Ajouté le: 2 Décembre 2013 L'heure: 15:14

La généalogie du Christ. Dimanche avant Noël (Mt 1/1-25)

Avant d’aborder cet Evangile, qui a donné son nom à ce dimanche, il faut d’abord le situer liturgiquement.

Le rite byzantin, comme tous les rites orientaux,  ne connaît qu’un seul cycle liturgique annuel : le cycle pascal, cycle du salut. Les autres fêtes, même « majeures » sont classées dans les « fêtes fixes », c’est-à-dire isolées et liées à une date fixe. Tandis qu’en Occident, à côté du cycle pascal, qui demeure central, est apparu progressivement le cycle de Noël, cycle de l’Incarnation du Verbe, que l’on devrait plutôt appeler « cycle des théophanies », puisqu’il concerne toutes les manifestations de Dieu depuis la Nativité du Christ jusqu’à Son Baptême (la Théophanie). Comme tout ce qui concerne Noël, au plan liturgique, a été copié sur Pâques, il en est résulté un cycle liturgique complet avec une préparation (l’Avent, qui durait 40 jours en Gaule1), la fête elle-même, les fêtes « satellites » (Adoration des Mages, Saint Innocents,… Baptême du Christ) et un temps d’après-fête qui se terminait avec le pré-carême (les « Gésimes »).

En Orient, compte-tenu de l’importance historique et théologique de Noël, on a quand même institué un « Carême de Noël », qui est la seule préparation à cette fête, d’ordre ascétique et non liturgique. Il y a toutefois une exception, qui est le dimanche avant Noël, où on lit la « Généalogie ». Le choix de cet Evangile, en cette occurrence, est une des grandes richesses liturgiques de l’Orient concernant Noël (à laquelle il faut ajouter les admirables stichères du « Doute de Joseph », réparties entre toutes les Heures royales2 de la Paramonie2 de Noël),  qui n’a pas d’équivalent en Occident.

Abordons maintenant le contenu de l’Evangile. Il comporte deux parties bien distinctes : la « généalogie de Jésus-Christ » proprement dite (1-17) et la « naissance de Jésus-Christ » (18-25), qui est en fait centrée sur le « Doute de Joseph » (le véritable récit de la naissance de Jésus-Christ se trouve chez St Luc, 2/1-20).

Il faut d’abord rappeler qu’il y a deux généalogies du Christ dans l’Evangile, une chez St Matthieu qui est « descendante » (elle part d’Abraham pour aboutir au Christ) et une chez St Luc (3/23-38) qui est « ascendante » (elle part du Christ et remonte jusqu’à Adam, puis à Dieu). Et leur place n’est pas la même : celle de St Matthieu ouvre cet Evangile, comme un préalable à tout ; celle de St Luc est située juste après le Baptême de Jésus, où il fut révélé à tous en tant que Messie – Christ – comme une confirmation de cette révélation divine, avant qu’Il ne commence  Sa vie publique, Sa mission.

Les deux sont simultanément à caractère symbolique et historique, et elles sont complémentaires, sans être identiques3. St Matthieu voulait montrer que Jésus était réellement Homme, et St Luc qu’Il était réellement Fils de Dieu et donc Dieu. Jésus est les deux : Dieu et Homme. Les deux sont des attestations destinées aux Juifs (surtout celle de Matthieu) et aux « Gentils » (surtout celle de Luc), des preuves que Jésus est bien le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. Il y a dans les deux un terme-clé, qui revient comme un leitmotiv : chez St Matthieu c’est « engendra » et chez St Luc « fils de ». L’Evangile de St Matthieu, qui est aussi appelé l’Evangile des Hébreux a été écrit en hébreu et pour les Juifs4 : « engendra » revient sans cesse parce que le dessin d’Israël était d’engendrer le Messie [selon la chair5]. Matthieu veut montrer qu’Israël a accompli sa mission, a fait la volonté de Dieu : c’est la gloire d’Israël6. L’Evangile de St Luc, rédigé par un médecin de culture grecque, originaire d’Antioche, et collaborateur de St Paul, est plus universel et  nettement tourné vers « les gentils »7 : pour eux l’aspect judaïque de la chose était secondaire ; il importait surtout de leur montrer que Jésus-Christ était Fils de Dieu et donc que Son message concernait toute l’humanité.

