Ajouté le: 2 Décembre 2008 L'heure: 15:14

La reprise fraternelle et le pardon

Il n’y a pas de pardon sans repentir (Mt. 18, 15-18 ; 21-22. Lc. 17, 3-4)

La question du pardon est essentielle parce que nous sommes une humanité déchue et que nous avons tous besoin du pardon divin. Dans l’Ancien Testament le pardon était abordé exclusivement entre l’Homme et Dieu. Le Christ va enseigner quelque chose qui, pour les Juifs, était totalement nouveau, à savoir le pardon entre les hommes, remplaçant le célèbre précepte vétéro-testamentaire « œil pour œil, dent pour dent » (Lév. 24, 20), et la réciprocité du pardon, qu’Il va révéler dans la prière par excellence qu’est le Notre Père (5e demande : « Remets-nous nos dettes, comme nous aussi les remettons à nos débiteurs »). Le grand bibliste Jean Carmignac, qui a écrit un traité magistral sur le Notre Père1, dit que cette réciprocité du pardon est une des deux grandes nouveautés du Notre Père, par rapport à l’Ancien Testament (l’autre étant la lutte contre la tentation, qui se trouve dans la 6e demande).

Les Apôtres, en bons juifs pieux, sont sous le choc (et pas seulement pour cela, mais pour toutes les nouveautés étonnantes des discours du Seigneur). Et nous voyons, dans l’Évangile, qu’ils vont profiter de certaines circonstances pour questionner plus précisément le Seigneur sur tel ou tel point, pour être sûrs d’avoir bien compris (heureusement pour nous !). C’est le cas ici.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, ajoutons que cette question est difficile parce qu’elle est un peu brouillée par les opinions du monde, et en particulier par les idéologies dominantes, qui proviennent à peu près toutes de la philosophie dite des « Lumières » (au 18e s.), qui avaient pour but de « libérer » les hommes du « carcan » de la religion [chrétienne], c’est-à-dire, en réalité, de s’affranchir de l’Église et de Dieu. Ils qualifiaient de « progrès2 » le fait de faire confiance uniquement à l’intelligence humaine, en considérant que l’Homme se suffisait à lui-même. En fait, il s’agissait – et il s’agit toujours – de l’Homme sans Dieu, ce qui est une hérésie. Ce pseudo-humanisme engendrera toutes les tyrannies et tous les génocides2 que l’histoire connaît depuis deux siècles. Le véritable humanisme est la déification de l’Homme, car c’est le destin que le Père céleste lui a assigné. Et le véritable et unique progrès de l’Homme est de ressembler à Dieu.

Un des grands aspects de cette philosophie – qui est plutôt une idéologie et même un « messianisme3 » – et qui provient surtout de Jean-Jacques Rousseau, est que l’Homme est bon par nature, et donc qu’il n’a pas péché et n’a pas besoin de repentir, mais que c’est la société qui l’a rendu mauvais (ce qui est une ineptie intellectuelle) et qu’il faut donc éradiquer tous les éléments mauvais de la société, ce qui engendrera les persécutions et les génocides.

L’Église n’est pas du monde (elle est de Dieu), mais elle vit dans le monde, et les Chrétiens sont aussi influencés par les pensées du monde. Lorsqu’on entend proclamer « urbi et orbi », comme un apophtegme : « il faut pardonner » en oubliant la deuxième partie du message du Christ, c’est, à proprement parler, une hérésie, puisqu’on privilégie un aspect du message au détriment des autres aspects. On mutile ainsi la parole de Dieu, on la dévie (et on l’annule). C’est ce que le Christ reprochait sans cesse aux grands-prêtres, aux scribes et aux Pharisiens, mais l’Église reproduit souvent les péchés d’Israël…

Entrons maintenant dans notre sujet, et situons d’abord son contexte évangélique.

Chez Saint Matthieu, cela se passe après la Transfiguration et la première annonce de la Passion, donc vers la fin de la deuxième année de mission du Christ, juste après que les disciples Lui eussent posé une question, qui peut nous paraître saugrenue, sur « Qui est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? ». Jésus va répondre par un long discours où Il parle beaucoup des « petits » (après avoir appelé un petit enfant au milieu d’eux, car le Christ n’est jamais dans l’abstraction : tout ce qu’Il dit est « vrai » et concret), des scandales (qui sont inévitables, mais qui sont un malheur pour ceux qui les causent [et non pas pour ceux qui les révèlent], comme le souligne Saint Jean Chrysostome). Peu après, Il aborde le sujet qui nous concerne. Et, ensuite, Il racontera la parole des Talents4 pour illustrer Son propos, en bon pédagogue.

