Ajouté le: 3 Juin 2013 L'heure: 15:14

La « Prière sacerdotale »

Dimanche dans la neuvaine de l’Ascension (Jn 17/1-13)

Avant d’aborder l’exégèse de cette péricope, qui est la plus difficile de l’Evangile, du Nouveau Testament et de toute la Bible, il faut la resituer dans son contexte liturgique et biblique.

Le dimanche qui se trouve entre l’Ascension et la Pentecôte est appelé curieusement en Orient « 7e dimanche de Pâques » [6e dimanche après Pâques] : pourtant, on n’est plus dans le temps pascal puisque le Christ ressuscité a quitté la terre pour retrouver Sa place sur le trône supra-céleste, avec Son Père et l’Esprit-Saint. D’ailleurs tous les hymnes pascals ont disparu de la liturgie et l’Epitaphion1 a été retiré de l’autel. En Occident, ce dimanche est appelé « Dimanche dans l’Octave de l’Ascension », ce qui est mieux mais pas totalement exact. En effet, il y a 10 jours entre l’Ascension et la Pentecôte2. Mais le 10e jour est celui de la Pentecôte, jour de la descente du Saint-Esprit. Le temps de l’Ascension dure donc 9 jours (une neuvaine3), qui symbolisent  l’élévation successive du Christ  au-dessus des 9 cercles angéliques4.

C’est une tradition universelle de l’Eglise que de lire pendant le temps de l’Ascension les grands discours théologiques du Christ et surtout son « Dernier discours », prononcé pendant la Sainte Cène devant les Apôtres. Même si les péricopes sont différentes en Orient et en Occident, l’esprit et la signification sont les mêmes. On se trouve historiquement au terme de la Révélation, puisque le Christ a achevé Sa course terrestre et qu’Il va rentrer dans le tabernacle supra-céleste pour siéger sur le trône divin. Et dans cette occurrence liturgique, l’Eglise se remémore la plus haute initiation théologique du Christ à Ses disciples, à savoir Son « Dernier discours », car cette ascension du Christ au-dessus des 9 cercles angéliques est la plus haute initiation spirituelle pour l’Homme. Mais les Apôtres ne pourront la recevoir dans leur cœur, la comprendre et la vivre qu’après la Descente du Saint-Esprit. Au plan liturgique, nous nous trouvons exactement dans cette situation.

Il faut dire aussi un mot du contexte biblique. L’Evangile selon St Jean est très particulier et différent des trois autres, qu’on appelle les « Synoptiques » parce qu’ils racontent grosso modo les mêmes évènements, mais chacun avec un regard différent et parfois une chronologie différente (surtout St Luc). St Jean a vécu très longtemps (il fut probablement centenaire) et lorsqu’il entreprit de relater la vie et l’enseignement du Seigneur, les trois autres Evangiles circulaient depuis longtemps : il s’est donc efforcé de ne pas répéter ce qu’avaient déjà écrit les autres. Par ailleurs, il a eu au sein du collège apostolique une place à part : il était très jeune et il a choisi la voie de la virginité. Il était celui qui ressemblait le plus au Maître, dont il fut l’ami, au sens humain (l’Evangile nous dit plusieurs fois : « le disciple que Jésus aimait »). Le Christ aimait tous les hommes, conformément à Son enseignement, en tant que Dieu, parce qu’Il les a tous créés (coopérant avec Son Père et l’Esprit-Saint) et aussi en tant qu’homme. Mais cet amour n’était pas uniforme : dans les relations humaines en effet, il y a diverses formes d’amour et diverses intensités, suivant le contexte, les circonstances et les affinités5. Ainsi le Christ avait des « amis », tels que Lazare, Marthe et Marie, et tel que Jean, au sein du collège apostolique, avec lesquels il avait plus d’intimité, plus de partage. Cette proximité de Jean avec le Rabbi Ieshouah fait qu’il a été plus attentif à l’enseignement du Maître, dont il a pu aussi recueillir des confidences (par exemple, lors de la Sainte Cène, Jean se penche sur la poitrine du Christ [on mangeait allongé sur des divans] et Lui demande qui est le traître : Jésus lui répond). Jean sera aussi le seul à venir au pied de la croix et c’est lui qui prendra Marie sous sa protection. Il a été aussi  le premier des Apôtres à croire en la Résurrection du Christ. C’est pourquoi on trouve dans l’Evangile de Jean tous les grands discours théologiques du Seigneur et surtout le « Dernier discours » qui est une sorte de testament spirituel et la prophétie du Royaume à venir.

