Ajouté le: 2 Juillet 2018 L'heure: 15:14

Le martyre de Saint Jean-Baptiste, 29 août, (Mt 14, 1-12; Mc 6, 14‑29; Lc 3, 19‑20 și 1‑9)

Lorsque les apôtres Jacques et Jean firent au Seigneur une demande invraisemblable, à savoir siéger à Sa droite et à Sa gauche lorsqu’Il serait dans Sa gloire1, la réponse du Christ témoigna d’une grande obéissance à Son Père céleste (et d’une grande humilité) : « Cela ne M’appartient pas. C’est pour ceux à qui Mon Père a préparé ces places », ce qui signifiait en fait : elles sont déjà réservées. Toutefois, Il ne révèle pas à qui. Mais la tradition de l’Église a une opinion affirmée et constante sur ce sujet : la personne qui siègera à Sa droite, pour l’éternité, est une femme, Sa Mère Marie – la nouvelle Ève- sans laquelle l’Incarnation n’aurait pas pu s’accomplir ; et celle qui siègera à Sa gauche est sans nul doute un homme, Jean-Baptiste le Précurseur, dont le Christ Lui-même a chanté les louanges en citant à son propos la prophétie de Malachie : « Voici que J’envoie Mon messager devant Ta face, qui préparera Ton chemin devant Toi »2, et en ajoutant : « Amen, Je vous le dis : il ne s’est pas levé parmi les enfants de femmes de plus grand que Jean le Baptiste (Mt 11, 10-11 et Lc 7, 27-28)3. Cette tradition est visible dans les sanctuaires des églises chrétiennes, où l’on y a peint depuis toujours une déisis4  représentant le Christ en gloire sur Son trône avec, à Sa droite Marie et à Sa gauche Jean-Baptiste.

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de Saint Jean-Baptiste, à propos de sa conception (Lc 1, 5-25)5, de sa rencontre avec le Messie, dans le sein de leurs mères respectives (Lc 1, 39-45)6, du Baptême du Christ lors de la Théophanie (Mt 3, 13-17, Mc 1, 9-11, Jn 1, 32-34)7. Nous allons aborder ici son arrestation et sa mise à mort.

Auparavant, il nous faut dire un mot des problèmes de chronologie, qui sont  difficiles dans les Évangiles, parce que ces derniers ne sont ni des livres d’histoire, ni des récits documentaires, mais une révélation, centrée sur la personne divine de Jésus-Christ, Son enseignement et le salut du monde qu’Il a accomplis. Les Évangélistes sont des témoins (inspirés par le Saint-Esprit), avec quatre regards différents, qui sont toujours exacts en esprit – et dans cette mesure concordants – mais pas toujours dans la forme. Cette difficulté pratique est, en elle-même, un enseignement spirituel : le Christ ne nous donne pas une nourriture toute prête à avaler – tel un fast-food spirituel – mais une nourriture qu’il nous faut recevoir, mâcher, goûter, avant qu’elle ne puisse être ingérée et nourrir notre être. Cela correspond à ce qu’Il nous a enseigné : « Cherchez et vous trouverez ». Dieu ne nous considère pas comme des esclaves, mais comme Ses enfants, en espérant faire de nous des amis. Saint Matthieu et Saint Marc [c’est-à-dire Saint Pierre]8 sont à peu près toujours concordants et constituent notre base chronologique. Saint Luc est souvent en concordance avec eux, mais avec de nombreuses divergences9. Quant à Saint Jean, il est à peu près impossible de situer ce qu’il raconte dans la chronologie des Synoptiques. Tout ce que nous venons de dire est encore beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit de Saint Jean-Baptiste. Si son apparition dans l’histoire du Christ et son enseignement se trouvent à un emplacement logique dans les Évangiles, le récit de son martyre est exclusivement un récit a posteriori, c’est-à-dire qu’on ne peut pas le situer dans le temps. Nous y reviendrons.

