Ajouté le: 4 Juin 2017 L'heure: 15:14

Apprendre par cœur l'Evangile (32)

Bonne raison d’apprendre par cœur (3)

Le Commandement de garder la Parole et d’Aimer, est assorti d’une Promesse.

Je reste encore sur cette bonne raison d’apprendre par cœur la Parole qu’est l’obéissance, explicitée dans la parution précédente, et nous allons voir que l’injonction qui en est faite est assortie d’une promesse.

Je rappelle le texte, Deutéronome 6, 4b-7 :

4b. Écoute Israël
le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est UN
5. Et tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur  et de toute ton âme   et de toute ta force.
 
6. Et ces paroles
que moi je te commande aujourd’hui,
elles seront dans ton cœur
7. Tu les inculqueras à tes fils
Tu les feras entendre
assis dans la maison  et marchant sur la route,
et te couchant  et te relevant.1

Dieu donne 3 principes :

*Il est le seul Seigneur, le Dieu Unique. Le monothéisme est affirmé, proclamé.

*L’homme doit l’aimer de tout son être, de toutes ses facultés et de tout son élan.

C’est d’une exigence folle, et toute la vie du juif pieux, spirituelle comme matérielle, tourne autour du souvenir du Dieu Unique, souvenir omniprésent par la prière pluriquotidienne et les Fêtes rituelles, mais aussi par l’habillement, la nourriture, le respect du repos hebdomadaire, etc, etc.

*De plus, Dieu enjoint de transmettre aux générations suivantes et cette unicité qu’il vient d’affirmer, et ce commandement d’aimer. Ainsi sera fondée et entretenue une chaîne ininterrompue d’adorateurs.

A –Si on poursuit la lecture, on voit que le commandement est assorti d’une promesse.

En effet, après les versets que je viens de citer, toujours dans le Deutéronome,

On trouve d’abord un avertissement : (Traduction Bible de Jérusalem.)

Dt 6, 10 et suivants :

10. Lorsque le Seigneur ton Dieu t’aura conduit au pays qu’il a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de te donner ; aux villes (…) que tu n’as pas bâties,
11. aux maisons pleines de toutes sortes de biens que tu n’as pas remplies, aux puits que tu n’as pas creusés, aux vignes et aux oliviers que tu n’as pas plantés,
lors donc que tu auras mangé et que tu te seras rassasié,
12. garde-toi d’oublier le Seigneur qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
13. C’est le Seigneur ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras, c’est par son nom que tu jureras.

Puis une menace :

14. Ne suivez pas d’autres dieux (…)
15. car c’est un Dieu jaloux que le Seigneur ton Dieu qui réside au milieu de toi. Sa colère s’enflammerait contre toi, et il te ferait disparaître de la surface de la terre.
16. Vous ne mettrez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve, comme vous l’avez fait à Massa.2

On trouve enfin la promesse assortie à l’obéissance :

17. vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu, ses instructions et ses lois qu’il vous a prescrites,
18. et vous ferez ce qui est juste et bon aux yeux du Seigneur
afin d’être heureux, et de t’emparer de l’heureux pays (‘de la belle terre’ – LXX), dont le Seigneur a juré à tes pères
19. qu’il en chasserait tous tes ennemis devant toi : ainsi l’a dit le Seigneur

Puis le Seigneur prescrit d’instruire les enfants de tout ceci, et de leur donner cette conclusion :

Dt 6, 25: Telle sera notre justice : garder et mettre intégralement en pratique ces commandements devant le Seigneur notre Dieu, comme il nous l’a prescrit.

Pour ce verset 25, la Septante traduit : Et il y aura compassion pour nous, si nous observons pour les mettre en pratique tous ces commandements devant le Seigneur notre Dieu comme nous l’a commandé le Seigneur, expliquant en note : « L’obéissance aux commandements justifie le peuple d’Israël devant Dieu : il devient l’objet de la compassion divine. » Je trouve cela très émouvant.3

Donc, la promesse c’est à la fois de posséder la Terre Promise, ‘ l’heureux pays’, et d’attirer la compassion du Seigneur ; d’être en paix avec Lui. Les deux sont indissociables.

