Cet Evangile est celui du Baptême, tant en Orient qu’en Occident. L’évènement qu’il relate ne se trouve que chez St Matthieu1 et il clôt curieusement cet Evangile. En effet, contrairement aux autres évangélistes qui développent abondamment la Pâque et les nombreuses apparitions du Christ ressuscité, St Matthieu ne rapporte que l’évènement pascal lui-même, c’est-à-dire la Résurrection du Christ, avec le rôle important des Myrrhophores, puis l’ultime tromperie des « principaux sacrificateurs », qui donnent de l’argent aux soldats pour mentir sur la disparition du corps du Christ (« Dites : ses disciples sont venus de nuit le dérober pendant que nous dormions ». Si le gouverneur [Ponce Pilate] l’apprend, on arrangera les choses… Mt 28/11-15). Et, aussitôt après, sans transition, il rapporte l’évènement capital dont nous allons parler, à savoir la rencontre des Onze avec le Christ et leur envoi en mission dans le monde entier. On se rend bien compte, à la lecture de cette péricope, qu’il manque de nombreux évènements, qui sont rapportés surtout chez St Luc et St Jean. Mais les Evangiles doivent être pris ensemble, parce qu’ils se complètent les uns les autres et chaque Evangile nous révèle un aspect du dessein de Dieu. C’est le cas ici, notamment avec la Galilée, dont nous allons voir l’importance.
Cet évènement est intimement lié avec ce que l’Ange de la Résurrection, puis le Christ Lui-même avaient dit aux Saintes femmes myrrhophores2, les premières à avoir vu le Christ ressuscité. L’ange avait dit aux deux Myrrhophores (« Marie de Magdala et l’autre Marie ») chez St Matthieu « … partez vite et dites à Ses disciples qu’Il est ressuscité et qu’Il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez » (Mt 28/7) ; et aux trois Myrrhophores (les « trois Marie »2) chez St Marc : « … allez dire à Ses disciples et à Pierre3 qu’Il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez » (Mc 16/7). Puis le Christ apparaît Lui-même aux deux Myrrhophores chez St Matthieu et leur dit : « Ne craignez pas ; allez dire à Mes frères4 de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils Me verront (Mt 28/10).
Voilà déjà quelque chose qui, en soi, est extraordinaire ! A peine ressuscité, le Seigneur fait dire par un séraphin5, puis Il dit Lui-même aux Saintes Femmes que Ses Apôtres (les Onze) doivent aller Le retrouver en Galilée où Il les précède. De plus on perçoit dans tous ces propos qu’il y a urgence (« partez vite… »). Et pourtant la Résurrection vient d’avoir lieu en Judée, à Jérusalem ! Tout cela a un sens profond. La « Galilée des nations6 » représente le Monde, le monde déchu et mélangé. C’est là que le Seigneur a appelé Ses Apôtres-disciples et qu’Il a prêché le plus pendant trois ans. C’est de là qu’Il va envoyer Ses Apôtres dans le monde entier pour qu’ils « pêchent des hommes », c’est-à-dire pour qu’ils les tirent de l’abîme et les sauvent. Le Christ a accompli Sa mort et Sa résurrection à Jérusalem, parce qu’Il est Roi et Prêtre et parce que « le salut vient des Juifs » (Jn 4/22) : ces « sacrements » ont eu lieu là où est le Temple. Mais Il a hâte que le salut soit offert à tous les peuples, à tous les hommes, parce qu’Il est venu « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19/10). On peut remarquer aussi que le Seigneur a fait dire à Ses disciples Son commandement, et par des femmes7, parce que Ses Apôtres ne se sont pas conduits dignement7 : ils n’ont pas cru et l’ont abandonné. Il ne les visitera que le soir de Pâques : c’est un reproche (et Il le leur dira ouvertement).
Les onze Apôtres vont donc se rendre en Galilée, selon l’ordre du Maître, transmis par les Saintes Femmes.