Ce dernier discours est très long et très difficile. Il est difficile parce que le Seigneur parle en clair et non en paraboles, et que les mots du langage humain peuvent difficilement rendre compte du mystère divin. Il en résulte inévitablement une extrême polysémie6 des termes (par exemple : « gloire » qui a plusieurs sens différents dans la même phrase). En fait on est aux limites de la théologie cataphatique7. Pour aller « au-delà du voile », il faut renoncer à toute connaissance, se faire ténèbre pour pénétrer dans la Ténèbre incréée : c’est la voie apophatique7, qui est un fait une expérience spirituelle d’ordre mystique. C’est pour cette raison que très peu de Pères de l’Eglise ont commenté l’Evangile de St Jean.

Ce dernier discours se termine parce qu’on appelle « la Prière sacerdotale »8 qui en constitue une sorte de synthèse, une conclusion, pour ne pas dire une apothéose : le Christ s’adresse directement à Son Père céleste, en présence des Apôtres qui sont « témoins » pour toute l’humanité. C’est Dieu-Fils qui s’adresse à Dieu-Père, dans un langage humain, et cette prière n’est audible pour les Apôtres que par la présence de Dieu-Esprit. C’est le sommet de la Révélation : le Christ nous dévoile l’intimité des rapports trinitaires. Nous n’allons pas en faire une exégèse précise et suivie – totalement impossible – mais donner simplement une esquisse de compréhension, quelques jalons et repères.

Le Christ vient de terminer Son discours aux onze9 Apôtres par la « paix » (Je vous ai dit ces choses afin que vous ayez la paix en Moi), parce qu’une heure plus tard ils vont l’abandonner10, et par le « courage » (courage, j’ai vaincu le monde), parce qu’ils seront persécutés comme Il va l’être. Puis Jésus  lève les yeux vers le Ciel, c’est-à-dire « en haut », vers les lieux célestes, et s’adresse explicitement à Son Père céleste, Dieu-Père, en présence des onze témoins humains que sont les Apôtres. [N.B. : pour un meilleur suivi du texte biblique, les versets seront systématiquement mentionnés].

Père, l’heure est venue ! (Jn 17/1b) : c’est l’heure de Son sacrifice ; Il va donner Sa vie pour sauver l’Homme. Il avait dit Lui-même le jour des Rameaux : Mais c’est pour cela que Je suis venu jusqu’à cette heure (Jn 12/27).

Glorifie Ton Fils, afin que Ton Fils Te glorifie, selon le pouvoir que Tu lui as donné sur toute chair, afin qu’Il accorde la vie éternelle à tous ceux que Tu Lui as donnés (17/1b-2). Chaque terme est un diamant spirituel. La gloire incréée du Fils est voilée parce qu’Il s’est incarné et qu’Il a assumé la déchéance de la nature humaine. Dans quelques heures, Il sera martyrisé et dans un jour, Il sera mis à mort. Je pense que cela signifie : Je t’obéis et J’accepte de mourir pour sauver l’Homme. Mais lorsque Je serai couché dans la mort, ressuscite-Moi par Ton Esprit-Saint. Par Ma mort et Ma résurrection, Je vais rouvrir les portes du Paradis à Tes créatures humaines – aux hommes que Tu M’as donnés – et le fait que Je puisse ainsi sauver l’Homme et le faire communier à la vie divine (« la vie éternelle ») manifestera Ta Bonté ineffable et Te glorifiera11. Puis le Christ précise ce qu’est la vie éternelle (pour les Apôtres qui écoutent) :…c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ. (17/3). « Toi le seul vrai Dieu » : Toi la source unique, Toi qui es la source, même de la divinité. « Jésus-Christ » : le Seigneur révèle pour la première fois (et la seule) Son vrai nom, complet : Jésus-Christ, c’est-à-dire Jésus-Messie ; et dans la phrase précédente Il avait révélé qu’Il était « Fils » du Père.Et où est l’Esprit-Saint ? Il est dans « connaissent ». L’Homme ne peut connaître Dieu que dans l’Esprit-Saint. Le Christ ne pouvait pas révéler explicitement la personne divine du Saint-Esprit parce qu’il y aurait eu un risque de polythéisme12. Cette révélation est donc voilée. « Connaître » c’est naître avec : en fait c’est s’unir, entrer en communion. C’est être déifié (cela est la fonction hypostatique du Saint-Esprit).

