Le Retour du Christ en Gloire lors du « Second Avènement »
(Mt 24, 23-44 ; Mc 13, 21-37 ; Lc 17, 22-25 et 21, 25-36)
Rappelons que la première partie de cette importante et longue prophétie, qui est rapportée par les trois Synoptiques (Mt, Mc et Lc) et qui est à mettre en rapport avec l’Apocalypse de Saint Jean, a été commentée dans le n° 103 (oct. 2016) d’Apostolia. Nous avons commenté le « commencement des douleurs », puis le début de « la fin », avec l’installation à Jérusalem de « l’Abomination de la désolation ». Le Seigneur donne alors des consignes spirituelles précises, mais dans un langage symbolique, que nous nous sommes efforcés de décrypter. Nous abordons maintenant la deuxième partie.
Le Seigneur revient alors sur la multiplication des faux christs et des faux prophètes dont Il avait déjà parlé en abordant le commencement des douleurs (cf. p.4 de l’article précédent), mais d’une façon plus précise : « car se lèveront de faux christs1…et de faux prophètes1…et ils feront de grands signes et des prodiges » ; beaucoup viendront en Mon Nom, disant : c’est Moi, et : le temps est proche ; « s’ils vous disent : Il est dans le désert, ….dans les lieux cachés », ne les croyez pas, n’y allez pas, ne les suivez pas. Et ils feront des prodiges [des miracles] pour essayer de séduire même les élus », mais le Christ ajoute « si possible » (Non, heureusement !). Les périodes troublées sont toujours propices à l’apparition de faux prophètes car la peur et la souffrance sont de mauvaises conseillères : elles développent la crédulité et incitent à se jeter dans les bras de pseudo-sauveurs, de charlatans spirituels, mais cette période sera la pire de l’histoire humaine et elle en verra un foisonnement. Ne nous étonnons pas qu’ils fassent des miracles, car les magiciens d’Égypte au 13e siècle av. J-C avaient fait des prodiges équivalents à ceux de Moïse2… sauf les derniers. L’intelligence et la puissance des démons peuvent impressionner et séduire les foules. Lorsqu’on voit, à notre époque, le développement grandissant des sectes -souvent dangereuses- et des gourous (qui parfois même se prennent pour le Christ), qui prospèrent dans une société déchristianisée, où les gens n’ont plus aucun discernement spirituel3, on ne peut pas être étonné de la prophétie du Christ. Nous courrons après ce désastre spirituel planétaire.Tout ce que nous dit le Seigneur signifie : vous devrez avoir acquis le discernement spirituel avant que ces évènements n’arrivent : travaillez sur vous-mêmes et tenez-vous prêts3. Il termine par cet avertissement : « Mais vous, prenez garde, Je vous ai tout prédit ». Nous sommes prévenus.
Tout ce discours sur les faux christs et les faux prophètes amène le Seigneur à anticiper la révélation d’un aspect de Son Avènement : « l’Avènement du Fils de l’Homme sera comme l’éclair, qui sort du levant [l’Orient4] et luit [instantanément] jusqu’au couchant [l’Occident] ». Voici une prophétie extraordinaire, qui réduit à néant tous les faux prophètes : le Second Avènement du Christ, en gloire, sera instantané, éclatant et universel. Plus personne ne se posera la moindre question : il n’y aura plus un seul athée, ni un seul païen sur terre. Tout sera dévoilé. Le Christ prononce alors une parole étrange sur laquelle on se pose des questions depuis 2000 ans : « Où que soit le cadavre [Lc : le corps], là se rassembleront les vautours » (Mt 24, 28). Les Pères ne sont pas d’accord entre eux sur sa signification5. L’explication qui nous semble la plus vraisemblable est celle du bibliste Vigouroux6 : il pense qu’il s’agit d’un proverbe araméen (un dicton) dont la signification pourrait être : ce sera évident, on n’aura pas à se poser la question, comme les vautours autour d’un cadavre.
« Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci, et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées ». Il y aura de très grands bouleversements cosmiques : la Terre sera plongée dans les ténèbres, le cours des astres sera perturbé et ils se télescoperont. Ces bouleversements terrifiants -qui épargneront néanmoins la Terre7– seront le signe de la fin de l’éon de la chute (cf. article précédent p.1 et note 1). Mais il y a deux autres sens spirituels :
- ce bouleversement cosmique sera le symbole d’un immense combat angélique, car le Christ précise que « les puissances des cieux seront ébranlées » : il s’agira du combat angélique final entre saint Michel conduisant les anges de Dieu et Satan conduisant les anges déchus, dont parle longuement l’Apocalypse (Apo 12, 7-9, puis 20, 7-10). Et saint Michel l’emportera, définitivement.
- La Terre ne sera plus éclairée que par la lumière incréée du Fils de l’Homme (qui maintenant paraît), car « le Christ est la lumière du monde » (Jn 8, 12).
