Marie de Magdala y voit le Christ ressuscité (Jn 20, 1-18 ; Lc 24, 12)
Si la Résurrection du Christ, révélée par les Évangiles, est un émerveillement pour tous les Chrétiens depuis 2000 ans et constitue le fondement du christianisme, la façon dont elle est révélée dans les Évangiles est difficile à comprendre et contient même des contradictions formelles (comme par exemple la place et le rôle de Marie de Magdala le matin de Pâques chez Saint Jean et chez les trois synoptiques), qui rendent impossible la concordance des quatre Évangiles. En fait, il nous manque des informations et nous ne pouvons y pallier, dans une certaine mesure, que par la tradition. D’ailleurs, les Pères de l’Église exégètes des Évangiles, qui ont tous commenté la Résurrection, se sont attachés plus à son aspect théologique qu’au déroulement des évènements eux-mêmes et, parfois, n’ont pas caché leurs difficultés à en rendre compte, comme par exemple Saint Ambroise de Milan, qui prévient son auditoire : « Ne soyez pas choqués…par les aspérités d’une exégèse épineuse… »1, ou Saint Grégoire le Grand : « cet Évangile est clair quant au récit [en fait, quant au contenu], mais il contient des mystères »2 [des choses incompréhensibles].
Cette difficulté majeure est renforcée par le fait que tous les évènements rapportés sont imbriqués les uns dans les autres et qu’il est difficile d’en faire un découpage précis en péricopes, qui est néanmoins nécessaire pour la célébration liturgique. C’est le cas ici : nous allons commenter la péricope célèbre de Pierre et Jean au tombeau (Jn 20, 1-10) qui est, en Occident, la lecture du Samedi de Pâques, mais le personnage principal est en fait Marie de Magdala, qui est liée à tous les évènements du matin de Pâques (chez les trois autres évangélistes) et qui, juste après notre péricope, va voir le Christ ressuscité : si on ne lit pas la suite (11-18) on ne comprend rien.
Saint Jean et Saint Pierre sont des témoins oculaires de la première partie de la péricope, mais seul Saint Jean rapporte l’évènement, alors que Saint Pierre n’en dit rien dans son Évangile, sténographié et publié par Saint Marc (peut-être parce qu’il n’en était pas fier). Et Saint Jean a écrit le sien très longtemps après les trois autres (environ 40 ans après), en veillant à ne pas reparler de ce dont les autres avaient parlé. Mais cette explication n’est pas suffisante.
En fait, toutes ces difficultés « littéraires » et sémantiques sont liées à la réalité historique qu’elles décrivent et à la nature même du Christ ressuscité. En effet, c’est une période de flottement, d’incertitude, où tous les protagonistes sont bouleversés : la confusion des textes exprime la confusion des pensées et des sentiments. Tous avaient entendu le Christ annoncer Sa mort et Sa résurrection, mais c’est une chose que de croire intellectuellement à la résurrection du Christ et c’est autre chose que d’en avoir la certitude intérieure (c’est d’ailleurs la même difficulté pour nous !). À cela s’ajoute un fait totalement nouveau, qui dépasse l’intelligence humaine : le Christ ressuscité a Son corps glorieux, spirituel, déifié, qui n’est plus soumis à la matière3, ni à l’espace-temps, et qui a la liberté de Se manifester sous différentes formes, comme en témoigne l’Évangile4. Comment rendre compte de cette merveille divine dans le langage humain, qui, lui, s’inscrit dans le temps et qui est limité ? Les œuvres du Corps glorieux ne peuvent pas se décrire historiquement, car l’histoire humaine est liée à l’espace-temps. Le Christ ressuscité pouvait être simultanément en plusieurs lieux et Se révéler visiblement ou non.
