Ajouté le: 1 Avril 2020 L'heure: 15:14

Sur la Résurrection du Seigneur

« En ce jour, l’enfer crie en gémissant : mon empire est détruit, le Pasteur a été crucifié et a ressuscité Adam. Je suis privé de ceux sur lesquels je régnais, ceux que j’avais engloutis, j’ai dû les rejeter, malgré ma puissance, je les ai tous vomis. Il a été crucifié et a vidé les tombeaux, il a anéanti le pouvoir de la mort. Gloire, Seigneur, à Ta Croix et à Ta Résurrection »1.

Très révérends et vénérables pères,
Très révérendes mères,
Chers fidèles,

Le Christ est ressuscité !

Nous voilà de nouveau arrivés à la Fête de la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, après un temps de carême très différent de ce que nous vivons d’habitude, par le fait que, dû à l’épreuve qui s’est abattue sur le monde entier, pendant ce carême beaucoup d’entre nous n’avons pas pu participer physiquement aux offices célébrés dans les saintes églises, mais nous nous sommes contentés du feu de la grâce, prenant part à ces offices dans nos maisons, en utilisant la technique moderne. Beaucoup de nos paroisses ont transmis les offices en direct par l’intermédiaire d’internet.

En écrivant ces lignes, je me suis souvenu du conseil de notre Sauveur Jésus-Christ, Qui dit : « lorsque tu pries, entre dans ta chambre et, ta porte fermée, prie ton Père, Qui est dans le secret, et ton Père, Qui voit dans le secret, te le rendra »2 et « lorsque tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour ne pas faire voir aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père, Qui est dans le secret, et ton Père, Qui est dans le secret, te le rendra »3.

Je pense que nous ne pouvons pas trouver une meilleure occasion pour suivre ces paroles du Sauveur que celle où nous nous trouvons maintenant, ces moments difficiles que Dieu a permis au monde de traverser. Et si nous ne le savions pas, nous devons apprendre maintenant, en écoutant ces paroles, comment prier, et comment jeûner. L’office communautaire, surtout la Sainte et Divine Liturgie, sont donateurs de vie, parce que c’est là, dans le cadre de la Divine Liturgie, que nous nous unissons au Christ Seigneur par le pain et le vin, par la Sainte Eucharistie. C’est pourquoi la participation active à la Divine Liturgie est très importante pour la vie spirituelle du chrétien. Mais tout aussi importante est la prière faite dans le secret, jointe au jeûne, comme nous venons de l’entendre. C’est cette prière personnelle qui maintient notre lien direct avec Dieu et multiplie la grâce. Et c’est justement cette prière que nous négligeons souvent, sous prétexte qu’il y a beaucoup de choses importantes que nous devons faire et que nous considérons plus importantes ou plus urgentes.

Les deux prières, la prière commune et la prière individuelle, forment une échelle avec les côtés verticaux et horizontaux, qui nous permet de monter au ciel. Il ne peut y avoir de montée spirituelle si nous nous privons de l’une de ces deux prières. Maintenant, d’une part, Dieu a permis que nous soyons privés de l’une d’entre elles, de la prière communautaire, peut-être pour que nous comprenions le grand don que nous avons eu, et lorsque Dieu nous le rendra, que nous sachions l’apprécier ! D’autre part, ce temps est permis par Dieu aussi pour que nous redécouvrions et multiplions la prière personnelle.

Voyant que certains fidèles avaient l’habitude de participer à la Divine Liturgie et de communier juste parce que c’était la tradition et l’habitude – comme nous le faisons d’ailleurs beaucoup d’entre nous, nous communions à Pâques et à Noël – Saint Jean Chrysostome dit : « Je vois beaucoup communier au Corps du Christ comme si c’était une chose banale, plutôt par habitude et par règle, que par l’impulsion de l’esprit. Quand arrivera, dit-il, le temps du Grand et Saint Carême, ou à l’Épiphanie, je communierai aux Saints Mystères, même si le temps profitable n’est pas l’épiphanie, ni le grand carême, mais la sincérité et la pureté d’esprit. C’est avec cela qu’il faut s’approcher, et jamais sans »4.

