Ajouté le: 18 Janvier 2018 L'heure: 15:14

Scène de la vie de Saint Syméon le Nouveau Théologien

par Saint Nicétas Stéthatos

Un jour qu’il tenait debout en une prière très pure, voici ce qu’il vit : dans son intelligence l’air commença à rayonner ; étant à l’intérieur de sa cellule, il lui sembla se trouver dehors, au grand jour ; or c’était la nuit, aux environs de la première veille. D’en haut se mit à briller comme une lumière d’aurore – ô formidables visions de cet homme ! – la maison et tout le reste s’éclipsèrent, et il crut n’être plus du tout dans la maison. Dans une extase totale, de toute son intelligence il fixait la lumière qui lui apparaissait : elle s’accroissait peu à peu, faisait briller l’air de plus en plus, et il se sentit lui-même sorti, avec tout son corps, des choses terrestres. Comme cette lumière continuait à briller de plus en plus vivement, et devenait au-dessus de lui pareille au soleil dans la splendeur de son midi, il s’aperçut qu’il était lui-même au centre de la lumière et tout rempli de joie et de larmes par la douceur qui, de si près, envahissait son corps tout entier. Il vit la lumière elle-même s’unir d’une façon incroyable à sa chair et pénétrer peu à peu ses membres. Le caractère extraordinaire de cette vision l’éloigna de sa précédente contemplation et lui faisait seulement considérer ce qui se passait de tout à fait insolite dans son intérieur. Il vit donc cette lumière finir par envahir peu à peu tout entière son corps tout entier et son cœur et ses entrailles, et le rendre lui-même tout feu et lumière. Et comme pour la maison tout à l’heure, ainsi maintenant elle lui fit perdre le sentiment de la forme, de l’attitude, de l’épaisseur, des apparences de son corps, et il cessa de pleurer. Une voix sort de la lumière qui dit :« Ainsi doivent être transformés les saints qui seront encore en vie, quand retentira la trompette suprême, et, entrés dans cet état, ils seront enlevés, comme le dit Paul »1.

Un bon nombre d’heures s’écoulèrent ainsi : le bienheureux, debout, ne cessait de chanter Dieu en de mystiques clameurs, sans distraction aucune ; il contemplait la gloire qui l’enveloppait, la béatitude réservée éternellement aux saints. Il commença alors à raisonner et se dit intérieurement : « Est-ce que je retournerai à la première forme de mon corps, ou demeurerai-je comme je suis ? » Àpeine eut-il fait cette réflexion, que soudain il reconnut qu’il portait encore la forme de son corps ; il se voyait en effet, on l’a déjà dit, devenu avec tout son corps tout lumière, une lumière sans forme, sans figure, immatérielle ; il sentait bien que son corps lui était présent, mais incorporel en quelque sorte et comme spirituel : il n’avait ni pesanteur, ni épaisseur aucune, lui semblait-il, et il fut stupéfait de se voir comme incorporel dans un corps. Cependant du même ton que tout à l’heure, la lumière se remettait à parler en lui, et disait : « Tels seront après la résurrection dans le siècle à venir tous les saints, incorporellement revêtus de corps spirituels, plus légers, plus subtils, plus propres à s’élever, ou plus épais, plus lourds, plus portés vers la terre : c’est par là que la place et le rang de l’intimité avec Dieu se diversifieront pour chacun. »

En entendant ces mots et en contemplant cette ineffable lumière de Dieu, Syméon, le voyant divin, le possédé de Dieu, rendit grâces au Dieu qui a glorifié ainsi notre race et l’a rendue participante de sa divinité2 et de son royaume. Puis il revint à lui complètement, et de nouveau il se trouva au-dedans de sa cellule, de la même manière et dans la même condition que précédemment : homme dans tout son être. Seulement, comme il l’affirmait avec serment aux confidents de ces mystères, pendant de longs jours il conserva cette légèreté de corps, sans aucune sensation de fatigue, ni de faim, ni de soif. Cependant par ces merveilles il devenait la possession exclusive de l’Esprit, et était comblé de ses charismes divins : il était naturel que la pureté extrême de son intelligence lui fit voir les augustes visions et révélations du Seigneur. Sa pensée était pareille à celle des apôtres, parce que l’Esprit divin l’animait de ses motions : aussi eut-il la grâce de la parole se répandant de ses lèvres3 ; à l’égal des apôtres, ignorant comme eux, il parlait de Dieu (faisait de la théologie) et enseignait aux fidèles en des écrits inspirés la perfection de la foi. Arrivé à ce degré d’union avec l’Esprit, il met au jour des chapitres ascétiques sur les vertus et les vices qui leur sont opposés ; c’était le fruit de sa propre « philosophie pratique » et de ses connaissances divines, consignes de perfection pour ceux qui s’exercent à la vie des philosophes ; et par là il devint pour le peuple d’Israël, les moines, un fleuve de Dieu rempli des eaux de l’Esprit4.

Notes :

1. 1 Thes. 4, 17.
2. 2 Pi. 1, 4.
3. Ps. 44 (45), 2.
4. Ps. 64 (65), 9.

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