Ajouté le: 18 Septembre 2010 L'heure: 15:14

Saint Jean, le trésor de la ville des chercheurs d’or[1]

Ta sollicitude pour ton troupeau dans son exil a préfiguré les prières que tu fais monter sans cesse au ciel pour le monde entier. Ayant connu ton amour, nous avons confiance, ô hiérarque Jean. Pleinement sanctifié par Dieu dans la célébration des très purs Mystères, et t’étant, par eux, fortifié toi-même, tu t’empressais vers les souffrants, médecin réconfortant. Hâte-toi de nous secourir, nous aussi qui t’honorons de tout cœur.

(Tropaire de Saint Jean de Shanghai et San Francisco)

Saint Jean, le trésor de la ville des chercheurs d’or[1]

Le père Serge Kotar est un des prêtres célébrants de la Cathédrale de la Mère de Dieu – refuge des affligés de San Francisco (cathédrale dont la construction a été achevée grâce à la sollicitude de Saint Jean).

Il a pris part à la découverte des reliques en 1993. En 1994 il a fondé la Saint John’s Academy, école orthodoxe pour les enfants jusqu’à 12 ans, où les cours se tiennent en anglais.

En véritable disciple du saint auprès des reliques duquel il ramène ses élèves chaque jour à la fin des cours, le père Serge reçoit avec joie et amour les pèlerins venus prier dans cette magnifique église.

Ioana Căpităneanu

Apostolia : En quelle année Saint Jean est-il venu ici?

Père Serge Kotar : Il est venu en 1962. Il est très intéressant le fait qu’il soit arrivé le jour de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu. Cela a beaucoup d’importance, puisque cette fête est liée à des moments très importants de sa vie.

Il est donc arrivé ici en l’automne de l’année 1962. Il a été très bien reçu par les paroissiens car la plupart étaient des fidèles qu’il avait amenés autrefois sur l’île de Tubabao (Philippines), des gens qu’il avait sortis de Chine, et aussi les orphelins qu’il avait sauvés là-bas (il avait l’habitude de recueillir les orphelins dans la rue).

Apostolia : Quand il est arrivé ici, il y avait beaucoup de problèmes liés à la construction de la cathédrale russe, n’est-pas ?  

Père Serge Kotar : A chaque fois qu’on essaie de bâtir une église surgissent des tas de problèmes, car le diable s’y oppose de toutes ses forces. Les gens qui avaient des responsabilités dans la construction de la cathédrale s’accusaient les uns les autres, et Saint Jean avait été envoyé afin de mettre fin à cette situation. Mais on lui a intenté un procès, suite auquel la cour l’a déclaré parfaitement innocent.

Apostolia : Comment a-t-il été reçu par les gens d’ici ?

Père Serge Kotar : Les gens savaient que c’était un saint homme, beaucoup d’entre eux avaient grandi sous son aile protectrice ; il était très impliqué dans les écoles, il s’investissait beaucoup dans l’orphelinat de Saint Tikhon. Il était très proche des gens, qui lui faisaient confiance, car ils savaient qu’ils pouvaient lui confier tous leurs problèmes. La plupart des gens l’ont donc reçu avec grande joie, mais il y en avait d’autres qui le trouvaient bizarre, qui n’arrivaient pas à comprendre sa façon de vivre ; ces personnes lui ont fait beaucoup de mal.

Apostolia : Comment se déroulaient les journées de saint Jean ?

Père Serge Kotar : Il était complètement en dehors du temps. Comme il ne dormait jamais, il n’avait pas de lit dans sa cellule. La nuit il allait souvent visiter les malades dans les hôpitaux.

Sa journée commençait toujours par les offices ; il avait l’habitude de toujours participer aux offices du matin, la plupart du temps il célébrait aussi. Il communiait tous les jours !!!

Il était très impliqué dans la vie des écoles, il prenait part aux examens dans les écoles religieuses, il était aussi impliqué dans les associations caritatives (il y en avait beaucoup à l’époque).

Il était impliqué dans tous les aspects de la communauté russe vivant à San Francisco.  

C’est ainsi que se déroulaient ses journées : il visitait des gens, des malades, il recevait des gens (la nuit aussi), mais son occupation la plus importante c’était les offices.

Apostolia : Quand est-t-il passé à la vie éternelle ?

Père Serge Kotar : Il était en voyage avec l’icône de la Mère de Dieu de Koursk, une icône russe miraculeuse (c’est une icône de la Mère de Dieu, écrite au 13ème siècle, et qui se trouve à New York, mais qui est amenée partout dans le monde).

Arrivé à Seattle, où se trouvait la dernière église de son diocèse, il a pris part aux Vêpres et a rendu visite à plusieurs personnes vivant dans les environs de l’église. Il est ensuite rentré dans la maison paroissiale qui se trouvait à côté de l’église. Il est monté dans sa cellule et peu de temps après on a entendu une chute. Il était tombé par terre mais il n’avait pas perdu connaissance ; on l’a alors assis dans son fauteuil. Il est parti au ciel peu de temps après.

