Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Revue de spiritualité et d'information orthodoxe
PÂQUES, ET LA PÂQUE
Qu’est-ce que la Pâque juive ?
Comment était-elle célébrée, et qu’est-ce qu’on en perçoit dans l’Évangile ?
Nous aide-t-elle à mieux pénétrer le mystère qui fonde notre foi ?
Qu’est-ce que le Christ apporte de plus ?
Comment le Christ – qui vient non pour abolir, mais pour accomplir (Mt 5,17) – complète-t-il l’évènement ?
LA PÂQUE
L’Ancien Testament nous parle de ‘la Pâque’ à plusieurs reprises. Les prescriptions relatives à cette fête sont énoncées dans le Pentateuque – ou Torah –, en Exode chapitres 12 et 13 ; Lévitique 23 ; Nombres 9, 1-14 et 28, 16-25 ; Deutéronome 16, 1-8
On retiendra :
- Le mot ‘Pâque’ est donné comme étant d’origine incertaine.Néanmoins, juifs et chrétiens s’accordent pour relier le mot hébraïque ‘pésah’ (pâque), qui apparaît en Exode 12,11, au verbe ‘pasah’ qui apparaît aux versets 13 et 27 et signifie sauter, passer par-dessus, épargner.
Le substantif ’pésah’désignetout autant la Fête, que l’offrande :l’agneau immolé.1-2
- Pâque désigne la Fête de pèlerinagequi a lieu au printemps.
Il y a trois Fêtes de pèlerinage, ou Fêtes Solennelles : 1- Pâque (Pesah), jumelée avec la Fête des Azymes, 2- Pentecôte (Shavouot) ou Fête des Semaines ou Fête de la moisson, et 3- la Fête des Tentes, ou des Huttes ou des Cabanes (Soukkot) àl’équinoxe d’automne – qui n’a pasétéreprisecomme telle dans le christianisme3.
Ces fêtes devaient être célébrées à Jérusalem dans le Temple, et étaient l’occasion durassemblement de milliers de juifs venus de tout le pays et de la diaspora (pourtour de la Méditerranée et Moyen-Orient.). On pense que la population de Jérusalem doublait en ces occasions. Ceux qui ne pouvaient pas être logés campaient sur les places ou alentour de la ville. On se serrait dans la bonne humeur.4
On venait avec ferveur pour un rendez-vous :pour une Rencontre avec le Seigneur-Présent dans son Temple, qui lui-même avait prescrit ces assemblées et les présidait invisiblement, en tant que « Dieu avec nous. » Le mot hébreu‘mo’ed’ signifieFête solennelle, et aussi Rencontre, comme pour la ‘Tente de la Rencontre’.5
- La date et le lieu de cette Fête sont déterminés.
Célébrée dans sa plénitude à Jérusalem – car, au temps du Christ, les agneaux doivent être immolés dans le Temple, par les chefs de famille –, le moment en est prescrit en Nombres 28, 16 : Le premier mois, le quatorzième jour du mois, c’est la Pâque en l’honneur du SEIGNEUR . Le mot Pâque désigne autant la fête que l’agneau immolé.6
Il s’agit du mois de Nisan7, celui de l’équinoxe de printemps. Premier mois. Les mois étant lunaires dans le calendrier juif, le quatorze, par définition tombe la veille de la pleine lune.
La Fête est jumeléeavec la Fête des Azymes, qui dure sept jours, et dont on parlera après. L’Évangilenous dit : et au premier jour des azymes, quand on immolait la Pâque… il envoie deux de ses appreneurs … vers la ville … pour préparer la Pâque qu’il viendra manger ce soir-là avec eux,8 dans la ville comme il est prescrit.9
- Le rituel nous apprend le sens de la Fête, et comment elle commémore un évènement historique, fondateur du peuple d’Israël, raconté en Exode 12 et 13.
La Fête de laPâque consiste 1) en l’immolation de l’agneau, et 2) en sa consommation au cours du repas qui fait suite, au cours duquel 3) on se remémore comment les Hébreux, ‘nos pères’, purent être délivrésdel’Égypte, de son esclavage et de son idolâtrie.
En Exode 12, 12 Dieu affirme : C’est moi le Seigneur. Rejetez les idoles.
Àl’époque du Christ, ‘le soir’, c’est-à-dire le plus tard possible dans l’après-midi, les agneaux sont immolés dans le Temple. Les hommes s’y rendent par groupes successifs, chacun égorgeant sa bête – sa ‘Pâque’ – et la dépeçant. Le sang, recueilli dans de multiples vases d’or est transmis aux prêtres qui le versent sur l’autel. Le sang, symbole de vie, appartient à Dieu. Le sang protège et sanctifie.
Puis, l’agneau ayant rôti au feu, quand vient la nuit il faut le manger en communauté d’au moins dix personnes (famille, voisins, Maître avec ses disciples …). C’est le Séder pascal, repas ritualisé, au cours duquel le sens de la Fête est expliqué.
Il faut manger l’agneau en entier sans en briser aucun os10 ; accompagnéd’herbes amères et de pains sans levain, ou azymes.