Venons-en maintenant au texte lui-même. Il faut d’abord rappeler qu’elle est la situation en ce sabbat (notre Samedi Saint), quelles sont les personnes concernées et présentes et dans quels lieux elles se trouvent. Le Christ est mort et Il a été mis dans un tombeau scellé et gardé par des soldats (en fait la garde du Temple) depuis deux jours (vendredi et Samedi). Les membres du Sanhédrin sont satisfaits : le rabbi Jésus de Nazareth, qui leur faisait de l’ombre, a été tué par les Romains, à leur demande, et ils peuvent conserver leur pouvoir politico-religieux, demeurant ainsi la seule autorité de la religion juive officielle. Le gouverneur romain, Pilate, ne peut probablement pas dormir tranquille, parce qu’il a fait tuer un juste, mais il a maintenu l’ordre politique romain : il n’aura donc pas d’ennuis avec l’empereur. Judas, qui a désespéré de la miséricorde divine, s’est pendu.
Mais, pendant ce « grand Sabbat divin », il se passe invisiblement un évènement capital pour le destin de l’Homme et l’avenir du monde : le Christ est descendu dans les enfers « en âme en tant que Dieu »5, c’est- à-dire avec Son âme humaine unie à Sa divinité, pour en délivrer les âmes prisonnières, et en particulier celles d’Adam et Eve, trompant ainsi Satan, grâce à la mort qu’Il a librement acceptée.6
Les ennemis de Dieu triomphent, le Christ a commencé invisiblement Son œuvre salvatrice. Mais Ses amis et Ses Apôtres, eux, sont écrasés de tristesse et brisés de douleur, dans un désarroi total, ne sachant plus que faire, car leur Maître tant aimé est mort. Tout semble perdu…
Les trois personnes mentionnées par Saint Jean l’évangéliste sont Marie de Magdala, Pierre et Jean lui-même, et tout concoure à penser qu’ils se trouvent dans le Cénacle, comme la tradition l’indique, pour des raisons historiques et de bon sens. Le Cénacle était une belle maison à étage (la « chambre haute ») située sur la colline de Sion7, au Sud-Ouest de Jérusalem, où le Christ avait célébré la sainte Cène et institué l’eucharistie, fondement de la liturgie chrétienne. Il appartenait à Lazare (comme une bonne partie de Jérusalem) dont nous savons beaucoup de choses par les hagiographes anciens8 : Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Marie, étaient les enfants de l’ancien gouverneur d’Antioche, araméen marié à une princesse juive, d’où sa richesse et sa protection par le pouvoir romain. Il mettra tous ses biens, et son influence au service du Christ et de Sa mission divine. Outre la logistique qu’il assurera avec une immense générosité, ses maisons – comme celle de Béthanie –furent des refuges pour Jésus et Ses disciples, car les sanhédristes n’osaient pas s’y aventurer, par crainte des Romains. Ajoutons que les allées et venues au Tombeau, par ces trois personnages, impliquent qu’ils fussent à Jérusalem (et non à Béthanie, qui est hors la ville, et beaucoup plus loin). Or, à Jérusalem, cela ne pouvait être qu’au Cénacle, qui deviendra ensuite le siège de la première communauté chrétienne et la première Église9.
Marie de Magdalaest certainement la même que Marie de Béthanie et probablement aussi que la « pécheresse » innommée de Lc 7, 37-50, comme la tradition occidentale10 l’a cru jusqu’au 19e siècle, ce qui nous paraît être une évidence scripturaire et spirituelle. Contrairement à sa sœur Marthe, qui était un modèle de maîtresse de maison, elle avait été longtemps courtisane11, puis s’était convertie après avoir entendu le Christ parler : elle a transmué l’ardeur de ses amours charnelles en un amour spirituel tout aussi ardent mais unique pour Jésus-Christ, le Fils de Dieu et Messie, devenant pour toujours un modèle de conversion et de repentir. Femme de caractère, elle sera par excellence la « femme très aimante »12 de l’Évangile, après Marie la Théotokos, et probablement la principale des « femmes-disciples » (appelées « saintes femmes » en Occident) : tout ce qui va se passer en ce matin de Pâques l’atteste. Son nom de Magdala provient du fait que, si Lazare résidait le plus souvent dans sa propriété de Béthanie, à quelques km de Jérusalem, avec sa soeur Marthe, qui était la maîtresse de maison, Marie résidait souvent dans sa propriété de Magdala, dont elle avait hérité, et qui se trouve au bord du lac de Tibériade entre cette capitale de la Galilée et Capharnaüm.