Approfondissons maintenant la Généalogie selon St Matthieu. « Généalogie » et « Genèse » sont pratiquement les mêmes termes : le terme grec est « genesis » qui signifie naissance ou origine8. Le premier verset est un titre, un résumé : « Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham ». Dès ces premiers mots, l’Evangéliste s’adresse clairement au cœur des Juifs : tous les Juifs en effet savaient que le Messie devait être fils de David9 et se considéraient comme fils d’Abraham (qu’ils appelaient notre père ).

Ensuite, commence la généalogie elle-même. Elle part d’Abraham, parce qu’il fut le premier à avoir écouté Dieu, le premier après la chute de l’Homme à avoir écouté le vrai et unique Dieu, en rejetant les idoles, ce qui lui vaut d’être appelé « Père des croyants », source et origine de tous les croyants dans le vrai Dieu. C’est pour cela que Dieu a fait une alliance avec lui, scellée par une promesse : Il lui a promis une postérité innombrable et sans fin. Le but de Matthieu est de montrer que Jésus est la véritable postérité d’Abraham. Cette postérité est innombrable, parce que le Christ – Nouvel Adam – récapitule tous les hommes, et sans fin, parce que le Christ, en tant que Dieu, est éternel, sans commencement et sans fin. Ensuite viennent Isaac et Jacob. Nous avons là, au début de la généalogie la triade des Patriarches. Le Christ dira Lui-même que Dieu est « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Mt 22/32).

Tous les ancêtres du Christ selon la chair sont regroupés en 3 groupes de 14 générations. Evidemment, il s’agit de nombres symboliques. 14 est 7 fois 2, soit la plénitude de la création (7) multipliée par le nombre du Fils de l’Homme (2), ce qui indique que le but de la création était l’union de l’homme avec  Dieu. Et cela se reproduit 3 fois, ce qui signifie que c’est la volonté des 3 personnes divines. On peut remarquer aussi que nous avons 3 fois 2 fois 7, c’est-à-dire 6 fois 7. Or 6 est le nombre de l’Homme (créé le 6e jour) et de la chute (l’Homme a refusé de passer au 7, l’union à Dieu, la théosis) : il est demeuré centré sur lui-même, sur le 6 [666 est le nombre de l’Anti-Christ10, le chiffre de la Bête, le refus absolu de l’incarnation du Verbe, de l’amour divin et de l’union à Dieu : c’est un « non » au Père, au Fils et au Saint-Esprit]. Nous avons ici 6 fois l’acceptation du 7, et par groupes de trois, comme si, à chaque cycle historique Israël disait oui à l’incarnation du Verbe, au salut et à la déification. Satan avait inspiré à l’Homme de dire 3 fois non à la Divine Trinité (666), l’homme, en la personne d’Abraham et de sa descendance, dit 6 fois oui, pour compenser et racheter son refus initial inspiré par Satan. Israël accomplit ce que Adam et Eve avaient refusé. Cette symbolique sacrée souligne la fidélité de la descendance d’Abraham à Dieu. En réponse, Dieu est fidèle à Sa promesse : Il a envoyé Son Fils pour sauver l’Homme et le monde.

14 x 3 = 42 générations : cela correspond approximativement à l’histoire (Abraham vécut  vers 1853 av.J-C : on est dans la fourchette chronologique). Il y a 39 fois « engendra » : si on y ajoute Marie, cela fait 40, qui est le nombre des préparations et de l’ascèse (le carême). A la fin des « 40 »,  il y a le fruit spirituel parfait : la naissance, selon la chair, du Verbe de Dieu dans l’humanité. C’est le plus grand effort ascétique de l’humanité : il a fallu ces 20 siècles pour épurer, purifier la nature humaine déchue et « tisser » le corps et l’âme de Marie. Le Christ s’est incarné lorsque l’humanité fut  prête. Il fallait d’abord qu’elle produise le joyau, Marie, la grotte mystique, le sein dans le lequel le Verbe de Dieu pouvait reposer.

Cette généalogie est encadrée par deux « oui », au début et à la fin : celui d’Abraham, qui a rendu tout possible et celui de Marie, qui a permis l’accomplissement. Le « oui » de Marie est le sceau du « oui » d’Abraham. Ces deux oui, qui n’en font qu’un, sont le « oui » de l’humanité à Dieu. Sans ce oui, la grâce ne pouvait rien faire : Dieu ne pouvait pas s’incarner. L’incarnation est une synergie entre Dieu et l’Homme, entre la grâce divine et la volonté libre de l’Homme.

