Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Revue de spiritualité et d'information orthodoxe
Cherchez d’abord Son Royaume et Sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît… (Saint Matthieu 6, 33)
Il y avait un jour, dans un pays très loin d’ici, un pauvre pêcheur qui vivait au bord de la mer avec sa femme et ses enfants. Il habitait une vieille maison qui lui venait de sa famille. C’était une grande maison carrée et au milieu de la cour carrée, il y avait un figuier, un très vieux figuier. Et tous les jours, quand il revenait de la pêche, il s’allongeait sous son figuier, et sur la racine qui lui servait d’oreiller, il faisait une petite sieste. Car tous les matins, il partait très tôt avec sa barque et jetaient ses filets au large. Il priait toujours avant de les jeter en disant :
– Ô Dieu, à qui appartient toute la création, je te rends grâce pour ces poissons qui vont nourrir toute ma famille.
Et hop, il lançait ses filets. Trois fois il jetait ses filets avec les paroles de la prière et après avoir ramassé les poissons recueillis dans son panier, il rentrait à la maison pour ne pas abuser, disait-il, de la bonté de Dieu. Pourtant ce qu’il ramenait dans ses filets, c’était souvent du petit fretin*, quelquefois deux ou trois gros poissons.
Or, chaque fois qu’il s’endormait sous son figuier, il faisait un rêve. Toujours le même rêve. Et ce rêve lui disait :
Va dans la grande ville, sur le pont, un trésor t’y attend !
Va dans la grande ville, sur le pont, un trésor t’y attend !
Va dans la grande ville, sur le pont, un trésor t’y attend !
Et ainsi tous les jours, il rêvait sous son figuier qu’un trésor l’attendait dans la grande ville...
Mais un jour, n’y tenant plus, il dit à sa femme :
– Chère épouse, ce rêve ne me quitte pas ! J’ai prié le Seigneur pour qu’il m’éclaire et savoir ce que je dois faire, mais Il est resté silencieux. Je crois bien qu’il faut que j’aille dans la grande ville chercher ce qui m’attend ! Pourras-tu te débrouiller seule avec les enfants pendant quelques temps ?
– Mon aimé, ce n’est pas moi qui vais t’empêcher d’y aller. Si tu crois à ce rêve et qu’il ne te quitte pas, tu dois aller voir de tes propres yeux. Ne t’inquiète pas, avec les bons voisins, nous saurons bien nous arranger !
Quelques jours plus tard, il était sur la route vers la grande ville, portant un petit baluchon sur les épaules. Il marchait d’un pas ferme et se sentait léger en pensant que son rêve allait prendre fin bientôt, pour devenir réalité. Et quelle réalité ! Un trésor à découvrir !...
Après trois jours de marche, il arriva aux portes de la ville et malgré sa fatigue, aussitôt il se mit à chercher où se trouvait le pont de son rêve. Il arpenta la ville, cherchant, courant, se retournant, et tout à coup, en bas d’une rue, il l’a vu ! Là, devant lui, c’était vraiment celui de son rêve ! Alors il a couru, couru, et arrivé au milieu du pont il s’est arrêté. Son cœur battait fort dans sa poitrine, il attendit quelques instants pour reprendre son souffle. Maintenant, se dit-il, je vais attendre patiemment que le trésor se présente à moi…
À chaque personne qui passait, il se disait : voilà, le trésor va m’être donné maintenant ! Et il s’apprêtait à l’accueillir... Mais la personne passait, et ne s’arrêtait pas. Tiens, en voilà une autre qui arrive… Soyons tranquille, pensait-t-il, et le trésor est pour bientôt ! Mais elle passait aussi, sans s’arrêter… Ah ! il ne faut pas se décourager ! « Tout vient à point à qui sait attendre… »*
Une heure, deux heures passent... Tiens, voilà mon trésor ! Cette personne qui arrive est la fin de mon rêve et le début de ma nouvelle vie ! dit-il, encore sûr de lui. Eh non ! elle ne s’arrête pas non plus !
Et ainsi toute la journée...
À la fin du jour, fatigué et affamé, il commençait à douter de son rêve mais ne voulait pas abandonner son trésor. Il se dit :
– Je vais passer la nuit ici, peut-être que le trésor viendra à moi d’une autre façon...
Il trouva un petit coin à l’abri et s’installa, son baluchon sous sa tête en guise d’oreiller. Il s’endormit très vite, sans même une petite prière, à cause de la grande fatigue de son voyage.
Le matin à l’aurore, il est réveillé par une voix très grave et forte. Il se lève rapidement et se trouve nez à nez avec un gigantesque garde qui lui crie :
– Il est interdit de dormir sur le pont ! Je t’arrête pour vagabondage !
Peu de temps après, le voilà enfermé dans la prison de la ville, dans un cachot sombre, sans personne pour l’aider. Oh, quel malheur ! se dit-il, que vont devenir ma femme et mes chers enfants ? Il se mit à pleurer et supplier le Seigneur de ne pas l’abandonner, de lui pardonner son péché pour avoir pris seul cette décision insensée ! Aller chercher un trésor imaginaire !
Au bout d’une journée, n’y tenant plus, il se mit à crier :
– Ne me laisser pas dans ce cachot ! Je veux un jugement, je veux un jugement !
