La Fête de la Nativité de Saint Jean Baptiste du 24 juin, est universelle, et l’une des plus connues en raison de son occurrence avec le solstice d’été, dont nous reparlerons. Nous avons déjà traité plusieurs fois de saint Jean Baptiste, tant ce personnage biblique est immense, de la bouche même du Christ (« Amen, Je vous le dis : parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste ». Mt 11, 11) et tant il a d’importance dans l’Évangile : il est celui dont on parle le plus, après Marie, la Mère de Dieu. Nous avons déjà traité de sa conception, qui est fêtée en Orient le 23 septembre1, de la Visitation de Marie à Élisabeth, juste après l’Annonciation et qui est fêtée en Occident le 2 juillet2, du Cantique de Zacharie (appelé Benedictus en Occident ), qui est une prophétie proclamée par son père Zacharie lors de sa naissance3, et de son martyre, fêté le 29 août par toute l’Église4, et nous serons amenés à redire certaines choses. Il nous fallait impérativement clore ce cycle johannique en parlant de sa naissance.
Rappelons brièvement qui sont ses parents et dans quelles circonstances cet enfant providentiel fût conçu. Zacharie et Élisabethsont un couple de « justes », âgés et stériles5, comme l’étaient Abraham et Sarah, ainsi que Joachim et Anne. Zacharie est « sacrificateur », c’est-à-dire prêtre : ils sont un couple sacerdotal, descendants tous deux d’Aaron, c’est-à-dire de la tribu de Lévi. L’Évangile ne nous dit pas où ils résidaient en Judée, mais la tradition indique qu’il s’agit d’Hébron6 (ou dans les environs). Il y avait beaucoup de prêtres en Israël (plus de 7000, répartis en 24 classes et résidant dans les « villes sacerdotales »), appelés à tour de rôle à officier au Temple de Jérusalem, pour y accomplir les sacrifices (animaux) et les offices liturgiques. Il s’y rend au tour de sa classe et il est désigné par le sort pour entrer dans le Temple, afin d’y offrir l’encens à Dieu7. Il entre donc dans le « lieu saint », et s’avance jusque devant le voile qui cache le Saint des saints [le « voile du Temple »], là où se trouvait le chandelier d’or à 7 branches (la menorah), une table en or (pour les « pains de proposition ») et l’autel des parfums (appelé aussi « l’encensoir d’or »). Seuls les prêtres pouvaient pénétrer dans le Saint, revêtus de leurs ornements sacrés. Et lors de l’offrande de l’encens, qui était l’office le plus solennel, célébré le matin et le soir, le prêtre tiré au sort devait être seul dans le Saint (ce qui sera le cas pour Zacharie). Or, pendant qu’il officie, l’ange Gabriel8 lui apparaît et lui dit que « sa prière a été exaucée » et que « sa femme enfantera un fils auquel il donnera le nom de Jean ». Il lui rappelle les prophéties concernant ce fils extraordinaire, dont celle de Malachie, et lui révèle son lien spirituel avec Élie, qui est le prophète par excellence. Mais Zacharie a un doute, parce que lui et sa femme sont vieux et stériles : Gabriel lui fait une sévère remontrance et le punit en le frappant de mutisme. Zacharie achève sa semaine de service sacré, puis rentre chez lui. Il s’unit alors à sa femme et elle tombe enceinte : la prophétie s’accomplit. Mais Élisabeth se cache, parce qu’elle a honte d’être enceinte à son âge : il n’est pas toujours facile d’être prophète… Toutefois elle a conscience d’avoir reçu « une grâce du Seigneur » qui lui a « ôté son opprobre » : elle a coopéré à la venue du Messie en engendrant celui qui va L’annoncer directement et Le baptiser. Cela se passe « au temps d’Hérode, roi de Judée » (Lc1, 5).
Six mois plus tard a lieu l’Annonciation, qui est, pour la tradition de l’Église le moment même de la Conception immaculée et divine du Christ en Marie, par le Saint-Esprit. Le même séraphin Gabriel, qui a fait cette annonce inouïe à Marie, la rassure quant à sa virginité, à laquelle elle n’aura pas à renoncer [et qui était un engagement d’amour exclusif vis-à-vis de Dieu]. Puis, pour attester qu’il n’y a rien d’impossible à Dieu, et peut-être aussi pour la rassurer, il lui révèle que « Élisabeth, sa parente, avait conçu, elle aussi, dans sa vieillesse, et que celle qui était appelée stérile était dans son 6è mois » (Lc 1, 36). Cette révélation était importante pour Marie et pouvait la conforter : qu’une femme âgée et stérile, mariée à un vieux mari, puisse tomber enceinte, constituait une démonstration évidente de la toute-puissance de Dieu. Aussitôt après, elle dira « oui » (« Qu’il me soit fait selon ta parole » Lc 1, 38). C’est là que nous apprenons que Marie et Élisabeth étaient parentes, mais nous ne savons pas à quel degré9. Marie – comme ses parents Joachim et Anne – et Joseph étaient de la tribu de Juda et descendants du roi David ; Élisabeth était de la tribu de Lévi : elles pouvaient être « cousines », grâce aux mariages entre personnes de tribus différentes, ce qui n’était pas rare en Israël.
