qu’il soit détruit par les impies. Et, s’il se trouve dans la cathédrale du patriarche orthodoxe de Jérusalem, ce qui est normal puisqu’il est l’évêque du lieu, il est néanmoins sous la garde de toutes les confessions chrétiennes « apostoliques »43, ce qui est probablement une prophétie du retour de l’Église à son unité première. Plus encore, il se trouve dans une ville et un pays qui sont majoritairement juifs et musulmans, ce qui est une prophétie du retour d’Israël à son Messie, Jésus de Nazareth, et de la conversion des Musulmans au 7è siècle. Tous les ans, à Pâques (le samedi Saint), a lieu le miracle de la Sainte Lumière, c’est-à-dire de la descente du Feu divin qui allume miraculeusement la veilleuse qui se trouve sur le tombeau du Christ, rappelant que c’est la Lumière incréée qui a ressuscité le corps de Jésus. Et ce miracle s’accomplit exclusivement en présence de l’évêque ou du patriarche orthodoxe de Jérusalem, qui transmet le Feu aux autres Chrétiens, ce qui est conforme à l’ecclésiologie de l’Église indivise du 1er millénaire.
Bien que le Père céleste nous laisse la liberté de croire ou non en Son Fils, Jésus-Christ, Il est et Il demeure le Maître. Ce qu’Il a voulu et décidé s’accomplit quoi qu’il arrive. C’est la consolation des justes.

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