Il y a bien longtemps1, dans un pays appelé Ibérie, qui est devenu depuis la Géorgie, vivait un roi puissant, nommé Mirian. Son épouse Nana était une femme ravissante et douce, qui réjouissait son cœur.
Malheureusement, elle était affligée depuis plusieurs années d’un mal terrible dont aucun médecin ne semblait connaître ni le nom, ni le remède.
Or, une rumeur court dans le peuple. On parle d’une femme, une captive de Cappadoce*, une de ces étranges « chrétienne » amie du Christ, qui aurait le pouvoir de guérir les maux les plus incurables.
Le roi Mirian et son épouse ne sont pas chrétiens. Comme tous ceux de leur peuple, ils se prosternent devant des idoles, pauvres statues de pierre ou de bois, incapables de leur répondre ou de les aimer. Jusqu’à ce jour ils n’ont eu que mépris pour ces captifs, venus de l’Occident, porteurs de croyances étrangères.
Mais la reine est au désespoir, rien ne semble plus faire obstacle au mal qui la ronge. Alors n’ayant plus rien à perdre, elle se met en route, accompagnée de ses suivantes, vers la hutte où réside cette captive, que tous appellent Nino.
Du haut de la tour, le roi la regarde s’éloigner, sans grand espoir.
Quelques jours plus tard, le cortège royal est annoncé aux portes du château. Quel n’est pas alors l’émerveillement du roi, de voir sa femme, son épouse aimée, la démarche légère, le visage souriant, s’approcher de lui comme si nulle souffrance ne l’affligeait plus.
Dans le secret de leur chambre, le roi ne se rassasie pas de contempler sa femme, si merveilleusement guérie.
– Quelle lumière émane de toi aujourd’hui femme de mon cœur, tes yeux scintillent comme des étoiles, et ton sourire est plus resplendissant encore que le jour de nos noces. Quelle merveilleuse guérison ! Comment récompenser Nino, que désire-t-elle ? Des soieries, de l’or ? de l’argent ?
– Mon doux époux, ce n’est pas seulement la guérison de mon corps souffrant qui fait ainsi briller mes yeux et mon sourire. Une grande lumière est entrée dans mon âme. J’aurais voulu que tu vois Nino. Si tu savais quelle joie émane d’elle !Elle ne possède rien, pauvre captive d’un pays lointain, et pourtant, à côté d’elle je me suis sentie terriblement pauvre avec mes parures et mes bijoux. Mais son regard est si doux, que j’ai su que cette pauvreté que je ressentais n’était que le début d’un grand bonheur. Elle m’a fait allonger sur sa pauvre paillasse. Elle avait dans la main une croix faite de deux sarments* de vigne, avec laquelle elle a tracé sur mon corps le signe d’une croix, en invoquant le nom du SeigneurJésus Christ. Et soudain, j’ai senti la douleur fuir loin de moi, et la Vie entrer en moi comme de l’eau fraiche sur une terre desséchée. Tu vois, je ne parle plus de son Dieu, mais de notre Seigneur, car il est mon Dieu aussi maintenant, et le tien également bien que tu ne le connaisses pas. C’est Sa présence que tu vois rayonner dans mes yeux, c’est Son amour qui illumine mon Sourire. Nino ne désire rien pour elle-même, elle espère simplement que la lumière du Christ puisse briller sur notre royaume, et sur ton cœur.
Interloqué, le roi se détourne. Abandonner ses dieux de pierre et de bois ? C’est qu’ils sont bien confortables tout de même, ils ne demandent pas grand-chose, juste quelques offrandes de temps en temps… Alors que ce dieu inconnu, ce Christ qui a déjà tant transformé sa femme, qui peut dire ce qui arrivera s’il se tourne vers Lui ? Et puis, les anciens dieux ne risquent-ils pas de se fâcher ? Le roi a peur.
Le temps passe, sans que son cœur ne s’éclaire malgré la douce lumière qui brille dans les yeux de sa femme.
