Ajouté le: 14 Avril 2018 L'heure: 15:14

Les apparitions du Christ ressuscité dans le Nouveau Testament

« Lorsque tu gisais dans le tombeau, Seigneur immortel, tu as brisé la puissance de l’Enfer et tu es ressuscité victorieusement ô Christ notre Dieu, ordonnant aux Myrophores de se réjouir, visitant les Apôtres et leur donnant la paix, toi qui nous sauves en nous accordant la résurrection »
 
(Kondakion de la 6è ode des Matines du Grand et saint dimanche de Pâques, la Fête des Fêtes)
 

Après le chant de ton 6 : « … Ayant contemplé la Résurrection du Christ… », qui suit la lecture du Synaxaire dans les Matines de ce jour, à la fin il est dit : « Ressuscité du tombeau, « comme il l’avait prédit », Jésus nous donne l’éternelle vie et la grâce du salut ».

Les saintes Souffrances du Christ, sa Passion vivifiante et sa glorieuse Résurrection furent, selon le dessein du Père céleste, « nécessaires et indispensables à l’économie divino-humaine du salut de la race humaine, selon la loi de l’immense amour divin, dont vit tout ce qui est du Christ »1. Ainsi s’exprime saint Justin le Nouveau et il ajoute que l’on ne saurait séparer ces trois aspects essentiels de la vie terrestre du Seigneur puisque Lui-même, dans l’obéissance totale à la volonté du Père, va tout assumer de la nature humaine déchue, Lui qui est sans péché, jusque dans la mort, pour la terrasser, mettre fin à son règne et communiquer la Vie aux hommes.

Après avoir célébré la sainte Cène du Grand Jeudi, avant d’être livré ou plutôt de se livrer lui-même comme on le dit dans la Divine Liturgie, le Seigneur cherche une fois encore à consoler ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme doit être livré aux mains des hommes et ils le tueront, et, le troisième jour, il ressuscitera »2, mais les Apôtres restent dans l’incompréhension de cette parole. Pour cette raison il est utile de revenir sur les avertissements du Christ à ses disciples, car il y a un lien entre la consternation et la tristesse qu’ils manifestent alors et les doutes qu’ils vont exprimer lors des différentes apparitions du Ressuscité au matin de Pâques et durant la période des quarante jours qui séparent la Résurrection de l’Ascension.

Une dernière fois, le Seigneur prévient les disciples, lors de l’annonce du reniement de Pierre, peu avant son arrestation à Gethsémani : « Après le chant des Psaumes [c’est-à-dire à la fin du repas de la sainte Cène célébrée dans la chambre haute, dans le cadre rituel du Seder pascal des Juifs] ils partirent pour le mont des Oliviers. Et Jésus leur dit : ‘Tous vous allez être scandalisés, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées. Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée’»3.

Le Christ annonce Sa Passion, Sa Mort et Sa Résurrection.

Dans l’Évangile de saint Matthieu, après la confession de foi de Simon-Pierre, Jésus annonce une première fois sa Passion et sa Résurrection : après avoir commandé aux Apôtres de ne dire à quiconque qu’il était le Christ, car le temps n’était pas encore venu, l’évangéliste nous révèle que « À partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter »4.

A la fin du récit où « sur une haute montagne » qui rappelle la montagne eschatologique où tous les peuples se rassembleront pour adorer le Seigneur selon la prophétie d’Isaïe II, 2-4, le visage et les vêtements du Christ resplendissent de tout l’éclat de la Lumière incréée, en présence de Moïse – la Loi –, d’Élie – les Prophètes –, et de Pierre, Jacques et Jean qui « tombèrent face contre terre, saisis d’une grande crainte » devant la manifestation de la gloire du Dieu-Homme, Jésus renouvelle cette interdiction : « Ne dites mot à personne de ce qui s’est fait voir de vous, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts »5.