Saint Jean commence par elle : « Marie de Magdala se rend au sépulcre dès le matin du premier jour de la semaine [notre dimanche], comme il faisait encore obscur ». Les difficultés de compréhension commencent, car les trois synoptiques avaient déjà parlé d’elle, mais elle n’était pas seule, accompagnée de « l’autre Marie » chez Saint Matthieu, de « Marie Jacobé et Salomé » chez Saint Marc, et « des femmes venues de Galilée » chez Saint Luc., toutes ces femmes se rendant au tombeau du Christ avec des aromates, pour oindre son corps, d’où leur nom de Myrrhophores.13 Nous ne pouvons pas entrer ici dans le détail de ces évènements, mais simplement rappeler que certains Pères de l’Église ont eu l’intuition de la solution du problème, notamment Saint Ambroise de Milan, qui dit : « …les quatre Évangiles ont parlé de quatre moments divers et supposent divers personnages féminins, et des apparitions diverses… On donne les noms des unes, on mentionne les autres … »14. Mille ans plus tard, au 14e s., Saint Grégoire Palamas dira à peu près la même chose : « …les Myrrhophores étaient nombreuses et se rendirent au Tombeau…deux ou trois fois, en compagnie [en groupe], mais ce n’étaient pas les mêmes… Les évangélistes mentionnent donc la venue de certaines femmes, et laissent les autres. »15 Toutes ces intuitions seront confirmées et précisées par les mystiques et visionnaires entre le 18e et le 20e siècles.
Les saintes femmes, qui étaient probablement plus nombreuses que celles qui sont nommées, et qui ne résidaient pas toutes au même endroit (par exemple Jeanne, la femme de l’intendant d’Hérode Antipas, mentionnée en Lc 24, 10, résidait au palais d’Hérode, et il y avait aussi certainement Marthe, qui régentait le Cénacle) ne sont probablement pas venues toutes ensembles au Tombeau, ni au même moment.
Où se trouvait le Tombeau du Christ ?Tout à fait au Nord de Jérusalem, hors les murs, car dans la Loi juive, comme dans les lois romaines, on ne pouvait pas enterrer les morts dans la cité. Le Golgotha, qui était un piton calcaire servant de gibet, et la tombe de Joseph d’Arimathie, se trouvaient dans une ancienne carrière de pierres, abandonnée au 1er siècle av. J-C, comblée de terre et transformée en jardins ; et dans les bancs de pierre qui affleuraient en espaliers, les gens riches se faisaient creuser des grottes funéraires. Là se trouvait la tombe que Saint Joseph d’Arimathie s’était fait creuser récemment, pour lui-même. On y avait inhumé le Seigneur, parce qu’elle était toute proche du Golgotha et qu’on avait très peu de temps pour le faire, car on n’avait pas le droit d’enterrer les morts pendant le sabbat (Jésus était mort le vendredi de la Pâque à 15h, il avait fallu aller demander Son corps à Pilate, à la forteresse Antonia16, revenir Le dépendre, L’emmener à la tombe sur un grabat, L’oindre d’aromates, L’envelopper des linges mortuaires, puis fermer la tombe. Même en tenant compte des serviteurs de Joseph et de Nicodème, c’était une opération longue et difficile. Et les sanhédristes avaient obtenu de Pilate de pouvoir garder militairement cette tombe, dont la pierre avait été cimentée avec de la chaux, et où le sanhédrin avait apposé son sceau (comme dans un film policier ! Mt 27, 66) : il ne fallait surtout pas que les Apôtres viennent voler le Corps et prétendre qu’Il était ressuscité (Mt 27, 64). Mais, les pauvres s’étaient tous enfuis…
