Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Revue de spiritualité et d'information orthodoxe
Un jour d’hiver où la terre était recouverte d’un épais tapis de neige, deux amis marchaient lentement sur un chemin que l’on devinait à peine. Le froid était glacial et aucun rayon de soleil ne venait réchauffer le paysage. Ils portaient chacun sur leur dos un lourd sac de blé pour les faire moudre au moulin. Ainsi, avec la quantité de farine récupérée, ils auraient assez de pains pour se nourrir jusqu’à la prochaine récolte de blé.
Ils arrivèrent à l’entrée d’un petit bois. Sur des arbres nus couverts de verglas, de nombreux oiseaux étaient perchés, immobiles, exposés au grand froid et mourant presque de faim. Ils étaient, tout tremblants, sans rien qui les protège et de leur œil inquiet ils regardaient la neige.
À cette vue, ému de pitié, l’un des deux amis aussitôt déblaya la neige épaisse avec ses mains et ses pieds. Il déposa son sac, l’ouvrit et répandit sur le sol gelé une grande quantité de grains de blé que les pauvres petits oiseaux affamés vinrent aussitôt becqueter.
Quel empressement ! Quelle excitation ! Les oiseaux utilisaient leurs dernières forces pour se nourrir et survivre. Les yeux de l’homme brillaient de compassion* et des larmes coulaient doucement sur son visage rougi par le froid.
Mais son compagnon n’appréciait pas ce qu’il venait de faire et le regard dur et mécontent, il lui fit ce reproche :
Mais tu deviens fou ! Tu en train de dilapider la moitié de ton sac de blé ! Qu’aurons-nous à manger dans les mois qui viennent, ne sommes-nous pas plus importants que ces animaux ailés ?
Ce sont les oiseaux de notre Dieu si bon ! Te souviens-tu de certaines paroles du psaume que l’on chante parfois le matin, avant d’aller à notre travail :
Toutes les bêtes des forêts sont à moi, le bétail des hauts pâturages et les bœufs ; je connais tous les oiseaux du ciel, et toute la beauté des champs est avec moi.1
Tu vois bien que cette épaisse couche de neige leur dissimule toute nourriture. Si personne ne les aide, ils vont mourir de froid et de faim !
Il lui répondit : mais pourtant il est bien écrit dans l’Évangile :
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ?2
Oui bien sûr, nous valons plus qu’eux, justement parce que nous pouvons les aider et éviter qu’ils ne meurent de faim, ou toute autre aide que nous pourrions apporter ailleurs.
Bon, comme il te plaira ! Quant à moi, je ne gaspillerai pas un seul grain pour ces bêtes inutiles !
Sur ces paroles plus froides que l’hiver le plus glacial, il repartit, le dos chargé de son sac plein de grains de blé. Malgré le poids, il marchait maintenant plus rapidement, emporté par la mauvaise ardeur de la colère. Son compagnon le regarda s’éloigner, étonné de découvrir le manque de bonté de son ami. De quoi a-t-il peur ? pensa-t-il..., a-t-il oublié que le Seigneur nous donne ce dont nous avons besoin ? Toute la création si belle, avec sa richesse infinie, n’est-elle pas l’œuvre de Dieu ? Comment ne pas secourir ceux qui souffrent ?
La morsure du froid le fit sortir de ses pensées. Il hissa le sac sur son dos et d’un geste lent il fit le signe de croix avant de reprendre le chemin enneigé, derrière les traces que son compagnon imprimait sur la terre gelée. Même si son sac était plus léger, il sentait qu’il était porté comme par des ailes invisibles et le chemin devenait plus joyeux à son cœur. Il se mit à chanter une louange à Dieu.
Une fois arrivés au moulin, ils confièrent leurs chargements au meunier qui commença son travail. Il prit le premier sac qui était lourd et le vida dans la meule. Tous les grains furent broyés jusqu’à en faire une belle farine. Puis prenant en mains le sac de l’autre compagnon, il lui fit cette remarque :
– On ne dirait pas qu’il est à moitié vide, il pèse aussi lourd que celui de ton ami !
Et il mit les grains à moudre.
Au grand étonnement des trois hommes, le sac rendit deux fois plus de farine que le précédent ! Le meunier n’avait jamais vu une telle chose ! Il fut saisi d’une sainte crainte* et devant ce miracle il fit son signe de croix plusieurs fois et s’écria :
– Gloire à Toi, ô Dieu, gloire à Toi !
Les deux autres compagnons se regardèrent, les yeux remplis de larmes, se signèrent et dirent une prière d’action de grâce. Ils comprirent que la Providence divine* avait accompli cette merveille. L’un des deux se repentit profondément de sa dureté de cœur et demanda pardon à son compagnon, qui l’accueillit avec joie en lui ouvrant les bras.
Bien des années plus tard, on racontait que dans la région vivait un saint homme, dans une petite maison au milieu d’un bois. Mais il n’était pas seul, car des pèlerins lui rendaient visite pour recevoir ses bons conseils et ses prières. Souvent, des animaux sauvages s’approchaient et restaient près de lui. Il gardait toujours en réserve de quoi leur donner à manger lors des longs hivers où la neige recouvrait le paysage, cachait toute nourriture et mettait leur vie en danger.
Hélène Dragone
Mots nouveaux
*Compassion : sentiment profond du cœur qui consiste à porter avec l’autre sa douleur, sa souffrance et de la partager.
*Sainte crainte : ce n’est pas la peur de Dieu, mais au contraire une grande confiance qui vient de l’étonnement, de l’émerveillement de l’âme devant le mystère insondable de Dieu lorsqu’on est en présence de sa grâce dans des évènements ou la prière.
*Providence divine : présence, intervention réelle dans certaines situations de la vie des hommes, de la sagesse et de la bonté de Dieu.
Notes :

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team