Cette première annonce sera suivie de deux autres dans notre Évangile : « Comme ils s’étaient rassemblés en Galilée, Jésus leur dit : ‘Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera’. Et tous furent attristés »6. Enfin, après le récit de la parabole des ouvriers de la onzième heure, c’est la troisième annonce de la Passion et de la Résurrection : « Sur le point de monter à Jérusalem, Jésus prit les Douze à part et leur dit en chemin : ‘Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent, le crucifient ; et, le troisième jour, il ressuscitera’ » (6) Remarquons la précision de cette troisième annonce au moment de l’imminence de l’épreuve et qui anticipe sur les événements dramatiques qui vont avoir lieu après l’arrestation au jardin de Gethsémani.

On retrouve, dans les Évangiles de saint Marc et de saint Luc, ces mêmes annonces faites par le Sauveur toujours avec cette note sur l’incompréhension des disciples comme c’est rapporté par saint Marc à propos de la deuxième annonce : « Mais ils ne comprenaient pas cette parole et craignaient de l’interroger »7. Et saint Luc d’ajouter : « Mais eux n’y comprenaient rien. Cette parole leur demeurait cachée et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire »8. Sans doute cette parole reste incompréhensible aux disciples qui pensent toujours, comme la plupart des Judéens de ce temps, au Messie triomphant qui doit restaurer Israël et c’est cette restauration qu’ils espèrent secrètement en suivant le Maître. Il est frappant de voir qu’au moment même où le Christ va monter au ciel, au Jour de l’Ascension, l’incrédulité des Apôtres et disciples lors des apparitions du Ressuscité perdure alors que le Seigneur, lors d’un dernier repas, leur enjoint de ne pas quitter Jérusalem, car ils vont recevoir l’Esprit saint « sous peu de jours ». Au premier chapitre des Actes, il est dit : « Ils s’étaient réunis et le questionnaient : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restaurer la royauté d’Israël ? »9.

Ce n’est qu’avec la Descente du Saint-Esprit au Jour de la Pentecôte que les Apôtres vont accéder à la compréhension pleine et entière du Mystère du Christ dont la glorieuse résurrection est le sommet, parce qu’elle détruit l’empire de la mort et communique la Vie. Résurrection qui est le cœur même de la foi chrétienne, résurrection qui est le gage de notre propre résurrection, puisque le Christ est le premier-né d’entre les morts comme le dit saint Paul. Saint Jean Chrysostome déclare ceci à propos du fameux discours de Pierre au Jour de la Pentecôte à Jérusalem, devant les Juifs rassemblés : « Notez, je vous prie, le soin avec lequel les Apôtres prêchent avant toute chose la passion. Quant à la résurrection, comme c’était un fait de la plus haute importance, Pierre l’affirme et la met sous les yeux de ses auditeurs. La croix et la mort du Sauveur, il n’y avait pas lieu d’en douter ; on ne connaissait pas de même la résurrection ; aussi l’Apôtre ajoute-t-il : « Dieu l’a ressuscité après l’avoir délivré des douleurs du tombeau, car il n’était pas possible qu’il y fût retenu ». Ce langage laisse entrevoir une doctrine vraiment sublime. Les mots : « Il n’était pas possible », ούκ ῆν δύνατον, montrent que Jésus seul avait donné au tombeau le droit de le posséder, et que la mort avait été soumise en quelque façon aux douleurs d’un enfantement terrible, à l’occasion de cet étrange captif. L’Écriture désigne d’ordinaire, sous le nom de douleur de la mort, le danger de la mort. De ce qui précède il suivrait déjà que Jésus est ressuscité comme ne devant plus mourir. La phrase : « Il n’était pas possible qu’il y fût retenu » veut dire que la résurrection du Fils de Dieu lui est particulière »10. Cela signifie bien que le Christ Dieu-Homme est la Résurrection et la Vie, en raison de sa nature divine et de l’union hypostatique de cette nature divine et de la nature humaine pleinement et totalement assumée. Pour cette raison, son corps ne pouvait pas être abandonné à la corruption de la mort et c’est pourquoi le Seigneur déclare à Marthe dans l’Évangile de saint Jean : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais… »11.