Chez Saint Luc, le contexte est probablement proche de celui de Saint Matthieu, mais plus difficile à situer5 : néanmoins, il place ce discours du Christ, qui est beaucoup plus bref, juste après celui sur les scandales, et il est suivi par l’épisode de Zachée (fin de la montée vers Jérusalem) et la parabole des Mines (variante de celle des Talents)4.

Chez Saint Matthieu, le Christ vient de raconter la parabole de la Brebis perdue6 (mais beaucoup plus succinctement que chez Saint Luc) et Il termine en disant : « De même, ce n’est pas la volonté de votre Père céleste qu’il se perde un seul de ces petits ». Quelle révélation extraordinaire, qui est une source d’espérance permanente – éternelle – pour tous les hommes ! Mais le terme utilisé par le Seigneur (« petit » : en grec : micros) est intéressant : il faut le comparer avec celui de Saint Luc : « un seul pécheur repentant ». Il s’agit donc d’un petit dans le sens spirituel, c’est-à-dire d’une personne qui a conscience de son péché [qui est en fait de la pseudo-grandeur, de la pseudo-puissance, de l’orgueil], de sa petitesse devant Dieu, et s’en repend. C’est à rapprocher de l’expression utilisée par Le Christ dans la première Béatitude (« Bienheureux les pauvres en esprit… », c’est-à‑dire ceux qui ont conscience de n’être rien sans Dieu et qui attendent tout de Dieu, leur unique richesse). Cela nous introduit déjà dans le sujet.

Le Christ continue, probablement en réponse à une question telle que va la formuler Pierre en 18, 21 (« …combien de fois devrais-je pardonner à mon frère ? » Nous y reviendrons), et dit : « Mais si ton frère pèche [contre toi], va et reprends-le entre toi et lui-seul. Et le Christ insiste : s’il ne t’écoute pas, prends un ou deux témoins, et, s’il n’écoute pas plus, prends l’Église [la Communauté] à témoin. Voilà qui est très différent des idéologies soi-disant humanistes. Le Christ ne nous enseigne pas à dire que tout le monde est beau et gentil (comme le disent les « utopistes »). Le péché – qui est le mal – existe chez l’homme : c’est une réalité. Et mon prochain – comme moi-même – peut être pécheur, contre moi, ou contre les autres. « Reprends-le » : fais-lui comprendre qu’il fait du mal aux autres, que son comportement n’est pas conforme à Dieu, et qu’il doit faire l’effort de changer. Comporte-toi comme Dieu vis à vis de ton frère. Et Chez Saint Luc, la parole du Christ est encore plus forte : « réprimande-le ». Et nous constatons, que dans l’Évangile, le Christ, qui est notre modèle parfait et qui fait toujours ce qu’Il nous enseigne à faire (comme le dit Saint Hilaire de Poitiers) reprend souvent des personnes (de petites gens ou des grands), des groupes et des clans (le sanhédrin, les Pharisiens…), y compris Ses amis, les disciples, ou la foule, c’est-à‑dire le peuple.                                    

En cette occurrence, c’est cela aimer son prochain. Lorsqu’un enfant fait une grosse bêtise, avec des conséquences qui peuvent être graves, les parents le disputent. Mais ils le font parce qu’ils l’aiment et qu’ils prévoient l’avenir. On est ici dans la même acception. Aimer le prochain qui nous fait du mal, c’est d’abord le reprendre, et donc l’aider7 à prendre conscience et à changer. Cette reprise fraternelle a pour but de sauver et non de détruire. Ce n’est pas un jugement8 de valeur absolu – qui n’appartient qu’à Dieu – mais du discernement8.