Mais Sainte Nino veille par ses prières, et Dieu a décidé de ne pas laisser plus longtemps ce Roi et son peuple, dans les ténèbres de l’impiété.
Quelques temps plus tard, le roi se dirige vers la forêt avec ses cavaliers pour un après-midi de chasse. Les voilà qui s’avancent sous la voûte des arbres, fièrement dressés sur leurs montures, leurs armes brillant au soleil.
Soudain, alors qu’ils se trouvent au cœur du bois, un terrible voile noir couvre le soleil. En un instant, le jour se change en nuit. Un immense nuage sombre enveloppe le roi et le sépare de ses cavaliers qui s’enfuient terrifiés. Le roi reste seul, prisonnier de cette brume obscure, épaisse et collante qui ne laisse pas filtrer la moindre lumière. Il ne peut même pas discerner ses propres mains.
Aucun son ne parvient jusqu’à lui, si ce n’est celui de son propre souffle, qui s’accélère sous l’effet de la peur. Il a beau agiter les mains devant lui, avancer à l’aveugle, il ne peut sortir de cette noirceur, ni en dissiper les voiles.
Un à un, il appelle à l’aide tous ses faux-dieux, ceux de ses pères et de ses grands-pères, ces idoles sans vie devant qui toute sa vie il s’est prosterné. Mais ses appels à l’aide ne rencontrent qu’un terrible silence.
Dans cette affreuse solitude, le roi voudrait crier, appeler, supplier. Mais vers qui ? Soudain, au milieu de l’obscurité, un semblant de lumière se fait dans son cœur. Le Dieu de Nino, « lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu » ne pourrait-Il, Lui, dissiper ces ténèbres ?
Alors, du fond du cœur du Roi, du plus profond de son être, monte un cri, une supplication :
Dieu de Nino, Seigneur Jésus Christ, illumine mes ténèbres !
Et à l’instant même, la lumière fut.
Sans perdre un instant, le roi se précipita chez Nino. Le visage baigné de larmes, il s’agenouilla devant elle en rendant grâce pour sa délivrance :
Nino, toi la captive, tu nous délivres de la captivité et de l’erreur des faux dieux, bénie sois ta venue parmi nous.2
En confessant sa foi dans la Sainte Trinité, le Roi demanda le baptême, pour lui, son épouse, et son peuple.
Sur les conseils de Sainte Nino, Mirian fit envoyer des émissaires* vers le grand Empereur Constantin, pour le prier de lui envoyer rapidement des prêtres et des catéchètes pour célébrer les baptêmes et répandre en Ibérie la lumière du Christ.
Comme Sainte-Marie Madeleine, Sainte Nino est dite « égale aux Apôtres » car en prêchant l’Évangile, par sa vie et par ses œuvres, elle a conduit tout un peuple dans la lumière du Christ.
Lorsque tout semble obscur, et qu’il semble n’y avoir plus de solution, lorsqu’on ne sait plus quelle décision prendre, ou quel chemin emprunter, rappelons-nous du Roi Mirian et comme lui, demandons au Christ de nous éclairer : « Seigneur, tu vois que mon âme est dans le trouble et que je crains de me tromper, éclaire-moi Seigneur »! 3
Par sa sainte vie et sa foi ardente en Jésus Christ, Sainte Nino est appelée « égale aux Apôtres et illuminatrice de la Géorgie ». Elle est fêtée le 14 janvier.
(Tropaire en l’honneur de Sainte Nino.)
Élise Nicolaou
Inspiré de : « Le Synaxaire – Vie des Saints de l’Église Orthodoxe »,
par le Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra,
T.3, Janvier-février, Éditions Indiktos.
Et du documentaire sur la vie de Sainte Nino par Trisagionfilms :
https://www.trisagionfilms.com/saints2/nina
Mots Nouveaux et découvertes
*Cappadoce : région située en Turquie.
*Sarment : Jeune branche qui a poussé dans l’année, partant du pied de vigne et portant les raisins.
*Émissaire : personne chargée d’une mission spéciale, qui est envoyée au-dehors, par exemple, pour porter des messages.

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