Ajouté le: 5 Novembre 2018 L'heure: 15:14

De l’Union à Dieu

À quoi peut-on connaître qu’un chrétien est en union avec le Christ ? On le connaît quand ce chrétien a souvent recours à Jésus Christ, quand il prononce fréquemment ce nom si doux pour l’invoquer, quand son cœur se tourne souvent vers Lui, pour faire appel à son secours.

En effet, il est naturel que le croyant manifeste sa foi en Jésus et par la bouche et par le regard, car il sait que sans Jésus il est impuissant et sans joie. Il est rare, très rare, que l’homme qui reste loin du Christ porte ses pensées vers le Christ ; et si cela lui arrive, il le fait, mais sans foi, sans sincérité, sans amour, mais en quelque sorte par hasard ou par nécessité, comme s’il s’adressait à quelqu’un qu’il ne connaît que fort peu, dont la vue ne donne à son cœur aucune joie, aucune douceur, aucun charme, aucun attrait. Au contraire, nous remarquons que ceux qui sont en union avec le Christ n’ont pas une pensée à laquelle Jésus ne soit pas associé, et qu’ils ne vivent que de lui. Le Christ est leur souffle, leur nourriture, leur demeure, en un mot, tout ; ils s’attachent à Lui pour ainsi dire par tout leur être, à cause de la douceur de son Nom et de l’attachement de sa grâce, selon la parole du prophète : mon âme s’est attachée à Vous. (Ps 62, 8). Et ce contact intime les remplit d’une félicité inénarrable que le monde ignore. Tels sont les indices auxquels nous reconnaissons ceux qui ont trouvé Jésus, et ceux qui ne l’ont pas encore trouvé. Ces derniers n’ayant pas de foi sincère, passent leur vie à ne se préoccuper que des choses du monde, cherchant à s’amuser, à bien boire et à bien manger, à s’habiller avec goût, à satisfaire leur bon plaisir, à tuer le temps dont ils ne savent que faire, ce temps qui les cherche de son côté et fuit rapidement à leurs yeux, les jours succédant aux jours, les nuits aux nuits, les mois aux mois, les années aux années; jusqu’à ce que retentisse enfin l’heure dernière, l’heure terrible où il leur sera dit : arrêtez ; le cours de vos jours est terminé, votre temps est perdu, vos péchés et vos iniquités sont là devant vous, formant comme une montagne qui va s’écrouler sur vous et vous écraser de son poids dans l’éternité. […]

Celui qui est uni à Dieu aime inévitablement et par un effet pour ainsi dire tout naturel son prochain, parce que ce dernier est l’image de Dieu et en même temps enfant de Dieu, s’il est chrétien, membre de Jésus Christ, Homme-Dieu, et son membre à lui : parce que nous sommes membres les uns des autres (Eph 5, 30) ; parce que nous sommes les membres de son Corps, formés de sa Chair et de ses Os (1 Cor 6, 17). Tout ce qui tient à la terre, la nourriture, la boisson, le plaisir et la beauté terrestre, le vêtement, la gloire, lui est indifférent, car il ne peut pas servir deux maîtres. Son cœur est uni au Seigneur, il est plongé en lui, englouti par l’amour dont il déborde pour lui, et tout ce qui tient à la terre, tout le charme de ce monde, disparaît pour lui dans le Seigneur. Tout disparaît jusqu’à son propre cœur, le cœur de chair, coupable et rempli de passions, qui s’évanouit en s’identifiant avec Dieu dans un même esprit : mon cœur est disparu ; mais celui qui s’unit au Seigneur est un même esprit avec lui (1 Cor 6, 17). Restant uni au Seigneur, il voit tout à la vraie lumière, et apprend à connaître le véritable prix des choses de la terre et du ciel, surtout la vanité, le néant de tout ce qui est matière et la vérité, la supériorité infinie, l’éternité des biens spirituels. Il trouve en Dieu la purification des péchés, la sainteté perdue, la paix, le soulagement, la véritable liberté, la joie dans l’Esprit saint. Il trouve en Dieu la nourriture et le breuvage spirituel, propres à sa nature, la douceur spirituelle, le vêtement spirituel, lumineux, splendide, blanc comme la neige, et la beauté inénarrable qu’il pourra admirer éternellement, ainsi que la lumière inaccessible, dont il sera éternellement environné, et une demeure, en harmonie avec les besoins de son âme, qui deviendra elle-même une demeure où résidera la sainte Trinité.

Saint Jean de Krondstadt, « Ma vie en Christ »,
Extraits publiés par Dom Antoine Staerk de Buckfast, Lethielleux, Paris, 1902

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