Ajouté le: 3 Décembre 2016 L'heure: 15:14

Apprendre par cœur l'Evangile (27)

La personne du Christ dans le Prologue de l’Évangile de Saint Marc. (3)

Nous nous sommes arrêtés le mois dernier, au verset 8 du Prologue de Saint Marc, lequel annonce le projet divin par la bouche de saint Jean Baptiste :

lui vous immergera dans le Souffle Saint.

Lui, c’est celui dont saint Jean Baptiste parle au début de ce même verset :
 
Il vient   le plus fort que moi
derrière moi
Celui dont je ne suis pas en mesure
me baissant
de délier le cordon des sandales
 
Et d’annoncer :                                                 Moi je vous ai immergés dans l’eau
mais lui
vous immergera   dans le Souffle Saint

Déjà, au verset 1 la ‘formule’ Annonce Heureuse nous avertissait qu’un nouveau roi allait apparaître pour remplacer l’actuel Prince de ce monde, et que ce nouveau roi portait le nom de Yéshoua‘– ce qui signifie rien moins que ‘Dieu sauve’ ;

Que ce roi est le Messie ou Oint de Dieu – celui qui est revêtu de la force divine – et qu’il vient pour une re-création : ceci on le sait par la présence du mot commencement – mot qui fait partie du scénario de création ;

En plus, on nous dit qu’il est Fils de Dieu, titre qui revient au Roi-Messie, et qui signifie de surcroît que ce Fils nous transmettra les Paroles mêmes de son Père divin, toutes les Paroles. Le Fils agit selon la volonté du Père, par le fait même qu’il est vraiment Fils.

Et maintenant au verset 8, saint Jean Baptiste – dont la seule présence authentifie la Messianité de celui qui s’avance, de celui que tout Israël attend, car la Prophétie nous apprend que du fait même que Jean Baptiste le précède, celui qui s’avance est véritablement ‘Le Messager de l’Alliance’, celui qui réconcilie enfin les hommes avec Dieu, et Dieu avec les hommes. (Prophétie de Malachie 3, 1 – sous-entendue au deuxième verset de Saint Marc : Voici j’envoie mon messager devant ta face. Je l’ai expliqué dans la parution précédente, ainsi que dans mon article 10, au numéro 85 d’Apostolia, paru en avril 2015) – maintenant donc, Jean Baptiste annonce que Yéshoua‘ immergera dans le Souffle Saint. On ne sait pas trop à ce stade de l’histoire ce que cela signifie, mais on sait que c’est entièrement nouveau.

Voilà donc introduits les deux Agents de la nouvelle création : le Souffle Saint dans lequel on est immergé, par le fait de l’action du Fils, Yéshoua‘. C’est ici le centre du chiasme : Lui vous immergera dans le Souffle Saint

Alors que la première partie du chiasme nous a fait connaître le Précurseur, la seconde partie que nous abordons maintenant, va nous faire connaître Yéshoua.

Au verset 9, son entrée est remarquable.

Avec le verset 9, le héros apparait.

Que nous apprend-on de lui ?

Verset 9 –

                                                            Et il est advenu
                                                            en ces jours-là
 
                        Yéshoua’ est venu                               et il a été immergé
                        de Nazareth de Galilée                       par Yôchânân dans le Jourdain

Suivons les mots.

Et il est advenu en ces jours-là  Yéshoua’ est venu …

1 - Les mêmes mots introduisent la venue de Moïse en Exode 2, 11 :

Or il est advenu en ces jours-là (nombreux)

Moïse est venu (dehors) …

J’ai trouvé chez Chouraqui1 ce parallélisme entre Yéshoua‘ et Moïse, dans son commentaire de ce verset de Saint Marc. Cette suggestion est-elle porteuse … ? Je l’ai suivie :

Voici donc le nouveau Moïse, voici ‘le prophète-qui-doit-venir’2  selon ce que Dieu a mis dans la bouche de ce même Moïse en Deutéronome 18, 18 : Je  leur susciterai (…) un prophète comme toi. Je mettrai mes paroles dans sa bouche et il dira tout ce que je lui commanderai. C’est bien ce que fera le Christ, totalement obéissant au Père.

