Nous qui habitons en France, nous pouvons rencontrer parfois, lors de nos promenades, des animaux sauvages qui vivent dans la campagne, dans les bois et les forêts ; lièvres, renards, cerfs, chevreuils, sangliers et bien d'autres encore !
Avez-vous essayé de les approcher ? C'est impossible, car ils ont très peur de l'homme ! Les animaux ont appris depuis très longtemps que les humains leur veulent parfois du mal. Combien de fois, en nous promenant, les oiseaux apeurés s'envolent sur notre passage, les lièvres se cachent vite dans les buissons, les chevreuils s'enfuient au loin, comme s'ils avaient des ailes... Et notre cœur est triste en voyant que nos amis les animaux se sauvent en nous voyant ! Il y a de nombreux pays où les animaux vivent dans de grandes forêts et des immenses déserts ; ils paraissent encore plus sauvages et plus inapprochables ! Nous aurions certainement peur d'eux ! Vous en connaissez sûrement ...
Mais pourquoi sommes-nous si éloignés, inquiets ou craintifs et quelquefois agressifs envers ces animaux, souvent pacifiques, paisibles, qui sont aussi les créatures de Dieu et qui vivent avec nous, partagent notre vie sur terre ?
Comme nous le lisons dans la Bible, dans l'Ancien Testament1, lorsque l'homme, par désobéissance, s'est éloigné de Dieu, de son Amour, de sa Bonté, il a perdu tous les dons qu'il avait reçus de Lui. Ses relations avec Dieu et toute la création, la nature et le monde animal, ont été perturbées, déséquilibrées. Pourtant, l'homme devait prendre soin et respecter tout ce que Dieu avait créé, la nature comme les animaux, parce que tout a été créé pour le bien de l'homme ; « car Dieu vit que tout ce qu'Il avait créé était bon2 ». Afin que l'homme ne soit pas seul, « le Seigneur Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l'homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l'homme lui aurait donné. L'homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages. »3
Quelle merveille ! L'homme a reçu pour son bonheur la nature si belle, si riche et tous les animaux en si grand nombre, divers et variés ! Il a donné un nom à chacun, selon son espèce, afin de les reconnaître et de les respecter.
Pour que nous soyons amis, en paix avec les animaux, même si nous sommes très éloignés d'eux, il faut que dans notre cœur nous soyons le plus proche possible du Seigneur, qui nous aidera à devenir doux et paisible, aimant et respectueux. Ainsi les animaux sentiront notre paix et notre douceur et ils seront eux aussi apaisés et confiants.
Grâce à Dieu, dans le monde, il y a des personnes qui vivent profondément dans l'amour du Seigneur, et chose étonnante pour nous, certaines personnes arrivent à avoir de bonnes relations avec les animaux sauvages (même les fauves et les serpents !), à communiquer avec eux, les dompter, jusqu'à leur demander des petits services ! Et la réponse des animaux est admirable et inattendue ! Car si on les approche avec amour, ils retrouvent leur état primitif, initial, comme Dieu les a créés, nous dit un saint moine.
Voici trois histoires qui se passent en Égypte et en Palestine. Il s'agit de l'expérience vécue par des moines, des hommes très simples qui vivaient avec la prière dans leur cœur. Ils habitaient dans le désert ou dans des lieux éloignés de toute habitation.
* * *
Un jour, Abba* Jean se promenait à l'intérieur d'un domaine appelé Sochos ; il y avait là sa grotte dans laquelle il vivait. Voilà que durant sa promenade, il vit un grand lion venir en face de lui et s'approcher. Le moine Jean empruntait à ce moment-là un chemin très étroit, situé entre deux haies, par lesquelles les agriculteurs ont l'habitude de fermer leurs champs, en plantant des buissons d'épineux ; le chemin entre les buissons était si étroit qu'il permettait à peine le passage d'une seule personne à pied et surtout sans bagage ; on ne pouvait pas avancer sans difficulté ! Lorsque le moine et le lion furent tout près l'un de l'autre, le moine ne fit pas demi-tour pour laisser passer le lion, et le lion ne put faire demi-tour non plus à cause de l'extrême étroitesse du chemin. Et tous les deux ne pouvaient pas se croiser ensemble ! Quand le lion vit que le serviteur de Dieu voulait avancer et qu'il n'avait pas du tout l'intention de faire demi-tour, il se dressa sur ses pattes arrière, et, debout, il s'appuya avec ses deux pattes avant, contre les buissons très piquants ! Avec le poids et la force de son corps, il créa un petit passage et permit au moine de passer sans difficulté ; Jean avança ainsi en effleurant doucement l'échine du lion ; après son passage, le lion se dégagea des buissons et poursuivit sa propre route, paisiblement...
* * *
Un autre moine, qui s'appelait Jean aussi, était très doux et calme. Il vivait avec père Paul et lui obéissait avec joie pour tout ce qu'il lui demandait. Il y avait à un certain endroit un tombeau où vivait une lionne très féroce. Abba Paul, qui voyait le bon fumier de cette lionne aux alentours et pensant qu'il pouvait servir d'engrais pour leur petit potager, dit à Jean :
« Va mon enfant, et rapporte de ce fumier-là, il sera très bon pour la terre. » Jean lui répondit :
« Mais que faire, père, à cause de la lionne ? » Père Paul lui diten plaisantant :
« Oh ! Si elle s'avance vers toi et s'approche très près, attache-la et amène-la ici ! »
Le frère part donc vers le soir. Peu de temps après, il voit la lionne qui s'avance vers lui. Selon l'ordre de père Paul, il s'élance pour l'attraper ; mais la lionne prend la fuite, et la voilà poursuivie par le moine qui lui crie :
« Attends lionne, mon abba m'a ordonné de t'attacher ! »
A la voix du moine, la lionne ralentit sa course et il put s'approcher. Arrivé devant elle, immobile et paisible, il put la saisir et lui passer une corde autour du cou.
