Ajouté le: 3 Mars 2015 L'heure: 15:14

Apprendre par cœur l’Evangile (9)

A l’Atelier du jeudi soir aux Saints Archanges, nous avons vraiment commencé l’apprentissage de Marc en continu1. Notre avancée est lente mais réelle.

Aujourd’hui, intéressons-nous au premier verset : Marc 1, 1

Commencement
de l’Annonce Heureuse
de Yéshoua’ Messie
Fils de Dieu

Les treize premiers versets de Marc forment un prologue qui veut avertir le ‘lecteur-appreneur’ – et prouver – que le Jésus dont parle le récit, est bel et bien le Messie tant attendu par Israël. Il n’est plus nécessaire d’en attendre un autre : c’est lui.

Nous, nous connaissons l’histoire, mais il faut nous mettre dans la peau de quelqu’un qui découvre, et en particulier d’un juif de l’époque du Christ qui – comme tous ceux de son peuple – attend le Messie, mais doute en ce qui concerne la personne de Jésus. « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2 et Lc 7, 18)

Approfondissons les mots. Il est enthousiasmant de découvrir, si peu que ce soit, ce qui est caché dans les mots. « Commencement de l’Annonce Heureuse … »

« Commencement … »

En tant que premier mot d’un livre, ce mot revient 3 fois dans la Bible :

en Genèse 1, 1 : « Dans un commencement, Dieu a créé les cieux et la terre »(Traduc° B.F)

en Jean 1, 1 « Au commencement était le Verbe (Traduc° Marcel Jousse) ;

et ici, en Marc 1, 1 : « Commencement de l’Annonce Heureuse » (Traduc° B. Frinking).

D’abord, il faut savoir qu’il y a une controverse sur le bien-fondé de la traduction : le mot grec ‘èn archi’ peut se traduire par ‘commencement’, ‘en-tête’, ou bien par ‘dans le principe’. Certains privilégient ‘dans le principe’ car, disent-ils, Dieu est éternel, immatériel et sans commencement. C’est vrai.

Pourtant ici, le traducteur a choisi ‘commencement’2. Parce qu’il le trouve plus concret. En effet, il est réellement arrivé que Dieu a créé, faisant advenir l’espace-temps comme cadre à la création. Etoiles, oiseaux, etc … ciel, terre et histoire humaine, tout est contenu dans l’espace-temps. Nous ne connaissons rien d’autre, nous baignons dans l’espace-temps. La création est concrète, l’histoire est concrète et dans ce contexte, ‘commencement’ ne nous choque pas.

D’où vient cette création ?

De Dieu, bien sûr. C’est un projet divin. Sans craindre l’anthropomorphisme, disons que tout prend naissance dans le cœur de Dieu. C’est pourquoi le geste, pour ‘commencement’, mettra la main gauche repliée sur le cœur (de Dieu) : c’est là que tout commence. Et la main droite, tournée vers l’extérieur, se joindra à sa jumelle pour marquer le début de ‘la ligne du temps’. La ‘ligne du temps’ se décrit en déployant le bras droit vers l’oblique-avant-droit.3

Du point de vue du vocabulaire, ‘commencement’ est connoté dans le registre création. Le mot fait partie du scénario de création. C’est une ‘formule’4. Ce mot ici placé nous annonce donc que le Livre va parler d’une nouvelle création. D’une re-création. Jésus vient pour renouveler l’humanité déchue, et le Livre va nous décrire comment il s’y prend pour recréer.

« …de L’Annonce Heureuse …»

L’expression dans le monde ancien était utilisée pour annoncer la mort du roi, et l’avènement du nouveau roi. Les français disaient : « Le roi est mort, vive le roi. »

Le roi qui va être éclipsé, c’est le Prince de ce monde. Et le roi qui advient, c’est le ‘Prince de la Paix’ (Isaïe, cité dans la fête de la Nativité), le ‘Roi de Gloire’ (Psaume, cité lors de la fête de l’Entrée à Jérusalem). C’est véritablement pour nous une Bonne Nouvelle, une Heureuse Annonce. Le mot grec est ‘evangelion’, directement translittéré en français par ‘évangile’. ‘Évangile’ signifie donc la bonne nouvelle de l’avènement du Roi-Messie, qui par sa victoire abolit le règne du tyran. Je trouve que çà vaut le coup de le savoir !

‘Évangile’ n’est pas un mot banal, un mot usé, ce n’est pas un mot qui ne veut rien dire.

« … de Yéshoua’ … »

Le traducteur a choisi de restituer les noms hébreux des lieux comme des personnes. Pour que cela nous bouscule, et qu’on dise : « Mais pourquoi ? »

Ainsi on apprend que Yéshoua’ signifie : « Dieu sauve ». Tel est le nom du nouveau roi annoncé : Dieu sauve. Ce nom souligne encore le projet de renouvellement de la création, de la créature. Et sa bonne probabilité, puisque c’est Dieu qui s’en occupe.