C’est une généalogie par les hommes11 (masculins) parce qu’elle est « légale », selon la Loi de Moïse. Jésus est venu accomplir la Loi11 (et non l’abolir). Mais il y a une rupture après le 39e engendrement : on aboutit à une femme, Marie11. Il y a un renversement syntaxique qui correspond à un renversement spirituel : on va passer de la Loi à la grâce. Pendant 41 générations, la femme se définit par rapport à l’homme (deux exemples : Booz engendra Obed de Ruth ; le roi David engendra Salomon de la femme d’Urie). Cela est lié au péché d’Eve, qui a écouté le serpent, et au jugement de Dieu (« tes désirs te porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi… »-Ge 3/16). A partir de Marie, il y a un renversement des valeurs : Joseph, son mari légal, est défini par rapport à elle (« Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit… ». La femme a retrouvé sa liberté et sa dignité. Marie rachète Eve : elle est la nouvelle Eve. C’est pour cette raison qu’elle peut engendrer le Messie. L’Evangile est  précis : «...Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ [Messie] ». Jésus est né exclusivement d’une femme, Marie. Et l’on ne dit pas « engendré » mais « est né »12 parce que le Fils prééternel est « engendré par Père avant tous les siècles », comme le proclame le Credo (dans le texte grec).

On est passé, au bout de 2000 ans d’efforts ascétiques, de repentir et de prière, de l’ère de la Loi, c’est-à-dire de la chute, à l’ère de la grâce, c’est-à-dire du salut. Toutefois, les femmes ne sont pas totalement exclues de cette généalogie : quatre sont mentionnées, avant Marie. Or les quatre, bien qu’elles soient personnellement innocentes (et même remarquables) représentent soit des situations de chute, soit des transgressions de la Loi (Thamar, la belle-fille de Juda, fut contrainte de coucher avec son beau-père pour pouvoir engendrer, en raison du refus d’Onan de le faire13 ; Rahab est la prostituée de Jéricho qui aida les Istaëlites ; Ruth est une étrangère, une moabite, ce qui était contraire à la Loi ; la femme d’Urie, Bath-Shéba, a été contrainte par David de coucher avec lui, puis ce dernier envoya le mari, Urie, se faire tuer au combat). Le but est de mettre en évidence que Marie, la 5e nommée, est une vierge pure.

La généalogie est structurée en trois groupes, qui représentent trois cycles historiques :

  1. le premier est le groupe-source : il correspond à la grâce d’appel. Il part d’Abraham et aboutit à David, qui sont deux images de Dieu.
  2. le second représente l’épreuve et la chute. Il part de Salomon14 et aboutit à la déportation à Babylone. Beaucoup de ces rois seront de grands pécheurs, à commencer par Salomon, qui avait, dit-on, 1000 femmes et dont les enfants se déchireront (ce qui produira le schisme entre les deux royaumes ennemis). Le pire sera Achaz qui commettra une « abomination » (il sacrifiera un de ses enfants à une idole, par le feu). Cela se terminera par un châtiment, la déportation  à Babylone, et par la disparition d’Israël, en tant que royaume.
  3. le troisième  représente le salut et l’accomplissement. Il part de la déportation à Babylone et aboutit  à Marie. Ce salut viendra grâce à un « petit reste », qui acceptera l’humiliation et la souffrance en signe de  repentir, et qui avait été annoncé par les prophètes : ce sont eux qui attendaient le Messie et qui le verront.

Ces trois cycles ou étapes sont le symbole de toute l’histoire spirituelle de l’humanité : ils représentent la triade sotériologique du destin de l’Homme, en trois « éons » (Paradis – Chute – Déification). C’est une triade dynamique, dans laquelle la troisième étape (le couronnement) est supérieure à l’étape initiale (ce qui est conforme à la parabole du Fils prodigue). C’est l’accomplissement du plan divin, du dessein de Dieu.