Dans le Nouveau Testament, la vérité et la réalité de la Résurrection du Christ sont attestées par les témoins oculaires et ce malgré l’incrédulité, les doutes qui ne sont pas cachés par les récits des apparitions du Ressuscité. C’est une preuve de l’authenticité de ces récits. S’ils étaient des fabrications a posteriori, sans lien avec les témoignages de ceux qui ont vu, on aurait soigneusement cherché à omettre les paroles qui expriment ces doutes. Au contraire, du fait qu’ils relatent ce que les témoins oculaires ont vu, rien n’est caché, pas plus que ne sont cachés la fuite des disciples et l’abandon du Maître lors de l’arrestation à Gethsémani : « Et l’abandonnant, ils s’enfuirent tous »12.

Les apparitions du Ressuscité

Elles sont au nombre de onze. Saint Jean Chrysostome rapproche ces onze apparitions des onze Apôtres qui en sont les bénéficiaires, Judas Iscariote s’étant suicidé et Matthias n’ayant pas encore été, après l’invocation de l’Esprit saint, tiré au sort et intégré au collège apostolique, ils ne sont plus que onze. Cinq de ces apparitions ont lieu le jour même de la Résurrection et six autres pendant la période des quarante jours entre le jour de Pâques et l’Ascension. On doit également ajouter trois autres apparitions après l’Ascension, comme nous allons le voir.

Les cinq apparitions du Jour de la Résurrectionsont l’apparition à Marie de Magdala13, aux femmes Myrophores14, l’apparition à Simon-Pierre15, la quatrième est aux disciples d’Emmaüs16 et la cinquième aux Apôtres rassemblés en l’absence de Thomas appelé Didyme17.

Les six suivantes, pendant les quarante jours : aux Onze, Thomas étant présent, le dimanche suivant le Jour de la Résurrection18, aux sept disciples au bord de la mer de Tibériade19, aux Onze rassemblés sur une montagne en Galilée19, à plus de cinq cents frères à la fois20, à Jacques, le frère du Seigneur21, enfin aux Apôtres rassemblés sur le mont des Oliviers au jour de l’Ascension22.

Dès les premières apparitions on voit l’incrédulité des disciples, tant l’évènement leur paraît incroyable, incrédulité qui va peu à peu se dissiper, incrédulité qui vaut pour les hommes de toutes les générations. Au matin de Pâques, nous dit saint Marc, « Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons. Celle-ci partit l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs. Mais entendant qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ceux-ci ne la crurent pas. Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui faisaient route pour se rendre à la campagne. Et ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres ; eux non plus, on ne les crut pas. Ensuite il se manifesta aux Onze, alors qu’ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité »23.

Autre exemple tiré de saint Luc à ce propos qui rapporte la parole de l’ange aux femmes Myrophores et le récit qu’elles font aux Apôtres de ce qu’elles ont vu : « Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ; il disait : ‘Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite’. Alors elles se rappelèrent ses paroles ; elles revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’était Marie de Magdala et Jeanne et Marie, mère de Jacques ; leurs autres compagnes le disaient aussi aux Apôtres. Aux yeux de ceux-ci ces paroles semblèrent un délire et ils ne croyaient pas ces femmes »24

À l’inconnu qui chemine avec eux sur la route d’Emmaüs, les deux disciples, après lui avoir dit qu’il était bien le seul à ne pas être au courant de ce qui s’était passé à Jérusalem, racontent la mise à mort de Celui dont ils espéraient qu’il serait le libérateur d’Israël, puis ils ajoutent : « Mais en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu »25. On sait par la suite du texte les reproches que Jésus fait à ces deux disciples. S’ils avaient gardé dans leur cœur les paroles des prophètes, ils se seraient souvenus qu’étaient annoncées les souffrances du Messie : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait »26.

