Ajouté le: 5 Décembre 2015 L'heure: 15:14

Apprendre par cœur lEvangile (17)

Marc 1, 14-15 – Premier mots de Jésus, tels que rapportés par saint Marc1

 

 - Dans les versets 9 à 13 que nous avons étudiés précédemment, nous avons vu le Christ apparaître, et avoir un contact étroit avec le Père et l’Esprit Saint. Lors du Baptême en effet, est entendue cette parole venant du ciel : « Toi tu es mon Fils le bien-aimé », tandis qu’est vu l’Esprit sous forme de colombe.

On peut dire de Jésus, qu’Il est : Il est le fils bien-aimé du Père, confirmé par l’Esprit.

 - Puis il y a l’épreuve au désert. Comme Adam, Yéshoua’ – nouvel Adam – est tenté, mais contrairement à Adam, Yéshoua’ sort vainqueur de l’épreuve, et les bêtes sauvages – les passions lui sont soumises.

On peut dire de Jésus, qu’Il fait : Il combat le Satan.

(Cela nous rappelle le Notre Père : ‘délivre-nous du Malin’. Le Christ en effet, paye de sa personne pour nous délivrer. Ce combat est sa mission. Ce n’est pas un film : il y a confrontation réelle.)

 - Maintenant, aux versets 14-15, Yéshoua’ ouvre la bouche pour clamer et dire.

Jésus dit. Nous allons voir ce qu’Il dit.

Voici le texte2 :

Or après que Yôhânân                                                           Yéshoua’ est venu                        14
eut été livré                                                                              en Galilée
 
clamant l’Annonce Heureuse
de Dieu                                                                                     et en disant
 
(Il) est accompli le temps                                                          et s’est approché                         15
                                                                                                              le Règne de Dieu
 
repentez-vous                                                                            et ayez-foi en l’Annonce
                                                                                                               Heureuse

Or après que Yôhânân eut été livré, Yéshoua’ est venu en Galilée …

Remarquons en premier que, comme toujours dans l’Évangile, on nous signale le temps et le lieu dans lesquels se déroule l’événement qui nous est raconté.

Ce n’est pas un discours abstrait portant sur des idées, ce n’est pas de la gnose. Au contraire, c’est une histoire concrète qui relate un événement qui a eu lieu dans la réalité, et l’auteur commence par en situer le cadre : cela se passe ‘après que Yôhânân eut été livré’, et cela se passe ‘en Galilée’.

On nous apprend donc que Yéshoua’ s’est déplacé. Il était au Jourdain pour le Baptême, dans le sud du pays, en Judée non loin de Jéricho, puis à quelques kilomètres de là pendant 40 jours pour se préparer à la Tentation et l’éprouver. Ensuite, quand Jean-Baptiste est arrêté et cesse son ministère, (on saura dans quelles circonstances au chapitre 6) Yéshoua’ vient en Galilée, dans le nord.

Les distances sont petites : de Jéricho à Capharnaüm ville située en Galilée, au bord de la ‘mer de Galilée’3, il y a environ 100 kilomètres. Trois journées de marche.

Quant à la Galilée, c’est cette terre de mélange où Jésus a été élevé, et que les juifs de race pure, les juifs de Judée méprisent. C’est là que Jésus va évoluer pendant toute la première partie de l’Évangile.

Clamant l’Annonce Heureuse de Dieu et en disant …

On a déjà parlé de l’Annonce Heureuse4 : cette expression est employée pour annoncer l’avènement d’un nouveau roi, lors de la disparition du précédent souverain. On vient de voir qu’il y a eu un combat, et que le Prince de ce monde n’a pas gagné.

Il est accompli le temps et s’est approché le Règne de Dieu

Tout commence par l’annonce du Royaume, et de l’accomplissement du temps, car dès que le Christ apparaît nous sommes dans un temps radicalement nouveau.

Il est accompli le temps …

Le mot est employé aussi en Luc 2, 6 dans le récit de la Nativité. Il est dit :

Or il advint pendant qu’ils étaient là (arrivés à Bethléem) que furent accomplis les jours où elle devait enfanter.

Avec le mot ‘accomplir’ on comprend que tous les jours sont passés ; il n’en manque pas un, tout est bien bordé, tout est soigné : c’est complet, c’est prêt.

Le temps nouveau commence. Ici avec l’annonce du Règne, de même dans l’Évangile selon saint Luc avec le récit de la naissance.