Saint Jean-Baptisteest un personnage unique dans l’histoire humaine : personne n’est comparable à lui. Il est hors cultures et hors civilisations. C’était un juif judéen de race royale par ses parents, Zacharie et Élizabeth, cousin du Christ par sa mère (qui était cousine de la Vierge Marie) et de lignée sacerdotale par son père, le prêtre Zacharie. Sa conception fut miraculeuse (mais normale), sa naissance fut prophétisée par Isaïe, huit siècles avant sa venue (Is.49, 1-7) et il a rencontré le Messie, dans le sein de sa mère, à son 6ème mois, lors de la Visitation6. Il a été conçu et est né 6 mois avant le Christ (6 est le nombre de la création de l’Homme et de sa chute : c’est le Christ qui va nous faire passer au 7, le sabbat, qui représente l’union à Dieu).  Le Père céleste l’a choisi pour être Précurseur de Son Fils incarné, Jésus-Christ, et la prophétie d’Isaïe nous indique qu’il a dit « oui » dès le sein de sa mère (Is 40, 3-9). Puis il se prépara dans le silence et la discrétion pendant environ 30 ans, comme le Christ, et au jour décidé par le Père céleste, le Saint-Esprit le conduisit au désert « en l’an 15 de Tibère César… » (Lc 3, 1), c’est-à-dire en 28-29 après JC10.

Jean-Baptiste va vivre dans le désert de Judée, situé sur la côte occidentale de la Mer Morte, vêtu d’une peau de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, et il  « criera » sans cesse : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche ». Il annoncera la venue du Messie avec une puissance extraordinaire, donnera des conseils spirituels et baptisera, dans le Jourdain proche, ceux qui voudront changer de vie et de cœur, d’un baptême de repentance. Il aura rapidement une audience immense : des juifs de tout Israël et de toutes conditions viendront vers lui. Il était Le prophète par excellence, le sceau des prophètes de l’ancienne Alliance. Tout était prophétique en lui : l’apparence extérieure, le vêtement, le comportement, les paroles. Il était une prophétie vivante. Il n’était pas le « Nouvel Adam » (il dira expressément : « je ne suis pas le Christ »), mais il est l’homme qui en a été le plus proche, Son précurseur. En fait il représente l’ancien Adam déchu (à moitié nu dans le désert et vêtu de la peau d’un animal, impur selon la Loi) et annonce le Nouvel Adam. Nous voyons en lui un raccourci saisissant de l’histoire spirituelle de l’humanité, comme si les centaines de milliers d’années de la chute n’étaient qu’une simple parenthèse : il témoigne dans son être et sa personne du regard de Dieu sur l’Homme. C’est précisément vers lui que Jésus ira, pour être révélé à Israël en tant que Messie – Christ –. Et c’est auprès de Jean qu’Il rencontrera Ses premiers disciples (au moins six : Pierre et André, Jacques et Jean, Philippe, Nathanaël [devenu l’Apôtre Barthélémy]11).

Ensuite, les Évangiles sont assez flous. Mais Saint Matthieu et Saint Marc nous donnent une précision importante : après la tentation du Christ par Satan, Jésus apprit que Jean « avait été livré » [c’est-à-dire arrêté], et c’est alors qu’Il rentra en Galilée pour commencer Sa mission (Mt 4, 12 et Mc 1, 14). C’est remarquable au plan symbolique, car la Mission du Christ va commencer lorsque celle de Son Précurseur s’arrêtera. D’ailleurs, Jean, qui avait désigné Jésus à quelques-uns de ses disciples en leur disant : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (c’est-à-dire : c’est Lui le Messie), avait aussi dit : « il faut qu’Il grandisse et que je diminue », c’est-à-dire : maintenant que le Messie est là, je dois m’effacer, parce que ma mission est terminée. Mais ces données sont assez difficilement compatibles avec les éléments indiqués dans d’autres passages des Évangiles, comme par exemple chez Saint Luc, qui rapporte l’arrestation de Jean (Lc 3, 19-20) avant le Baptême du Seigneur (Lc 3, 21-22). Autre exemple : Jean l’Évangéliste rapporte que Jésus s’était rendu en Judée avec Ses disciples  et qu’Il baptisait, non loin de l’endroit où Jean-Baptiste baptisait « car Jean n’avait pas encore été mis en prison » (Jn 3, 22-24), ce qui est contradictoire avec Mt 4, 12 et Mc 1, 14, cités  ci-dessus.

