Dans un pays très loin d’ici, au milieu de collines couvertes d’oliviers sauvages, se dressait un ancien village.
Les portes des maisons restaient souvent fermées.
Les gens qui y vivaient avaient aussi des cœurs fermés, comme leurs portes.
Personne ne parlait à ses voisins, personne ne prêtait jamais rien. Qui aurait pu donner le moindre petit bien ?
Chacun gardait pour soi tout ce qu’il avait.
Et dans les maisons aux rideaux tirés, on enfermait à clé dans les placards, le pain, le vin, le linge et les souliers.
Où se sont envolés les rires joyeux des enfants, les gentilles paroles qui font sourire les voisins ? Même les oiseaux s’en allaient vivre dans les collines alentour !
Au bout du chemin qui traversait le village, il y avait une petite maison abandonnée, dont la porte battait au vent, car plus personne n’y vivait depuis longtemps.
Un soir d’hiver, sous une pluie continue mêlée de neige, une jeune fille entre dans le village.
Ses vêtements sont trempés, sur son visage ruisselant d’eau glacée, aucune tristesse pourtant n’apparaît. Elle avance tranquillement.
Arrivée à la première maison, elle frappe à la porte et dit :
– J’ai froid, j’ai faim et je viens de très loin, ne pourriez-vous me donner un morceau de pain, s’il vous plaît ?
Derrière la porte fermée, on lui crie :
– Passe ton chemin la fille, nous n’avons pas de pain !
La jeune fille baisse doucement la tête et dit tout bas :
– C’est dommage, en échange j’aurais pu vous donner mieux que du pain...
Elle s’éloigne de là et s’approche de la deuxième maison. Elle frappe à la porte et dit :
– J’ai froid, j’ai faim, et je viens de très loin. Ne pourriez-vous me donner un bol de lait s’il vous plaît ?
Derrière la fenêtre aux rideaux tirés, une voix lui crie :
– Du lait ? As-tu de l’argent pour pouvoir payer ?
Après un moment de silence, la jeune fille dit calmement :
– C’est dommage, en échange j’aurais pu vous donner plus que de l’argent...
Elle s’éloigne de là. Arrivée à la troisième maison, elle frappe à la porte et dit :
– J’ai froid, j’ai faim et je viens de très loin. Est-ce que je pourrais dormir rien qu’une nuit dans votre grenier ?
Personne ne répond, on n’entend seulement la pluie sur le chemin, sur le toit de la maison.
Soudain la porte s’ouvre, oh, très peu ! juste assez pour laisser dépasser un nez. D’une voix hésitante, on lui dit :
– Il n’y a pas de place pour toi ici. Va donc au bout du chemin, il y a une maison vide, tu y seras très bien.
Avant que la porte ne se referme, la jeune fille répond tout bas :
– C’est dommage, pour vous remercier, j’aurais pu vous donner mieux que la chaleur d’un grenier...
La jeune fille s’en va vers la petite maison, et le bruit de ses pas sur la route mouillée frappe à petits coups aux portes fermées, tinte sur les vitres des fenêtres aux rideaux tirés.
Dans la première maison, une femme l’entend et elle se dit :
– Un morceau de pain, ce n’est rien... Et qu’est-ce que cette fille a dit qu’elle me donnerait en échange
Elle attend qu’il fasse bien nuit pour que personne ne la voie. Elle glisse un pain sous son manteau et elle s’en va sur le chemin.
Dans la deuxième maison, un homme l’a entendue et il se dit :
– Un bol de lait, qu’est-ce que c’est ? Et cette fille n’a-t-elle pas dit qu’elle pouvait me payer ?
Et dès qu’il fait bien nuit, l’homme prend un pot de lait, le cache dans un sac et il s’en va sur le chemin.
Dans la troisième maison, une vieille femme l’a aussi entendue et elle se dit :
– Il doit faire froid et humide là-bas, rien que d’y penser, ça me fait froid à moi aussi ! Cette fille n’a-t-elle pas parlé de quelque chose qui réchauffait encore mieux ?