Marie se rend alors « en hâte » auprès de sa cousine pour partager avec elle la joie ineffable d’être enceinte du Messie. Ce sera la première rencontre entre les deux enfants sacrés, dans le sein de leurs mères respectives : Jean-Baptiste, fœtus de six mois, et Jésus, qui vient d’être conçu, selon Sa nature humaine10. Jean tressaille de joie à la salutation de Marie parce qu’elle est porteuse du Messie. L’Évangile nous dit qu’Élisabeth fut à ce moment-là « remplie du Saint-Esprit » ce qui signifie que Jean-Baptiste fut aussi rempli du Saint-Esprit dans le sein de sa mère (ce qui confirmait ce que l’ange Gabriel avait annoncé à Zacharie : « Il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sien de sa mère » Lc 1, 15).
Après avoir rappelé ces grandes merveilles, divines, venons-en à notre péricope, dont le sens devient clair. L’Évangile précise, après avoir relaté le cantique de Marie, le « Magnificat », que « Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois », ce qui signifie qu’elle était présente à la naissance de Jean-Baptiste (et donc aussi Jésus Lui-même) et que c’est durant cette période qu’elle a appris à s’occuper d’un bébé, car elle était vierge et très jeune (la tradition indique : environ 16 ans11). Bien qu’Élisabeth n’ait encore jamais eu d’enfant, elle avait eu probablement l’occasion de s’occuper des bébés des autres et surtout, comme elle était enceinte depuis six mois, elle pouvait instruire sa jeune cousine sur cet état de femme enceinte, dont Marie ignorait tout. Élisabeth arrive à terme et « elle enfanteun fils » conformément à la prédiction de l’ange Gabriel (à cette époque, on ne connaissait pas à l’avance le sexe des enfants : c’est à la fois une découverte et l’attestation de la véracité des paroles du séraphin. Ses parents et amis savaient qu’elle était enceinte puisque saint Luc nous dit « qu’elle se cacha pendant cinq mois » (Lc 1, 24), ce qui signifie que la visitation de Marie l’a libérée de la gêne qu’elle pouvait avoir d’être enceinte à son âge : elle a osé affirmer la grâce que Dieu lui avait accordée « pour ôter son opprobre parmi les hommes » (Lc 1, 25) ; et « ils se réjouirent avec elle » car « le Seigneur avait fait éclater envers elle Sa miséricorde ».
Élisabeth et Marie pouponnent, ce qui ne leur est pas familier, puisque l’une est très âgée et l’autre une jeune vierge, aidées par la famille et les amis. C’est là où Marie apprendra à être mère et à s’occuper d’un bébé. Dieu est attentif à tout, et Il est prévenant.
Le 8e jour, selon les prescriptions de Dieu à Abraham (Gn 17, 9-14), l’enfant doit être circoncis : c’est aussi le jour où l’on donnait à l’enfant un nom (Mt 1, 21), son nom, qui faisait de lui une personne (unique). Et selon les usages juifs les parents et amis présents veulent lui donner le nom de son père, Zacharie, ce qui était courant chez les Juifs, comme dans beaucoup d’autres sociétés antiques, et même chrétiennes. Élisabeth intervient avec une autorité de prophétesse et dit : « Non ! Il sera appelé Jean ». Comme Zacharie était muet depuis neuf mois, il n’a pas pu dialoguer avec sa femme, ni lui expliquer ce qui s’était passé dans le Temple. Élisabeth n’a pu connaître le nom de son fils que par le Saint-Esprit. Zacharie, le chef de famille, est toujours muet et ne peut pas s’exprimer : on lui fait alors des signes (il a dû apprendre ce langage pour pouvoir communiquer avec les autres) pour lui demander son avis. Il fait savoir qu’on lui apporte une tablette de cire, prend un stylet et écrit : « Jean est son nom ». « Tous furent dans l’étonnement » parce que ce nom n’avait jamais été utilisé dans ce clan, et que ce n’était pas l’usage d’emprunter un nom nouveau12. Mais, en fait, il avait été choisi par Dieu, en fonction de la mission qu’Il voulait lui confier : Jean, en hébreu Yôhânân13, signifie « Le Seigneur fait grâce ». Nous avons là, un bel exemple de la puissance du nom, qui sera tellement évidente dans le Christ. Le nom n’est pas la personne, mais il en est le signe, la révélation, la manifestation. Effectivement ce nom correspond à la future mission de Jean-Baptiste, puisqu’il préparera Israël à recevoir le Messie et qu’il sera l’instrument même de la révélation de Jésus de Nazareth comme Fils de Dieu et Messie, en Le baptisant dans le Jourdain.