Nous allons voir qu’il fut arrêté par Hérode (Antipas), mais cela ne signifie pas qu’il fut tué immédiatement. Il est probable qu’il soit resté un certain temps en prison (à Machéronte). De sa prison il enverra des disciples questionner Jésus : le Christ leur fera une réponse « biblique », correspondant exactement aux prophéties d’Isaïe. En fait, Jean-Baptiste n’avait pas besoin de confirmation, car ses propos sur Jésus lors de Son baptême sont explicites. Il a fait cela pour diriger ses disciples vers Jésus. (Mt 11, 2-6 et Lc 7, 18-23). C’est à cette occasion que le Christ rendra à Jean-Baptiste un hommage hors du commun, où Il le nomme « plus qu’un prophète », « le messager de Dieu » et « le plus grand des enfants nés de femmes » (Mt 11, 7-11 et Luc 7, 24-28). Puis, au détour d’une phrase, Saint Matthieu et Saint Marc nous renseignent, a posteriori, sur ce qui est arrivé à Jean-Baptiste emprisonné. Les deux évangélistes racontent à peu près le même récit, mais c’est Saint Marc le plus explicite. Venons-en maintenant au récit proprement dit du martyre de Jean, en nous appuyant non seulement sur les trois Évangiles synoptiques, mais encore sur l’historien juif contemporain Flavius Josèphe, qui en parle dans son Histoire ancienne des Juifs12.

L’Évangile nous parle d’un Hérode : il s’agit d’Hérode Antipas, fils d’Hérode dit « le grand ». Il est utile, pour la compréhension du texte évangélique de parler un peu de la dynastie des Hérodiens, puis d’Antipas lui-même. Ils ne sont pas de pure souche juive : ce sont des Iduméens, provenant de l’antique Edom13, région au Sud de la Judée et de la Mer morte, qui avait été conquise initialement par David (vers 1000 av. J-C) et qui sera reconquise par un descendant des Macchabées, Jean Hyrkan I (134-104), qui imposera aux habitants la circoncision (c’est-à-dire la religion juive). L’ancêtre de cette dynastie, Antipater, avait réussi à s’imposer en jouant la carte des Romains au 1er siècle av. J-C, lors de la conquête de la Syrie par Pompée sur les rois grecs séleucides, et il avait su habilement s’allier à un clan des « Asmonéens14 », la dynastie issue des Macchabées,  celui d’Hyrcan II, grand-prêtre et « ethnarque ». Jules César confirma Antipater  « procurateur de Judée », qui reçut aussi la citoyenneté romaine. Ce dernier plaça ensuite ses fils aux postes-clés, dont notamment  Hérode, « stratège de Galilée », qui devint de plus en plus puissant et qui épousa même une petit-fille d’Hyrcan II, entrant ainsi dans la dynastie asmonéenne. Ce dernier fut ensuite nommé « roi de Judée » en 40 av. J-C. Cet Hérode appelé « le Grand » par Flavius Josèphe15, fut certes un grand bâtisseur, notamment en reconstruisant somptueusement le Temple de Jérusalem16, et un bon administrateur, fortement hellénisé et romanisé, mais il fut aussi et surtout un tyran sanguinaire, obsédé par les complots (faisant massacrer une partie de sa famille et environ la moitié du Sanhédrin), un homme pervers, narcissique et méchant, un véritable monstre16 (c’est lui qui fit massacrer les enfants de Bethléem, peu de temps avant de mourir). En 4 av. J-C, selon la chronologie classique, il mourut (dans d’atroces souffrances…) et  trois de ses fils reçurent des Romains la succession de leur père. Archelaüs17 devint ethnarque de Judée, Idumée et Samarie, mais comme il se comportait en tyran, l’empereur Auguste (de -28 à + 14 ) l’exila à Vienne (en Gaule), en 6 apr. J-C et le remplaça par un haut fonctionnaire romain, le procurateur (ou préfet) de Judée18.

Philippe (appelé ultérieurement Hérode-Philippe) devint tétrarque de Gaulanitide, Batamée, Trachonitide et Auranitide, régions situées au N-Est de la Mer de Galilée, mais n’intervient pas dans l’ « Histoire sainte ».

Enfin, Hérode Antipas19 devint tétrarque de Galilée et de Pérée. Il régna longtemps (de -4 à +39) et fut un grand bâtisseur (comme son père), créant notamment sa nouvelle capitale, Tibériade, au bord du lac, en l’honneur de l’empereur Tibère (14-37 apr. J-C), au nom duquel le Christ sera crucifié.

