Ajouté le: 6 Septembre 2014 L'heure: 15:14

La nativite de la tres sainte Mere de Dieu

par le moine Grégoire

1) La vie résumée de père Grégoire

 

Georges Ivanovitch Kroug, le futur moine Grégoire naquit à Saint-Pétersbourg le 23 décembre 1907 (calendrier julien). Du côté paternel, sa famille était d’origine suédoise et de foi luthérienne. La famille de sa mère, du nom de Souzdaltseff, était originaire de Mourom dans l’ancienne province de Vladimir ; elle était orthodoxe. Les enfants Georges et Olga furent élevés dans la foi de leur père. En 1921, la famille émigra à Narva en Estonie. C’est là que le futur moine Grégoire commença à s’intéresser à la foi orthodoxe. Il fit l’Ecole des Arts Décoratifs de la ville de Revel, puis une école d’art privée à Tartu, où il se perfectionna dans la peinture à l’huile.

Il arriva à Paris en 1931. Georges Kroug fit son entrée dans le groupe des jeunes artistes russes qui travaillaient alors dans le XIVème arrondissement. Georges Ivanovitch fit la connaissance de Léonide Alexandrovitch Ouspensky, à l’atelier d’art, puis de Vladimir Lossky et Eugraphe Kovalesky, dans la confrérie de Saint Photius. C’est en 1933 que le futur père Grégoire commença à travailler la peinture d’icônes avec l’aide de P. A. Fédoroff et de sœur Jeanne Reitlinger.

A la fin de la guerre, le recteur de la paroisse de la Sainte-Trinité à Vanves, le hiéromoine Serge Schevitch, devint le père spirituel du peintre. Le premier dimanche du Grand Carême 1948, à 41 ans, Georges Kroug prononça ses vœux monastiques et devint père Grégoire (il reçut le nom du saint moine Grégoire, iconographe du monastère des Grottes à Kiev).

Entre 1933 et 1969, père Grégoire a peint plus de 400 icônes et fresques.

C’est en 1948 que père Grégoire s’installa au skit du Saint-Esprit où il mourut en 1969, souffrant de maladies artérielles diffuses et d’un diabète sucré.

(Ces éléments sont tirés de la vie de l’iconographe présentée par le R.P.Nicolas Ozoline, au Colloque sur l’Orthodoxie en France, tenu à Paris le 29 janvier 1983.)

2) Extrait de « Carnets d’un peintre d’icônes »

« Il y a longtemps, bien avant la constitution du monde, l’Incarnation de Dieu avait été prédéterminée, mais avant la Très Sainte Mère de Dieu, il ne s’était pas trouvé de réceptacle digne pour l’Incarnation et c’est lorsqu’il fut trouvé que le Seigneur S’est Incarné. » (le saint Métropolite Macaire de Moscou, La Théologie dogmatique)

Dans la Nativité de la Mère de Dieu, l’Eglise et les Saints Pères glorifient le degré suprême où la Divinité se rapproche de l’union bénie avec l’humanité en la personne de la Vierge choisie de toute éternité, née selon la promesse de Dieu.

Saint André de Crète appelle la fête de la Nativité de la Vierge le commencement de toutes les fêtes, la porte menant à la grâce et à la Vérité. Dans la Nativité de la Mère de Dieu, dit saint André de Crète, un temple inspiré a été institué pour le Créateur de toutes choses et la créature est préparée à être une nouvelle demeure Divine pour le Créateur. L’Eglise appelle la Mère de Dieu : Pourpre du Christ, Celle qui a revêtu d’humanité le Verbe sans commencement, comme un roi se revêt de la pourpre des habits royaux.

En comparant l’icône de la Nativité de la Mère de Dieu avec les autres icônes des Douze Fêtes, l’attention est attirée, davantage, dirait-on, que dans les autres icônes des Douze Fêtes, par la structure terrestre, humaine, de cette représentation. Cette icône n’apparaît pas comme le sceau en quelque sorte purement symbolique de l’événement, l’empreinte du contenu dogmatique de la fête, mais contient des traits très intimes, elle n’est pas exempte de détails tirés de la vie quotidienne. L’icône de la Nativité de la Mère de Dieu semble nous introduire dans la pensée de Joachim et d’Anne, nous fait participer à un événement extrêmement heureux (l’accomplissement d’un espoir de plusieurs années dans l’attente d’un enfant, l’annulation d’une stérilité subie), à la Nativité de la Mère de Dieu qui a sanctifié la maison de Joachim et tout l’univers.

La Nativité de la Mère de Dieu ce sont les derniers préparatifs du genre humain pour recevoir la Divinité. C’est pour cette raison que l’icône est tellement emplie d’une joie humaine exhalant un sublime parfum. Sur le côté gauche de l’icône est représentée sainte Anne. Sa face exprime la joie. A sa droite sont représentées les servantes qui lui apportent à boire et à manger. La figuration des servantes est très vivante et apparaît comme un détail du mode de vie domestique de Joachim et d’Anne. Plus bas, dans l’angle droit de l’icône, sont représentées les sages-femmes qui préparent l’eau pour laver la Nouveau-Née. Et tous ces détails domestiques ne sont pas privés de sens, mais deviennent une partie du saint mystère, ils sont inséparables du saint événement et témoignent de ce qu’il n’y a rien d’insignifiant dans l’événement sacré et que la participation la plus modeste à cet événement fait communier les présents à la glorieuse fête générale. Dans la Nativité de la Mère de Dieu sont sanctifiés aussi bien le principe familial que le principe de la vie quotidienne, parce que dans Sa Nativité ils deviennent la préparation de la rencontre du Grand Roi.

Aux Grandes Vêpres, pendant la lecture des trois parémies (Genèse 28, 10-17, Ezéchiel 43, 27 - 44, 4, Proverbes 9, 1-11), est exprimée l’attente prophétique dans l’Ancien Testament de la Nativité de la Mère de Dieu.

La première parémie est le songe de Jacob, où, selon l’exégèse de l’Eglise, la Mère de Dieu forme symboliquement, comme archétype, l’échelle élevée jusqu’aux cieux par laquelle descendra le Seigneur. Dans la seconde parémie, on parle de la tour du mur de Jérusalem « et l’hégoumène passera à travers les portes et la porte sera close » : c’est l’image de la virginité avant tous les siècles de la Mère de Dieu. Et la troisième parémie est le proverbe de Salomon qui commence par les mots : « La Sagesse s’est créée une demeure… ». La demeure créée par la Sagesse c’est la Mère de Dieu devenue l’habitation de la Sagesse hypostatique – de Dieu le Verbe. Et dans la commémoration de la Nativité de la Mère de Dieu – la Mère de Dieu est appelée Temple de Dieu – Habitation de Dieu. Ce qui, dans la vénération de la Mère de Dieu reste immuable, c’est que la Mère de Dieu demeure pour l’éternité l’image la plus pure et la plus parfaite de l’Eglise.

Sur l’icône de la fête, la Mère de Dieu n’est pas représentée habituellement au milieu, Elle n’occupe pas la place centrale, Elle est figurée, ou bien emmaillotée dans les bras d’une sage-femme ou bien debout dans un bassin rempli d’eau et attendant d’être lavée. Mais la représentation de la Mère de Dieu sur l’icône de la fête est en fait la représentation la plus importante, la plus significative de l’icône. Peut-être que dans la modestie de la représentation de la Mère de Dieu a été exprimé ce qui était immuable en Elle, la plénitude de la résignation.   

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