Ajouté le: 5 Novembre 2019 L'heure: 15:14

Le Christ Médiateur de l’Alliance nouvelle

« Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (I Tim. II, 5).

Dans l’article intitulé : « Vision et révélation de Dieu », paru le mois dernier dans la revue « Apostolia » et celui, plus lointain, consacré à l’épître aux Hébreux, la médiation du Christ avait été évoquée. Ici, nous voulons revenir sur les principaux textes du Nouveau Testament relatifs au Christ Médiateur. Une première constatation s’impose : le titre de Médiateur appliqué au Christ est rare dans le Nouveau Testament, bien qu’il soit revêtu d’une très haute signification. Le verbe μεσιτεύειν qui signifie s’entremettre, être médiateur, on le trouve uniquement au verset XVII du chapitre VI de l’épître aux Hébreux et l’emploi du substantif μεσίτηϛ qui lui correspond est plus fréquent, bien qu’il relève exclusivement du vocabulaire de l’Apôtre des nations. Il est cité en I Tim. II, 5, en Hb. VIII, 6 : « Mais à présent, le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur et fondée sur de meilleures promesses », mais aussi en Ga. III, 19-20 et Hb. XII, 24.

Le Christ médiateur d’une Alliance nouvelle

Si le thème d’une alliance nouvelle ayant le Christ Jésus pour médiateur, comme Grand Prêtre selon l’ordre de Melchisédech est au cœur de l’épître aux Hébreux, ce thème ne lui est pas, à proprement parler, spécifique. Saint Paul l’évoque déjà dans l’épître aux Romains lorsqu’il cite Is. LIX, 20 et IS. XXVII, 9 : « De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés ». En Ga. IV, 24, il parle des deux alliances sous la forme de l’allégorie des deux femmes, Agar l’esclave et Sarah la femme libre. De même dans les deux épîtres aux Corinthiens, les deux Testaments sont mentionnés : « Dieu, qui nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit, car la lettre tue, l’Esprit vivifie » (II Cor. III, 6). Autre référence en II Cor. III, 14.

 Il faut également remarquer que saint Luc met dans son Évangile, comme saint Paul dans la première épître aux Corinthiens, les paroles du Seigneur prononcées lors de la sainte Cène du Grand Jeudi en relation avec l’Alliance nouvelle scellée dans le sang du Christ : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang » (Lc. XXII, 20), paroles reprises par saint Paul en I Cor. XI, 25. Dans le livre de l’Exode, la première Alliance est elle aussi scellée par le sang répandu. Saint Matthieu et saint Marc s’expriment de la même manière, Mt. XXVI, 28 et Mc. XIV, 24. L’épître aux Hébreux quant à lui nomme le sang du Christ « le sang de l’Alliance » (X, 29) et « le sang de l’Alliance éternelle » (XIII, 20).

Saint Paul dans l’épître aux Hébreux rappelle que le Prophète Jérémie avait annoncé une « nouvelle Alliance » (Hb VIII, 8-12) et il ajoute après avoir cité les paroles de Dieu rapportées par le Prophète : « En disant alliance nouvelle, il rend vieille la première. Or ce qui est vieilli et vétuste est près de disparaître » (Hb. VIII, 13).

La Loi ancienne était une δίαθήκη, une alliance, – berith –, nous dit l’Apôtre mais pas au sens de testament. La seconde est à la fois alliance et testament. Et il ajoute : dès que le testateur est mort, le testament est irrévocable. Or, selon saint Paul, la promesse faite à Abraham tient de la nature du testament. Il l’appelle aussi δίαθήκη puisqu’elle contient un contrat par lequel Dieu s’oblige sans se rendre dépendant de quelque circonstance extérieure que ce soit. « Contrat » qui ne résulte pas de tractations entre deux parties contractantes mais de la seule initiative de Dieu, faut-il le rappeler. Voici ce que dit l’Apôtre : « Or voici ma pensée : un testament déjà établi par Dieu en bonne et due forme, la Loi venue après quatre cent trente ans ne va pas l’infirmer, et ainsi rendre vaine la promesse. Car si on hérite en vertu de la Loi, ce n’est plus en vertu de la promesse : or c’est par une promesse que Dieu accorda sa faveur à Abraham » (Ga. III, 17-18).