Les Romains avaient misé sur cette dynastie locale, d’abord parce qu’elle les avait soutenus fidèlement, mais aussi parce qu’elle leur était utile : les Juifs monothéistes représentaient une anomalie au sein d’un Empire païen20 : il était plus facile pour le pouvoir impérial romain de laisser en place une dynastie judéo-romaine servant d’intermédiaire entre deux civilisations religieuses totalement incompatibles (les Juifs entreront sans cesse en rébellion contre tous leurs envahisseurs, parce que leur religion a un caractère absolu, transcendantal, impliquant le martyre)20. Mais les hérodiens respectaient peu les usages juifs et vivaient en fait comme des souverains hellénistiques (à la cour, on parlait grec et non araméen), ce qui choquait beaucoup le peuple (notamment le fait qu’il y avait des statues et des figurations humaines dans leurs palais, strictement interdits par la Loi).

Ce long excursus historique nous permettra de mieux comprendre l’attitude de ce roitelet juif romanisé envers Jean-Baptiste (et, ultérieurement, envers le Christ, car c’est ce même roitelet qui fera comparaître Jésus devant lui et Le traitera avec mépris, avant de Le renvoyer à Pilate).

L’attitude d’Hérode Antipas vis-à-vis de Jean-Baptiste est ambigüe. D’une part, il l’admire et est impressionné par son apparence, ses paroles, sa liberté, son courage (il ne craint personne, sauf Dieu), son comportement… Et d’autre part il le craint, car tous les puissants, réels ou d’apparence, laïcs ou religieux, craignent les prophètes, parce qu’ils sont incontrôlables, imprévisibles et incorruptibles21. Flavius Josèphe dit qu’Antipas craignait que Jean, qui suscitait un enthousiasme débordant dans le peuple, ne suscitât aussi des révoltes, des échauffourées, ce qui est plausible.

Maintenant que nous avons essayé de décrire le cadre général du drame et parlé des principaux protagonistes, essayons d’en comprendre le dénouement, tragique, la mise à mort sans raison du « plus grand des enfants nés de femmes », le plus juste des êtres humains après le Christ et Marie.

Il s’ajoute à ce que nous avons dit plus haut, un problème familial, sentimental et sexuel. Les éléments prosaïques et les besoins élémentaires des êtres humains prennent souvent le pas sur l’aptitude naturelle de l’Homme à l’élévation spirituelle…. Les Hérodiens sont des jouisseurs et aiment beaucoup les femmes (Hérode père, a eu 10 femmes…). Le sexe, qui par nature, peut conduire à l’extase mystique, peut aussi contribuer à la destruction des êtres et au meurtre. L’énergie divine qui est en nous, peut alors devenir destructrice. Et les femmes savent aussi se servir de leurs armes physiques.

Hérode Antipass’était marié initialement avec une princesse nabatéenne22, la fille du roi Aretas IV, comme il est d’usage dans les familles royales. Mais il s’éprit violemment  de la femme de son demi-frère Hérode-Philippe23, Hérodiade, qui était aussi sa petite-nièce, petite-fille  d’Hérode le Grand et de Mariammè (descendante d’Hirkan II). Il répudia donc sa femme, ce qui déclencha une guerre avec les Nabatéens, et épousa Hérodiade, ce qui provoqua un grand scandale, parce que ce type d’union était interdit par la Loi de Moïse (Lev 18, 16). Jean-Baptiste, qui exerçait son ministère prophétique en Pérée (au-delà du Jourdain) dans la tétrarchie d’Hérode Antipas, et qui n’avait pas peur des « grands », lui en fit le reproche : « il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère » (Mc 6, 18, Mt 14, 4 et Lc 3, 19). Hérode le fit alors arrêter et jeter en prison, dans la forteresse de Machéronte (à l’extrême Sud de la Pérée) ce qui ébranla tout Israël. Mais il n’osait pas le mettre à mort « le sachant homme juste et saint » (Mc 6, 20) car « il craignait la foule, qui le tenait pour un prophète » (Mt 14, 5). D’après Saint Matthieu et Saint Marc, c’est à ce moment-là que le Christ serait rentré en Galilée et aurait commencé Sa vie publique (Mt 4, 12 et Mc 1, 14), dans la lignée spirituelle de Jean-Baptiste, en proclamant : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche » (Mt 4, 17 et Mc 6, 15). L’emprisonnement de Jean permettait à Hérode de le faire taire, mais il « était très embarrassé », car « il l’entendait avec plaisir » (Mc 6, 20). Au fond, il ne savait pas que faire. Mais Hérodiade, qui était très ambitieuse24, détestait Jean-Baptiste « et voulait le tuer » (Mc 6, 19). Satan va fournir l’occasion.

