Trois hommes vivaient dans une vallée verdoyante et fertile, favorable à la culture, et grâce aussi à la rivière généreuse en poissons, ils ne manquaient de rien pour leur nourriture et leurs différents besoins. Ils vivaient avec leur famille, chacun à leur manière, mais n'avaient pas l'occasion de se rencontrer et de se connaître. En fait, parmi ces trois hommes, il y en avait un qui était riche, le deuxième était pauvre et le troisième misérable. Bien sûr, chacun trouvait de bonnes raisons de se plaindre, de gémir, et de vouloir que les choses soient autrement... Dieu entendait leurs soupirs et les sombres pensées qu'ils avaient quelquefois et Il décida un jour d'envoyer son Ange sur la terre, justement vers eux trois, afin de leur apporter, s'ils le voulaient, son aide et sa lumière !
L' Ange du Seigneur se présenta sous la forme d'un riche marchand, sensé avoir été attaqué sur la route et dépouillé de ses marchandises. Il apparut chancelant, les vêtements en lambeaux et mourant de soif sur le chemin qui menait à la demeure du riche.
Or le riche était précisément à sa fenêtre, baillant d'ennui après le bon repas qu'il venait de prendre. Lorsqu'il aperçut l'Ange, se reconnaissant lui-même en ce riche marchand dévalisé, il courut au devant de lui et le fit entrer, lui apporta à boire, le fit laver et changer de vêtements. Enfin il lui fit servir un somptueux repas :
– Bonjour mon frère. Maintenant je peux te saluer ! Te sens-tu à ton aise ? lui demanda l'homme riche.
– Tout va bien. Dieu te bénisse, lui répondit l' Ange.
– Oh laisse donc Dieu là où Il est, mon ami !
L' Ange sourit :
– As-tu à te plaindre de Dieu ?
L' homme riche s'enflamma soudain :
– Tu me le demandes ? Mais comment ne pas enrager ? Regarde où ton Dieu m'a placé : dans une forêt infestée d'animaux sauvages qui viennent manger mes récoltes, voler mes poussins... et comme si cela n'était pas suffisant, il y a sur mon chemin des pauvres et des misérables par grappes, qui convoitent mes richesses et veulent me les dérober par tous les moyens !
– Tu es donc bien fâché d'être riche ?
– Non , bien sûr que non !... Mais regarde... je ne peux pas me promener, je fais toujours acheter des choses pour entretenir mes biens et c'est très cher ! Mes enfants sont insupportables... Ah ! je ne vis plus ! Mais toi, tu dois connaître cela aussi !...
L' Ange ne dit plus rien. À la fin de la journée, il remercia le riche et le quitta.
À la tombée de la nuit, il arriva chez le pauvre, au beau milieu de la forêt avec les vêtements usés et percés, l'air malade et affamé.
Du plus loin qu'il l'aperçut, le pauvre qui faisait réchauffer son maigre repas, courut au devant de lui, le fit entrer, lui offrit à boire et un siège. L' Ange du Seigneur le remercia et s'assit. Le pauvre homme mit devant lui une très bonne soupe accompagnée de pain d'orge. L' Ange mangea et remercia le pauvre :
– Merci frère, tu es bien généreux pour moi, qui ne suis qu'un étranger dans ta demeure.
– Qui connaît celui que l'on reçoit chez soi ? Et pourquoi te servir maigrement, alors que le Seigneur Tout-Puissant m'a pourvu de tant de dons ? répondit le pauvre homme.
– Tu n'es pourtant pas très riche... dit doucement l'Ange.
– C'est vrai... et j'aimerais bien être plus riche ! Mais vois toutefois... Je vis dans la forêt, j'ai du terrain pour cultiver, un jardin ; du poisson bien frais provenant de la rivière, du bois pour construire ma demeure... Ma femme est une merveilleuse couturière et mes enfants m'aident aux champs ! Que désirer de plus ?
L' Ange ne dit plus rien. Il passa la nuit chez le pauvre homme et le lendemain matin, il s'en alla après avoir béni son hôte.
En début d'après-midi, l' Ange de Dieu arriva aux environs du logis du misérable. Du plus loin qu'il l'aperçut, le misérable, qui était assis devant sa vieille masure, scrutant désespérément l'horizon et l’œil larmoyant, se précipita :
– M'apportes-tu le salut, étranger ?
L' Ange lui sourit :
– Je viens au contraire te demander l'hospitalité !
Le miséreux se mit à pleurer...
– L' hospitalité !? Mais que puis-je t'offrir ? Je n'ai rien, je vis dans une pauvre masure, je mange des racines, je bois de l'eau de pluie et je m'habille avec des écorces ! Que veux-tu partager avec moi ?
– Laisse-moi au moins entrer me reposer un peu, frère ! supplia l'Ange.
Le misérable, après avoir protesté, fit entrer l'Ange et en guise de conversation lui étala tout ce qui n'allait pas dans sa vie, depuis le toit troué jusqu'aux souris qui couraient dans sa maison...
– Mais voyons frère, ne peux-tu pas cultiver un jardin potager, aller à la pêche, tisser et vendre tes produits ? suggéra l'Ange.
– Quoi ? bêcher un champ ? Mais avec quoi ? Je n'ai pas d'outils, ni de laine et aucun filet pour attraper le poisson. D'ailleurs, ma femme m'a quitté à cause de ma grande misère ! Vraiment, le monde est injuste !
L' Ange du Seigneur demeura auprès du misérable jusqu'à la tombée de la nuit puis retourna vers les Demeures Célestes et Éternelles.
– Fidèle serviteur, tu es allé vers mes enfants, eh bien, qu'as-tu vu ?
– Seigneur, j'ai vu un riche qui était misérable parce qu'il ne savait pas apprécier les bienfaits que tu fais pour lui et sa famille. Tout est devenu pour lui un malheur et il maudit jusqu'à ton Saint Nom. J'ai vu un misérable qui est aussi pauvre dans son cœur, et il ne sait même pas réfléchir, afin de transformer ce que tu mets devant lui pour son bien. Enfin j'ai vu un pauvre, mais qui est riche car humble de cœur ; il vit paisiblement dans la sobriété et la simplicité et utilise avec joie tout ce que tu mets près de lui. Il réfléchit et transforme, pêche et mange, se réjouit en Toi avec sa famille et bénit Ton Saint Nom.
– Tu as bien observé tout cela, et selon toi, qui peut recevoir ma bénédiction ? ajouta le Seigneur.
– Assurément Maître, le riche et le misérable sont incapables d'apprécier la plus grande grâce, tant leurs âmes sont soit orgueilleuse, soit abattue. La plus belle des faveurs serait foulée aux pieds par eux. Par contre, le pauvre vit heureux de ce qu'il possède ; il te glorifie et répand la joie autour de lui. Oh, Dieu Éternel juste et bon, bénit le pauvre !
– Eh bien ! acquiesça le Seigneur Miséricordieux, qu'il en soit ainsi !
Le pauvre et toute sa famille reçurent la bénédiction de Dieu et les richesses de leurs cœurs ne cessèrent de s'accroître, dans la joie et le partage, entre eux et avec tous ceux qui se présentaient, visiteurs de passage ou hôtes familiers. Et comble de bénédiction, ils ne manquèrent de rien de ce qui était nécessaire à leur vie ! Quelle merveille de vivre dans la simplicité et l'action de grâce ! Le Seigneur envoie ses dons, selon ce qui nous est utile, en voyant la bonne disposition de notre cœur !
Texte composé par Hélène Dragone, adapté d'une histoire traditionnelle

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