Et la procédure que nous indique le Seigneur est graduelle et remarquable : d’abord seul à seul, face à face, pour ne pas le discréditer, parce que cela peut n’être qu’une chute ponctuelle, circonstancielle, puis avec deux ou trois témoins, ce qui est objectif mais reste discret, et enfin devant toute la communauté, parce qu’elle doit aussi être préservée et protégée d’un éventuel « loup », un prédateur. On peut simplement faire remarquer que cette procédure n’est pas toujours possible, parce que la personne coupable n’est pas nécessairement présente ni disposée à l’être, qu’elle peut être violente et que la victime peut elle-même être trop émotive pour agir. Mais on peut aussi reprendre par écrit ou faire dire ce qu’on ne peut pas dire. On peut aussi s’appuyer sur d’autres9, qui ont des charismes que nous n’avons pas toujours (ils sont les « deux ou trois témoins). L’important est que le coupable sache qu’il a fait du mal, sinon il ne pourrait pas changer.

Et ensuite ? Le Christ va plus loin chez Saint Luc : « et s’il se repend10, remet‑lui », c’est-à-dire pardonne-lui. Voilà qui est extrêmement instructif et qui est une belle réponse – divine – aux idéologies fallacieuses et mensongères, ainsi qu’au sentimentalisme religieux. « S’il se repend… » : le pardon est offert, mais il n’est ni formel (j’ai dit les mots, donc c’est fait), ni automatique : le pardon ne peut pas être reçu sans repentir. Il faut toujours offrir le pardon, ouvrir la porte du pardon. Mais la personne coupable – le pécheur – peut entrer ou non, recevoir ce pardon dans son cœur- par le repentir- ou non. Et c’est exclusivement le repentir qui permet de recevoir le pardon. Ce qui vaut pour les hommes entre eux, vaut pour la relation de l’homme avec Dieu. Dieu nous ouvre toujours la porte de Son pardon, même à ceux de l’enfer (comme le Christ l’a dit à Saint Silouane, lorsqu’il se trouvait dans l’enfer spirituel, éternel), mais l’homme est libre d’y entrer ou non. Si l’on pouvait recevoir le pardon sans se repentir, cela signifierait, en parodiant Saint Paul, que le sacrifice du Christ aurait été inutile. En effet, si l’on pouvait recevoir le pardon sans se repentir, c’est-à-dire être sauvé sans renoncer au péché, sans changer, sans revêtir le Christ, pourquoi le Christ serait-Il mort pour nous sur la Croix ? Et Dieu ne peut pas contraindre les personnes à adhérer à Son « bon vouloir », ni les personnes humaines, ni les personnes angéliques, parce que la liberté des personnes humaines et angéliques est une image de la liberté des personnes divines. S’Il le faisait, Il ne serait plus conforme à Lui-même. C’est la seule chose que Dieu ne puisse pas faire pour nous : se repentir à notre place. C’est pour cela que l’enfer est éternel : il ne s’agit pas d’un décret divin, d’une décision du Grand Conseil divin : c’est la conséquence de la liberté des personnes.

Il y a un corollaire pastoral à cet enseignement du Christ. Nous les prêtres, qui sommes appelés à entendre les confessions des fidèles, pour qu’ils puissent être déliés de leurs péchés et vivre, nous constatons souvent des dérives « formalistes » de la confession. On va se confesser parce que c’est la règle, osons même le dire, parce que cela fait partie de la culture religieuse. Mais nous voyons souvent des fidèles n’exprimer aucun repentir, même pour des péchés graves, et, peut-être encore pire, recommencer à commettre les mêmes péchés aussitôt après leur confession (j’en ai été témoin)11. La grâce divine du pardon, que nous avons reçu des évêques successeurs des Apôtres, c’est-à-dire du Christ Lui-même, grand-prêtre éternel et chef de l’Église, est toujours là, réellement présente, mais, en l’occurrence, elle ne peut pas entrer dans un cœur non repentant qui la refuse, car elle n’est pas magique, ni automatique : elle suppose une repentance sincère et vraie du pénitent11. Cela signifie que la personne qui se comporte ainsi n’a pas reçu réellement le pardon de Dieu, et qu’il ne peut pas y avoir de fruits spirituels. On peut tromper facilement un prêtre, mais on ne peut pas tromper Dieu.

Et qu’arrive-t-il à celui qui ne veut écouter personne ? Le Christ donne la réponse chez Saint Matthieu : « Qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain », ce qui signifie : qu’il soit exclu de la communauté des croyants, en fait de l’Église. C’est une condamnation qui ressemble à celle de la parabole des Talents où le débiteur impitoyable (qui a bénéficié du pardon de Dieu, mais qui le refuse à son prochain, c’est-à-dire qui refuse de changer) est « livré aux bourreaux ». C’est une image de l’enfer12.