Le Seigneur veut consoler ses disciples et leur montrer la réalité de sa résurrection et dissiper leur incrédulité, alors que selon le récit lucanien, lorsqu’Il apparaît aux Onze, ceux-ci sont « effrayés et remplis de crainte » car « ils pensaient voir un esprit ». Il donne à voir les marques de la crucifixion sur ses mains et ses pieds, il leur demande de le toucher (ce qu’il avait refusé à Marie de Magdala) et, puisqu’ils « restaient encore incrédules », il mange devant eux un morceau de poisson grillé, montrant ainsi la réalité corporelle de sa résurrection, bien que son corps glorieux soit affranchi des modalités déchues du temps et de l’espace27. À Thomas il dira de mettre sa main dans son côté percé et de voir les marques des clous dans ses mains pour constater la réalité de celui qui a triomphé de la mort.

Pour finir sur ces apparitions du Christ ressuscité, il faut mentionner les trois rapportées par le Nouveau Testament et qui sont postérieures à l’Ascension : à saint Étienne avant sa lapidation28, à Saül de Tarse sur le chemin de Damas29, à saint Jean le Théologien, déporté sur l’île de Patmos, « à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus »30.

Conclusion

La résurrection du Christ est LE fait historique majeur de toute l’histoire des hommes. Elle est advenue au sommet de l’accomplissement du dessein de Dieu en faveur du salut des hommes, par le Verbe éternel, l’Un de la Sainte Trinité, qui s’est fait homme, sans changement ni altération quant à sa divinité, pour assumer totalement et jusque dans la mort notre nature vieillie et corrompue par le péché et lui restituer sa beauté première. Il fallait que tout soit assumé par le Christ car, disent les Pères, ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé.  Aux doutes des disciples sur la vérité de la résurrection, rapportés par les récits des témoins oculaires dans le Nouveau testament, succède la joie de ces mêmes disciples qui retrouvent le Maître sur lequel la mort n’a plus de prise, joie dont rendent compte ces mêmes récits. Et à ces témoignages scripturaires il faudrait ajouter toutes sortes de témoignages reçus tout au long des siècles. La résurrection du Seigneur se donne à connaître dans la foi et c’est pourquoi le Christ déclare à Thomas appelé Didyme : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru ». Ceux-là, ce sont ceux qui dans la succession des générations humaines reconnaissent comme véridique le témoignage des témoins oculaires du Ressuscité, les membres du Corps du Christ, l’Église mystère de Sa présence.

P. Gérard Reynaud 

Notes :


1. Justin Popovitch : Philosophie orthodoxe de la Vérité. Tome 3. L’Âge d’Homme.
2. Mt. XVII, 22b.
3. Mc. XIV, 26.
4. Mt XVI, 21.
5. Mt. XVII,9b.
6. Mt. XVII, 22-23.
7. Mc. IX, 32.
8. Lc. IX, 32.
9. Ac. I, 6.
10. Saint Jean Chrysostome : Homélie sur les Actes : le discours de Pierre, in tome XIV, page 503 de l’édition (Bareille) des œuvres complètes de S. Jean Chrysostome.
11. Jn. XI, 25.
12. Mc. XIV, 50.
13. Mc. XVI, 9-11 ; Jn. XX, 11-18.
14. Mt. XXVIII, 8-10.
15. Lc. XXIV, 34 ; I Cor. XV, 5.
16. Lc. XXIV, 13-32 ; Mc. XVI, 12.
17. Jn. XX, 19-24.
18. Jn. XX, 26-29.
19. Jn. XXI, 1-22.
20. I Cor. XV, 6.
21. I Cor. XV, 7.
22. Mc. XVI, 19, 20 ; Lc. XXIV, 36-52 ; Ac. I, 3-8.
23. Mc. XVI, 9-14.
24. Lc. XXIV, 6-12.
25. Lc. XXIV, 21b-24.
26. Lc. XXIV, 26-27.
27. Lc. XXIV, 36-37 ; Jn. XX, 19-20.
28. Ac. VII, 55-60.
29. Ac. IX, 3-8 ; I Cor. IX, 1 ; XV, 8.
30. Apoc. I, 10-18.

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