Un moine doit absolument se garder du zèle charnel et psychique qui donne extérieurement l’apparence de la piété, mais qui, en réalité, est insensé et nuisible à l’âme.
Les gens du monde et de nombreux moines font, par ignorance, de grands éloges d’un tel zèle, sans comprendre qu’il provient de la présomption et de l’orgueil. Ils le magnifient comme zèle pour la foi, pour la piété, pour l’Église, pour Dieu. Il consiste en une plus ou moins violente condamnation et dénonciation des autres pour leurs fautes morales et pour des fautes commises contre la discipline et le cérémonial ecclésiastique. Trompés par une fausse conception du zèle, ces imprudents pensent qu’en cela ils imitent les saints Pères et les saints martyrs, oubliant qu’ils ne sont pas eux-mêmes des saints, mais des pécheurs.
Si les saints dénonçaient ceux qui vivaient dans le péché et l’impiété, ils le faisaient sur l’ordre de Dieu, par devoir et par l’inspiration du Saint-Esprit, et non par celle de leurs passions et à l’instigation des démons. Celui qui se décide de son propre chef à blâmer son frère ou à lui faire des remarques révèle clairement et prouve qu’il se considère comme plus sage et plus vertueux que celui qu’il reprend, et qu’il agit sous l’effet d’une passion et dans un état d’aveuglement causé par des pensées démoniaques. Il convient de se souvenir de l’injonction du Sauveur : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : "Attends ! Que j’ôte la paille de ton œil ?" Seulement voilà: la poutre est dans ton œil ! Homme au jugement perverti, ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère. » (Mt 7, 3-5)
Que signifie la poutre dans ce passage ? C’est la sagesse charnelle, épaisse comme une poutre, et qui enlève toute capacité et toute justesse à la puissance de vision donnée par le Créateur à l’esprit et au cœur de l’homme. L’homme guidé par la sagesse charnelle ne peut d’aucune manière juger ni de son propre état intérieur ni de celui des autres. Le jugement qu’il porte sur lui-même et sur les autres est fondé sur la vision qu’il a de lui-même et des autres, vus de l’extérieur, à travers le prisme déformant de sa sagesse charnelle. C’est pourquoi la Parole de Dieu l’appelle avec raison « homme au jugement perverti ».
Après avoir été guéri par le Verbe de Dieu et par l’Esprit-Saint, un chrétien reçoit une vision correcte de son état spirituel et de celui de son prochain. En frappant avec une poutre l’homme qui a péché, la sagesse charnelle le trouble toujours, le détruit souvent, ne peut lui apporter aucune aide et n’a pas le moindre effet sur le péché lui-même. Par contre, la sagesse spirituelle agit exclusivement sur la maladie de l’âme du prochain en ayant compassion de lui, en le guérissant et en le sauvant.
Il vaut la peine de noter que lorsqu’on a acquis la sagesse spirituelle, les imperfections et les fautes du prochain commencent à paraître extrêmement peu importantes, comme déjà rachetées par le Sauveur et facilement guérissables par le repentir, alors que pour la sagesse charnelle elles paraissent extrêmement grandes et sérieuses. Il est évident que c’est elle qui, étant elle-même une poutre, leur a accordé une importance aussi énorme. Elle voit dans le prochain des péchés qui ne se trouvent absolument pas en lui ; pour cette raison ceux qui se sont laissés entraîner par un zèle déplacé sont souvent tombés dans la calomnie de leur prochain et sont devenus l’instrument et le jouet des esprits déchus. […]
Comme d’irraisonnables « zélotes » avancent que la foi est la véritable raison de leur zèle, qu’ils sachent que la vraie foi, et par conséquent le vrai zèle, doit s’exprimer par l’humilité devant le prochain et par la miséricorde à son égard. […]
Lorsqu’en récompense de ton travail dans le jardin des commandements, Dieu t’accordera de ressentir dans ton âme un zèle divin, tu verras clairement que ce zèle t’incite à être silencieux et humble en présence des autres, à les aimer, à leur témoigner de l’affection et de la compassion, comme l’a dit saint Isaac le Syrien.
Le zèle divin est un feu mais qui n’échauffe pas le sang, qui en calme le bouillonnement et l’amène à un état de tranquillité. Le zèle inspiré par la sagesse charnelle est toujours accompagné d’un échauffement du sang et d’une invasion de pensées et d’images mentales. Les conséquences d’un zèle aveugle et ignorant, si le prochain y résiste, sont habituellement de la rancune contre lui et un désir de vengeance sous diverses formes ; et s’il se soumet, notre cœur se remplit d’une vaniteuse autosatisfaction, d’un sursaut et d’une enflure de notre fierté et de notre présomption.

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team