Ce fut lors de l’anniversaire du tétrarque, où ce dernier fit un somptueux dîner pour les grands de sa cour. Et, comme il était d’usage dans les milieux hellénisés, il y eut un spectacle avec des danses25. Or la fille d’Hérodiade (qui n’est pas la fille d’Hérode, mais de son demi-frère Philippe), qui était probablement une très jeune fille, jolie et sensuelle, dansa magnifiquement, à l’admiration de tous les convives. Hérode, sous le charme, prononça devant tout le monde une phrase imprudente : « demande-moi tout ce que tu veux, fut-ce la moitié de mon royaume ». L’adolescente se trouva désemparée et, ne sachant que répondre, alla se confier à sa mère. Hérodiade tenait sa vengeance. Elle lui fit dire : « Je veux que tu me donnes tout de suite la tête de Jean le Baptiste, sur un plat ». Stupeur d’Hérode « qui fut très attristé ». Mais, comme il s’était engagé publiquement devant tous (« à cause de ses serments et des convives »), il envoya un garde, qui décapita Jean-Baptiste sur le champ et apporta la tête sur un plat26 : Hérode le remit à la jeune fille, qui le porta à sa mère. Il aurait très bien pu agir différemment, et faire diversion en plaisantant sur ce caprice macabre (d’autant plus qu’il était malin)27 , mais il était d’une grande lâcheté, comme le sont souvent les puissants de ce monde : il a préféré être meurtrier plutôt que ridicule.

Ainsi, le plus grand des enfants nés de femmes, fut assassiné pour le caprice d’une gamine. Honte à l’humanité !28 Mais les hommes feront pire avec le Christ…

Les disciples de Jean vinrent chercher son corps et le mirent dans un tombeau, avec toute la révérence qui convenait à un pareil trésor. Puis ils allèrent annoncer cette triste nouvelle à Jésus (Mt 14, 12 et Mc 6, 29). Aussitôt le Seigneur monta dans une barque pour se retirer à l’écart dans un lieu désert (Mt 14, 13). Il ne fait aucun doute que le Christ alla prier Son Père d’accueillir dans Son Royaume Jean le Précurseur, qui avait accompli sa mission et L’avait précédé dans le martyre et dans la mort.

On ne connaît pas la date exacte de la mort de Jean-Baptiste, mais je pense que, compte tenu du lien profond qui unissait le Précurseur à son Maître et de l’exactitude spirituelle de leur relation, Jean a dû être tué 6 mois avant la crucifixion, la mort et la résurrection du Christ.

Il est intéressant de noter que, lorsqu’Hérode Antipas entendra parler de Jésus et de ses miracles, il croira que c’est Jean-Baptiste qui est ressuscité (Mt 14, 1-2 ; Mc 6, 14-16 : « Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui qui est ressuscité »). Aurait-il eu quelques remords ? Cela indique le prestige, l’aura de Saint Jean-Baptiste.

Très tôt l’Église considérera Jean-Baptiste comme un martyr et fêtera cet évènement le 29 août, de façon universelle, en utilisant souvent le terme de « décollation29 de Saint Jean-Baptiste ». Elle considérera, à juste titre, que le martyr de Saint Jean annonçait celui du Christ.

Saint Jean-Baptiste le Précurseur aura une postérité spirituelle exceptionnelle : la tradition de l’Église dit qu’il est descendu dans l’Enfer pour annoncer aux âmes prisonnières : réjouissez-vous ! Le Messie arrive, derrière moi. Il va vous délivrer. C’est pour cela qu’on l’appelle « l’ange de l’Enfer » et qu’il est parfois représenté avec des ailes. Il a été en tout un précurseur du Christ parfait, de sa conception à sa mort.