Les Apôtres sont probablement stupéfaits, car la notion de pardon était peu développée dans l’Ancien Testament et exclusivement dans la relation de l’Homme avec Dieu, jamais entre les hommes. Pierre, qui est toujours audacieux et parle souvent au nom des autres, s’approche du Christ et insiste : « Seigneur, combien de fois devrai-je pardonner à mon frère lorsqu’il pèchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à 7 fois ? (Ce qui lui paraît déjà un chiffre énorme). La réponse du Christ est immédiate et sans appel : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 77 fois (ou septante fois 7 fois, ce qui fait 490 fois)13. Quoi qu’il en soit du nombre exact, 77 ou 490, ce nombre est très élevé : il reflète la miséricorde divine. Mais il faut remarquer que le Christ ne dit pas : « toujours », ce qui signifie qu’il y a une limite. Cette limite représente le jugement divin. S’il n’y avait pas de limite, l’Homme pourrait demeurer éternellement mauvais. Il est nécessaire qu’il puisse avoir à un moment donné, une vérification spirituelle. Ce que le Seigneur indique entre les hommes est une image de ce qui est entre l’Homme et Dieu.

Chez Saint Luc, le Christ confirme ce qu’on trouve chez Saint Matthieu en indiquant « 7 fois le jour » (ce qui est beaucoup). Mais il insiste à nouveau sur le repentir, d’une façon explicite : « Et si 7 fois le jour il pèche contre toi et que 7 fois il revienne à toi en disant : je me repens, tu lui pardonneras ». On ne peut pas être plus précis. Le lien entre repentir et pardon est absolu.

Un homme qui ne se repend pas ne peut pas recevoir le pardon. Cela vaut entre les hommes, mais aussi et surtout entre l’Homme et Dieu.

P. Noël TANAZACQ, Paris

 

Notes :