Une bassine d’eau circule pour permettre aux convives de se purifier par les ablutions11
Il faut le manger ‘à la hâte’, ceinture aux reins, sandales aux pieds, bâton à la main prêt à partir (Exode 12, 11). Le repas est entrecoupé de coupes de vin partagées et du chant du Hallel qui rend gloire à Dieu12.
Pendant que circule la seconde coupe de vin, le président du repas explique au plus jeune, placé à côté de lui la signification des différents rites13 :
L’histoire initiale est racontée en Exode 12 :
Sur ordre de Dieu, dans la soirée du 14 Nisan les Hébreux ayant immolé leurs agneaux, badigeonnent avec le sang les portes de leurs maisons, montants et linteaux. C’est un signe pour le Seigneur. Après quoi, ayant faitrôtir au feules animaux, un par foyer, ils les mangent, avec des pains sans levain, et des herbes amères, à la hâte : ceinture aux reins, sandales aux pied, bâton à la main. Il faut tout manger d’ici le matin, sans briser aucun os. S’il y a des restes, on les brûlera. Et ne pas sortir de la maison, car dans la nuit, le Seigneur lui-même va passer et tuer tous les premiers-nés dans les maisons des Égyptiens – c’est la« dixième plaie d’Égypte »– tout en épargnant les maisons des Hébreux, marquées du sang des agneaux. Car, voyant le sang, il ‘passera’ outre, ou il ‘sautera’ – sens du verbe ‘pasah’, d’où vient ‘pésah’ – la Pâque, on l’a dit. Le sang protège, et le Seigneur empêchera le ‘Destructeur’ d’entrer. (Exode 12, 23)
Il y eut un long cri en Égypte, car il ne se trouvait pas une maison sans un mort. Pharaon appelle Moïse et Aaron dans la nuit, et leur dit : Partez, et prenez votre bétail. Les égyptiens, terrorisés les pressent de partir. C’est le 15 Nisan. Ils n’ont aucun temps pour se préparer et doivent emporter leur pâte à pain telle quelle, non encore levée. Ils la cuiront en chemin : elle donnera des galettes sans levain, car elle n’avait pas levé.
Le 21 au soir, après 7 jours de ce ‘régime pain azyme’ commencé le 14 au soir, ils arrivent à la mer Rouge, et la franchissent – car le Seigneur les sauve àmain forte14– tandis que la mer se referme aussitôt, noyant Pharaon et son armée qui s’étant ravisés, les poursuivaient.
Voilà la saga dont il est fait mémoire au cours du Séderpascal : comment Dieu les a arrachésàl’esclavage de l’Égypte, état dans lequel ilsétaient somme toute bien nourris15, et gagnés par l’idolâtrie ambiante. Mais Dieu veut être leur Dieu, le seul Dieu, et il les bouscule : tout se passe àla hâte. Il montre sa puissance souveraine, et on devra d’âge en âge, se souvenir de l’évènement16 :Pharaon et tous les dieux d’Égypte n’ont pas été les plus forts, et ne sont pas les plus forts. C’est moi le Seigneur. (Exode 12, 12) et : c’est à main forte que le Seigneur t’a fait sortir d’Égypte. (Exode 13, 9)
On aura compris pourquoi, Pâque et Fête des Azymes sont mêlées17, et d’où vient la prescription de racheter tous les premiers-nés : ils appartiennentàDieu18. Le Seigneur est le Maître de la vie et de la mort, tout lui appartient, et l’homme doit se souvenir de rester à sa place.
LA PÂQUE et PÂQUES
1) Si l’Égypte, avec son Pharaon, représente le royaume du Prince de ce monde et son idolâtrie, le Seigneur vient lui-même pourdélivrer àmain fortele peuple qu’il s’est choisi, en vue de le conduire jusqu’à la Terre Promise, là où coulent le lait et le miel.
Ce 14 Nisan au soir, on fait mémoire de cette délivrance. L’agneau est immolé et on le mange à la hâte, en tenue de voyage. Le Seigneur est pressé de mettre en route son projet : qu’advienne un peuple non-idolâtre, qui engendrera une Mère de Dieu, qui engendrera le Nouvel Adam, qui lui, attirera à lui tous les hommes (Jean 12, 32) et les fera asseoir dans les cieux, en Jésus-Christ.(Eph 2, 6)
Côté chrétiens– Jésus Christ le Fils de Dieu, est venu pour nous délivrer des griffes du Prince de ce monde, et pour nous ouvrir le Royaume dans lequel l’Esprit Saint nous inonde de sa Grâce. Et il dira : C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé.(Luc 12, 49) Oui, le Seigneur a soif du salut du monde.
2) Au Séder pascal, ce 14 Nisan au soir, les juifs mangent un agneau dont le sang les a protégés, les gardant en vie – chacun et tous ensemble, en communauté.
Côté chrétiens, – Jeudi Saint, on célèbre la Sainte Cène, en mémoire de ce 14 Nisan au cours duquelJésus participait auSéder préparé à sa demande par ses disciples pour leur petite communauté. J’en ai pointéplus haut quelques détails.
