Ajouté le: 10 Avril 2018 L'heure: 15:14

Qui habite dans le cœur d’Anna ?

- Comme la ville est grande ! s’écria Anna. Sur la terrasse de la plus haute tour, les enfants accompagnés de leur maître, regardaient, étonnés et curieux, le paysage qui se déployait sous leurs yeux. À cet instant, un rayon de soleil traversa le ciel nuageux et inonda un quartier de la ville.

- Ça y est ! Je vois notre église, là-bas ! Comme elle est petite ! Je pourrais la tenir entre mes doigts ! La pauvre, elle toute serrée entre ces deux immeubles mais elle est vraiment belle !

Chaque jour à l’heure de midi, après la classe, Anna s’arrêtait devant l’église de son quartier, tout près de chez elle, et rentrait rapidement à l’intérieur. C’était l’église de la Sainte Résurrection. Elle la connaissait bien, elle y venait régulièrement les dimanches avec ses parents. « Je pourrais même y aller les yeux fermés », pensait-elle ; chaque pas lui était si familier et en approchant elle reconnaissait l’odeur particulière de l’encens qui s’échappait des portes ; en entrant, elle appréciait le silence qui l’enveloppait soudain et elle en ressentait une douce joie.

Dans la pénombre de l’église, elle s’avançait avec assurance, presque en hâte, comme si quelque chose d’urgent la poussait à venir s’incliner devant les icônes, faire son signe de croix et les embrasser ; celle du Seigneur Jésus Christ et celle de la Mère de Dieu, dont seules deux petites lampades* en éclairaient la beauté. Anna n’avait dit à personne qu’elle faisait chaque jour une petite visite dans l’église. Pourtant elle se confiait volontiers à ses parents et n’hésitait pas à leur demander des réponses à toutes les questions qui se bousculaient parfois dans sa tête. Mais là, il se passait bien autre chose ; c’était comme un secret, rien que pour elle. Quelque chose dans son cœur la retenait d’en parler ; aurait-elle pu trouver les mots pour exprimer ce qu’elle ressentait ?

Une dame âgée était très souvent dans l’église, à l’heure où Anna y entrait et se tenait quelques instants devant l’icône du Seigneur. Elle en fut si intriguée, qu’un jour elle l’arrêta avant de sortir en lui disant doucement :

- Oh, petite fille, pardonne-moi, tu es sans doute la plus fidèle de la paroisse, car je te vois souvent venir ici le dimanche et aussi à cette heure-là, rentrer vite et ne rester que quelques instants devant l’icône du Seigneur. Mais dis-moi, viens-tu pour prier ? As-tu le temps de faire une prière ?

- Oh oui ! répondit Anna. Mais, vous savez, je ne sais pas faire une longue prière et puis je n’ai pas beaucoup de temps, car maman m’attend pour le déjeuner. Alors je viens voir le Seigneur et je lui dis simplement : « Seigneur Jésus Christ... c’est Anna !» Puis j’attends un peu et je m’en retourne. C’est une toute petite prière, mais je crois bien qu’Il m’entend.

La vieille dame regardait le visage de cette petite fille s’éclairer d’une douce lumière. Ses yeux brillaient et semblaient même sourire. Elle rendit grâce à Dieu,dans le silence de son cœur, de rencontrer une si jeune personne animée d’une telle foi.

- Excusez-moi, mais je dois partir et rentrer chez moi maintenant ! Au revoir Madame !

Quelques temps plus tard, Anna est tombée très malade au point qu’il a fallu l’hospitaliser. À l’hôpital, dans le service des enfants, nombreux étaient ceux qui avaient aussi de graves maladies et souffraient beaucoup. Certains se plaignaient et voulaient partir, rentrer chez eux ; d’autres restaient silencieux mais une profonde tristesse habitait leur cœur. Comme on aurait aimé qu’ils soient tous guéris et retrouvent leur joie !

Or, depuis qu’Anna était là, et partageait avec les autres enfants des moments de rencontre et de jeux, quelque chose avait changé dans le service. Un après-midi, une infirmière entend des éclats de rire et toute étonnée va voir d’où cela provient. Dans la pièce, elle voit Anna, malgré ses difficultés à marcher, prendre dans ses bras un petit garçon, la tête entourée de bandelettes. Elle le berçait tout en lui racontant quelque chose à l’oreille et le garçon riait, tout heureux.

Un peu plus tard, lorsqu’il a regagné sa chambre, l’infirmière s’est approché de lui et lui a demandé :

- Que se passe-t-il Nicolas ? Te voilà de bonne humeur et tout joyeux, comme je ne t’ai jamais vu !