Puis le Seigneur revient sur la Gloire : Je t’ai glorifié11 sur la terre…(17/4a).Comment ? Il le dit un peu plus loin : J’ai fait connaître Ton Nom aux hommes… Ils ont gardé Ta parole… (17/6) ; et ils ont cru en Toi (Ils ont connu que tout ce que Tu m’as donné vient de Toi - 17/7 ). Le Père est glorifié dans le fait que le Fils ait révélé Sa personne (« Ton Nom ») et Ses pensées bonnes aux hommes et que ceux-ci aient cru.

Et maintenant, Toi, Père, glorifie-Moi auprès de Toi-même de la gloire que j’avais auprès de Toi avant que le monde fût (17/5). Pourquoi le Christ demande-t-Il à Son Père de Le glorifier, puisqu’Il est Dieu ? Parce que Sa gloire divine est voilée, pour avoir endossé la nature humaine, et une nature déchue, pas encore déifiée. Je crois que cela signifie : permets-Moi de retrouver Ma place sur le trône divin, avec Toi et l’Esprit, mais avec Ma nature humaine déifiée [c’est l’Ascension].

Il y a une phrase précédente, à la fin du verset 17, qui est très mystérieuse : J’ai achevé l’œuvre que Tu m’as donnée à faire (17/4b). Pourtant le Christ n’est pas encore mort et ressuscité. Il faut se référer à l’Eucharistie : le Christ a instauré le mémorial de Sa mort et de Sa résurrection avant que les évènements n’aient eu lieu. Le Christ a une telle confiance dans Son Père qu’Il considère que tout est déjà achevé. C’est dans ce sens qu’il faut l’entendre.

Il développe ensuite ce qu’Il vient de dire (« et ils ont gardé Ta parole ») : Car Je leur ai donné les paroles que Tu m’as données (17/8a). Le Christ fait une révélation extraordinaire : tout ce qu’Il a dit vient du Père, Il nous a révélé les pensées du Père, la Source unique. Il est « le Verbe qui sort de la bouche du silence ». Nous pouvons ajouter : ces pensées du Père exprimées par le Fils (le Verbe) ne peuvent être reçues par nous que par le Saint-Esprit. Les trois Personnes œuvrent conjointement, chacune selon son caractère hypostatique.