Et la condition, c’est de garder dans le cœur, et de transmettre.

Pourquoi avoir choisi Israël pour cette alliance ? Pourquoi à lui cette promesse ?

Continuons la lecture avec le chapitre suivant :

Deutéronome 7

Le Seigneur t’a élu. (…) 8. C’est par amour pour vous et pour garder le serment juré à vos pères(Abraham, Isaac et Jacob), que le Seigneur vous a fait sortir à main forte et t’a délivré de la maison de servitude, du pouvoir de Pharaon, roi d’Égypte. (…)
12. Pour avoir écouté ces ordonnances, les avoir gardées et mises en pratique, le Seigneur ton Dieu te gardera l’alliance et l’amour qu’il a jurés à tes pères.
13. Il t’aimera, te bénira, te multipliera ; il bénira le fruit de ton sein et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin, ton huile, la portée de tes vaches et le croît de tes brebis, sur la terre qu’il a juré à tes pères de te donner.
14. (…) Nul chez toi ne sera stérile. (…)
15. Le Seigneur éloignera de toi toute maladie.

Voilà donc la promesse :

Santé et prospérité dans la Terre Promise, vie paisible sous le regard aimant de Dieu.

Ne manquons pas de remarquer que cette alliance et cette promesse, Dieu lui-même les donne comme la continuité de la précédente alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, et comme le fruit de la foi de ces pères vénérables et fondateurs.

Voilà ce qui est posé dans l’Ancien Testament. Voilà le fondement de l’Histoire Sainte.

L’histoire de la relation entre Dieu et son peuple – ‘peuple à la nuque raide’ (Dt 9, 6) qui résiste, qui se rebelle – sera chaotique, pleine de rebondissements, de ruptures, de malédictions, de réconciliations, et de la présence des justes. Et finalement, Israël donnera son fruit, son plus beau fleuron : la Vierge, qui par son oui, permet l’Incarnation de ce Dieu toujours assoiffé de l’amour de l’homme, assoiffé de la réponse libre qu’Il attend et que peut donner l’homme à l’amour qu’offre sans cesse le Seigneur.

Commence une Nouvelle Alliance, avec ses péripéties.

B – Dans le Nouveau Testament, la garde de la Parole n’est plus un ordre, mais elle est vivement conseillée, et s’accompagne aussi d’une mirifique promesse.

Le texte qui parle de cela est Jean 14, 23. L’enseignement est donné lors de la Cène.

Si quelqu’un m’aime                           il gardera ma parole
et mon Père l’aimera
et nous viendrons vers lui                  et nous ferons notre demeure chez lui

Si quelqu’un m’aime… C’est ‘agapaô’, l’amour oblatif, généreux. Aimer à la manière de Dieu.

Il gardera ma Parole… Comme un trésor dans son cœur-mémoire. On a vu dans la parution précédente, que le cœur est ce réceptacle conçu pour accueillir et garder la parole de Dieu, tel un vase contenant un trésor. En grec, il y a ‘tèréô’ (garder). De même qu’en Luc 2, 19, à la Nativité, il y a ‘sun-tèréô’ (le préfixe ‘sun’ veut dire ‘avec’, ou ‘ensemble’) : Marie gardait en son cœur toutes ces paroles. Parfois c’est traduit : ‘elle rassemblait toutes ces paroles dans son cœur’, ou ‘elle les méditait’, car le verbe ‘suntèréô’ signifie aussi qu’on garde quelque chose de précieux, et qu’on s’y attache. Elle les gardait précieusement, les contemplait. C’est cela, garder la Parole.

Et mon Père l’aimera... Toujours ce même amour oblatif, ‘agapaô’. C’est typiquement l’amour dont Dieu aime. L’amour-don.

Et nous viendrons vers lui… Quelle délicatesse : Dieu se déplace, il vient à la rencontre de celui qui l’aime.