Et « au même instant, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia et il parlait, bénissant Dieu ». La révélation par le Saint-Esprit du nom du Précurseur annonce la révélation du Nom « qui est au-dessus de tout nom », Jésus le Sauveur du monde, le Messie-Christ. Et Jésus, présent dans le sein de Sa mère, fait un premier miracle : il guérit Zacharie de son mutisme et le fait prophète. Zacharie « rempli du Saint Esprit » chante son admirable cantique, appelé en Occident le « Benedictus », cher au rite des Gaules, dans lequel il prophétise que ce « petit-enfant sera appelé prophète du Très-Haut », car « il marchera devant la face du Seigneur [le Christ] pour préparer Ses voies ».
Tous ces événements furent connus « dans toutes les montagnes de Judée », par le bouche-à-oreilles, d’autant plus facilement que Hébron était une ville sacerdotale et que Zacharie avait de nombreux confrères en ville et dans les environs. Les Judéens sentent qu’il se passe quelque chose de très important, venant de Dieu, mais sans encore pouvoir le comprendre ni le nommer. Ils se disent : « que sera donc cet enfant ? ». On peut dire que, dès sa naissance, Jean-Baptiste est prophète et prépare les cœurs à la venue du Messie tant attendu depuis Abraham14 (2 000 ans !), le Sauveur du monde, Jésus-Christ.
Saint Luc conclut : « Et en effet la main du Seigneur était avec lui », ce qui signifie que la puissance de Dieu était en lui. C’est le Saint-Esprit qui parlera par sa bouche, et préparera le peuple d’Israël à accueillir son Messie, Jésus de Nazareth.
Nous voyons dans cette histoire sainte que le nombre 6 est omniprésent, ce qui a une signification symbolique importante et précise : 6 est le jour biblique de la création de l’Homme et aussi de sa chute.
Jean-Baptiste représente l’ancien monde – déchu – [son aspect extérieur d’ « homme des cavernes » dans le désert de Judée en est une image saisissante15], mais qui accepte, par le repentir,de passer au 7 – le sabbat, qui est l’union à Dieu –et le prépare activement et consciemment. C’est au 7è jour que Jésus sauvera l’Homme et le monde en descendant, par Sa mort, dans les enfers ténébreux, pour en délivrer les âmes prisonnières. L’Homme n’a pas voulu aller à Dieu le 7è jour, Dieu vient à lui, jusque dans la mort au 7è jour. Jean-Baptiste est un 6, mais qui prépare et rend possible le 7. Mais la résurrection du Christ sera un 8 – dimanche –8è jour [après le sabbat] qui devient aussi 1er, premier jour de l’éon du Royaume, jour éternel (« Ce jour, le Seigneur l’a fait, soyons dans la joie et dans l’allégresse », comme nous le chantons sans cesse à Pâques – Ps117 [He 118], 24, qui est devenu le principal verset du « psaume pascal » de la liturgie de Pâques).
Le culte de saint Jean Baptiste remonte au 4è siècle et vient de Palestine. La fête de sa nativité, qui est la plus importante de ses fêtes liturgiques, fut placée au 24 juin en fonction de la date de Noël, puisque Jean précédait Son Maître de six mois. Et le fait que cela corresponde au solstice d’été, et donc au jour le plus long de l’année, a bien sûr un sens spirituel, parce que Jean annonce Celui qui est la « Lumière du monde », celle qui ne s’éteint pas. Par contre, Jésus naîtra, selon la chair, au solstice d’hiver – et la nuit –et donc pendant la nuit la plus longue de l’année, parce qu’Il est venu sauver ceux qui étaient plongés dans « les ténèbres et l’ombre de la mort » (Mt 4, 15-16, citant Is 8, 23-9, 1), c’est-à-dire dans la nuit du péché. Cette fête deviendra très importante dans de nombreux pays chrétiens, notamment en France, où l’on allumera de grands feux à la nuit tombée, pour symboliser la lumière du Christ qui est éternelle et qui chassera définitivement la nuit16. Il existe même un rituel de bénédiction « des feux de la Saint Jean ». Il est probable qu’il s’agit de la christianisation de rites païens plus anciens. Mais, parfois, ces rites païens préfiguraient des vérités chrétiennes, car tout appartient à Dieu, hormis le péché, qui Lui est étranger, qui n’a pas d’être en lui-même, et qui n’est qu’une déficience d’être.
Que Dieu soit béni pour Jean, Son précurseur, qui trône éternellement à Sa gauche, tandis que la sainte Théotokos est à Sa droite, comme nous le voyons sur les « déisis17 » orthodoxes, peintes depuis les origines de l’art iconographique chrétien dans les sanctuaires des églises, et que saint Jean Baptiste intercède devant Lui pour toute l’Église et pour toute l’humanité !
P. Noël Tanazacq, Paris
Notes :

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