Cette tombe, le « Saint Sépulcre », existe toujours, à Jérusalem, au même endroit, malgré la destruction de la basilique de Constantin17 (4e s.), par le sultan Hakkim en 1009. Constantin IX Monomaque restaura la rotonde de l’Anastasis et la chapelle du calvaire, au 11e siècle, puis les Croisés reconstruisirent la basilique, au 12e siècle, en y insérant comme un joyau le précieux tombeau du Christ, d’où a jailli la Vie.18 La structure n’a pas beaucoup changé, mis à part l’entrée : il y avait une porte basse à l’entrée (il fallait se pencher pour entrer), puis un couloir de service, à hauteur d’homme, et, à droite un banc funéraire destiné à recevoir le corps. Ce corps était enduit complétement d’aromates, puis la tête était enveloppée d’un suaire, et le corps entier d’un linceul, ou drap funéraire, et l’ensemble était tenu par des bandelettes, qui étaient des lanières de tissu destinées à enserrer les linges. Le tombeau était fermé par une grosse pierre, qui pouvait être ronde ou carrée.
Marie traverse presque tout Jérusalem du Sud au Nord19, puis elle sort de la ville sans difficulté (probablement par la porte Genath, la porte des jardins), parce que les portes étaient déjà ouvertes, ce qui signifie qu’on est bien dimanche20 et elle arrive la première au tombeau, avant les autres femmes, sans être importunée par les gardes. Et, là, elle est stupéfaite parce que la pierre, qui était très lourde, est à terre : le tombeau est ouvert. Il est probable qu’elle se penche et voit que le corps du Seigneur a disparu. Comme Saint Jean ne mentionne pas les gardes, on peut penser qu’ils sont déjà partis prévenir le Sanhédrin, sinon elle leur aurait demandé des explications. Elle s’affole, retraverse Jérusalem, sans tenir compte de ses compagnes, qui sont en route21 et court au Cénacle prévenir Pierre et Jean (qui s’y trouvent) « qu’on a enlevé le corps du Seigneur et qu’on ne sait pas où ils L’ont mis ». Il ne lui vient même pas à l’esprit qu’Il pourrait être ressuscité, tant cette notion est étrangère à notre mentalité d’hommes « déchus ». Les deux Apôtres courent au tombeau, Marie suit comme elle peut (les robes des femmes de l’époque ne permettaient certainement pas de courir vite). Jean arrive le premier, parce qu’il est très jeune et court vite : il se penche, regarde à l’intérieur, constate que le corps n’y est plus, comme Marie l’avait dit, et voit que les bandelettes sont à terre, en vrac (il sait comment la mise au tombeau s’était passée, car il y a probablement participé). Mais comme il est un peu timide, et se trouve avec un « ancien », qui est aussi son patron professionnel (Jacques et Jean travaillaient avec Pierre et André, comme pécheurs), il n’ose pas entrer avant lui. Pierre arrive, entre directement et voit un peu plus que Jean : non seulement les bandelettes sont à terre, « gisantes », mais encore le suaire22, qui enveloppait la tête du précieux chef du Christ, soigneusement plié dans un endroit à part, et probablement aussi le linceul23 (plusieurs Pères de l’Église le disent, comme Saint Jean Chrysostome, et Saint Grégoire le Grand d’une façon encore plus précise23). Les bandelettes sont à terre, parce qu’elles n’avaient qu’un rôle technique (tenir le linceul autour du corps) tandis que le suaire et probablement le linceul sont soigneusement pliés et rangés, car ce sont des reliques précieuses témoignant de la Résurrection du Christ jusqu’à la fin des temps.
