Le mariage ou l'union entre un homme et une femme béni par Dieu est dans la théologie orthodoxe considéré comme le premier sacrement mentionné dans le Nouveau Testament. Il s'agit du « premier signe » manifesté au mariage à Cana en Galilée, où Jésus révéla sa gloire (Jn. 2, 11 ) et Il a donc béni le mariage. Les véritables raisons du mariage comme sacrement dans le Nouveau Testament nous les trouvons, selon la théologie orthodoxe, dans l’Épîtreaux Éphésiens (5, 21-32). Le saint apôtre Paul fait ici un parallèle entre d'une part l'union d'unhomme avec unefemme dans le mariage et d'autre part l'union entre le Christ et son Église. Dans les deux cas, saint Paul parle d'un mystère.
D'après Dumitru Stăniloae, le plus grand théologien orthodoxe roumain de tous les temps, le sacrement de l'union indissoluble d'un homme et d'une femme est essentiellement le mystère et le sacrement du Christ lui-même. Leur union dans le Christ est une « ecclesiola », une petite église ou une partie de l'Église. Et cela parce que l'Église est constituée de ces petites unités de gens unispar le Saint-Esprit dansla communiondu mariage. Saint Clément d'Alexandrie dit : « Qui sont donc les deux ou trois réunis au nom du Christ et au milieu d'eux leSeigneur luimême ? N'y-a-t-il pas l'homme et la femme qui sont unis en Dieu ? » (Stromates, 3, 10, 68). Théophile d'Antioche a souligné de son côté que : "Dieu a créé Adam et Ève pour le plus grand amour de l'un pour l'autre, afin qu'ils reflètent le mystère de l'unité divine." (Ad Autolycum II, 28 )1
Dans la perspective orthodoxe, l'union d'un homme avec une femme n'est ni le résultat du péché originel, comme une ascèse absolutiste l'a interprété, ni une concession au désir humain ; aujourd'hui encore, quelques-uns discernent mal la phrase de l'apôtre Paul « pour éviter l'impudicité. » (1 Cor. 7, 2). La communionet l'union de l'homme et de la femme béniespar Dieu est le mode naturelde vie humaine, dans lequelils peuventdévelopper leuridentité complète. La relation conjugale a ses origines dans la création et non dans le péché originel, qui a signifiéla destruction de la communion parfaite entre les deux.2
Saint Jean Chrysostome a souligné notamment au IVe siècle, qu'il y a « deux raisons pour lesquelles le mariage a été institué : pour amener l’homme à se contenter d’une seule femme, et pour donner des enfants, mais c’est la première qui est la principale. Quant à la procréation, le mariage ne l’entraîne pas absolument... la preuve en est dans les nombreux mariages où les couples ne peuvent pas avoir d’enfants. C’est pourquoi la première raison du mariage, c’est de régler la vie sexuelle, maintenant surtout que le genre humain a rempli toute la terre. »3 Dans cette tradition, plusieurs théologiens orthodoxes modernes ont souligné que la compréhension d'une union entre un homme et une femme bénie par Dieu va au-delà de la procréation. Selon Paul Evdokimov, les textes de l’Église orthodoxe « sont unanimes à placer le but de la vie conjugale dans les époux eux-mêmes »[4], et le mariage « ne doit pas se justifier par la procréation. »5 Dumitru Staniloae a ajoutéque le mariage n'estpas seulement une simpleinstitution « qui est tolérée pour satisfaire une impulsion en continuant d'être essentiellement un péché, mais un moyen par lequel l'union d'un homme et d'unefemme béniepar Dieu serait complètement une communion totale entre les deux personnes, dans laquelle chacun se développe entièrement comme une personne ou comme un vrai homme (anthropos). »6
Le sacrement du mariage commence dans la tradition orthodoxe, comme tous les sacrements et la Divine Liturgie elle-même, avec l'énonciation : « Béni soit le royaume du Père et du Fils et du Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. » A partir de ce moment, commence pour les conjoints les obligations de vivre ensemble, en continuant d'avoir besoin d'aide par la grâce de Dieu. Et à partir de ce moment là, l'homme et la femme sont introduits dans le royaume de Dieu ou dans l'Église, comme une unité aimante et aussi fertile, par la bénédiction qu'ils ont reçue de donner naissance aux enfants7. La nature sacramentelle réelle du mariage est donnée dans la bénédiction del'union entre l'homme et la femme, en plaçant des couronnes sur leurs têtes. Le fait que le prêtre touche avec chacune des deux couronnes le front de chacun, puis lorsqu'il lesmetsur leurs têtes, prononce chaque fois leursdeux noms, fait apparaître clairement que la couronne de chacun, dans un sens, est aussi celle de l'autre. Chacun/chacune reçoitet transmet son/sa couronne parce qu'il/elle est relié à la couronne de l'autre et ainsi elles les font s'appartenir ensemble. Dans l'amour de l'un pour l'autre se trouvent l'honneur et la couronne desdeux.8