Il a tellement insisté qu’un garde est venu et l’a emmené dans la salle du tribunal. Là, le juge lit son dossier et lui demande :
– Je vois que tu as une famille et un métier au loin. Pourquoi es-tu venu ici pour te retrouver vagabond ?
Et le pêcheur, plein de dignité, se mit à lui dire toute la vérité.
– Juge, j’ai fait un rêve et j’ai cru à ce rêve car tous les jours il me disait :
Va dans la grande ville, sur le pont, un trésor t’y attend ! J’y ai cru et je suis venu, voilà tout !
Le juge se mit à rire et lui dit :
– Mais comment peux-tu croire à un tel rêve ! Moi aussi je fais toujours le même rêve, et si je l’écoute, ce rêve idiot, que m’arrivera-t-il comme malheur ?
L’humble pêcheur se tenait devant le juge les yeux baissés, le cœur douloureux en pensant à sa chère femme et ses bons enfants. Comment vont-ils supporter ce malheur dont il est responsable ? Ses yeux se remplirent de larmes. Il aurait voulu partir aussitôt les retrouver et les serrer dans ses bras.
Le juge continuait à lire le dossier et en relevant la tête, il dit :
– Je vais te raconter ce rêve et tu vas te rendre compte combien il est idiot et que je ne suis pas naïf comme toi ! Je rêve d’une maison carrée avec une cour carrée ; et au milieu de cette cour carrée il y a un figuier avec une racine qui peut même servir d’oreiller. Eh bien, je rêve que si je creuse sous cette racine, exactement, je vais trouver un trésor ! Et tu crois que je suis assez fou pour courir le monde chercher cette maison et son arbre !
Le visage du pêcheur changea de couleur en écoutant le rêve du juge. Il croyait même impossible d’entendre ces paroles-là ; ne suis-je pas encore en train de rêver ? pensa-t-il.
– Oh là là ! s’exclama le juge, heureusement que je ne suis pas si naïf que toi ! Quels ennuis tu as maintenant avec ce rêve ! Bon, je vais être clément pour cette fois, mais sache que s’il y a une prochaine fois, tu seras puni sévèrement ! Alors pour aujourd’hui tu n’as qu’à payer 10 sous d’amende. Et retourne d’où tu viens rapidement !
Le pêcheur s’inclina en faisant son signe de croix et il dit au juge, en vidant son porte-monnaie :
– Oh, merci juge, merci !
Le juge ne comprit pas bien pourquoi il était remercié de la sorte pour une amende de 10 sous à payer et en hochant la tête il lui montra la porte de sortie.
Le pêcheur reprit la route du retour, rapide et léger, comme porté sur les ailes du vent, le cœur joyeux à l’idée de retrouver sa famille tant aimée.
Une fois arrivé à sa pauvre maison, il les a tous embrassés et s’est réjoui de leur présence. Puis il a regardé la cour carrée, la maison carrée et le figuier avec sa racine qui lui sert d’oreiller. Et il a souri avec tendresse... Il est parti chercher une pelle et une pioche et il a commencé à creuser, creuser...
Au bout d’un moment, des gouttes de sueur coulèrent sur son front et il commença à douter tristement. Qu’était-il en train de faire ? L’avertissement du garde n’avait pas encore suffi ?
Bientôt il aperçut un morceau de bois, il tira, c’était un tout petit coffre très ancien. Il l’essuya doucement avec son mouchoir et après avoir fait son signe de croix, il l’ouvrit délicatement. À l’intérieur se trouvait un morceau de papier, comme un parchemin, plié de multiples fois. Il le tenait dans sa main légèrement tremblante ; des larmes coulèrent sur le papier et le rendit blanc comme la neige. Il déplia chaque partie, jusqu’à ce que le parchemin soit étalé dans ses mains. Il le regarda attentivement dans la lumière du jour et vit que quelque chose était écrit :
– Incroyable ! se dit-il, c’est la langue que je comprends !
Et il se mit à lire lentement :
Ce qu’il y a de plus précieux au monde est à l’intérieur de toi, dans ton cœur, et c’est Dieu qui l’a déposé ; cherche, découvre son amour infini pour toi et pour tous les hommes et tu auras tout, un immense trésor.
Son cœur se resserra d’émotion, des larmes de gratitude jaillirent de ses yeux et tombèrent dans le trou qu’il avait creusé. Il comprit qu’il avait été loin, bien loin, au péril de sa vie et de sa famille, pour découvrir le trésor qu’il portait en lui depuis toujours et qu’il avait beaucoup négligé. À partir de ce jour, il pria Dieu avec plus de ferveur et d’attention. Le dimanche, il laissait ses filets au repos et emmenait toute sa famille à l’église pour prier ensemble et recevoir le saint Corps et le précieux Sang de notre Seigneur Jésus Christ. Peu à peu, une joie et une paix inhabituelles envahirent la maison du pêcheur et tous les cœurs se réjouirent grandement devant la bonté de Dieu. De plus, il dut confectionner un filet de pêche supplémentaire à cause de l’abondance des poissons qu’il recueillait !
Hélène Dragone (inspiré d’une histoire traditionnelle)
Découverte des mots nouveaux
* Fretin : poissons de très petite taille.
* « Tout vient à point à qui sait attendre… » : Cette expression signifie qu’avec du temps et de la patience, on finit toujours par obtenir ce que l’on souhaite.

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