Lorsqu’on scrute cette généalogie, on se rend compte qu’elle mentionne des saints, comme Abraham, Isaac et Jacob, des gens ordinaires, dont on ne sait pas grand-chose, et des pécheurs, tels Achaz et Manassé. Il est surprenant que des pécheurs aient pu coopérer à l’engendrement du Messie. Cela a plusieurs sens. Le premier est qu’il s’agit de l’humanité telle qu’elle est (et aussi tels que nous sommes, chacun de nous). Mais c’est cette humanité que le Christ est venu assumer et sauver : Jésus est descendu du Ciel pour sauver ce qui était perdu. Cette généalogie en est l’image. A travers ces personnages historiques, réels, chacun de nous peut se reconnaître et aussi devenir mystiquement un « ancêtre du Christ », s’il accepte d’être inséré dans cette lignée royale. A travers Israël, c’est toute l’humanité qui a engendré le Christ.

Le second sens est connexe : la grâce du Saint-Esprit parvient à se faufiler dans le dédale de nos âmes, à travers nos hésitations, notre foi et nos doutes, nos avancées et nos reculs, nos qualités et nos défauts, nos bonnes œuvres et nos péchés. Dieu ne se décourage jamais. Le dessein de Dieu s’accomplit toujours, quoi qu’il arrive, car Il a dit : « Ma parole ne revient pas à Moi sans effet »15. Comme la pluie qui tombe sur tous les types de sol et arrive à s’infiltrer pour les féconder, ainsi la grâce peut pénétrer dans tous les types d’âmes et produire du fruit. Même lorsqu’ils ont péché, tous ces hommes (et ces femmes) étaient là, à leur place, au moment où il le fallait et ils ont accompli malgré tout leur fonction : ils ont transmis la vie. C’est le mystère de la nature humaine dans son unité. Il y a un fait historique qui l’illustre bien : la déportation à Babylone est mentionnée (elle constitue même un des deux moments charnières, une rupture). Or, elle est un châtiment divin, annoncé par les Prophètes, pour les péchés d’Israël et de Juda. Et à partir de ce moment la descendance du roi David ne règnera plus (Israël sera constamment occupé par de grandes puissance). Néanmoins cette lignée royale continuera à exister, dans la discrétion et l’anonymat et finira par engendrer Joseph, l’époux légal de Marie. Ce qui comptait, aux yeux de Dieu, n’était pas la puissance, la célébrité, le rôle politique, mais l’aspect symbolique et spirituel : c’était la lignée royale choisie par Dieu, parce que le roi David avait été agréable à Dieu, parce qu’il avait été une image de la royauté divine, même si ensuite il avait chuté (mais son repentir sera à la mesure de sa chute).

Cette généalogie est une confession de la foi en l’incarnation du Verbe. Mais elle est aussi une école d’espérance et de persévérance. Elle justifie ce que les  psychologues chrétiens appellent la « thérapie transgénérationnelle », qui consiste à apporter la pénitence devant Dieu pour ses ancêtres, à « racheter le temps ». Chacun de nous, image du Christ-Dieu, est appelé à coopérer au rachat de sa lignée et de toute l’humanité.

 

Notes :