Et nous ferons notre demeure chez lui. Il annonce qu’il veut s’établir, non plus avec l’homme ou près de l’homme dans le Temple, mais en l’homme. Par l’inhabitation :

Présence divine en l’homme. Le verbe en grec est ‘ménô’, demeurer, le nom commun ‘monè’, la demeure. La Présence de Dieu est ici liée, associée à la garde de la Parole.

Tiens, tiens … On a déjà vu cela quelque part, on vient d’en parler … à propos de l’AT. Maintenant dans le NT, Dieu a réellement mis en œuvre sa compassion et l’Incarnation de son Fils-Parole a eu lieu.

Selon Xavier Léon-Dufour (Dictionnaire du Nouveau Testament, Le Seuil, depuis 1975), c’est surtout Jean qui emploie ce verbe ménô et son substantif ‘monè’. Ménô existait déjà dans l’AT, au sens de rester, séjourner, se tenir là.

En passant en revue les différentes occurrences de ‘mènô’ dans Jean, on peut percevoir une progression de sens pour ‘demeurer’, et cela nous parle intensément.

Traduction d’après ‘Nouveau Testament, Interlinéaire Grec/Français’, par Maurice Carrez, Alliance Biblique Universelle – 1993 :

Jean 1,

38. Maître, où demeures-tu ? demandent André et Philippe, qui sont déjà touchés mais pas encore disciples. (…)
39. Ils allèrent donc et virent où il demeure, et auprès de lui ils demeurèrent ce jour-là.

C’est le sens de ‘séjourner’, mais c’est la matrice de la suite.

Jean 14, 23. Il s’agit du texte que nous étudions :

et nous ferons notre demeure chez lui. C’est déjà promesse d’inhabitation.

Jean 15, 4-7. Enseignement donné à la Cène.

4. Demeurez en moi et moi en vous. De même que le sarment ne peut porter du fruit de lui-même, s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez pas en moi.
5. Moi je suis la vigne, vous les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-ci porte du fruit en abondance, car sans moi vous ne pouvez rien faire.
6. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme les sarments ; ils se dessèchent, on les jette dehors et ils brûlent.
7. Si vous demeurez en moi et que demeurent en vous mes paroles, ce que vous voulez, demandez,  et cela arrivera pour vous.
8. En ceci est glorifié mon Père : que du fruit abondant vous portiez, et deveniez pour moi des appreneurs ( … ceux qui apprennent … par cœur …)
9. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour.

Sont clairement associés : demeurer en Christ, et avoir les Paroles demeurant en soi, ‘car sans moi vous ne pouvez rien faire’. C’est un tout. Et : ‘ceci glorifie le Père’ que vous soyez des appreneurs de ma Parole. L’inhabitation est maintenant réciproque, et l’homme est actif. Dieu lui demande d’être actif.

Ensuite on passe aux épîtres de Saint Jean, à la première :

1 Jean 2,

24. Ce que vous avez écouté dès le commencement, que cela demeure en vous.
Si en vous demeure ce que dès le commencement vous avez écouté, vous aussi dans le Père et dans le Fils vous demeurerez.

Ce qui doit demeurer c’est toujours la Parole, ce qui a été écouté (‘akouô’), et donc appris. Car dans cette culture orale, ‘écouter’ signifie être capable de répéter mot pour mot. Notons la formulation ‘dans le Père et dans le Fils’, deux Personnes de la Trinité.

27. L’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous,
et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne.
Cette onction vous enseigne tout, elle est véridique et sans mensonge,
aussi, comme elle vous l’enseigne, demeurez en lui.

Toujours cette réciprocité. Ce verset est utilisé dans l’Église lors du sacrement de la Chrismation. Il réfère donc à l’Esprit Saint. Voici donc dans ce deuxième chapitre l’annonce des trois Personnes de la Divine Trinité.