1. Le P. Jean Carmignac fut un des plus grands biblistes du 20e s., excellent hébraïsant, ayant travaillé longtemps sur les manuscrits de la Mer morte. Son œuvre magistrale fut sa thèse sur le Notre Père, publiée en 1969. On peut se reporter à ma conférence sur « Le Notre Père : une prière divine pour l’Homme », qui utilise essentiellement ses travaux, que l’on trouvera sur le site de ma paroisse [www.sainte-genevieve-paris.fr] et qui devrait être publiée bientôt par les éditions Apostolia.
2. Lorsque Soljénitsyne vint en Vendée en 1993 pour l’inauguration du Mémorial des martyrs vendéens, il dit, dans un grand discours : « [ce génocide est un] effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au 18e siècle ». Lénine était venu en Vendée en 1910 prendre des leçons, pour voir comment les Républicains français avaient faits pour anéantir le peuple chrétien de Vendée : un de ses premiers actes sera de créer le Goulag en 1919, pour détruire ceux qui n’étaient pas communistes, et en premier lieu les paysans et le clergé. Et les Nazis iront voir en Union soviétique comment les Communistes s’y prenaient pour éradiquer leurs ennemis. Triste « progrès »…
3. Un messianisme est une doctrine et un mouvement à caractère universel visant à résoudre les difficultés terrestres, et même, au-delà, à sauver l’humanité, en copiant, consciemment ou inconsciemment les notions judaïques et chrétiennes en la matière, mais sans le vrai Messie, Jésus-Christ. Comme l’a bien montré le grand spécialiste de cette question, Édouard-Marie Gallez, tous les messianismes historiques, depuis les Esséniens jusqu’aux Communistes, en passant par l’Islam, divisent l’humanité en « purs » et « impurs », les purs étant la conscience de l’humanité et ayant pour vocation d’éradiquer les impurs par tous les moyens (cf. le 1er vol de sa thèse « Le Messie et son prophète : aux origines de l’Islam », 2012, qui est entièrement consacré à l’étude des messianismes et à leurs origines).
4. Pour la parabole des Talents (et celle des Mines) on peut se reporter à mon article d’Apostolia, n° 79, d’octobre 2014.
5. La chronologie de Saint Luc est plus difficile à comprendre que celles de Saint Matthieu et de Saint Marc, qui sont réellement en concordance (Mais Matthieu et Pierre [Saint Marc a mis par écrit l’Évangile que Pierre proclamait à Rome] sont des témoins oculaires).
6. Pour la Brebis perdue, on peut se reporter à Apostolia n°112-113 de juillet-août 2017
7. Saint Jean Chrysostome : « …dans le désir sincère de l’aider à réparer cette faute… » et, plus loin : « …afin qu’ils aient du regret d’avoir fait cette faute… ».  (Homélie 60 sur Saint Matthieu ; Ed. Artège, 2012, p. 364-368)
8. « Juger » a, en français, deux sens différents : soit un sens formel et juridique (acquitter ou condamner), soit un sens intellectuel et spirituel, qui est d’avoir une opinion juste, et donc du discernement. Il est ambigu de dire, comme on l’entend souvent : il ne faut pas juger [les autres]. Certes, il ne faut pas prendre la place de Dieu -et donc ne pas condamner- mais il faut essayer d’avoir toujours une opinion juste, sur les personnes et les situations, et donc d’avoir du discernement. Dieu nous a demandé d’être bons, comme Lui-même est bon, mais pas d’être bêtes, sans intelligence.
9. Saint Jean Chrysostome : « Si tu es trop faible étant seul, prends du secours, appelle un ou deux autres témoins… »
10. Saint Jean Chrysostome : « …s’il reconnait qu’il a eu tort… » (ibidem)
11. On voit parfois même pire, et publiquement. J’ai vu une fois à la télévision, un évêque défendre fortement un de ses prêtres pédophile, condamné par la justice, sans la moindre compassion pour les enfants violés, en arguant simplement du fait que ce prêtre s’était « confessé », et donc avait été automatiquement pardonné. Et le dit prêtre a fait appel de sa condamnation, ce qui signifie qu’il n’avait aucun repentir. Rappelons quand même que la pédophilie, qui est le viol d’un enfant, est non seulement un crime, selon les lois de l’État, mais aussi un sacrilège, car un prêtre a pour vocation d’apporter la vie, le salut en Christ, et non de donner la mort. Et c’est encore pire lorsque les victimes sont « l’un de ces petits qui croient en Moi » dont parle le Christ, juste avant la péricope que nous venons d’étudier (en Mt 18, 6) : Il prophétise alors aux coupables un châtiment terrible (être noyé avec une meule autour du cou). La pénitence n’est pas un jeu !
12. Saint Jean Chrysostome : « …afin que ce retranchement leur donne lieu de reconnaître enfin le mal qu’ils ont fait ». Le Christ dit quelque chose de similaire à Saint Silouane à propos de l’enfer, qui est l’ultime possibilité que Dieu a d’amener les cœurs endurcis au repentir, sans les y contraindre. On retrouve cette pensée dans l’Acathiste des défunts, écrit par un évêque orthodoxe russe, dans un camp de concentration communiste où il a trouvé la mort (5e et 6e kondakia).
13. Ces nombres sont repris de la Genèse, dans un poème Lamech en Ge 4, 24 (« …Caïn sera vengé 7 fois et Lamech 77 [ou septante fois 7] fois. »), ce qui signifiait que Dieu accordait une protection à Caïn, bien qu’il fut le meurtrier de son frère Abel : on y décèle déjà la miséricorde de Dieu pour le pécheur. La traduction en français des noms de nombres grecs et latins n’est pas facile. J’ai consulté de nombreuses éditions de la Bible : on y trouve les deux nombres : 77 (Bible de Jérusalem, avec une réserve en note) et septante fois sept fois, c’est-à-dire 490 fois (Bible polyglotte de Vigouroux, Osty, TOB…) ; Le Nouveau Testament interlinéaire grec-français de Carrez traduit le grec ebdomêkontaxis epta par « soixante dix fois sept », ce qui peut s’interpréter dans les deux sens [latin :septuagies septies]. On trouve même chez Saint Ephrem le Syrien, qui était de langue et de culture araméenne, 77 fois 7 fois [ce qui fait 539] ! On voit que les hellénistes et les latinistes ne sont pas d’accord entre eux. Je ne me prononce pas, car mes connaissances linguistiques ne me le permettent pas.

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