Au cours du repas, le Christ dit :Ceci est mon corps. Ainsi, chacun et tous ensemble, ils sont participants du Corps du Christ, et forment Église.
Puis :Ceci est mon sang– qui vous protège et vous sanctifie.
Avant de réaliser son sacrifice dans sa chair, il institue le Sacrement par lequel il nous donne de participer à sa vie divine ; il fait l’Église divino-humaine.
3) L’Exode 12, 22 précise que personne ne devra sortir de sa maison jusqu’au matin. En effet, au dehors se déroule l’horreur : tous les premiers-nés sont frappés de mort. La malédiction est à l’œuvre et fait rage. L’Égypte n’est plus qu’un hurlement de douleur. C’est le châtiment pour leur idolâtrie : Contre les dieux d’Égypte, je ferai des jugements, dit le Seigneur (Exode 12, 12) Pour s’en souvenirdésormais, les juifs auront à racheter tous les premiers-nés, bétail et humains.Jésus lui-même sera racheté– c’est la fête du 2 février19.
Côté Chrétiens – Jésus, avec ses disciples sont sortis, eux dans la nuit au-devant de la malédiction. Et c’est :l’agonie à Gethsémani, l’arrestation, la fuite de tous, le simulacre de procès, et la condamnation à mort. Jésus notre Seigneur prend sur lui le péché du monde et endosse la malédiction qui y est accolée. Il est le serviteur souffrant d’Isaïe (Isaïe, chapitre 53).
4) Au matin du 15 Nisan, les Hébreux quittent l’Égypte, à la hâte, avec leur pâte à pain non-levée ; ils devront dorénavant manger ce pain de misère (Deutéronome 16, 3) La volonté de Dieu leur prend leur confort, ils sont ballottés, bousculés, misérables. Ils doivent renoncer. Ce pain azyme, c’est un carême – qui se prolongera avec la manne au désert : plat unique, toujours le même, pendant 40 ans. C’est en vue d’un renouvellement. Être dépouilléentièrement du vieux levain, pour en voir pousser un nouveau, découvrir une nouvelle nourriture avec sa nouvelle saveur. En Terre Promise.
Côté chrétiens– Au matin du 15 Nisan, Jésus est traîné chez Pilate, et va souffrir sa Passion : flagellation, dérision, crucifixion et remise de son Souffle à son Père. N’oublions pas que sa Passion est volontaire, qu’il est ardent à vouloir la souffrir – pour délivrer l’Homme. C’est Vendredi Saint.
Cette année-là, le 15 Nisan est veille de Sabbat, jour de Préparation. Il faut tout faire à la hâte, et en particulier l’ensevelissement, qui a donc lieu aussitôt. Car le Sabbat commence dès ce soir :Comme dans la Genèse, la journée commence le soir20. Privé de souffle, le premier-né descend au séjour des morts … Ceux qui le servent achètent qui un linge, qui des aromates. Ce sont des offrandes.
Et nous, le Vendredi Saint demandons à Dieu de nous purifier, de nousdépouiller comme les Hébreux le furent. Pendantles 40 jours de Carême, nous nous sommes efforcés de prendre conscience de ce qui dans le monde nous séduit et nous détourne de Dieu, ces passions qui sont ferment d’idolâtrie : L’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de parole facile, selon la prière de Saint Éphrem que nous répétons et méditons tout au long du Carême.
5) Tandis que les Hébreux fuient vers la mer Rouge, le Pharaon les poursuit avec toute son armée. Ils n’ont d’autre recours que Dieu, qui àmain forteles sauve, fendant la mer pour eux, mais recouvrant aussitôt les Égyptiens qui s’étaient engagés àleur suite. C’est le dernier jour des pains sans levain. Parvenus sur l’autre rive, ils chantent pour Dieu une hymne de victoire : Chantez pour le Seigneur, car il a fait éclater sa gloire (Exode 15, 1-9) – que l’Église reprend tous les lundis de Carême. Puis ils entrent dans le désert, où après 40 jours ils recevront au Sinaï la Loi qui les maintiendra unis, dans le monothéisme, dans l’amour du Dieu unique et l’amour des frères.
Côté chrétiens– En ce soir du 15 Nisan c’est déjà le 16, et le Sabbat commence. Jésus qui est le seul pur, entre aussitôt dans le repos du Sabbat.
Pourtant invisiblement, il achève le combat contre le Prince de ce monde, en est victorieux et pille son antre, libérant les captifs. La vie après la mort pour les humains ne sera plus jamais ce qu’elle a été.
Le Sabbat passé, c’est déjà le 17 quand très tôt le matin (Marc 16, 2)Jésusressuscite dans son corps, et que commence la vie pour l’Église
-présidée par le Christ qui se communique dans les sacrements ;
-unifiée par l’Esprit Saint, qui procède du Père et qui par le Christ s’est manifesté. Ainsi le feu tant désiré est advenu sur terre.
Àcharge pour chaque baptisé de l’entretenir par la ferveur de sa foi en rendant gloire à Dieu, àceluiqui sans cesse nous délivre.
Amen.

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