Il y a très longtemps, dans l'ancienne ville de Nisibe*, au cœur de ses ruelles étroites habillées de maisons de pierre, habitait une femme chrétienne. Elle était mariée à un homme très bon, mais qui ne croyait pas à l'existence d'un Dieu capable de créer toutes les choses merveilleuses, visibles et invisibles, qui remplissent toute la création. Ils partageaient cependant une vie simple, dans la bonne entente et l'amour réciproque. Au fil des années et de leur travail, ils avaient acquis quelques biens. Ils possédaient maintenant cinquante pièces d'argent. Un jour, le mari dit à sa femme :
– Plaçons ces pièces d'argent pour en tirer quelques intérêts, car, si nous les dépensons petit à petit, nous allons tout perdre et au bout d'un certain temps, nous n'aurons plus rien...
– Si tu veux les placer, répondit la femme, viens avec moi, prête-les au Dieu des Chrétiens.
– Et où se trouve le Dieu des chrétiens, demanda le mari, pour que nous les lui prêtions ?
– Je vais te le montrer, lui répondit-elle. Non seulement tu ne risques pas de les perdre, mais encore il te versera des intérêts et doublera ton capital !
– Allons, montre-le moi, dit-il, et confions-lui notre argent !
Elle conduisit son mari jusqu'à la très sainte église. Cette église de Nisibe a cinq grandes portes. Lorsqu'elle lui fit passer le porche de l'église, là où sont situées les grandes portes, elle lui montra discrètement les pauvres et les mendiants ; elle lui dit d'une voix douce et pleine d'assurance :
– Si tu leur donnes quelque chose, c'est le Dieu des chrétiens qui le recevra car toutes ces personnes lui appartiennent.
Saisi d'étonnement par les paroles sincères de sa femme, il offrit aussitôt et avec joie les cinquante pièces d'argent aux mendiants et s'en retourna chez lui, le cœur léger et confiant.
Trois mois plus tard, ils furent préoccupés et eurent du mal à faire face à une dépense importante. Un matin, alors que l'inquiétude troublait son âme, l'homme dit à sa femme :
– Ma bien-aimée, te souviens-tu du don que nous avions fait, là où habite le Dieu des chrétiens ? Ne doit-il pas nous rendre un peu de ce qu'il nous doit, car voici que nous sommes maintenant en difficulté ?
En guise de réponse, sa femme lui dit :
– Mais oui ! Te rappelles-tu où tu as fait ce don ? Retourne donc là-bas et il te le rendra sûrement, même sans aucun travail !
Le mari écouta silencieusement les paroles de sa femme, et comme saisi d'une claire évidence, il se précipita vers la sainte église. Il parcourut les ruelles de la ville, sans remarquer la douce lumière matinale qui éclairait déjà les façades des maisons, tout entier occupé à sa tâche ! Au détour d'une ruelle, il reconnu l'église avec ses cinq portes ; il entra ; les paroles de sa femme résonnaient encore en lui, et lui donnaient la certitude que son argent serait à nouveau en sa possession.
Une fois arrivé à l'endroit où il avait donné ses pièces d'argent aux mendiants, il pensait trouver là quelqu'un qui lui rendrait son dû, mais il ne vit que d'autres pauvres, des mendiants, assis à même le sol. Il se mit alors à parcourir de long en large toute l'église. Tandis qu'il se demandait à qui s'adresser ou à qui réclamer, il aperçut soudain à ses pieds, sur la dalle de marbre, une grande pièce d'argent, une de celles justement qu'il avait données aux frères ! Il se pencha, la ramassa, et lentement sortit de l'église. Il reprit le même chemin, sans faire attention à ce qui se passait dans les ruelles, maintenant animées ; il était tout étonné par ce qu'il avait trouvé dans l'église. Une fois arrivé dans sa maison, il dit à son épouse :
– Regarde, je suis retourné dans votre église, et, crois-moi, je n'ai pas vu, contrairement à ce que tu m'avais dit, le Dieu des Chrétiens, et il ne m'a rien donné ! J'ai simplement trouvé cette pièce d'argent, là-bas, par terre, à l'endroit où j'avais fait don des cinquante pièces d'argent !
Elle regarda son mari avec tendresse, ses yeux brillèrent de larmes contenues. Quelques instants flottèrent autour d'eux, silencieux et doux comme des flocons de neige...
Son cœur ne put contenir les émotions qui l'envahissaient ; et voilà cette épouse chrétienne tellement patiente, dont la foi et l'amour comblaient sa vie, dire à son époux :
– Mais c'est Lui qui te l'a rendue, mon ami, sans que tu le voies ! Justement pour ne pas t'effrayer ! En effet, Il est invisible, et Il gouverne l'univers avec une puissance et une main invisibles. Il attend patiemment que ses créatures le cherchent, le désirent afin de les combler de ses dons ! Mais, va, mon cher époux, achète-nous quelque chose maintenant pour notre repas d'aujourd'hui, et Lui, il pourvoira de nouveau à tes besoins !
Le mari s'en alla leur acheter du pain, du vin et du poisson et de retour, il les donna à sa femme.
Elle prit le poisson, commença à le vider et, après l'avoir ouvert, que découvrit-elle à l'intérieur ? Elle découvrit une pierre absolument magnifique, comme elle n'en avait jamais vue, à tel point que la femme n'en crut pas ses yeux ! Elle ne savait pas ce que c'était, mais elle la garda précieusement. Quand le repas fut prêt, il se mirent à table et pendant qu'ils mangeaient, elle lui montra la pierre qu'elle avait trouvée et lui dit :
– Regarde, j'ai découvert cette pierre dans le poisson !