- Oh, c’est à cause d’Anna ! Elle est si gentille ! Je sais bien qu’elle souffre beaucoup, mais elle ne se plaint pas. Elle est contente de me voir et très patiente avec moi. Elle me parle et me donne du courage.

L’infirmière sourit tendrement et laissa couler ses larmes tout en lui prenant les mains pour les réchauffer dans les siennes. Elle sentait combien la force, l’affection d’Anna redonnaient de l’espoir et de la vie à ce jeune garçon si éprouvé par la maladie.

Bientôt la sainte fête de Pâques allait être célébrée dans le monde entier, dans chaque ville, dans les villages, les monastères, dans chaque église. Beaucoup de chrétiens de tous âges se préparaient à vivre cette grande et sainte nuit. Mais cette nuit-là, dans l’église de la Sainte Résurrection, il manquerait Anna et ses parents...

Le soir du Samedi Saint, dans la chambre d’hôpital, entourés de l’icône du Seigneur et celle de la Mère de Dieu, ils étaient tous les trois ensemble, à la lueur de quelques bougies ; les parents d’Anna lisaient doucement les prières. Elle se laissait bercer par le murmure des mots qui enveloppaient la pénombre chaleureuse de la chambre. Par moment elle s’endormait et se réveillait à nouveau, comme si quelqu’un l’avait appelée ; tous les trois sentaient dans leurs cœurs ouverts à la beauté des prières, qu’une joie nouvelle approchait.

 Au matin, la lumière radieuse de ce dimanche d’avril inonda la chambre, donnant à toutes choses un goût nouveau, une vie nouvelle, comme on le chante le jour de Pâques : « De lumière maintenant tout est rempli, le ciel, la terre et les mondes souterrains ; aussi, que toute la création fête la Résurrection du Christ, dans Lequel elle est affermie. »1 Anna se sentait bien et heureuse. La première, elle s’écrira, « Le Christ est ressuscité !» Ses parents répondirent en chœur : « En Vérité, Il est ressuscité ! » Ils furent tout étonnés de la voir si reposée et de sentir la force qui se dégageait de son petit corps. Ils se mirent à chanter ensemble le tropaire* de la sainte fête :

Christ est ressuscité des morts
par Sa mort il a vaincu la mort
à ceux qui sont dans les tombeaux
Il a donné la vie !

Une fois seule avec Anna, sa maman lui dit :

- Tu es si bien Anna, je suis contente que tu ailles beaucoup mieux ! L’infirmière m’a fait une confidence, elle m’a dit que tu fais du bien aussi aux autres enfants, que tu les aimes et les rends plus heureux. Certains oublient même leurs douleurs pendant un moment. Toi aussi, chaque jour passe et je te vois devenir plus joyeuse !

- Oh, maman, comment ne le serais-je pas ? C’est grâce à mon visiteur, il me rend heureuse tous les jours !

- Mais quel visiteur Anna ? Il n’y a que nous qui venons te voir. Alors quand vient-il ce visiteur ?

- Tous les jours à midi ! Il se tient là, au pied de mon lit, je le sens comme s’il était présent, et j’entends dans mon cœur sa voix si bonne et douce me dire : “Anna, c’est Moi, ton Seigneur Jésus Christ”.

Des larmes chaudes et douces coulèrent sur les joues de sa maman ; elle ne put retenir son émotion et prenant sa fille dans ses bras, elle lui dit qu’une grande grâce lui était accordée et qu’elle devait surtout garder cela comme un secret très précieux dans son cœur.

Sa mère lut quelques prières en rendant grâce à Dieu pour toutes les merveilles qu’Il répand sur ceux qui Le cherche et L’aime. Elles chantèrent ensemble cet hymne joyeux du saint jour de Pâques :

Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte,
que le monde tout entier, visible et invisible, soit en fête,
car Il est ressuscité, le Christ, l’allégresse sans fin !2

Découvertedes mots nouveaux

 

* Lampade : petit vase en verre contenant de l’huile sur laquelle on place un flotteur en liège (ou une petite tige plate en métal) auquel on accroche une mèche. Cette petite lampe à huile est placée devant l’icône et brûle doucement et l’éclaire délicatement. À la maison on peut avoir un petit coin de prière avec des icônes et une lampade. Elle peut être accrochée aussi à un support métallique fixé au mur. Dans l’église, des lampades sont suspendues devant toutes les grandes icônes.

(Pour plus de détails, voir l’article sur les cierges et les lampades dans l’article suivant.)

* Tropaire : courte hymne ou chant poétique qui exprime le sens essentiel d’une fête ou de la vie d’un saint. Ils sont chantés dans tous les offices à l’église.

Notes :

1. Canon des matines pascales, ode 3.
2. Canon des matines pascales, ode 1.

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