1 Jean 3,

6. Quiconque demeure en lui ne pèche pas.
9.Quiconque a été engendré de Dieu ne commet pas le péché, car la semence de Lui en lui demeure. Il ne peut pas pécher, car de Dieu il a été engendré.
24. Et celui qui garde ses commandements en Lui demeure, et Lui en lui ;
et en ceci nous connaissons qu’il demeure en nous, par l’Esprit dont à nous Il a donné.
Il s’agit bien de l’Esprit Saint, dont il nous donne, et que l’homme reconnaît …

Enfin, 1 Jean 4,

12. (…) Si nous nous aimons les uns les autres, en nous Dieu demeure (…)
13. En ceci nous connaissons qu’en Lui nous demeurons et Lui en nous : de son Esprit Il nous a donné.
15. Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu.
16. (…) Dieu est amour, quidemeure dans l’Amour demeure en Dieu et Dieu en lui.

Cette inhabitation pour laquelle l’activité de l’homme est requise, c’est l’acquisition de l’Esprit Saint. C’est le grand désir de tous les ascètes. Ce pour quoi ils travaillent. En fait, tous les chrétiens.

Conclusion

Nos Pères, nos professeurs, nos anciens nous donnent une boussole pour nous diriger dans cette vaste forêt qu’est l’Écriture Sainte : Ils nous présentent des morceaux choisis.

C’est en prenant connaissance de ces textes sélectionnés, mis en ordre par ceux qui nous ont précédés que nous sommes favorisés, que nous sommes amenés à découvrir la ‘substantifique moelle’, à nous régaler stupéfaits, abasourdis et joyeux, du don que Dieu nous fait, vivifiés et nourris parla Parole qui sort de sa bouche.

Je proposerai lors des Ateliers de juin, l’apprentissage de Jn 14, 23 – Si quelqu’un m’aime, et aussi de 1 Jean 4, 16 – Dieu est amour. A murmurer par devers soi, ou à chanter à tue-tête, c’est d’un grand profit.

Apprendre demande du temps. Beaucoup de temps. C’est une bonne chose, parce que notre âme aussi est lente à se laisser toucher et transformer.

Ce n’est pas de pain seul que vivra l’être humain,
mais de toute parole  qui sort  de la bouche de Dieu.
(Matthieu 4, 4 – Tentation au désert, citant Deutéronome 8, 3)
Notes :

1. Traduction de la Fraternité Saint-Marc, revue d’après la Septante, en grec (Septuaginta – Alfred Rahlfs – Stuttgart 1935) et en français (LXX – Bible d’Alexandrie – Tome 5 Le Deutéronome – Le Cerf, Paris, 2007)
2. Massa est un mot hébreu qui signifie Épreuve. L’histoire est racontée dans l’Exode au chapitre 17 : Une fois sorti d’Égypte et la mer Rouge franchie, avant d’arriver au Sinaï où il recevra la Loi qui lui enseignera comment se conduire, le peuple gronde à trois reprises contre Moïse et contre Dieu : 1. l’eau qu’ils trouvent est amère (Ex 15, 22 et suivants) ; 2.Ils ont faim de viande et de pain – et Dieu envoie les cailles et la manne. (Exode, chapitre 16) ; enfin, au chapitre 17, verset 6 et suivants, ils ont soif. (Traduction : Bible d’Alexandrie LXX) « Dieu dit à Moïse : Tu frapperas le rocher et il en sortira de l’eau et mon peuple boira. Moïse fit ainsi devant les fils d’Israël. Et il nomma ce lieu du nom de Mise à l’Épreuve (Massa) et d’Injure (Meriba), pour l’injure des fils d’Israël (à l’encontre de Moïse) et pour le fait de mettre à l’épreuve le Seigneur en ces termes : Le Seigneur est-il parmi nous ou non ? »
3. Ne soyons pas choqués de ces différences dans les textes d’origine. Toute traduction est forcément une interprétation, et la Septante, (traduction en grec effectuée à partir du IIIe siècle avant J.C.) a été considérée dès le départ comme une traduction inspirée. C’est elle que citent la plupart du temps les Évangiles, y compris dans la bouche du Christ. Texte hébreu et texte grec, il faut les considérer comme complémentaires et non comme opposés.

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