1. L’Avent gallo-romain, comme tous les carêmes, comportait 40 jours. L’Avent catholique-romain ne comporte que 3 semaines (et 4 dimanches), sans que les liturgistes puissent expliquer pourquoi. Le nombre 40 est le symbole des préparations et de l’ascèse : aucune Eglise ne devrait s’en affranchir.
2. Une « Paramonie » est une grande vigile, très solennelle, pour les plus grandes fêtes : Pâques, Pentecôte, Noël,
Théophanie…). Les Heures, qui sont toutes célébrées [dans les monastères et les cathédrales] sont alors appelées « royales », pour les distinguer des Heures ordinaires ou de celles des fêtes « mineures », d’où le fait que le contenu spirituel de certains chants (comme les stichères) puisse être réparti sur plusieurs offices.
3. Ce qui a été bien noté par les pères de l’Eglise : dans celle de Luc, il n’y a aucune mention de femmes et les noms ne sont pas identiques à celle de Matthieu (ceux des plus grands pécheurs-tels Achaz ou Manassé – n’apparaissent pas).
4. Attesté au 2e s. par St Irénée de Lyon et au 4e s. par Epiphane, Jérôme et Eusèbe de Césarée. 
5. Nous les chrétiens, nous pouvons le dire. Mais les Juifs ne pouvaient pas l’exprimer ainsi. Tout ce qu’ils savaient était que le Messie naîtrait d’une Vierge (cf.Isaïe), mais pas plus. Le reste était un mystère.
6. C’est expressément dit par St Syméon l’ancien, inspiré par le Saint-Esprit, lors de la Présentation de Jésus au Temple : « Lumière qui doit se révéler aux nations et Gloire d’Israël…. » (Lc 2/32). Jésus-Christ est la gloire d’Israël.
7. Cet Evangile est celui de Paul, l’apôtre des gentils. C’est attesté  par St Irénée de Lyon : « Luc, le compagnon de Paul, mit dans un livre l’Evangile prêché par lui [Paul] » (Adv.h.III,1,1).
8. Vient du verbe gignomai : naître. Généalogie signifie discours sur la naissance, en fait description [liste] des naissances [d’une famille].
9. Le Christ interrogea les Pharisiens : « De qui le Christ est-il fils ? Ils lui répondirent [spontanément] : de David » (Mt 22/41). Cela correspondait à la prophétie de Jérémie, en 23/5.
10. Dans les textes grec et latin : « Anti-Christ » (ou Antichrist) et non pas Ante-Christ (ou Antechrist) : c’est celui qui vient contre le Christ, l’opposé du Christ.
11. C’est une antinomie, parce que Jésus est sans père terrestre. Mais il fallait montrer aux Juifs qu’Il accomplissait la Loi. Toutefois, il faut rappeler que Marie était aussi de la lignée royale de David (notre unique source sur Marie et sa famille, le Proto-Evangile de Jacques dit : « elle était, elle aussi [comme les 7 vierges qui devaient filer les tissus précieux pour le Temple] de la tribu de David… » X, 1. Ceci est confirmé par deux Pères de l’Eglise : St Ephrem, qui prétend le tirer de St Luc (Commentaire de l’Evangile concordant, I, 25) et St Hilaire (Sur Matthieu, 1, 1). Mais  Joseph est le seul mentionné dans cette fonction, parce qu’il s’agit d’une généalogie « légale », selon la Loi de Moïse.
12. Dans le texte grec, c’est le même verbe qui est utilisé, pour les hommes et pour la femme,  à un mode et à un temps différents. Mais dans le texte latin, St Jérôme a pris soin d’utiliser deux verbes différents : pour « engendrer » il utilise « genuit » (du verbe gigno [gignere] mais dont l’ancienne forme était « geno ») ; tandis que pour le Christ, il utilise « natus est » (est né). Or  Jérôme, qui a retraduit le Nouveau Testament en latin à la demande du pape de Rome Damase, avait sous les yeux un Evangile de Matthieu en hébreu, qu’il avait lui-même copié. Ici, en l’occurrence, le texte latin rend mieux compte de l’hébreu que le texte grec.
13. Le terme d’« onanisme » pour qualifier la masturbation est un abus de langage : il s’agit en fait du refus d’engendrer, qui était considéré en Israël, comme un très grand péché, parce que chaque couple juif avait le devoir de coopérer à l’engendrement du Messie. Onan en effet refusa de donner sa semence à Thamar [parce qu’elle était la veuve de son frère] et préféra la répandre sur le sol (Ge 38/8-9). C’est cela « qui déplut au Seigneur » (Ge 38/10). La question de la masturbation, qui est d’ordre physique, psychique et sentimental, n’a aucun rapport direct avec le péché d’Onan.
14. On peut remarquer que le péché de David est mentionné dans le 2ème groupe, puisqu’il est dit « le roi David engendra Salomon, de la femme d’Urie ». En fait David est mentionné deux fois, d’abord dans le 1er groupe, en tant qu’image du Roi céleste et préfigure de la royauté du Christ, puis dans le 2ème groupe en tant que roi adultère et meurtrier (roi de ce monde) avec le fruit de son péché, Salomon. 
15.  Is. 55/11. On en a une belle illustration : c’est au roi Achaz (8e siècle av. J-C), que fut faite la prophétie de l’Emmanuel par  Isaïe, alors qu’il fut le pire de tous en commettant une abomination.  C’est lorsque l’humanité est à un niveau abyssal de péché et d’obscurité que pointe la lumière du Christ (cf. le « Lumen Christi » de la nuit de Pâque occidentale, lumière qui brille dans les ténèbres). Ce que Dieu a décidé s’accomplit  quoi qu’il arrive. Dieu n’est pas contraint par nos erreurs et nos péchés : Il passe outre.

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