 C’est pour eux que Je prie. Je ne prie pas pour le monde…(17/9a) Voilà qui est bien surprenant! D’abord le Christ nous révèle qu’Il prie pour nous. Le Fils prie Son Père pour nous. Et pourquoi ne prie-t-Il pas pour « le monde » ? Parce que « le monde », c’est-à-dire ce qui est extérieur, extérieur à Dieu, représente ceux qui ne connaissent pas Dieu, ceux qui ne veulent pas connaître Dieu. Dieu ne peut et ne veut imposer ni Son amour, ni la vérité, d’abord parce que l’Homme est libre (sa liberté est l’image de la liberté divine : elle est donc absolue13) et ensuite parce que l’amour ne peut reposer que sur la liberté.Le Seigneur prie… pour ceux que Tu m’as donnés, parce qu’ils sont à Toi…(17/9b). Le Christ cultive exclusivement la Vigne de Son Père, parce qu’Il fait la volonté de Son Père et qu’Il aime Son père. Le Christ fait alors une incise, un petit développement sur « ils sont à Toi » :...et tout ce qui est à Moi est à Toi, et ce qui est à Toi est à Moi…(17/10a).Cela signifie : Je tiens tout de Toi, la Source unique, et : nous partageons tout (hormis le caractère hypostatique), la nature divine nous est commune. Nous pouvons ajouter, dans l’esprit de St Grégoire le Théologien, que ce que dit le Fils vaut pour l’Esprit, qui tient tout du Père et qui partage tout avec Lui (hormis le caractère hypostatique). Mais les disciples et ceux qu’ils allaient évangéliser – les juifs du 1er siècle – n’étaient pas encore prêts à recevoir cette révélation.Le Seigneur termine la phrase par ces paroles étonnantes :… et Je suis glorifié en eux (17/10b). Nous revenons au sens de « glorifier » qu’Il a utilisé auparavant pour Son Père : le fait que les hommes, Mes frères selon la nature humaine, aient reçu Tes paroles à Toi, Mon Père, et croient en Toi, est l’accomplissement de Ton dessein, de Ta volonté bonne14, et cela me Glorifie11, m’honore ; la déification de l’Homme est Ma joie, parce que c’est l’accomplissement de Ton dessein. Le Christ est glorifié en l’Homme parce qu’Il a accompli Sa mission, celle que Son Père Lui a donnée.

Puis Il parle à Son Père de Son prochain départ : Je ne suis plus dans le monde... (17/11a).Etonnante parole, car Il va y rester encore 43 jours ! Mais, selon ce qui a été dit plus haut, dans l’esprit du Christ tout est déjà accompli parce qu’Il n’a aucun doute sur le fait que la volonté du Père s’accomplisse ;…et Je vais à Toi…(17/11a) : c’est la prophétie de l’Ascension. Mais eux, Ses disciples, Ses amis, … ils sont dans le monde…(17/11a).Alors, Il prie ardemment Son Père pour eux : Père Saint, garde en Ton Nom ceux que Tu m’as donnés…(17/11b). « Garde en Ton Nom » ne peut pratiquement pas être explicité : la faiblesse du langage humain empêche d’en faire l’exégèse. Est-ce que cela veut dire : garde par Toi-même ? Dans le Notre Père, le « Nom du Père » est le Fils parce qu’Il le révèle. Cela veut-il dire : garde par Ton Fils ? Mais le Fils va partir et c’est l’Esprit-Saint qui actualisera Sa présence…. Alors que veut dire : « garde en Ton Nom » ? C’est un mystère. Il va expliciter Lui-même cette phrase mystérieuse : Lorsque J’étais avec eux dans le monde, Je les gardais en Ton Nom (17/12a). Là le sens est clair : Je les gardais au Nom de Toi, parce que Tu m’avais envoyé vers eux. Et cela correspond au « Notre Père », au fait que le Fils soit le « Nom » du Père, Sa révélation. Mais cela ne rend pas plus compréhensible « Garde en Ton Nom ».

D’autant plus que le Christ ajoute une autre phrase mystérieuse :…afin qu’ils soient un comme nous (17/11b). Stupéfiant ! Comment nous les hommes pourrions-nous avoir la même unité qu’il y a au sein de la Divine Trinité ? Il est vrai que la nature humaine est une [mais composée : corps et âme], reflet de la nature divine qui est une.  Mais la chute a brisé cette unité et toute l’humanité n’est plus que divisions et haines. Le Christ va expliciter ce mystère quelques phrases plus loin, aux versets 21 et 23, qui ne sont pas, hélas, dans la péricope15 :….afin que tous soient un, comme Toi Père, Tu es en Moi, et comme Je suis en Toi, afin qu’eux aussi soient un en nous…. L’Homme déchu ne peut retrouver son unité qu’en Christ, le nouvel Adam. Et cette unité résulte de deux choses : la restauration de la nature humaine par la mort et la résurrection du Christ, et le fait que les hommes s’aiment d’un amour mutuel (« Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés »). Ainsi l’Homme pourra-t-il ressembler à Dieu dont l’unité est simultanément de nature (une seule nature divine) et « inter-hypostatique », chaque personne divine Se donnant aux deux autres (c’est la « périchorèse »16).