Alors Saint Jean ose entrer : « il vit [ce que Pierre avait vu] et il crut ». Ce deuxième membre de phrase est assez difficile à comprendre. On pourrait penser que cela signifie : il crut que Jésus était ressuscité. Mais les Pères ne le comprennent pas ainsi ; ils pensent que cela signifie : il crut en ce que Marie de Magdala avait dit. La phrase qui suit va dans ce sens : « Car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, que Jésus devait ressusciter des morts ». De même le fait que Saint Jean n’ait pas témoigné de la Résurrection auprès des autres apôtres va aussi dans ce sens. Mais peut-être a-t-il eu une intuition, dont il n’aurait pas osé parler ? Les deux Apôtres ne cherchent pas plus loin, et n’essaient pas de se renseigner. Ils sont perplexes. D’ailleurs, lorsque un autre groupe de femmes viendront raconter « aux Apôtres » ce que leur avaient dit les deux anges, chez Saint Luc, ces derniers considèreront cela comme du radotage, « des ragots de femmes »… (Lc 24, 11). Peut-être était-ce aussi à cause des divergences des témoignages ? Alors, ils rentrent chez eux, c’est-à-dire au Cénacle. Médiocrité masculine…
Mais Marie, qui a du caractère et de la suite dans les idées, reste. Admirable persévérance féminine ! Elle attend dehors, en pleurant : ce sont des larmes d’amour pour Dieu. Elle attend, contre tout espoir, l’Époux céleste. Il est probable que, dans son cœur, elle prie le Maître de lui donner un signe. Puis elle s’enhardit, se penche et passe la tête dans le tombeau. Le signe est là, vivant et rayonnant de lumière divine : deux anges24 sont assis sur le banc funéraire, l’un à la tête et l’autre aux pieds de l’endroit où était le Corps du Christ, comme les gardiens de ce lieu sacré. Comme elle reste bouche bée, incapable de dire un mot, ce sont eux qui lui parlent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? ». « Ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils L’ont mis ». Il faut remarquer qu’elle n’a pas dit « le corps », mais « mon Seigneur » : elle parle de Lui comme d’une personne vivante. Les anges tournent alors leurs regards vers l’extérieur pour signifier que quelqu’un arrive. Marie se retourne et crois qu’il s’agit du jardinier. Joseph d’Arimathie avait effectivement un jardinier qui entretenait sa propriété et cultivait le jardin. Elle ne reconnaît pas Jésus, car le corps glorieux est libre de se faire reconnaître ou non, et sous la forme qu’il juge bonne. L’Homme redit la même phrase que les anges, mais ajoute quelque chose de très important : « Qui cherches-tu ? », ce qui correspond exactement à la quête de Marie. Mais, obnubilée par le corps de Jésus, elle persiste : où l’as-tu mis ? J’irai le reprendre. C’est un peu comme si elle disait : rends-Le-moi ! Quel amour elle a pour la précieuse « relique » du Maître – Son corps défunt – surtout si l’on compare son attitude avec celle des Apôtres, qui n’en avaient aucun souci et se terraient « par peur des Juifs » !
Alors Jésus, voyant un tel amour pour Lui, Se révèle à elle, simplement en l’appelant par son nom, « Mariam », ce qui signifiait qu’Il la connaissait et avait avec elle une relation personnelle, car le nom est le signe de la personne. Elle reconnaît Jésus au son de Sa voix, Lui le Verbe, et crie « Rabbouni », mon Maître25. Elle est au comble du bonheur, son cœur éclate de joie, elle se précipite à Ses pieds pour L’adorer et veut probablement les embrasser26, comme cela est rapporté d’elle et de Marie Jacobé par Saint Matthieu en 28, 9 : elle veut refaire le geste magnifique qu’elle avait fait en les oignant de parfum, juste avant la Passion (Jn 12, 3). Alors le Christ dit une parole surprenante : « Ne Me touche plus, car Je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va trouver Mes frères et dis-leur : Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu ». Cette phrase célèbre (en latin : Noli Me tangere) a été interprétée diversement par les Pères de l’Église, et parfois sévèrement. En fait elle a un sens théologique : ne Me retiens pas sur terre, car Je dois achever Ma mission : retrouver Ma place sur le trône divin, avec Mon Père et l’Esprit, en tant que Dieu incarné27 – Dieu-Homme – et offrir à Mon Père l’humanité sauvée, car telle est Sa volonté. Le Seigneur l’invite aussi à avoir une relation plus spirituelle avec Lui, car si les sentiments peuvent être nobles et beaux, ils peuvent aussi devenir emprisonnants. À l’instant même, le Christ disparaît. Marie se précipite au Cénacle pour dire : Christ est ressuscité ! Et nous lui répondons joyeusement, à travers les siècles : En vérité, Il est ressuscité !