Dans la prophétie de Jérémie, nous remarquons combien la première Alliance, à cause des multiples ruptures dues aux infidélités des fils d’Israël, était instable et devait s’acheminer vers sa propre fin. À contrario, dans la nouvelle Alliance qui vient accomplir la Promesse, Dieu déclare : « Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur : je mettrai ma Loi au-dedans d’eux, je l’écrirai sur leur cœur, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple […] Je pardonnerai leur faute, je ne me souviendrai plus de leur péché » (Jr. XXXI, 33-34).

L’ancienne Alliance ne pouvait être que l’ombre des biens à venir. La nouvelle Alliance devait venir pour accomplir les promesses de la première et la venue du Grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech devait mettre fin au sacerdoce d’Aaron, et rendre caduc les sacrifices de l’Ancien Testament « Si donc la perfection était réalisée par le sacerdoce lévitique – car c’est sur lui que repose la Loi donnée au peuple – quel besoin y aurait-il encore que se présentât un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédech et qu’il ne fût pas dit « selon l’ordre d’Aaron » ? En effet, changé le sacerdoce, nécessairement se produit aussi un changement de Loi » (Hb. VII, 11-12).

L’épître aux Hébreux, plus qu’aucune autre insiste sur le caractère provisoire et figuratif de l’économie mosaïque. En Hb. X, 1 il est dit que la Loi et ses sacrifices sont impuissants car ils ne sont que « l’ombre des biens à venir ».

Le Christ médiateur d’une meilleure alliance

Dans le huitième chapitre de l’épître aux Hébreux qui concerne la supériorité du culte, du sanctuaire et de la médiation du Christ Grand Prêtre, saint Paul affirme l’excellence de l’Alliance nouvelle par rapport à l’ancienne : « Mais à présent le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur, et fondée sur de meilleures promesses. Car si cette première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas eu lieu de lui en substituer une seconde » (Hb. VIII, 6-7).

Il y a, comme cela a été rappelé plus haut, un lien indissoluble entre alliance et sacerdoce. C’est la raison pour laquelle l’épître montre que le sacerdoce, celui du Christ au regard de celui d’Aaron, est d’autant plus grand que l’alliance est meilleure. Hb. I, 4 le confirme : « Après avoir accompli la purification des péchés [les sacrifices aaroniques ne pouvaient le prétendre, seul le Dieu-Homme pouvait le faire] Il s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu d’autant supérieur aux anges qu’il a hérité d’un nom bien différent du leur ».

C’est par son sang répandu, par le sacrifice vivifiant de la Croix, qu’est scellée la nouvelle et éternelle Alliance, par le Grand Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, à la fois prêtre et victime. Par sa mort et sa résurrection et son ascension au ciel, le siège à la Droite, le Christ glorieux a le pouvoir d’intercéder, d’être le Médiateur entre Dieu le Père et les hommes : « Un seul médiateur – μεσίτης – entre Dieu et les hommes, un homme, Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous » (I Tim. II, 5).

Qu’est-ce qui rend cette alliance supérieure à l’ancienne ? Le Christ grand prêtre « assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux, ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée…» (Hb. VIII, 1-2), est le garant, celle où il n’est plus question de la promesse de la possession d’une terre mais la promesse de dons spirituels au moyen desquels nous pouvons nous approcher de Dieu. Pourquoi les promesses de l’Alliance nouvelle sont-elles meilleures ? Parce qu’elles recevront leur accomplissement grâce à la médiation de l’Unique-Engendré du Père, et rien ne pourra en empêcher la réalisation, puisque le Christ a vaincu le péché et la mort.