Moïse fut celui par qui Dieu a fait sortir le peuple de l’esclavage d’Égypte, l’a délivré et lui a fait traverser la mer, symbole de nouvelle naissance –  et les juifs  commémorent ces évènements fondateurs chaque année à Pessah.

Moïse fut aussi celui par qui Dieu a donné l’Alliance du Sinaï et la Loi. Loi qui est chemin pour aller vers Dieu, et fut donnée dans le souffle violent et le feu. L’évènement s’apparente à la Pentecôte.

Nous apprenons donc, si nous suivons cette suggestion, que celui qui s’avance vient lui aussi pour faire naître à une vie nouvelle, et donner une Alliance Nouvelle. Il sera celui qui nous mènera vers le Père, allant jusqu’à dire en Jean 14, 6 : Je suis le Chemin, et qui enverra l’Esprit Saint dans le souffle violent et le feu. (Ac 2, 2-3).

Oui, je trouve que la suggestion est porteuse.

2 - Avec il est advenu - ce verbe ‘gignomai’ tant employé dans le premier chapitre de la Genèse – il nous est suggéré que la scène du Baptême qui va suivre, fait partie d’un scénario de création – re-création : Dieu vient renouveler le monde3, et en particulier l’Alliance, ce canevas de sa relation avec les hommes.

3 - Et avec ces jours-là, il est suggéré que l’évènement a bien lieu dans l’espace-temps créé par Dieu. C’est historique : Il est arrivé qu’un jour Dieu a envoyé le Messie-Prophète pour recréer et se réconcilier avec sa créature déchue. Créer est une fonction divine – ce qui désigne donc ce Messie-Prophète comme Dieu lui-même.

… Yéshoua‘ est  venu de Nazareth de Galilée …

1 – Yéshoua‘, c’est ‘Dieu sauve’, on l’a dit. Ainsi sont annoncées et l’identité et la mission de celui qui apparait maintenant : Il est Dieu et il sauve.

2 - Il vient de Nazareth, bourgade insignifiante de la Galilée. Des descendants de David y étaient installés : Joseph et sa famille, ainsi que des membres de la famille élargie.

Selon Xavier Léon-Dufour4 , le mot ‘Nazareth’, et surtout ‘nazarénien’ – ou habitant de Nazareth – réfère à une racine araméenne qui signifie ‘Rejeton’, ou à une autre très proche qui signifie ‘le Reste’,

 - ce qui nous renvoie à Isaïe 11, 1 (Traduc° BJ) :
Un rejetonsort de la souche de Jessé,
un surgeon pousse de ses racines :
Suit toute la description du règne du roi juste (Is 11, 2-9) :
L’esprit du Seigneur repose sur lui …
 Il ne juge pas selon l’apparence … il fait droit aux miséreux …
Le loup habite avec l’agneau, la panthère se couche près du chevreau …
On ne fait plus de mal ni de ravages sur toute ma sainte montagne,
car le pays est rempli de la connaissance du Seigneur
comme les eaux comblent la mer.

En lien avec le mot ‘Nazareth’, Isaïe prophétise quelque chose qui ressemblerait au Règne de Dieu tel qu’on le rêve … un temps et un lieu où les humbles peuvent vivre en paix.

 - ou encore, qui nous renvoie à Isaïe 49, 6 (Traduc° NBS) :

C’est peu de choses que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob
et pour ramener les restes d’Israël :
J’ai fait de toi la lumière des nations
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre.

Le Nazarénien ne devra pas se contenter de sauver les restes d’Israël, ce serait peu de chose, il est clairement envoyé pour les nations aussi, qui seront elles aussi, bénéficiaires du salut. C’est annoncé dès ici par le fait qu’il vient de Nazareth

3 - Galilée. Le mot vient de ‘gâlîl’, ‘le cercle’ en hébreu5, donc ce qui tourne, qui est mélangé.