Il fallait ensuite le transporter à San Francisco sans l’embaumer (le problème était qu’il fallait traverser plusieurs états – Seattle se trouve dans l’état de Washington, et il fallait traverser deux états pour arriver en Californie - Washington et Oregon). Mais avec l’aide de Dieu cela a été possible.

Mais à San Francisco on a dû faire face à un autre problème : à cause des tremblements de terre, il était interdit de faire des enterrements dans la ville-même. En demandant une dérogation aux autorités, en seulement quelques jours on a obtenu beaucoup plus : la Mairie a promulgué un arrêté qui permettait d’enterrer dans l’église les personnages ecclésiastiques de taille.

Apostolia : Quand a-t-on ouvert le cercueil ?

Père Serge Kotar : il a été ouvert le 12 octobre 1993, en silence, à minuit, en la présence de deux archevêques, de plusieurs prêtres et diacres et d’un seul laïc, qui pendant toutes les années s’étant écoulées depuis la mort de l’archevêque s’était occupé de la chapelle funéraire.

Le cercueil était placé dans un grand sarcophage en ciment. On a d’abord enlevé le couvercle, avec beaucoup de peine, et nous avons vu le cercueil recouvert par la mantya de l’évêque – la mantya couleur pourpre semblait neuve, comme si elle avait été placée là un jour auparavant. Nous avons écarté la mantya et découvert le cercueil ; en le voyant nous avons été terrifiés, car il était tellement endommagé qu’en le touchant du doigt, ce dernier pénétrait dans le cercueil. Nous avons essayé de le lever avec beaucoup de précaution, pour ne pas le casser. En l’ouvrant, nous avons constaté que le corps était recouvert d’une poudre blanche, et l’on n’a donc pas pu voir l’état des reliques du saint évêque. Après avoir nettoyé les reliques il fallait témoigner de l’état dans lequel on les avait trouvées : elles étaient intactes. Nous les avons retirées de l’ancien cercueil et placées dans un autre, en bois.

En janvier 1994 nous sommes retournés une seconde fois afin de laver le corps et de le vêtir de nouveaux habits. Mais comme aucun d’entre nous n’avait fait ça auparavant, on ne savait pas comment s’y prendre. On a d’abord lavé les reliques, très soigneusement, afin de ne pas les casser. Mais un des moines âgés nous a dit : « Frottez sans crainte, c’est dur ! » Et en effet, le corps entier était dur. Nous avons commencé à frotter et on a eu l’impression que le saint revenait à la vie – c’était impressionnant ! Nous avons ensuite lavé ses cheveux, qui étaient très longs. Notre archevêque a retiré les anciens habits et a revêtu les reliques de nouveaux habits. On les a ensuite placées dans le cercueil en bois. Mais nous nous sommes rendus compte que les cheveux du saint étaient mouillés ; c’est pourquoi je suis parti chez moi et j’ai demandé à ma femme : « Peux-tu me donner ton sèche-cheveux ? » Après avoir séché les cheveux, nous avons du faire face à un autre problème : on n’avait pas de croix à mettre entre les mains du saint. C’est pourquoi je suis à nouveau allé chez moi. Père Peter s’est lui aussi rendu chez lui et il est revenu en ramenant une grande croix en bois. Moi, j’ai apporté une petite croix, bien particulière, que le saint tient d’ailleurs entre ses mains. La façon dont j’ai reçu cette croix est bien particulière. A l’époque j’étais diacre et Vladika Antoine, qui a été archevêque après Saint Jean, m’a amené avec lui dans une église se trouvant à l’extérieur de la ville, qui devait être fermée. En fermant le saint autel, j’ai aperçu une très belle croix sur la table de l’autel. J’ai alors osé demander à l’archipasteur :

« Pourriez-vous me donner cette croix, si vous n’en avez pas besoin ? » Vladika a refusé, en disant : « Non, non, non, non. » Quand on a fini de tout ranger et qu’on s’apprêtait à partir, il m’a appelé et m’a dit : « Tiens la croix, elle est à toi ! » Beaucoup de gens se sont dit que l’Archevêque Antoine, qui était un très bon archevêque, avait été clairvoyant.

Nous avons donc mis les reliques dans la nouvelle châsse, nous l’avons refermée et laissée dans la chapelle pendant six mois, jusqu’à la glorification. Après ce laps de temps nous l’avons rouverte et célébré une pannychide. Nous l’avons ensuite placée au milieu de l’église où a été célébré l’office de glorification. Après l’office la châsse a été placée à droite dans la cathédrale, là où elle se trouve actuellement.

Apostolia : Que pouvez-vous nous dire sur les miracles opérés par Saint Jean ?  

Père Serge Kotar : La plupart ce sont des guérisons de personnes atteintes de cette terrible maladie qu’est le cancer.

Beaucoup de monde écrit des lettres à Saint Jean, en mettant son nom sur l’enveloppe, comme s’il était vivant. Nous, les prêtres, on les met sous la châsse et après on les brûle. Ces gens reviennent après en nous disant : j’ai prié Saint Jean et il m’a aidé.

Interview réalisée par Ioana Căpităneanu,
le 21 juillet 2010, à San Francisco

[1] La ville de San Francisco est appelée « la ville des chercheurs d’or ».

Saint Jean, le trésor de la ville des chercheurs d’or[1]

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