Avant d’entrer dans le contenu même de l’évènement, il faut ajouter une précision sur la chronologie. Celle-ci est extrêmement difficile à comprendre, surtout en ce qui concerne la Résurrection et les évènements qui lui sont liés. Mais l’Evangile n’est pas un livre historique : il est une révélation. Il faut remarquer que le Seigneur est apparu le soir de Pâques aux Onze qui se barricadaient dans le Cénacle « par peur des Juifs ». La première apparition du Christ à Ses Apôtres a donc bien eu lieu à ce moment-là. Et le Seigneur les « envoie » (nous y reviendrons), souffle sur eux et leur donne le pouvoir – divin – de lier et de délier. Or St Matthieu nous donne une précision : les Onze se rendent « sur la montagne que Jésus leur avait désignée ». C’est donc bien le soir de Pâques (ou le dimanche suivant, avec Thomas) que le Seigneur leur a indiqué sur quelle montagne Il voulait les voir.
Les Onze se rendent donc sur cette montagne de Galilée, dont nous ne connaissons pas le nom8, où ils retrouvent le Seigneur qui les y a « précédés ». Cette expression surprenante a un sens : c’est en effet le Christ qui a ouvert la voie à la mission en Galilée, et c’est aussi Lui qui les conduira partout dans le monde, par le Saint-Esprit. Le Christ est le chef de l’Eglise, la tête du Corps, et c’est toujours Lui qui pilote la barque de l’Eglise et conduit Ses disciples, là où il faut lutter pour sauver les hommes. C’est Lui aussi qui précède les évêques et les prêtres dans cette Galilée qu’est le monde. Cette rencontre entre les Apôtres et leur Maître, leur cher Rabbi Ieshouah qui s’est relevé de la mort, n’est pas la première (il y a eu au moins celles du dimanche de Pâques et du dimanche suivant, avec Thomas), mais elle est importante pour le destin de l’humanité. Les Apôtres se prosternent devant Lui et L’adorent. C’est la seule fois dans l’Evangile où nous voyons tout le collège apostolique se prosterner devant le « vrai Dieu », le Fils de Dieu incarné. C’est un acte sacramentel : c’est l’image de l’Eglise à venir. St Matthieu ajoute quelque chose de terrible : « Mais quelques-uns eurent des doutes ». Cela peut nous paraître invraisemblable, mais le fait même de la résurrection de la mort dépasse l’intelligence humaine. Ces doutes ne seront balayés qu’avec la descente et la présence du Saint-Esprit : les Apôtres feront alors l’expérience intérieure de la résurrection du Christ. Ils entreront dans une véritable communion avec le Christ ressuscité. Pour l’instant, ils sont stupéfaits, écrasés. Jésus alors « s’approche » : Il les a laissé venir jusqu’à Lui et, ensuite, Il va vers eux. Il y a synergie. Et en trois phrases, trois logia divins, Il trace le destin de l’humanité jusqu’à la fin des temps, jusqu’à Son retour en gloire.
1. « Tout pouvoir m’a été donné dans le Ciel et sur la Terre ». Mais, étant Dieu, n’a-t-Il pas déjà tout pouvoir ? N’est-Il pas tout-puissant avec Son Père et l’Esprit ? Oui, comme Dieu Il a toujours eu tout pouvoir. Mais Il parle ici en tant qu’Homme. Cette toute-puissance Lui a été accordée en tant qu’Homme, Dieu-incarné, par Son Père. Mais elle ne lui a pas été accordée par favoritisme, par népotisme. Son Père la Lui a accordée, en tant que « Fils de l’Homme », parce qu’Il a été obéissant jusqu’à la mort. C’est parce qu’Il a accepté, en tant que Fils, de descendre au plus bas (en s’incarnant, puis en mourant) qu’Il sera élevé au plus haut des Cieux (lors de l’Ascension). Le Christ s’est acquis par Son obéissance tout pouvoir dans le monde spirituel et invisible (les Cieux) et dans le monde matériel et humain (la Terre). Cela confirme ce que le Christ avait dit à propos du jugement : « Et le Père Lui a donné le pouvoir de juger parce qu’Il est Fils de l’Homme [parce qu’Il s’est abaissé jusqu’à s’incarner] (Jean 5/27). Cette révélation est très importante pour nous, car cette toute puissance que le Christ a reçue en tant qu’Homme, Il peut la partager avec nous. D’où l’extraordinaire pouvoir des saints. Et elle doit nous consoler face aux malheurs et aux souffrances de la Terre (« Courage ! J’ai vaincu le monde » Jn 16/33).
2. « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit…». « Allez » : le soir de Pâques, aussitôt après Ses retrouvailles avec Ses disciples ébranlés, « terrifiés et saisis de peur » et après leur avoir donné deux fois Sa paix (« Paix à vous »), Il leur avait dit : « Comme le Père M’a envoyé, Moi aussi Je vous envoie » (Jn 20/21). Le Christ envoie Ses Apôtre dans le monde entier : c’est une mission universelle. La Galilée est la terre entière. Et Il leur commande de « baptiser les nations9 ». Cela signifie baptiser tous les hommes, non pas individuellement, mais dans leurs structures, dans leurs relations mutuelles. En fait, cela revient à dire : baptisez l’humanité, toutes les personnes humaines dans leur unique nature. Toutes les nations, tous les peuples, toutes les cultures et civilisations sont appelés à devenir chrétiens10 : c’est cela l’Eglise. C’est à rapprocher de la prophétie qu’Il a faite du jugement dernier : « Quand le Fils de l’Homme viendra dans Sa gloire, avec tous les anges…. toutes les nations9 seront rassemblées devant Lui [par les anges] (Mt 25/31-32).
Baptiser, en grec, veut dire immerger : dans quoi l’humanité va-t-elle être plongée, immergée ? Voici la révélation sublime – révélation explicite de la Divine Trinité – qui est le fondement de l’Eglise : les nations doivent être « baptisées au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit11 », elles doivent être immergées dans la Divine Trinité. C’est une recréation. De même que, au commencement du monde, l’unique volonté des trois personnes divines (« Faisons l’Homme…») avait créé l’Homme, chacune selon Son caractère hypostatique (le Père décidant, le Fils façonnant et l’Esprit-Saint vivifiant), de même maintenant toute l’humanité va retrouver la vie dans la Divine Trinité, parce que le Fils a donné Sa vie pour l’Homme. C’est un baptême « en Christ » parce que le Christ récapitule l’humanité, Lui le nouvel Adam, mais accompli au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, chaque personne divine coopérant à cette régénération selon Son caractère hypostatique.
Le Seigneur ajoute : « enseignez-leur à observer tout ce que Je vous ai prescrit ». Cela signifie : transmettez-leur l’Evangile12. Tout ce que Je vous ai dit et montré : dites-le, montrez-le, faites-le et apprenez-leur à le faire, à le pratiquer. Soyez des maîtres au milieu d’eux, comme Moi J’ai été votre Maître.
3-Et voici, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Je vais partir, rentrer m’asseoir sur le trône divin avec Mon Père et l’Esprit, dans Mon humanité déifiée, mais Je ne vous abandonne pas. Je vous envoie « comme des brebis parmi les loups », mais Je combats avec vous. Je suis là présent, tous les jours.
Comment le Seigneur est-Il présent, avec nous ? Il est présent invisiblement par le Saint-Esprit. C’est Lui qui conduit l’Eglise, par le Saint-Esprit. C’est l’Esprit-Saint qui actualise, en nous, la présence du Christ.
« Jusqu’à la fin du monde »13 : cela signifie jusqu’à la fin de ce monde, c’est-à-dire de l’éon de la chute. Après le jugement dernier, nous entrerons dans l’éon du Royaume de Dieu, là où Dieu sera tout en tous.
Père Noël TANAZACQ, Paris
Notes:

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team