La région, à l’époque fait partie de la Tétrarchie d’Hérode Antipas, qui en est le roi pour le compte des Romains. Elle est dite ‘Galilée des nations’ en Isaïe 8, 23 expression reprise par saint Matthieu 4, 15-16, qui interpelle :

Terre de Zabulon, Terre de Nephtali, Route de la mer, Pays de Transjordane,
Galilée des nations !
 Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient les obscurs parages de la mer une lumière s’est levée. (Traduct° BJ)

‘Galilée des nations’, en souvenir des invasions, assyrienne et chaldéenne, qui avaient entraîné un mélange des populations, et la présence de nombreux païens. La Galilée et ses habitants sont mal considérés par les juifs de race pure : ces judéens de Judée (ou judaëns) méprisent carrément ce ‘melting pot’.

Donc, ce Sauveur vient d’un lieu déconsidéré (De Nazareth, répondit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? – Jean 1, 46), et d’une province ‘impure’ du fait du mélange avec des populations païennes …

Saint Marc nous le précise ici, dès le tout début de l’Évangile.

Car le Christ est venu pour les juifs, ET pour les nations. Dès le ‘prologue’, cela nous est signalé. Dieu, lui, ne désapprouve  pas le ‘melting pot’. Isaïe vient de nous le dire : il sera lumière pour les nations, jusqu’aux extrémités de la terre.

Déjà ici, on nous signale l’humilité de Dieu, qui accepte et assume de passer pour originaire d’un lieu méprisé. Être originaire de Nazareth est un évènement – on peut dire ‘un geste’, un élément de la saga – par lequel Dieu se révèle : Il se fait connaître, non pas comme glorieux, mais comme humble et s’intéressant aux humbles.

Dans ce passage de l’Évangile, nous voyons clairement que Dieu communique non pas au niveau conceptuel, mais par des actes, par des éléments de mise en scène, en référence avec la vie réelle et concrète. On pourrait dire par de la dramaturgie. L’histoire du Salut est une grande Saga.

C’est cette dramaturgie que nous rejoignons quand nous apprenons par cœur, comme des conteurs ou des acteurs qui s’identifient à l’histoire qu’ils transmettent, qui en deviennent participants. Et c’est ce que le Seigneur attend des baptisés : que nous vivions en Christ, que nous soyons engagés, participants.

… et il a été immergé par Yôhânân dans le Jourdain …

Son abaissement, ou sa ‘kénose’ selon le mot grec, est encore plus marqué, quand saint Marc souligne qu’il a été immergé[6] dans le Jourdain. En effet, le mot Jourdain signifie : ‘celui qui descend’, qui descend vers le lieu le plus bas de la terre créée. Ça, c’est un fait géographique, comme le sont aussi les noms de la province et du village dont il est issu. Le Jourdain aboutit à la Mer Morte, à moins 300 mètres en dessous du niveau des océans. A ciel ouvert, on ne peut pas plus bas.

La kénose de Dieu s’inscrit jusque dans la géographie. Comme c’est concret ! Incarné.

Il faut noter aussi que par cette immersion, symboliquement Jésus descend dans les eaux abyssales, au plus bas de la création et y maîtrise les créatures qui y sont tapies. S’abaissant totalement, il accomplit son œuvre purificatrice y compris dans la nature. Ainsi faisant,

Il confère au genre humain
par cette eau même
sa (propre) pureté ;
Aussi chantons-lui :
Dieu qui te manifestes, Seigneur, gloire à toi.

(Ménées7 du 6 janvier, Vêpres, 3ème strophe de Litie.)

C’est le fondement du sacrement du Baptême. Ce sacrement nous renouvelle, nous recrée : il fait de nous des créatures nouvelles. L’emploi de ‘advenir’ comme premier mot de ce verset est donc justifié.

Apprendre par cœur ce texte avec ‘advenir’ nous aide à garder la conscience du don qui nous est fait, et de la renversante humilité de notre Créateur et Sauveur.