« Et alors paraîtra le signe du Fils de l’Homme dans le ciel… » : il s’agit, à n’en pas douter, de la Croix, qui sera lumineuse et visible de partout. «… et alors toutes les tribus8 de la Terre se frapperont la poitrine… ». Tous ceux qui seront encore vivants sur terre comprendront que c’est maintenant le retour du Christ sur la Terre, en gloire, Son second et définitif avènement ; ils comprendront leur erreur d’avoir suivi de faux christs, adoré la Bête (l’Anti-christ) et renié le vrai et unique Christ : ils se frapperont la poitrine en signe de pénitence. « Et elles verront le Fils de l’Homme9 venant sur les nuées du Ciel, avec puissance et grande gloire. (Mc et Lc : « et ils verront le Fils de l’Homme venant dans les nuées »).
Cette révélation est très riche théologiquement. Lors de Son incarnation, le Christ Jésus était venu sur terre discrètement, dans une indifférence totale, et pauvrement, dans la faiblesse la plus extrême de Sa nature humaine (un bébé !), parce qu’Il voulait Se proposer à l’Homme et non pas s’imposer par Sa puissance divine, conformément à l’ordre reçu de Son Père céleste10. Et, dès Sa naissance, les hommes ont voulu Le tuer (Hérode, mais son inspirateur fut Satan, car, subitement, il se rendit compte que cet étrange enfant, né d’une vierge et sans père, pouvait être dangereux pour lui : mieux valait le tuer sans attendre …).
Le Père céleste a laissé aux hommes tout le temps11 qu’il fallait pour qu’ils accueillent Son Fils bien-aimé, se repentent et Le suivent, pour entrer dans Son Royaume. Maintenant le temps – connu du Père seul (parce qu’il est la Source unique et qu’ « Il a fixé les temps et les moments, de sa propre autorité » – Ac 1, 7) – est accompli et Son Fils revient sur terre dans toute Sa gloire incréée, en tant que «Fils de l’Homme », c’est-à-dire en tant que « Dieu-Homme », pour bien manifester que c’était la volonté pré-éternelle de Dieu-Père, accomplie par Dieu-Fils, en Dieu-Esprit. Lorsque le Christ prophétise qu’Il reviendra « sur les nuées », cela signifie qu’Il sera entouré des neufs cercles angéliques, en tant que Dieu, avec Son Père et l’Esprit.
Et « Il s’assiéra sur le trône de Sa gloire » (non exprimé ici, mais un peu plus loin, en Mt 25, 31 lorsqu’Il fera la prophétie du Jugement dernier) : Il l’était déjà dans les Cieux, mais maintenant Son trône est aussi sur la Terre et Il règne sur la Terre. Mais Il ne règne pas seul, car sur ce trône siègent avec Lui le Père et l’Esprit, comme dans les Cieux, mais on ne Les voit pas, parce qu’ils ne se sont pas incarnés. C’est le triomphe du Christ, après les humiliations et les souffrances qu’Il a connues sur terre. C’est l’accomplissement du dessein de Dieu, la fête de la Divine Trinité, au milieu de l’humanité sauvée et du cosmos restauré.
Aussitôt après cette « parousie12 », commence l’éon du Royaume, qui n’aura pas de fin. Les anges sonnent la trompette, ce qui est un signe de victoire, et rassemblent les élus – les justes et les saints – « des quatre vents, de l’extrémité de la Terre jusqu’à l’extrémité du Ciel » (Mc 13, 27), c’est-à-dire ceux qui étaient morts et dont l’âme était dans le Ciel, et ceux qui sont demeurés justes sur terre à travers la grande tribulation et qui entrent dans le Royaume sans avoir connu la première mort (saint Paul en fait un commentaire remarquable en I Thess 4, 15-17). Pour eux, c’est le temps de la consolation comme c’est exprimé en Lc 21, 28 : « Or lorsque ces choses commencent d’arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce qu’approche votre délivrance ».
Il faut remarquer qu’à ce moment-là le Seigneur ne parle pas du Jugement dernier, parce qu’Il va en faire la prophétie aussitôt après celle-ci (en Mt 25, 31-46). Le triomphe du Christ n’est pas de type militaire ou politique, c’est-à-dire « contre » des ennemis (les anges et les hommes déchus), c’est un triomphe « pour », positif, en soi, parce que le dessein de Dieu s’est accompli – en synergie avec la volonté libre de l’Homme – et que l’humanité est maintenant déifiée.