… et s’est approché le Règne de Dieu

Il s’approche, il n’est pas encore établi. Nous sommes dans le temps de l’attente.

Qu’est-ce que ce Règne ?

En grec, il n’y a qu’un seul mot pour ‘règne’ et pour ‘royaume’. Il n’est pas toujours facile de déterminer comment traduire. Cependant ‘royaume’ a une connotation spatiale. Il a des limites, des frontières, tandis que règne a une connotation temporelle et souligne la souveraineté de celui qui règne. On dit : ‘sous le règne de’ tel ou tel. Cette expression sous-tend à la fois un temps, une époque, et la personnalité du souverain.

Selon les traductions, ‘règne’ et ‘royaume’ paraissent interchangeables.

Le Règne n’est pas à proprement parler un lieu, mais une relation particulière entre Dieu et l’homme.

Tous les jours et plusieurs fois par jour, en récitant le Notre Père, nous l’appelons : ‘Que ton règne vienne’. Tous les jours, nous demandons à être renouvelés.

Si on doit l’appeler dans la prière, c’est donc que le règne n’est pas là en permanence, mais qu’il vient quand on l’appelle et pour ceux qui l’appellent – en attendant l’accomplissement du temps eschatologique, le temps de la seconde venue du Christ dans la gloire.5 Alors le Règne sera établi en permanence, et visible pour tous.

En fait ce mot de ‘règne’ est pour les juifs de l’époque un sujet de malentendu.

Ils attendaient avec ferveur et de façon urgente, un Messie-Roi, descendant du roi David, qui serait un restaurateur politique, qui chasserait l’envahisseur païen et romain, et rétablirait la souveraineté d’Israël ainsi que la gloire toute terrestre qui fut la sienne au temps du roi David et de son fils Salomon.

L’ensemble du peuple espérait cela, y compris les disciples, et ce n’est qu’à la Pentecôte quand l’Esprit Saint prend possession d’eux, que les apôtres eux-mêmes renoncent à cette fable.

Pour le Christ bien sûr il s’agit d’un Règne d’ordre spirituel : de la venue du Saint Esprit dans les cœurs des croyants, partout où des humains ont la foi, dans le monde entier. L’Esprit Saint seul peut nous introduire dans le Règne. C’est pourquoi saint Séraphin de Sarov dit que le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint Esprit.

Bernard Frinking nous dit dans son langage que lorsque le Christ vient dans le monde, il est le seul Vivant ; Il vient pour communiquer sa Vie divine aux hommes qui sont sous l’emprise de la seule mort ; seule la mort règne jusque là. Jésus le Vivant a en face de Lui ceux qui n’ont pas la Vie, et qui ont donc bien du mal à adhérer à un message qu’ils n’arrivent pas à se représenter. C’est un monde inconnu que ce Règne de Dieu : L’Esprit Saint n’était pas encore descendu, puisque Jésus n’était pas encore monté aux Cieux avec sa chair.

Le règne, par le fait qu’il advient, qu’il apporte nouveauté et recréation, on peut se le représenter comme une puissante force de transformation. Dans l’Évangile de saint Marc 4, 26 voilà ce que le Christ lui-même dit du Règne :

Il en est du Règne de Dieu                                   comme d’un homme                             26

       qui jetterait la semence sur la terre
 
et qu’il dorme                                                        et qu’il soit réveillé                                  27
 
nuit                                                                         et jour
 
la semence germe                                                 et grandit
 
                                                            lui ne sait comment
 
                                                            d’elle-même                                                                28
                                                            la terre porte du fruit6 (…)

                  etc, jusqu’à la maturité et la moisson.

Donc, une semence d’irrésistible puissance déposée par Dieu dans le cœur de l’homme.

Le Règne, c’est pour nous la participation à la Vie Divine.

Comment faire pour adhérer à ce Règne, comment faire pour entrer dans le Royaume ?

Yéshoua’ nous le dit aussitôt :

Repentez-vous et ayez foi en l’Annonce Heureuse.

Le mot grec qu’on traduit par repentir est ‘métanoïa’. Il signifie ‘changer d’avis’, ‘se repentir’.