Versets 10 et 11 –
Le Dieu Trinitaire nous est révélé.

10 -                                                    Et aussitôt
                                                   montant hors de l’eau
 
            il a vu les cieux se déchirer                            et le Souffle
                                                                                   comme une colombe
                                                                                    descendre en lui
 
11 -                                          Et une voix est advenue
                                                            hors des cieux
 
                        ‘Toi tu es mon Fils
                         le Bien-Aimé                                          en toi je me plais’

C’est remarquable : il nous est dit ici que l’homme perçoit Dieu avec son corps, par le moyen de ses sens, de la vue et de l’ouïe.

C’est par les portes sensorielles de son être que l’humain rencontre et fait connaissance avec ce qui n’est pas lui-même, y compris avec Dieu : c’est par le corps et nos organes sensoriels que Dieu se fait connaître à nous. Nous ne pouvons pas mépriser le corps : il nous est utile et même indispensable pour rencontrer Dieu lui-même. La connaissance vient par le corps, un corps charnel, capable de sensations. Ce qui le rend infiniment précieux et respectable.

Revenons aux mots :

L’être humain ici, voit les cieux se déchirer – ce qui dévoile le véritable lieu où Dieu réside, le Saint des Saints céleste– et il voit le Souffle   sous forme de colombe descendre en lui. Le Souffle-colombe, par un mouvement physique et charnel, rejoint le corps du Christ et y entre. Puis la voix du Père se fait entendre, délivrant un message parfaitement intelligible.

Ce qu’on nous relate ici, ce ne sont pas des concepts, mais des gestes. Des gestes qui nous concernent parce qu’ils nous enseignent.

Ces gestes révèlent au monde la mission de Yéshoua‘, son appartenance à la Divine Trinité et l’existence même de cette Divine Trinité. Il est l’un de ces Trois, et les Trois Personnes sont chacune à sa manière propre, participantes de la mission terrestre – le Fils s’abaisse ;

 - aussitôt, l’Esprit Saint vient demeurer dans la chair8. Il vient se loger dans le corps du Christ – et nous savons que le Corps du Christ, c’est aussi l’Église … ;

 - tandis que le Père dit : ‘je l’aime, ce Fils dans la chair, en lui je me plais’, révélant ainsi, et  son amour et l’intensité de son contentement à l’occasion de ce Fils abaissé dans la chair jusqu’aux abysses.

Pourquoi ? Est-ce que ce n’est pas choquant que le Père prenne plaisir à l’humiliation du Fils ? Non, il y a une autre réponse. On le découvrira en approfondissant les mots Bien-Aimé, et en toi je me plais, une prochaine fois.

Ici, remarquons encore que c’est par nos sensations d’abord que nous recevons les gestes de Dieu : l’homme voit et il entend. Et ce qu’il entend fait sens. On ne reste pas dans la pure sensation : il y a aussi un message destiné à l’intelligence : Celui-ci est mon Fils le Bien-Aimé, écoutez-le.

Dans ce bref récit, c’est par toutes les dimensions cognitives de notre humanité que Dieu s’offre à notre connaissance, se révèlant comme Père, comme Fils et comme Esprit Saint.

Comme est grande notre reconnaissance9 !

C’est un véritable tableau vivant qui nous est offert dans ce récit : la Divine Trinité  différencie ses Personnes, et se met en scène en quelque sorte. On peut facilement se représenter la scène, et l’être humain qui est fondamentalement un mime aura envie de la jouer.10 Vous savez que c’est en imitant qu’on connait. En imitant les gestes, et les émotions de quelqu’un, je ressens ce que ressent cette personne : je la connais. C’est ce que fait l’enfant : en jouant à être la maman, la maîtresse, le chauffard, le policier, …  il peut acquérir une certaine connaissance de ces personnes.