Qu’il intercède pour toute l’Église – et pour toute l’humanité – devant le trône de Dieu !

Père Noël TANAZACQ

N.B. : les généalogies antiques sont  extrêmement difficiles à comprendre, d’autant plus que les personnages ont souvent les mêmes prénoms. C’est encore pire pour les Asmonéens et les Hérodiens. Parfois on hésite entre fille, petite-fille, nièce, petite-nièce, cousine, etc. Comme dans chaque ouvrage différent, j’ai trouvé des mentions différentes, il m’est arrivé de dire simplement « descendant(e) de… ». Souvent, on ne peut pas dire plus. Mais cela ne change rien au contenu spirituel.

Notes :


1. Mt 20, 20-23 et Mc 10, 35-40. C’est l’Évangile du 5e dimanche de Carême, qui a été traité dans Apostolia n° 61 d’avril 2013.
2. Malachie 3, 1.
3. La phrase peut sembler reléguer Marie dans une position inférieure, mais la difficulté n’est qu’apparente : Marie, est, en effet, la plus grande de toutes les créatures de Dieu, et non pas seulement la plus grande des personnes humaines. Et, à ce moment-là, dans ce contexte-là, le Christ ne pouvait pas révéler « aux foules des Juifs », la grandeur de Sa Mère. Par contre Jean-Baptiste le prophète était le personnage spirituel le plus connu et le plus célèbre de tout Israël.
4. Le terme grecDeêsis signifie «demande, prière» : Marie et Jean intercèdent pour toute l’humanité devant le trône de Dieu
5. C’est la fête du 23 septembre. Cf. Apostolia n° 90 ; de septembre 2015.
6. Lors de la fête de la Visitation de Marie à Élisabeth (2 juillet). Cf. Apostolia n° 100-101 de juillet/Août 2016.
7. Cf. Apostolia N° 33, décembre 2010.
8. L’Évangile de Saint Marc est celui que prêchait Pierre à Rome, probablement en araméen pour les Juifs de Rome, en grec et en latin pour les païens [les Apôtres avaient reçu du Saint-Esprit le don des langues].
9. Contrairement à l’opinion des biblistes, je persiste à m’aligner sur Saint Irénée de Lyon, qui affirme que l’Évangile selon Saint Luc est celui de Saint Paul (qui, plusieurs fois, dit : « selon mon Évangile »).
10. L’empereur Tibère succède à Auguste le 19 août 14 apr. J-C. La 15e année, selon le comput officiel de l’Empire romain, irait du 19 août 28 au 18 août 29. Mais, selon le comput syrien, de culture grecque, cela pourrait être de septembre-octobre 27 à septembre-octobre 28 [Bible de Jérusalem, Éd.1996, p.1486].
11. D’après les Évangiles canoniques, un seul – Philippe – sera expressément appelé en Judée. Pierre et André, Jacques et Jean seront appelés en Galilée, au bord du lac. Quant à Nathanaël-Barthélémy, les Évangiles n’en parlent pas : on sait qu’il est devenu Apôtre par d’autres sources (la tradition hagiographique).
12. Flavius Josèphe (ca 37/38 - 100) était un juif cultivé, romanisé et hellénisé (il écrira en grec), qui fut un des principaux collaborateurs juifs des Romains pendant la 1ère guerre juive (66-70), où il sera un des adjoints de Titus. Il écrira plusieurs ouvrages historiques importants (qui constituent souvent notre unique source), dont La guerre des Juifs contre les Romains (vers 78) et l’Histoire ancienne des Juifs (ou Antiquités juives) vers 90-95. Il sera détesté par les Juifs rabbiniques, qui le considèreront comme un traître, mais apprécié par les Chrétiens et les Pères de l’Église (il dit d’assez belles choses sur le Christ). Ce qu’il écrit sur Jean-Baptiste et Jésus se trouve dans le 18e livre des Antiquités juives (dans l’édition des ses œuvres complètes, traduites en français, parue chez Auzou en 2008, cela se trouve p.561 pour le Christ et 566 pour Jean-Baptiste). 
13. Edom avait été, à l’époque des Patriarches [19e-13e s. av. J-C] échue à Esaü, fils aîné d’Isaac. Or il était l’ennemi juré de Jacob-Israël, père des 12 patriarches, ancêtres éponymes des 12 tribus d’Israël. Edom a donc toujours eu, pour les Juifs pieux, un caractère d’impureté rituelle. Ce territoire ne faisait pas partie des 12 tribus d’Israël de l’époque de Josué.