Un jeu de mot associe ‘se repentir’ à ‘changer de pente’. On dit : « Se repentir ? c’est changer de pente » ! Cette assonance n’a aucun fondement étymologique, mais elle est porteuse en matière de vie spirituelle.7

Je peux être sur une mauvaise pente, centré sur moi-moi-moi, une pente glissante qui m’éloigne de Dieu. Et par une ‘conversion’, je vais pouvoir me retourner, me dirigeant alors vers Dieu ! Pour la mémorisation, çà donne un geste très parlant : le récitant d’abord, se détourne sur sa gauche et vers le bas – désignant ainsi conventionnellement le mal, la mort, l’enfer, le fait de se tenir éloigné de Dieu ; puis il vire de 180 degrés vers sa droite et vers le haut – désignant alors conventionnellement la lumière, le bien et Dieu. Il a changé de pente !

On peut aussi parler de ‘faire retour’, de retourner à Dieu.

Pour le Père Rafaël Noïca8, le repentir c’est tout simplement du ‘réalisme spirituel’ : je suis comme çà, je le reconnais, et je le pose devant Dieu. Je ne me raconte pas des histoires pour me justifier ou me voiler la réalité, je reconnais la vérité et je la dis devant Dieu. Le Bon Larron est l’exemple du vrai repentir : il reconnaît ses forfaits et se décentre de lui-même : « Pour nous, c’est justice... mais lui n’a rien fait. » Alors l’Esprit Saint vient en lui, et il confesse le Christ : « Jésus souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton royaume. » Il y croit, lui, au Royaume. Et il entend alors les plus belles paroles qu’on puisse rêver d’entendre : « En vérité, je te le dis,aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Son repentir et sa foi l’ont sauvé. (Cf Lc 23, 41-43).

En conclusion je citerai l’Épître aux Romains 4, 13-21

La promesse (de descendance) faite à Abraham, (…) c’est par le moyen de la justice de la foi qu’elle a agi, … (car) espérant contre toute espérance Abraham crut, (…) persuadé que ce qu’il a une fois promis, Dieu est assez puissant pour l’accomplir.

Le Règne ne va pas manquer de se manifester, puisqu’Il l’annonce.

Nous aussi, usons du repentir, usons de vérité et ayons foi en l’Annonce Heureuse : l’avènement du Règne de Dieu dans nos cœurs desséchés. Nous aussi croyons comme Abraham en celui qui donne la vie aux morts. (Ro 4, 17) Et nous sommes morts si nous oublions notre baptême.

Soyons pleins de gratitude.

Le Père Teofil, un moine roumain aveugle né au ciel il y a peu d’années, disait : « Quand tu as fait quelque chose de mal, ne te cache pas. Viens vers le Christ, et repens-toi avec joie. Le Christ t’aime. »

Quelle bonne nouvelle !

Notes :

1. Pour cet article, je me suis inspirée de l’enseignement de Bernard Frinking, de la lecture de Xavier Léon-Dufour, ‘Dictionnaire du Nouveau Testament’, et de l’enseignement qui accompagnait un pèlerinage en Terre Sainte.
2. Texte traduit et balancé par Bernard Frinking, et qui se chante sur une mélodie composée par Anne Frinking.
3. Dans l’Évangile selon saint Marc, le lac de Tibériade est toujours nommé ‘mer’ ou ‘mer de Galilée’. Dans le paysage biblique, il faut une mer et un bord de mer, de même qu’il faut une montagne et un désert, car les lieux ont des fonctions. Par exemple, ‘sur la montagne, Dieu pourvoit’ ou ‘Dieu se révèle’. (Gn 22, 14) On en reparlera au fur et à mesure des commentaires.
4. Voir Apostolia n° 84, mars 2015, article n° 9. ‘Évangile-Annonce Heureuse’ signifie donc la bonne nouvelle de l’avènement du Roi-Messie, qui par sa victoire abolit le règne du tyran. C’est une heureuse nouvelle en effet !
5. Comme le dit le Credo que nous récitons tous les dimanches : ‘Il reviendra en gloire juger les vivants et les morts’.
6. Là où il y a’ terre’, on peut comprendre, et même il faut comprendre ‘cœur’. L’homme-Dieu jette sa semence-parole dans les cœurs, et la semence d’elle-même germe et grandit … La terre-cœur porte du fruit … quand elle est une ‘belle terre’. On verra cela avec la grande parabole des quatre terrains, Mc 4, 2-20.
7. Je l’ai entendu il y a des années de la bouche du Père Yves Dulac, et cette boutade m’a frappée et éclairée !
8. Spirituel roumain contemporain, disciple du Père Sophrony du monastère Saint Jean Baptiste de Maldone, en Angleterre.

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