 

Chers fidèles,

Il faut savoir qu’à chaque Divine Liturgie que nous célébrons, nous fêtons tout ce que le Seigneur a fait pour nous : Son Incarnation et Sa Nativité, Sa Croix, Son Ensevelissement de trois jours, la Résurrection et l’Ascension du Seigneur et la Descente du Saint Esprit. Nous nous souvenons même du Second Avènement de notre Sauveur Jésus Christ. Pour cette raison, nous ne devons pas attendre une certaine fête pour communier. Chaque Divine Liturgie est une Fête lumineuse. C’est pourquoi, nous pouvons communier à chaque Divine Liturgie. Mais pas n’importe comment, mais avec sincérité et pureté d’âme. Àsavoir, nous devons communier avec un esprit pur. On peut acquérir ceci en multipliant notre prière personnelle, la prière quotidienne, secrète, que nous faisons dans notre chambre, chacun d’entre nous, avec une profonde humilité et repentir.

Mes très chers,

Soyez persuadés que nous ne vivons pas des temps jamais vécus dans l’Église auparavant. Après que, par l’Édit de Milan, les chrétiens ont acquis la liberté de prier librement, et avec le temps le christianisme est devenu religion d’État dans l’empire Byzantin, beaucoup se sont convertis au christianisme parce que «c’était bien vu», et non pas par une foi profonde. Ce fait a mené à l’affaiblissement de la foi et même à sa banalisation. N’entendons-nous pas de nos jours certains dire : Je suis croyant, mais je ne suis pas pratiquant ; je vais àl’Église pour prendre la sainte lumière ou l’eau bénite et ensuite je reviens vite à la maison ; je me marie à l’église ou je fais baptiser mes enfants parce que ma mère a dit que c’était bien de le faire, ou parce qu’on prend de belles photos qui seront de beaux souvenirs pendant toute la vie ?

Si maintenant on nous a imposé une isolation subite, difficile à accepter et à comprendre, c’est le moment de nous souvenir de ceux qui, par leur propre volonté et par amour du Christ, ont choisi de se retirer dans le désert, loin de la société, du confort, des plaisirs et des biens de ce monde, qui n’ont fait que nous éloigner de Dieu et affaiblir notre foi ; tout comme les chrétiens de Laodicée sont devenus tièdes, oubliant les paroles qui leur avaient été adressées par le Sauveur, et que nous trouvons dans le livre de l’Apocalypse : « Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche »5C’est justement à cause de la diminution du zèle des fidèles de découvrir Dieu avec sincérité et de Le connaître, que l’Église des premiers siècles après l’Édit de Milan a imposé que pendant le grand carême de quarante jours la Divine Liturgie ne soit officiée que le samedi et le dimanche, en imposant ainsi aussi un jeûne eucharistique, jeûne de la Sainte Communion. Nous retrouvons cette tradition aussi dans la vie de notre Vénérable Mère Marie l’Égyptienne, qui a été retrouvée par le Vénérable Saint Zossime, moine dans un monastère en Palestine, pendant qu’il s’était retiré dans le désert pour l’ascèse et la prière, durant le grand carême.

De la même tradition, mais cette fois chez les fidèles laïcs, nous parle encore Saint Jean Chrysostome : « il y a un temps de repentir à la fois pour les catéchumènes et les baptisés ; pour que les uns, se repentant, accèdent au saint sacrement du baptême, et que les autres, en lavant par la confession leurs péchés commis après le baptême, puissent s’approcher avec une conscience pure de la Sainte Table »6. D’une façon encore plus explicite, Saint Jean Chrysostome nous dit encore quel est en particulier ce temps de repentir : « C’est pour cela que nous avons jeûné pendant quarante jours et nous nous sommes rassemblés tant de fois ici, en écoutant les prières et l’homélie, pour que, grâce à ce zèle, effaçant les péchés qui se sont collés à nous en toute sorte cette année, avec une confiance spirituelle nous puissions communier pieusement à ce sacrifice non sanglant ; s’il n’en est pas ainsi, c’est en vain et sans profit que nous nous sommes infligés ce carême. C’est pourquoi, chacun doit s’examiner, pour voir quel péché il a corrigé, quelle vertu il a acquise, à quelle mauvaise habitude il a renoncé, quelle tâche il avait et il l’a effacée, et en quoi il est devenu meilleur. Et s’il découvre que grâce au jeûne il a acquis ce beau profit et il est persuadé d’avoir soigné ses blessures avec la plus grande attention, qu’il s’approche. Mais si, en négligeant cela, il ne pourra se vanter que du carême, et ne pourra pas prouver qu’il s’est amélioré sous d’autres aspects, qu’il reste à l’extérieur et qu’il entre seulement lorsqu’il se sera purifié de tous ses péchés. Que celui qui a persévéré dans le mal sans se corriger ne pense pas que le carême suffit »7.