Je trouve que par sa dimension sensitive, la manifestation divine décrite en ce verset, nous encourage à mettre toutes nos capacités cognitives au service de la Parole – le sensoriel comme l’intellectuel et même l’émotionnel, –  et à ne pas craindre de chanter et de gestuer l’Évangile, de le jouer. Ceci donne vie à la Parole et l’incarne. C’est ce que veut le Seigneur : se communiquer à nous, par son Corps et son Sang dans l’Eucharistie, et aussi par sa Parole, laquelle veut toujours s’incarner, être mise en pratique. C’est même un ordre qu’il nous donne : la Parole (…) est sur ta bouche, dans ton cœur, etdans tes mains pour la faire11 (Deutéronome 30, 14 – Traduct° B. Frinking.)

Conclusion
Qu’avons-nous appris concernant la personne du Christ ?

Déjà nous savions qu’un certain ‘Dieu-Sauve’ (Yéshoua‘) doit venir pour recréer (Commencement), renouveler l’Alliance (J’envoie mon Messager), et ‘immerger dans le Souffle Saint’.

Et voici qu’il entre en scène, auréolé par l’évocation de Moïse (Il est advenu en ces jours-là). Moïse fut agent de la genèse du Peuple de Dieu, lui faisant quitter l’Égypte, lieu de mort spirituelle, et lui transmettant l’Alliance telle que Dieu la veut.

Quel nouveau peuple de Dieu va générer la Geste de Yéshoua‘ ?12

Quelle nouvelle Alliance instaurera-t-il de la part de Dieu ?

Par l’évocation de la figure de Moïse, nous comprenons que Yéshoua‘ sera porteur d’une telle mission. C’est ce que développera la suite de l’Évangile.

L’histoire du Christianisme est lancée, l’histoire de l’Église, le nouveau peuple élu de Dieu, peuple des baptisés, corps du Christ – avec lesquels l’Alliance est telle qu’ils sont appelés à devenir enfants de Dieu13, frères et sœurs du Christ par adoption, cohéritiers du Royaume.

Le Christ ici, se présente comme

 - un homme historique,

 - instigateur d’un Règne de Dieu dans lequel les humbles et les étrangers seront pris en compte (Il vient de Nazareth de Galilée) – comme le furent autrefois les asservis-étrangers en Égypte,

 - Homme–Dieu, qui à son geste initial d’abaissement voit le Ciel répondre par la manifestation de la Divinité en Trois Personnes, dont chacune révèle sa façon spécifique de participer au Salut de l’Homme : qui par la force de l’abaissement, qui par la communion dans l’inhabitation, qui par l’amour total.

Nous allons laisser pour une prochaine fois la fin du verset 11, attendant un peu pour découvrir ce qu’est la vocation du Bien-Aimé en qui se plait le Père.

Puis en nous approchant des derniers versets, 12 à 14, nous verrons que le Seigneur associe l’être humain comme acteur dans la Saga du Salut. Dans cette histoire, nous avons un rôle à jouer : nous ne sommes ni des spectateurs, ni des êtres passifs, des végétaux, ‘des légumes’, que les Grands Maîtres arroseraient ou laisseraient sécher selon leur gré ! Non. Autre est le plan de Dieu.

A lui la gloire dans les siècles des siècles.

Notes :