Marie de Magdala fut certainement la première personne à qui le Christ se soit montré ressuscité, d’après les Évangiles. Mais nous ne devons pas oublier la tradition qui nous révèle une vérité « intime » : le Christ est d’abord apparu ressuscité à Sa mère, Marie, ce qui est compréhensible et même évident, car elle avait souffert plus que tous (Jésus était son enfant) : comme l’avait prophétisé le saint vieillard Siméon lors de la Présentation de Jésus au Temple, « une épée lui a transpercé l’âme » (Lc 2, 35) lorsqu’elle a vu son Enfant divin cloué sur la croix et mort, et elle n’a jamais douté de Sa résurrection. L’hymne à la Mère de Dieu du temps pascal de l’Orthodoxie (« l’ange28 chanta à la pleine de grâce… ») en est une confirmation. Mais ce n’est pas seulement l’Archange Gabriel qui lui a annoncé cette seconde Bonne nouvelle, c’est Son fils Lui-même qui est venu la consoler, dans le secret de la relation mère-fils, probablement au Cénacle.
Le rapprochement des deux parties de la péricope, qui semble n’être jamais fait dans la liturgie, est révélateur des pensées divines. Notons qu’il s’agit d’un texte cohérent, synthétique et précis, même s’il diverge d’avec les textes des trois synoptiques. La première à aller au tombeau, et ici seule avec courage, est une femme : les Apôtres n’iront pas d’eux-mêmes. Cette femme, Marie de Magdala est la « femme très aimante » de l’Évangile, celle qui avait oint le Seigneur de parfums avant Sa Passion. Et elle a fait cette démarche par amour pur, car elle va visiter le corps d’un mort, qui demeure vivant dans son cœur, et pour Lui apporter à nouveau des parfums (les aromates), symboles de l’amour gratuit.
Le Christ était certainement présent dans le sépulcre, avec Son corps glorieux, lorsque Pierre et Jean s’y rendirent, mais Il ne s’est pas manifesté à eux, pas même à Jean qu’Il aimait beaucoup, car ils L’avaient abandonné (et même renié publiquement, pour Pierre). Par contre, voyant la persévérance amoureuse de Marie, Il Se révèle à elle dans Sa gloire de Ressuscité, et en l’appelant par son nom : elle est la première à avoir cette joie et cet honneur (mis à part Marie la Mère de Dieu, mais c’est un secret divin). Il Se révèlera aussi aux autres saintes femmes, chez les trois synoptiques. Il s’est révélé d’abord à celles [il n’y a pas d’hommes] qui L’aimaient d’un amour gratuit, envers et contre tout. Il ne Se révélera à Ses disciples, les 11 Apôtres (revenus un peu de leur peur et enfin réunis dans le Cénacle) que le dimanche soir, ce qui est une reprise divine, qu’Il exprimera clairement (Mc 16, 14), tout en leur offrant Sa paix.
C’est une belle leçon spirituelle, qui vaut pour nous tous.
Christ est ressuscité ! Hristos a inviat !
P. Noël TANAZACQ, Paris
Notes :

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team