14. Les Asmonéens sont en fait les descendants des frères Maccabées, qui prirent le pouvoir au 2e s. av. JC en combattant victorieusement les souverains grecs séleucides, et qui restaurèrent l’indépendance d’Israël pendant presque un siècle. Ce nom vient de Mattathias, l’organisateur de la révolte et père des 5 « Maccabées », fils de Syméon dit l’Asmonéen, du nom de son village d’origine Hasmona.
15. Hérode fut appelé « Grand » par  Flavius Josèphe, par comparaison avec les autres Hérode de la dynastie.
16. Il a reconstruit le temple de Jérusalem pour se faire pardonner ses crimes, mais il était détesté des Juifs. Il y a chez Hérode dit le grand une certaine prophétie de l’Anti-Christ, un aspect proprement satanique. Les Juifs l’ont perçu comme tel.
17. Il est question d’Archelaüs au retour d’Égypte de la Sainte famille (Mt 2, 22).
18. Procurateur de Judée : Ponce Pilate sera le 5e (de 26 à 36 apr. J-C).
19. Antipas ne prendra le nom d’Hérode qu’après la destitution et l’exil d’Archelaüs (en 6 apr. J-C)
20. Les Juifs avaient un statut particulier : leur religion avait été déclarée « licite » (religio licita) par Jules César, c’est-à-dire autorisée. Ils n’étaient pas tenus de participer à la religion païenne officielle (et notamment au culte impérial), ni de faire le service militaire et, en principe, leurs particularités étaient respectées (notamment l’absence de toute image idolâtrique dans les lieux publics).
21. On peut estimer que, d’une certaine façon, l’Église en héritera, mais avec une différence capitale : Dieu -en Christ- a clairement affirmé qu’Il aimait tous les hommes, même les impies et les pécheurs, et qu’Il voulait « sauver tous les hommes » (et pas seulement les Juifs). Tous les puissants de ce monde, comme le chantait le roi David dans ses psaumes -1000 ans avant la venue du Christ-  ont peur : ils ont toujours peur…de perdre leur pouvoir. Seul le vrai et unique puissant -le Tout-Puissant, la Divine Trinité- n’a pas peur, parce qu’Il est « doux et humble de cœur », aimant et miséricordieux. Mais cela Lui a valu le martyre et la mort, en Christ.
22. Les Nabatéens sont des tribus arabes qui ont constitué un royaume assez puissant au Sud et à l’Est de Moab et de la Mer morte, païen, mais ayant des relations importantes avec les Juifs et ayant développé une culture remarquable (cf. les temples rupestres de Petra, leur capitale).
23. Et qui est différent du tétrarque Philippe de Gaulanitide (qui prendra ensuite le nom de Hérode-Philippe). Il ne régna pas,  parce qu’il fut déshérité par son père, Hérode le Grand.
24. Hérodiade voulait absolument que son mari devînt « roi » (ce qui était beaucoup plus que « tétrarque ») : elle le poussera à demander ce titre à l’empereur Caligula (37-41) qui, irrité, le destituera et l’exilera en Gaule à Saint Bertrand de Comminges (Lugdunum Convenarum) en 39.
25. À l’époque romaine, la ville d’Antioche était réputée pour ses fêtes et ses plaisirs, et notamment pour ses danses lascives, qui déplairont tant à Julien l’Apostolat, 3 siècles plus tard. Or la Galilée jouxtait la  Syrie. Évidemment ce mode de vie gréco-romain était totalement étranger aux usages juifs.
26. C’est la raison pour laquelle on voit sur certaines icônes la tête de Jean-Baptiste déposée sur un plat.
27. Lorsque le Christ parlera d’Hérode Antipas, il dira « Allez dire à ce renard… » (Lc 13, 32).
28. C’est peut-être pour cette raison que le jour de sa commémoration, le 29 août, est en Orient un jour de jeûne sévère, comme le vendredi Saint.
29. Ce terme vient du latin juridique decollatio, qui signifie décapitation.

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