Chers fidèles,

Arrêtons de jouer avec Dieu ou de jouer « le jeu de Dieu » ! L’homme, dès le début, a eu cette grande tentation, d’être Dieu et d’écarter Dieu. On fait tellement d’expériences, qui sont bonnes et profitables en elles-mêmes, mais si elles ne sont pas faites avec le but de connaître Dieu et de démontrer Son existence, alors au lieu d’apporter la bénédiction, elles apportent plutôt des afflictions et des illusions. Ceci est dit très clairement dans l’un des stichères du samedi de la cinquième semaine du Saint et Grand Carême : « Adam s’est trompé en voulant être Dieu, et il ne l’a pas été. Et Dieu se fait homme, afin de faire d’Adam un dieu ».

En nous trompant ainsi, nous ne faisons que descendre aux enfers. Mais Dieu veut que l’homme devienne dieu par la grâce. C’est pourquoi, en espérant que l’homme va comprendre qu’il n’y a pas de vie sans Lui, Dieu continue, en silence, à descendre dans l’enfer de chacun d’entre nous afin de nous tendre la main, pour anéantir l’empire de l’enfer sur nous et nous sauver, même s’Il a déjà fait cela une fois pour toutes par Sa mort et Sa Résurrection : « Mon empire est détruit, le Pasteur a été crucifié et Il a ressuscité Adam »8.

Mes très chers,

Nous nous plaignons que Dieu ne nous entend plus. Il faut savoir que le silence de Dieu, en fait, n’est pas un mutisme. Dieu communique avec l’homme y compris par le silence. « Le silence de Dieu face à nos épreuves n’est pas de l’indifférence, mais un appel au repentir, au changement et à des changements, à devenir conscients de ce que nous avons perdu, de ce que nous avons rejeté, de ce que nous avons abandonné, de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons faussement renié, de ce que nous avons couvert et oublié dans les cachots de notre âme, et qui est devenu sauvage, féroce, ombre qui assombrit notre horizon »9, selon les belles paroles d’Haralambos Papadopoulos.

Alors, mes chères ouailles, examinons notre âme et purifions-nous de tout péché et de toute iniquité, en cherchant Dieu avec sincérité, en chassant de nous toute peur et manque de foi. Notre foi doit être brûlante, afin que vivant dans cette foi vivante et active, nous puissions nous unir au Christ mort et ressuscité. C’est ainsi que nous serons plus forts que la mort et nous trouverons la vie éternelle. Saint Ignace le Théophore, un grand père de l’Église apostolique, a une belle parole sur les actes des martyrs : « Ils L’ont touché et ont cru, en s’unissant étroitement à Son corps et à Son esprit. C’est pour cela qu’ils ont aussi méprisé la mort et ont été trouvés plus forts que la mort »10. C’est lui aussi qui attire notre attention sur le fait que celui qui craint la mort et par cela est l’esclave de ses conséquences, est incapable de vivre selon le Christ, car « si nous ne choisissons pas de nous-mêmes, par Lui, la mort dans Sa Passion, nous n’avons pas Sa vie en nous »11.

En vous disant tout cela et même si nous vivons des temps éprouvants, je vous exhorte chacun à vivre cette fête lumineuse de la Résurrection du Seigneur avec énormément de joie ! Le Christ a écrasé la puissance de l’enfer, a vidé les tombeaux, a mis à mort la mort et a ressuscité Adam. Ce n’est pas le moment ni le lieu pour s’attrister, parce que le Christ est ressuscité et s’Il est ressuscité nous allons nous aussi ressusciter !

Je vous souhaite à tous beaucoup de grâce divine et je prie pour que la Résurrection du Seigneur remplisse vos âmes de joie éternelle !

Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité !
Votre père qui prie le Christ Dieu pour vous,

Évêque Timothée, 
Lettre pastorale à la Résurrection du Seigneur, 2020

Notes :

1. Stichères du Grand et Saint Samedi.
2. Matthieu 6, 6.
3. Matthieu 6, 17-18.
4. Saint Jean Chrysostome, Commentaire de l’Épître aux Éphésiens, 3ème Homélie.
5. Apocalypse 3, 15-16.
6. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Saint Matthieu10ème Homélie, V.
7. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les statues2ème partie, XXème homélie.
8. Stichère du Saint Samedi.
9. Pr. Haralambos Papadopoulos, Calea spre tine însuți [La voie vers soi-même], Éditions Sophia, 2018.
10. Saint Ignace le Théophore, L’Épître aux Smyrniotes, 3.
11. Saint Ignace le Théophore, L’Épître aux Magnésiens, 5.

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