Et dès qu’il fait bien nuit, la vieille femme prend la clé de son grenier, l’enfouit dans sa poche et elle s’en va sur le chemin.
Et les voici tous les trois, la femme, l’homme et la vieille femme, devant la maison, au milieu de la nuit ; l’une avec le pain caché sous son manteau, l’autre avec le lait enfermé dans son sac et la troisième avec la clé enfoncée dans sa poche.
La pluie et la neige se sont arrêtées, bientôt un silence étrange envahit le village, comme une onde douce et paisible. Ils n’osent pas bouger et se regardent tout gênés, intimidés. Un bruissement d’ailes traversent soudain l’espace, déposant dans l’air un arôme délicat et parfumé. L’ont-ils entendu ? Combien de temps sont-il restés ainsi ? Nul ne le sait, et malgré le froid de la nuit, ils n’ont rien dit et se sont même souri !
Bientôt la femme ouvre son manteau et dit en tendant sa main :
– Oh ! ce n’est qu’un peu de pain...
L’homme à son tour, plonge la main dans son sac et en retire le pot :
– Et rien qu’un peu de lait...
Alors la vieille femme enfonce la main dans sa poche et dit en soupirant :
– Ce n’est rien que la clé de mon grenier...
Ils frappent à la porte et entrent doucement. Ils sont bien étonnés car la maison est vide. La jeune fille a disparu ! Comme ils sont déçus ! Ils se regardent en silence ; aucune parole ne peut dire leur chagrin.
La vieille femme regarde autour d’elle, comme si elle découvrait la maison pour la première fois. Elle se redresse soudain et dit :
– Qu’en pensez-vous, si on nettoyait un peu cette maison, si on mettait une clé sur la porte, les voyageurs qui passeraient auraient un endroit où loger !
Les deux autres se regardent, un sourire radieux apparaît dans leurs yeux, et dans un même élan ils s’écrient :
– Et aussi un morceau de pain, ça ne coûterait vraiment rien !
Mais qu’arrive-t-il ? Ces trois voisins du village qui jamais ne se parlaient, qui jamais ne se donnaient rien, dont les cœurs étaient aussi fermés que les portes de leurs maisons, les voilà maintenant attendris et unis ! Ils découvrent qu’ils se sentent bien, si bien, comme s’ils avaient reçu quelque chose de meilleur que le pain, de plus précieux que l’argent, quelque chose qui réchauffe le corps et le cœur, quelque chose de tout nouveau, qui vient de naître en eux ! Une lumière très douce les entoure, la vieille femme se met à genoux et des larmes comme des petites gouttes de lumière coulent sur ses joues et tombent sur le sol glacé, une joie inconnue envahit son cœur si longtemps resserré, si longtemps affamé. Elle se relève doucement et la lumière de son visage se répand dans le cœur de l’homme et de la femme.
Au-dehors, les premières lueurs du jour apparaissent, éclaire le chemin du village, entre dans la maison. Soudain, un premier chant d’oiseau traverse l’air, cela fait fuir la poussière, annonce bientôt la lumière ! Mais c’est aujourd’hui Noël !
Et aussitôt, tous les trois, emportés par la joie, courent vers le village en appelant :
– Levez-vous ! Ouvrez vos portes et tirez vos rideaux ! Chers voisins, chers amis, une jeune fille est venue cette nuit, elle a réveillé nos cœurs et y a déposé une grande et merveilleuse nouvelle, nous avons hâte de la partager ! Jésus Christ est né ! Oui, Celui que toute la terre, toute la création, attendait ! Venez tous écouter ce que nous avons à vous raconter !
Dans le ciel de ce petit matin d’hiver, parmi les collines aux oliviers millénaires, toute la création frissonne de joie, avec les chœurs angéliques :
(Canon des matines de la Nativité, 1re ode)

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