Revenons à « Je les gardais en Ton Nom » : le Christ ajoute :…et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition [c’est-à-dire Juda], afin que l’Ecriture [c’est-à-dire les pensées divines consignées par écrit] fût accomplie (17/12b).C’est un tel mystère qu’on ne peut pas en faire l’exégèse. On peut seulement avancer ceci : le sacrifice du Christ a été rendu nécessaire par la chute de l’Homme. Mais l’Homme n’était pas obligé de chuter. De même Juda n’était pas obligé de trahir son maître, d’autant plus que le Seigneur lui avait révélé sa traîtrise avant qu’il ne l’accomplît.  Insondable mystère !

Et enfin, pour ce qui concerne notre péricope17, le Seigneur termine par la joie (alors qu’Il est à une heure de Son arrestation !) : Et maintenant, Je vais à Toi et Je dis ces choses dans le monde [devant eux,Mes disciples]afin qu’ils aient en eux [dans leur cœur] Ma joie parfaite (17/13). Père, Je T’ai dit toutes ces choses devant eux afin qu’ils sachent que Ma joie parfaite est d’accomplir Ta volonté, parce que Je T’aime et T’obéis, et pour que cette joie soit en eux : qu’ils se réjouissent de ce que Ta volonté bonne s’accomplisse enfin. Cette joie-là, nul ne pourra la leur ravir (c’est ce qu’Il avait dit avant, dans la première partie de Son discours18, en 16/22). C’est à rapprocher de la fin de la « prière sacerdotale » où le Christ dit :… afin que l’amour dont Tu M’as aimé soit en eux et que Je sois en eux (17/26).Cela signifie : qu’ils soient aimés de Toi comme Moi Je suis aimé de Toi. Cela dépasse l’intelligence.

Notes:

1. Epitaphion : grande pièce de tissu oblongue sur laquelle est imprimée, peinte ou brodée la mise au tombeau du Christ. Elle représente le linceul du Christ et elle symbolise successivement la mort du Seigneur, lorsqu’on le dépose solennellement sur le tombeau au milieu de l’église le Vendredi Saint (au chant du « Noble Joseph… ») et Sa résurrection, lorsqu’on le transfert du tombeau sur l’autel le soir du Samedi Saint, avant de commencer la célébration de la Pâque. On le retire de l’autel juste avant les vigiles de l’Ascension, parce que le Christ n’est plus visible sur terre.
2. Le Christ s’élève jusqu’aux Cieux le 40e jour après Sa Résurrection : cf. Actes 1/3.
3. Neuvaine : j’utilise ce terme dans son acception étymologique, sans rapport avec le sens qu’il a dans la spiritualité catholique-romaine post-scolastique.
4. Chaque cercle angélique représente un degré de perfection spirituelle qui est un reflet de la perfection divine. Le Christ ressuscite l’Homme puis le conduit à la perfection spirituelle pour le faire assoir sur le « grand trône blanc » (Apo 20/11) à la droite du Père (le Fils reprend la place qu’Il n’a jamais quittée, en tant du Dieu, mais sur lequel Il « revient » avec Sa nature humaine déifiée : cf. le verset 5 : Glorifie-Moi auprès de Toi-même de la gloire que J’avais auprès de Toi avant que le monde fût, commenté dans l’article). D’où l’étonnement et l’émerveillement des anges qui voient un homme s’élever au-dessus d’eux : ils l’acclament et l’applaudissent, sans comprendre, parce qu’Il est « le plus beau des fils de l’Homme », le Messie. Cf. le magnifique canon byzantin des Vigiles de l’Ascension, qui est un monument théologique.
5. Bien que restaurant en Lui la nature humaine -Il est le nouvel Adam- le christ n’est pas un être humain abstrait : Il est concret et réel. Il ne faut pas oublier que les deux natures sont unies, en Lui, hypostatiquement : Il est une personne, ce qui signifie qu’Il a un caractère unique, au plan divin comme  au plan humain.
6. Polysémie : le fait pour un même terme d’avoir plusieurs significations. C’est un phénomène linguistique courant. Mais dans les domaines abstraits comme la philosophie ou la théologie, on est quasiment contraint d’y recourir en raison de la difficulté à exprimer une réalité qui nous échappe.
7. Cataphatique : du grec kataphasis, l’affirmation. Relève de la cataphase tout ce qui peut être expliqué, explicité, démontré, prouvé. La science est par nature cataphatique. Apophatique : du grec apophasis, la négation. Relève de l’apophase tout ce qui demeure caché, invisible, incompréhensible, ce qui ne relève pas de l’intelligence rationnelle et qui ne peut donc être appréhendé que par une autre voie. C’est la théologie « négative ». Cette voie est celle de l’expérience intérieure, proprement mystique.
8. « Prière », parce qu’Il prie Son Père. « Sacerdotale »,  parce qu’Il le fait en tant que « grand prêtre selon l’ordre de Melchisedech », unique intercesseur entre Dieu et l’Homme.
9. Juda a quitté le Cénacle aussitôt après avoir été dévoilé (mais Il a communié !).
10. Lorsque le Seigneur apparaîtra aux dix, puis aux onze Apôtres qui se tenaient dans le Cénacle, Sa première parole sera « la paix soit avec vous », parce qu’ils étaient déchirés intérieurement pour l’avoir abandonné : Il les relève de leur chute.
11. « Gloire, glorifier » : nous avons ici un bel exemple de polysémie du terme gloire dans la même phrase. Lorsque le Christ dit qu’Il a glorifié Son Père sur la terre, ce terme a un sens général, commun (mettre à l’honneur, rendre grâce…), tandis que lorsqu’Il demande à Son Père de Le glorifier de la même gloire qu’Il avait auprès de Lui… Il s’agit de la gloire incréée : le rayonnement de l’être divin, qui est le propre de la nature divine. Les deux sens n’ont aucun rapport. Mais le Christ ne pouvait pas faire autrement que d’utiliser le langage humain pour être compris de Ses Apôtres. Il serait utile de vérifier sur le texte hébreu restitué de l’Evangile (cf. édition Carmignac).
12. Cela est remarquablement développé par St Grégoire le Théologien (Grégoire de Nazianze) dans ses fameux Discours théologiques.
13. C’est pour cela qu’il existe un enfer éternel, qui est un état spirituel et non un lieu ou une structure.
14. Cf. le Notre Père : « Que Ta volonté soit faite » (Que Ton bon vouloir soit fait).
15. En fait, il faudrait lire tout le chapitre 17.
16. Périchorèse : du grec périchoreïn, venir autour de, faire le tour de (en latin : circumincessio). C’est un terme de la théologie trinitaire : il signifie que chacune des trois Personnes divines se donne aux deux autres dans un éternel mouvement de communion et d’amour (d’après : Vocabulaire théologique orthodoxe, 1985, Le Cerf). Le propre de la personne est de donner et de se donner (« non pas moi, mais toi »), mais comme on est au-delà de la dyade (deux), où la relation pourrait être de type face à face, il fallait introduire la notion de mouvement circulaire, pour rendre compte de cette réalité intra-trinitaire, d’autant plus que le cercle est par excellence le symbole divin (l’éternité).
17. La prière sacerdotale occupe tout le chapitre 17, qui comporte 26 versets. Notre péricope comprend la moitié de la prière.
18. Le Seigneur avait vu la tristesse des Apôtres parce qu’Il venait de leur annoncer Son départ de ce monde et la venue du Paraclet ; Il avait alors pris l’exemple de la femme enceinte, qui est triste parce que son heure est venue, mais qui est ensuite remplie de joie parce qu’un homme est né dans le monde. Et Il avait ajouté : mais Je vous reverrai et votre cœur se réjouira et nul ne vous ravira cette joie (Jn 17/21-22).

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