Quand il la vit, il en fut grandement étonné et lui aussi en admira la beauté, mais il en ignorait également la nature.
Après le repas, il lui dit :
– Donne-la moi, je vais aller la vendre, au cas où je pourrais en tirer quelque chose !
Il prit donc la pierre et partit chez le changeur, qui habitait quelques ruelles plus loin. Celui-ci faisait aussi le commerce d'objets précieux. C'était l'heure où il allait rentrer chez lui ; une fois arrivé dans son échoppe, le mari demanda au changeur :
– Veux-tu m'acheter cette pierre ?
Le négociant l'examina attentivement et dit :
– Combien en veux-tu ?
Le mari répondit :
– Donne-moi ce que tu veux !
L'homme reprit :
– Tiens, voici cinq pièces d'argent.
Croyant qu'il se moquait de lui, le mari lui demanda :
– C'est tout ce que tu m'en offres ?
Alors le négociant s'imagina que l'autre se moquait de lui et lui dit :
– Bon, voici dix pièces d'argent, cela suffira !
Mais le mari se tut. Le vendeur se pencha une nouvelle fois sur la pierre, l'observa minutieusement, et les yeux saisis d'étonnement, il lui dit :
– Voilà, prends vingt pièces d'argent en échange et ce sera bon comme ça !
L'autre reprit la pierre et garda encore le silence.
Au bout d'un moment, comme le négociant était monté jusqu'à trente, puis cinquante pièces d'argent, en jurant qu'il les lui donnerait sûrement, le mari réfléchit et calcula que si cette pièce n'était pas très précieuse, il ne lui en proposerait pas cinquante pièces d'argent ! Et devant le silence imperturbable de son client, le négociant montait régulièrement la somme, lui offrant jusqu'à trois cents grandes pièces d'argent !
A ce moment-là, le mari se leva, et conclut l'affaire. Il lui donna la pierre, prit les pièces d'argent, les déposa dans sa sacoche et s'en alla rejoindre sa femme, tout heureux.
Quand elle le vit, elle lui demanda :
– Alors combien l'as-tu vendue, mon cher époux ? pensant qu'il l'avait laissée sûrement pour cinq ou dix piécettes...
Le mari sortit de sa sacoche les trois cents pièces d'argent et les lui remit. Admirant la bonté et la clémence de Dieu, elle lui dit :
– Homme, mon époux, vois comment le Dieu des Chrétiens est bon, généreux et riche ; tu constates comment, non seulement il t'a rendu à toi qui avait placé ton argent auprès de Lui, les cinquante pièces d'argent, avec leurs intérêts, mais encore comment, en peu de jours, il les a multipliées par six pour toi ! Sache donc qu'il n'y a pas d'autre Dieu, sur terre, ni au ciel, que Lui seul !
Convaincu par ce prodige, et ayant appris ainsi d'expérience la vérité, il fut tout heureux de dire à sa femme qu'il désirait vraiment devenir chrétien, afin de rendre gloire au seul Dieu si bon, plein de bienveillance et de générosité ! Il remercia aussi longuement la sagesse de son épouse, grâce à laquelle il lui avait été donné de connaître Dieu dans sa vérité !
Peu de temps après, il reçut le saint Baptême. Au fil des jours, il découvrit toute la richesse et la compassion de notre Dieu et Père, de son Fils notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que tous les dons merveilleux manifestés par le Saint Esprit !
Et entourés de la grâce divine, Ils vont ensemble maintenant, le cœur joyeux, à la sainte église de Nisibe* !
Savez-vous que lorsque une personne se tourne vers Dieu et le désire de tout son cœur, les Anges dans le Ciel se réjouissent et chantent !
Les Archanges font entendre leurs accords ! Les Chérubins* laissent éclater leurs cantiques !Les Séraphins* rendent gloire !
Oui, Gloire à Dieu pour tout !
Texte écrit par Hélène Dragone à partir d'un récit tiré du livre :
« Le pré spirituel » de Jean Moschos, Coll. Les Pères dans la foi. Éd. Migne
Nisibe : ville située au sud-est de la Turquie, près de la frontière syrienne. Saint Ephrem naquit dans cette ville en 306 et par sa grande foi, il attira à lui de nombreuses personnes qui devinrent chrétiennes. Le cœur enflammé par l'amour de Dieu, il écrivit beaucoup d'hymnes, de prières, aussi des poésies, si bien qu'il fut appelé "la harpe du Saint Esprit" ! Il est fêté le 28 janvier.
Voici la prière que saint Ephrem composa pour ce temps de Grand Carême dans lequel nous sommes, et que nous disons chaque jour, le cœur tourné vers Dieu :
Comme un fruit qui chaque jour mûrit doucement en présence du soleil, cette prière devient, jour après jour, la promesse à venir du merveilleux fruit que nous goûterons bientôt à Pâques, la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ dans nos cœurs et dans le monde entier !
Chérubins et séraphins : Dans le monde céleste, il existe une multitude d'Anges et d'Archanges ; les Séraphins et Chérubins sont les anges situés au degré le plus élevé, ceux qui sont les plus proches de Dieu.

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