1. André Chouraqui est un juif français qui a traduit au XXème siècle l’Ancien et le Nouveau Testaments, avec une très grande érudition et une authentique culture juive. Il n’est pas Rabbin et a présenté son œuvre au Pape à l’époque. Son commentaire du Nouveau Testament n’est pas celui d’un Père de l’Église bien sûr, mais il peut comporter des remarques réellement enrichissantes.
2. Jean 6, 14 – Celui-ci est vraiment le prophète qui vient dans le monde.
3. Bernard Frinking, dans sa traduction concordante, traduit toujours le verbe grec ‘gignomai’ par’ advenir’.
Pour le début de la Genèse, ça donne ceci :
Gn 1, (…) 3. Et Dieu a dit qu’advienne lumière, et lumière est advenue. 4. Et Dieu a vu la lumière. Cela est Beau. Et Dieu a séparé entre la lumière et la ténèbre. 5. Et Dieu a crié vers la lumière : Jour, et vers la ténèbre il a crié : Nuit. Et est advenu soir, et est advenu matin. Jour Un.
Pour le deuxième jour, ceci :
6. Et Dieu a dit qu’advienne un firmament dans le milieu des eaux, et qu’il advienne pour séparer entre les eaux et les eaux. 7. Et Dieu a fait le firmament, et il a séparé entre les eaux sous le firmament et les eaux au-dessus du firmament. Et il est advenu ainsi. 8. Et Dieu a crié vers le firmament : Cieux. Et est advenu soir, et est advenu matin. Jour deuxième. 
Etc.
Cette option de traduction nous permet de prendre conscience du contexte dans lequel apparait ‘gignomai’ – advenir, et ce dès le tout début de la Bible. Et d’en déduire que ce mot fait partie du scénario de création.
Il ne perd pas sa signification, lorsqu’il apparait dans l’Évangile. On l’appellera une ‘formule’. La formule ‘Advenir’ est connotée : ‘Création’.
4. Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Éditions du Seuil, articles ‘Nazareth’ et ‘Nazarénien’.
5. Selon Xavier Léon-Dufour dans « Le dictionnaire du Nouveau Testament. »
6. Je n’insiste pas sur le fait que ‘immerger’ traduit le mot grec ‘baptizô’, lequel signifie ‘plonger dans l’eau'. J’ai développé ce thème dans mon article XII, paru dans Apostolia n° 87, de juin 2015.
7. Les Ménées sont ce recueil en 13 volumes, un pour chaque mois plus un volume de notes, qui rassemble les textes du Propre : Propre des Fêtes du Christ et de la Mère de Dieu, ainsi que des Saints : Toutes les Fêtes, sauf Pâques et celles qui sont liées au temps de Pâques, à son avant et à son après.
8. Ce qui ne veut pas dire que le Christ, à cette occasion, ait reçu l'Esprit Saint qui lui aurait été auparavant étranger : il "s'est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie et s'est fait homme" comme nous le confessons chaque dimanche dans le Credo. L'Esprit-Saint est constitutif de la personne du Dieu-Homme depuis sa conception dans le sein de la Vierge. 
9. C’est ce qu’exprime la Fête de la Théophanie, ou fête de la manifestation de Dieu.
10. L’homme est fondamentalement un ‘mimeur’ comme on peut le constater par l’observation des petits enfants et de leurs jeux spontanés : ce constat est la base des travaux de Marcel Jousse. Marcel Jousse (1886-1961) issu de la culture orale paysanne de la France du XIXe siècle dans laquelle il a grandi de par ses origines familiales, est devenu  jésuite, anthropologue et chercheur, a exploré le milieu palestinien et la culture orale du temps du Christ, ainsi que d’autres lieux de culture orale qui subsistaient à son époque. Il en a déduit que la culture orale, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, repose sur la composante mimique fondamentale qui se trouve en l’homme, et lui permet de connaître et de retenir dans sa mémoire. Marcel Jousse fut le fondateur de la méthode d’apprentissage par cœur de l’Écriture Sainte, basée sur le chant, le rythme et le geste.
Bibliographie : Marcel Jousse, « L’anthropologie du Geste, La Manducation de la Parole, et La Parole, le Parlant et le Souffle’, réunis en un seul volume. Gallimard. Paris 2008. Voir aussi le site www.marceljousse.com  
11. Mgr Joseph m’a dit un jour que c’est le sens de l’onction déposée sur le front et les mains des fidèles à la fin de la Liturgie : cette Parole que tu as reçue dans ton mental (front), il faut maintenant la pratiquer (mains.) Magnifique !
12. Geste au sens où l’on dit ‘Chanson de Geste’ : histoire des hauts-faits des héros.
13Mais à tous ceux qui l’ont reçu   il leur a donné le pouvoir   de devenir enfants de Dieu    à ceux-là qui croient en son Nom. (Jean 1, 12) Ce verset est le centre du chiasme du Prologue de Jean, le cœur du message évangélique : il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu … Quel programme !

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