Comme Il le fait assez souvent, le Seigneur fait alors un petit retour en arrière, un peu comme s’Il voulait permettre à Son auditoire de « souffler » et Il fait une comparaison avec la nature, ce qu’Il affectionne particulièrement, parce qu’Il s’adresse à des hommes qui vivent en milieu agro-pastoral et au rythme de la nature. Il leur dit : lorsque vous voyez le figuier bourgeonner et que ses feuilles commencent à pousser, « vous savez que l’été est proche ». « De même, quand vous verrez aussi tout cela », toutes ces horreurs, cette apostasie générale, ces faux christs, ces bouleversements cosmiques, cette obscurité astronomique, rassurez-vous, redressez-vous intérieurement, sachez que l’été éternel est proche, « sachez que le Royaume de Dieu est proche » (Lc 21, 31) : vous allez bientôt être consolés. Le Seigneur a toujours un mot pour encourager ceux qui œuvrent et luttent, Il n’abandonne jamais personne en chemin.
Il prend souvent l’exemple du figuier, parce que cet arbre magnifique, aux fruits savoureux, a un symbolisme double : il est le symbole de la Loi, avec ses larges feuilles, qui ont permis à Adam et Eve de cacher leur nudité, mais, lorsqu’il ne porte pas de fruit, il est maudit (cf. le lendemain des Rameaux, en Mt 21, 18-22). Nous pourrions presque dire que Jésus est le Figuier divin, parce qu’Il a accompli la Loi et porté du fruit, en sauvant l’Homme et en le ramenant au Paradis.
Le Seigneur termine ce discours eschatologique par une remarque sur la date de ces évènements : « Amen, Je vous le dis, cette génération ne passera pas avant que tout cela soit arrivé » (Mt, Mc et Lc), ce qui signifie : tout cela arrivera avant la fin de cette génération. « Cette génération » ce sont tous les fils d’Adam et Eve, c’est la génération humaine déchue (toute l’humanité). Elle ne s’achèvera (c’est-à-dire : elle n’atteindra le nombre prévu par le Père céleste, dès avant d’être créée) que lorsque tout sera arrivé : il y a concomitance entre les deux, ce qui signifie que cette fin des temps concernera la totalité de l’humanité.
« Le Ciel et la Terre passeront, mais Mes paroles ne passeront pas ». Le monde angélique et l’humanité sont des créatures de Dieu, dont l’existence est relative. Tandis que Mes paroles à Moi – Dieu et Verbe du Père – sont éternelles : ce sont Mes paroles qui créent tout. Par ces deux phrases que l’on trouve chez les trois Synoptiques, le Christ affirme avec force que tout cela est inéluctable : cela arrivera, parce que Dieu-Père l’a décidé.
« Mais de ce jour-là et de l’heure, personne ne sait rien, ni les anges des Cieux, ni le Fils, si ce n’est le Père seul ». Phrase hautement théologique, rapportée seulement par saint Matthieu et saint Marc (deux témoins oculaires13).Les Pères de l’Église ne semblent pas y croire : il leur paraît invraisemblable que le Fils ne le sache pas. Mais il faut comprendre sur quel plan parle le Christ : il ne parle pas ici au plan de la nature divine (de l’essence divine qui est une), mais au plan des hypostases divines. Sur ce plan, il est normal que les trois personnes ne partagent pas tout, puisque chacune a un caractère hypostatique qui la distingue des deux autres. Le Père connaît tout ce qui relève de la fin (de la finalité et en particulier : les dates et les nombres) parce qu’Il est source et origine de tout, et « qu’Il a fixé les temps et les moments, de Sa propre autorité ». Ni le Fils, ni l’Esprit n’étant « source », ne sont donc concernés. Voilà pourquoi, le Christ dit : « le Père seul ». Quant aux anges, il est facile de comprendre que c’est un mystère proprement divin, qui leur échappe.
La révélation est faite. Le Christ ajoute, chez Saint Marc et Saint Luc, un appel à vigilance : « Faites attention, ne vous endormez pas, car vous ne savez pas quand est le moment…Ce que Je vous dis à vous, Je le dis à tous : veillez » (Mt). Ce que je vous dis, Je le dis à tous les êtres humains jusqu’à la fin des temps. Cela vaut pour nous tous : le Christ me le dit à moi, personnellement. Puissions-nous L’écouter ! Et le Seigneur illustre son conseil par la parabole du maître parti pour l’étranger, et revenant à l’improviste. Le mot de la fin se trouve chez Saint Luc : « Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront et de paraître debout [et non couchés devant l’Anti-Christ] devant le Fils de l’Homme » (Lc 21, 36).
Le Christ va ensuite développer longuement cette notion de vigilance dans des paraboles célèbres (les dix Vierges, les Talents…), qui constituent une autre partie de l’Évangile, et c’est dans ce cadre-là qu’ Il va faire la prophétie du Jugement dernier (Mt 25, 31-46). Il est intéressant de voir que le Christ a d’abord prophétisé Son retour en gloire et l’Avènement du Royaume de Dieu sur terre, ce qui correspond au dessein de Dieu, au projet divin dès avant la création, puis le Jugement dernier, qui lui, est lié à la chute de l’Homme, qui n’entrait pas dans le plan divin.
Notes :

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