Mais pendant ce temps-là, Abba Paul l'attendait et commençait à être très inquiet... Un peu avant la nuit, il voit venir le frère avec la lionne attachée. Ils marchaient tous les deux calmement. Père Paul en fut tout étonné et même stupéfait ! Mais pour que le moine ne soit pas orgueilleux et ne se vante pas de ce qui venait de se produire avec la lionne, il le gronda en se moquant de lui :
« Mais mon enfant, es-tu donc sot, car tu m'as amené un chien stupide, tenu avec une laisse ! »
Alors le moine Jean, si bon et doux, détacha la lionne et la laissa regagner tranquillement sa tanière...
* * *
Il y avait en Égypte, près du mont Sinaï, dans le désert de roches et de grottes, un moine qui s'appelait Sergios ; il vivait là depuis quelques temps, pas très loin du monastère. Son travail était de s'occuper des mules. Un jour où il voyageait, il trouva un lion couché sur son passage. Impossible d'avancer davantage ! Quand les mules et les muletiers qui l'accompagnaient virent le lion, effrayés, tous s'écartèrent et s'en allèrent plus loin. Alors, abba Sergios tira de son sac un morceau de pain béni* et s'avança paisiblement vers le lion. Arrivé devant lui, il se pencha en présentant le morceau de pain et lui dit :
« Prends ce pain béni des Pères et retire-toi de ce passage, afin que nous puissions poursuivre notre route. »
Le lion secoua sa lourde tête, les douces paroles du moine semblait le réveiller et l'étonner à la fois. Alors il prit délicatement le morceau de pain béni, se leva et s'en alla tranquillement de l'autre côté du chemin. Et tous les autres furent stupéfaits de ce qu'ils venaient de voir, grâce à la sagesse et la prière du moine Sergios !
* * *
Quelle merveille de voir des animaux si sauvages écouter les hommes et obéirent paisiblement à leurs paroles !
Il existe bien d'autres exemples d'hommes et de femmes vivant dans la nature, avec des animaux sauvages, en toute tranquillité. Parmi eux, nous connaissons saint Séraphin de Sarov4 et son ours; saint Gérasime du Jourdain5 et son lion ; sainte Thècle6 et la lionne qui au lieu de la dévorer vint lui lécher les pieds et encore saint Aninas7. Celui-ci était accompagné dans tous ses déplacements par deux lions ; une fois, saint Aninas eut besoin d'envoyer une lettre à une personne et c'est un des lions qui la porta ; il était devenu messager ! Plus près de nous au 20è siècle, nous connaissons aussi saint Porphyre et saint Païssios, des amis admirables de toute la création et même des serpents !... Et bien d'autres encore, connus ou inconnus !
Lorsque nous pensons aux dons que Dieu nous fait, la terre avec toute la nature si belle, variée et généreuse, les animaux par milliers, du plus petit au plus grand, si drôles et étonnants, nous sentons dans notre cœur que tout a été créé pour que nous vivions dans la joie de partager toutes ces richesses !
Alors nous sommes plein d'espérance et de confiance ! Nous pouvons dire ou chanter les paroles du saint prophète* Isaïe* :
« Le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau.
Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon.
La vache et l'ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits.
Le lion comme le bœuf mangera de la paille.
Le nourrisson jouera sur le repaire de l'aspic,
sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main.
On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte,
car le pays sera rempli de la connaissance de Dieu, comme les eaux couvrent le fond de la mer. »8
« Que tes œuvres sont admirables, Seigneur,
tu as fait toutes choses dans ta Sagesse !9»
Texte composé par Hélène Dragone. Les histoires des moines sont tirées et adaptées du livre : « Le pré spirituel » de Jean Moscos. Coll. Les Pères dans la foi ; Éd. Migne.
Abba : ce mot provient de l'araméen (une langue ancienne du Proche Orient qui était la langue parlée par notre Seigneur Jésus) ; cela signifie père et se rapproche même affectueusement de papa. On appelait ainsi Abba, principalement les Pères du désert (aux 3è et 4è siècles) ; il s'agissait souvent d'un moine et père spirituel plus âgé, qui avait une grande expérience de la vie monastique. Il était un guide éclairé pour de nombreux disciples qui s'adressaient à lui avec amour et respect.
Prophète : mot utilisé dans la Bible, l'Ancien et le Nouveau Testament, pour désigner une personne sainte très proche de Dieu, qui l'écoute et parle en son Nom. Il donne des messages de Sagesse, des conseils, mais aussi fait connaître le mal que font les hommes.
Isaïe : Il a vécu au 8e siècle avant Jésus Christ. Il est considéré comme un très grand prophète. Dans l'Ancien Testament, le livre d'Isaïe est très important, c'est aussi une source de joie et d'espérance parce qu'il annonce la venue de Jésus Christ dans le monde. Il est fêté le 9 mai.

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