L'union entre un homme et une femme par la bénédiction de Dieu est élevéea un nouveau niveau plus haut qu'avant et ellesera incluse dans l'ordre du royaume de Dieu. Pré-requis pour cela : la foien Jésus-Christ, une foi que les deux conjoints doivent partager. De plus, le mariage doit être célébré en relationavec l'Eucharistie et la Divine Liturgie, parce que la base de l'unité dumariage c'est l'unité enChrist à travers la participation à la même Eucharistie. Pour souligner cette relation, John Meyendorff se demandait : « Pouvons-nous devenir'une seule chair'dans le Christ, sans participer ensemble à sa chair et à sonsang eucharistique ? Est ce qu'un couple peut participer au mystère du mariage - dans un mystère quise réfère à l'union du Christ et son Église – sans participer ensembleaumystère de la Divine Liturgie » ?9
Selon la tradition orthodoxe, le mariage signifie l'accueil du couple dans la communauté eucharistique ecclésiale afin que, par l'amour conjugal sanctifié par le Saint-Esprit, le couple puisse refléter l'amour qui unit le Christ et l'Église, étant ainsi un sacrement du Royaume à venir. C'est pourquoi « l'accent principal dans la célébration du mariage est mis sur l'invocation de la grâce de Dieu, qui unit le couple (office du couronnement), sans que l'importance du libre consentement des conjoints soit pour autant négligée. Cela explique pourquoi le célébrant principal est le prêtre par lequel le couple reçoit la bénédiction du Christ lui-même. »10 :
Il faut encore ajouter que l'Église Orthodoxe considère le sacrement du mariage comme permanent, comme indestructible, mais à cause de la faiblesse de la nature humaine elle permet la dissolution du mariage ainsi que le remariage, et de l'homme et de la femme. Pour la théologie orthodoxe, la cessation de la relation conjugale est une hérésie contre l'unité, qui est un reflet du dialogue trinitaire. Mais même si la décision des deux conjoints d'interrompre leur communion mystique est une faute grave, ils ont quand même besoin de l'aide et de la guérison, et c'est la raison pour laquelle l'Église orthodoxe permet le divorce.11 Un homme ou une femme divorcé peut se remarier deux fois avec la bénédiction de l'Église, mais durant le deuxième et le troisième mariage l'accent se pose sur la faiblessede l'homme et sur la pénitence. Les gens divorcés continuent leur vie chrétienne comme tous les autres et peuvent prendre part à la Sainte Communion à condition de confesser d'abord leurs péchés, comme tous les autres fidèles.
Les remarques introduites ci-dessus devraient aider à mieux comprendre l'attitude de l'Église orthodoxe sur la question du mariage inter-confessionnel. À cet égard, elle suit en principe la règle de l'Église ancienne, qui est résumée dans le 72e canon du Concile appelé Quinisextum (691-692), à savoir que les chrétiens qui respectent la vraie foi (les orthodoxes) ne peuvent contracter un mariage avec les hérétiques. Cette affirmation est basée sur la compréhension commune que le sacrement du mariage entre un homme et une femme implique leur confession commune de la même foi. Ce principe est encore respecté dans de nombreuses Églises orthodoxes qui recommandent à un chrétien d'une autre tradition ayant l'intention d'épouser une femme orthodoxe, de devenir d'abord orthodoxe. Par ailleurs, il faut souligner que dans la tradition orthodoxe, sur la question des mariages inter-chrétiens, on a appliqué également le principe bien connu de l'oikonomia. Le droit d'appliquer ce principe revient exclusivementà l'évêque, et en raison de ce principe, un évêque orthodoxe peut donner à ces fidèles une dispense en vue de conclure un mariage valide avec un chrétien non-orthodoxe. Toutefois, cela ne devrait pas être considéré comme une règle, mais plutôt comme une exception.
Le principe de l'oikonomia en relation avec les mariages inter-chrétiens s'applique aujourd'hui davantage dans la diaspora orthodoxe. Dans ce contexte les mariages mixtes des orthodoxes sont plus nombreux que sur le territoire canonique des Églises Orthodoxes, à l'exceptiondes Églises Orthodoxes qui se trouvent dans une situation minoritaire. Dans cette catégorie il faut mentionner les accords ci-après en faveur de mariages mixtes entre les fidèles des églises suivantes : 1) entre le Patriarcat grec-orthodoxe d'Antioche et le Patriarcat de l'Église orthodoxe syrienne d'Antioche,12 du 12 Novembre1991 ; 2) entre le Patriarcat grec-orthodoxe d'Alexandrie et le Patriarcat copte,13 du 5 Avril 2001 et 3) entre l'Église orthodoxe de Finlande et l'Église évangélique luthérienne de Finlande, du 10 Octobre1990.14
A suivre...
Rev. Prof. Dr. Viorel Ionita Genève/Bucarest

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