La substitution de l’économie nouvelle à l’ancienne était rendue nécessaire « car la Loi n’a rien amené à la perfection et introduite une espérance meilleure, par laquelle nous approchons de Dieu » (Hb. VII, 19). Cependant, saint Paul rappelle dans l’épître aux Romains que « la Loi est sainte et le commandement saint, juste et bon » (VII, 12). Ce n’est que par leurs transgressions que les Israélites ont réduit à néant les effets bénéfiques que l’application de la Loi devait produire. Mais de même, dit l’Apôtre, cela montrait combien la Loi manquait d’efficacité pour éduquer le peuple et le conduire vers Dieu : « Ainsi se trouve abrogée la prescription antérieure [la Loi] en raison de sa faiblesse et de son inutilité » (Hb. VII, 18).

L’Alliance nouvelle instaurée par Dieu est différente de la première, comme nous l’avons vu, en ce que les commandements sont gravés dans les cœurs et l’union à Dieu est rendue possible par le repentir et le pardon des péchés.

Le Médiateur

Les textes du Nouveau Testament dont nous avons parlé, essentiellement les épîtres pauliniennes, qualifient le Christ Jésus de médiateur entre Dieu et les hommes. Parlant de cet office de médiation, ils nous montrent que seul le Dieu-Homme, le Verbe incarné qui s’est abaissé jusqu’à nous, pouvait être médiateur entre Dieu et les hommes. Comme son nom l’indique, un médiateur cherche à rapprocher deux parties adverses voire même ennemies, et à unir enfin. Pour qu’il puisse véritablement accomplir son office, il faut que chacune des parties en opposition puissent se reconnaître en lui et accepter sa médiation, car c’est par lui que les adversaires se rencontrent et peuvent espérer parvenir à la résolution d’une situation conflictuelle.

Le Christ Jésus, comme médiateur entre Dieu et les hommes, à la différence des anges qui viennent du ciel et de Moïse qui n’est qu’un homme, unit en son hypostase la Divinité et l’humanité. I Tim. II, 5 déjà cité le dit avec force, pour que les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, il fallait cet unique médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, Grand Prêtre compatissant, seul capable d’exercer cette médiation en faveur des hommes, par l’expiation des péchés et la réconciliation avec le Père céleste.

C’est Dieu le Père qui, dans son dessein de salut en faveur des hommes, a voulu que l’Unique-Engendré de toute éternité qui « est dans le sein du Père », devienne pleinement homme sans que sa divinité soit amoindrie, diminuée ou dégradée. Il a donc voulu qu’il y ait une identité de nature entre lui et nous les hommes « Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous la même origine. C’est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères quand il dit :  J’annoncerai ton Nom à mes frères… » (Hb. II, 11-12). Pleinement homme, le Verbe divin incarné « a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur, parce qu’il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort » (Hb.II, 9).

Comme homme, le Christ Dieu a partagé les faiblesses, les misères, les souffrances, les épreuves de ceux qu’il est venu sauver, car il a assumé de l’intérieur, la totalité de la nature humaine pour la ramener à la vie, par sa mort et sa résurrection. L’Évangile contient un grand nombre de récits des témoins oculaires qui décrivent les actes du Divin thaumaturge en faveur de l’humanité blessée. Saint Paul dit que « Ce n’est certes pas des anges qu’il assume, mais c’est une semence d’Abraham qu’il assume. En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères pour devenir dans leurs rapports à Dieu un miséricordieux et fidèle Grand Prêtre, en vue de faire l’expiation des péchés du peuple. Car du fait qu’il a souffert lui-même, éprouvé qu’il était, il peut venir au secours des éprouvés » (Hb. II, 17-18).

C’est pourquoi et ce sera la conclusion, le Christ est venu pour communiquer aux hommes la Lumière et la Vie de Dieu, c’est la médiation descendante, mais aussi pour conduire les hommes vers Dieu le Père, c’est la médiation ascendante. « Apôtre et Grand Prêtre de notre confession de foi » (Hb. III, 1), le Christ ressuscité qui siège à la Droite du Père, exerce son sacerdoce éternel de Grand Prêtre compatissant, dans le sanctuaire céleste et jamais ne cesse d’être intercesseur, Médiateur et dispensateur des biens à venir (Hb. IX, 11).

P. Gérard Reynaud

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