En Italie, en Espagne, Sauveur est un prénom qui se donne parfois. Au Moyen-Orient aussi.

« … Messie … »

C’est un mot qui vient de l’hébreu Messiah, – qui se traduit en grec par Christos, prononcé ‘Christ’ en français – et qui signifie le ‘oint’ : celui qui a reçu l’onction rituelle, qui est consacré et a reçu la force de l’Esprit-Saint. Est oint celui qui est choisi par Dieu. L’onction le met à part et lui confère la puissance de l’Esprit-Saint.

Le Messie était attendu soit comme un roi, descendant de David, soit comme un prophète : un nouveau Moïse – « le prophète qui doit venir » (Jn 6, 14) – car dans le Deutéronome (Dt 18, 18), Dieu dit à Moïse : « Je leur susciterai un prophète comme toi. Je mettrai mes paroles dans sa bouche et il dira tout ce que je lui commanderai. » Cette parole est rappelée dans les Actes à deux reprises. (Ac 3, 22 et Ac 7, 37) Elle prophétise la venue du Christ : par la bouche de Moïse, Dieu dit à Moïse : « Je vous susciterai d’entre vos frères un prophète comme toi. »

Ce Messie qu’on attend sera donc un nouveau Moïse. Aux yeux des juifs, Moïse est le plus prestigieux des personnages de leur histoire. Plus encore qu’Abraham ou David.

Ici, en Marc 1, 1 quand il dit ‘Yéshoua’ Messie’ c’est bien de l’onction prophétique qu’il s’agit, telle que citée dans Isaïe (Is 61, 1-2a) et telle que le Christ lui-même la reprendra pour se présenter lui-même, au tout début de sa prédication dans Luc (Lc 4, 18-19): 

          « L’Esprit du Seigneur est sur moi car le Seigneur m’a oint.
                        Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,
                        panser les cœurs meurtris,
                        annoncer aux captifs la délivrance
                        et aux prisonniers la liberté,
                        annoncer une année de grâce de la part du Seigneur. » (Is 61, 2a)

Voilà les paroles que Dieu met dans sa bouche. C’est bien d’un ordre complètement nouveau qu’il est question, avec la force de l’Esprit-Saint.

« … Fils de Dieu. »

La formule est appliquée à divers personnages dans l’Ancien Testament : anges, peuple élu, roi, Israélites fidèles. Ce n’est pas un titre messianique.

Mais nous, chrétiens, savons que Yéshoua’ est le Fils de Dieu, comme le Père lui-même le dit lorsqu’Il se manifeste au Baptême (Mc 1, 11) : 

« Toi, tu es mon Fils, le bien-aimé. En toi je me plais »,

et à la Transfiguration (Mc 9, 7) :

« Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé, écoutez-le. »

Conclusion

Ce verset est extrêmement riche, et se prête à une multitude de commentaires, que je n’ai fait qu’esquisser. Ce n’est pas en une séance qu’on assimile tout cela. Il faut des dizaines et des dizaines de répétitions.

Mais le temps est donné pour cela.

Comme disent les Rabbins :

                                                 Point n’est comparable
celui                                                     à celui
qui répète la Parole                            qui répète la Parole
pour la centième fois,                         pour la cent et unième fois

Cet extrait du Talmud signifie

que chaque tour de manivelle, chaque répétition, est un enrichissement, même après cent fois ;

d’autant que le disciple, selon les règles de la transmission orale juive, a l’obligation de répéter sa leçon cent fois, pour l’apprendre. La cent et unième répétition est donc gratuite, fruit de sa liberté et de son amour. Je vous laisse imaginer le fruit qu’elle va porter …

Notes :

1. Atelier retransmis en direct sur www.apostolia.tv certains jeudis, de 19h30 à 20h30 Prochaines séances : 5 et 19 février, 5 et 19 mars 2015. L’ensemble des dates se trouve sur le site.
2. Le traducteur est Bernard Frinking. A partir du grec, il a réalisé une traduction ‘concordante’. (Un même mot grec est toujours traduit par un même mot français.) Ce principe est respecté dans 95 % des cas.
3. C’est une convention du langage gestuel : le passé se trouve vers mon épaule gauche, l’aujourd’hui se trouve devant moi, et l’oblique-avant-droit signifie le futur : c’est ‘la ligne du temps’. Comme tout langage, le langage gestuel est un code.
4. Une ‘formule’ est un mot, ou un groupe de mots, qui réfère au sens qu’il avait lors de ses précédentes occurrences. Les auditeurs qui appartiennent à cette culture-là comprennent facilement. Nous pas. Il nous faut découvrir ces raccourcis de sens. C’est une nouvelle langue que nous devons apprendre. La langue de la Bible.

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