Ajouté le: 16 Avril 2010 L'heure: 15:14

Mon Père Théophile à moi

Père Theophile : liminaire

Mon Père Théophile à moi

Nous rendons hommage, dans ce numéro de la revue Apostolia, au père Théophile Părăian du Monastère Brâncoveanu de Sâmbăta de Sus. Tout au long de sa vie, le père Théophile a été glorifié par Dieu devant les hommes; par permission divine, il a quelquefois aussi, été offensé par certains. Cela n’empêchait pas le père Théophile de continuer paisiblement son œuvre, „en prolongation du monastère”, comme il aimait dire, à savoir „avec la bénédiction de son higoumène”.

Dans l’un de ses premiers interviews – justement en France, à Limours (résidence de notre Métropolite Joseph), en novembre 2008 –, le père commence par répondre à une provocation:

Question : „Père Théophile, à la question Qui est le père Théophile?, la plupart de ceux qui vous ont connu répondraient: un grand spirituel, ou bien: un grand père spirituel. Mais que dit le père Théophile de lui-même?

Père Théophile : S’il s’agit de répondre à la question qui je suis en tant que père spirituel, je dirais que je suis un grand père spirituel, un petit père spirituel et un père spirituel de rien du tout. Grand, pour ceux qui m’écoutent; petit, pour ceux qui ne m’écoutent pas; et de rien du tout pour ceux qui m’évitent. […]

Le père Théophile tenait déjà, dans sa vie ici-bas, l’offense pour une louange et le mépris pour de la gloire – comme il est dit dans les Apophtegmes des Pères du désert (Macaire, 2; De la considération, 47). A présent, quelques mois après son passage au Seigneur, nous pouvons d’autant plus appuyer son témoignage : le père Théophile sera toujours le même devant la face de Dieu, et nous allons lui rendre hommage, parce que nous l’aimons, disons-nous. Mais malgré notre bonne volonté, ces hommages vont perdre de leur force, et devenir commes des ailes impuissantes à monter devant Dieu, parce qu’ils nous feront honte en mettant en lumière notre boue; ils pourront même paraître offensants pour certains.

Pourtant, à travers nos nécessaires tentatives pour parler de lui – embarassés que nous sommes par notre ego –, nous comprenons qu’en fait nous le connaissons mal, mais que, de plus, nous ne parlons pas directement „du père Théophile”, mais „de l’œuvre de la grâce de Dieu” offerte par le père Théophile.

Mon père Théophile à moi

En 1992 j’ai commencé mes études de théologie à Sibiu, et ai connu Adrian C., avec qui je me suis lié d’amitié. Adrian m’a emmené pour la première fois chez le père Théophile à l’automne de cette même année – un peu comme Philippe a emmené Nathanaël au Seigneur. Lui et son ami de lycée Radu D. (tous deux originaires d’Arad, et aujourd’hui prêtres de l’Eglise), étant à la recherche d’un père spirituel, „choisirent” le père Théophile en 1991, en lisant les Entretiens spirituels du père Ioanichie Bălan. En 1991-1992, le père Théophile n’était pas encore célèbre, n’était pas pris d’assaut par les foules, et le Monastère de Sâmbăta était un hâvre de paix et de calme, malgré l’achèvement des constructions autour de la vieille église.

Je ne sais pas comment était le père Théophile à l’époque. Tout simplement, j’ai un souvenir très flou de notre première rencontre, tellement j’étais ému. Mais je me souviens très bien qu’il ne m’a pas permis de communier, sans que je sache pourquoi, ou peut-être simplement parce que je ne savais pas pourquoi! Mais à la Faculté de Théologie de Sibiu s’était formé, à la même époque, un petit groupe autour de l’évêque vicaire Seraphim (le métropolite Seraphim d’aujourd’hui), où l’on parlait, entre autres, de la vie spirituelle et de l’importance de la communion au Corps et au Sang du Christ. Etant moi-aussi un satellite de ce groupe, selon mes possibilités, je suis retourné quelques jours plus tard chez le père Théophile et je lui ai dit: „Mon père, vous savez, chaque fois que j’assiste à la Divine Liturgie j’ai un grand désir de communier.” Et lui m’a répondu en toute simplicité: „Alors bien sûr, si tu le veux, viens communier”. C’est ainsi qu’a commencé ma relation spirituelle avec le père Théophile. Ensuite, j’ai commencé à aller de plus en plus souvent à Sâmbăta, parfois même deux ou trois fois par semaine. Le père transmettait avec joie et paix sa façon d’être naturelle et sa sagesse. Et moi, je m’abritais le plus souvent possible à l’ombre de son aile. Lorsque je sortais de la confession, il me semblait que l’air, et la lumière même avaient une autre éclat et une autre consistance.

Une fois, en me tenant par le bras selon son habitude, dans le petit chemin où j’attendais une voiture d’occasion pour retourner à Sibiu, il me dit tout à coup: „Nous comprenons les paroles, mais non pas leur force.” Je n’ai pas osé lui demander ce qu’il voulait dire, et ses paroles m’ont poursuivi pendant des années. Aujourd’hui je me dis qu’il paraphrasait une autre parole des Apophtegmes, de l’Abba Antoine (apophtegme 28):

„Des frères sont venus chez abba Antoine et ils ont mis devant lui une parole [verset] du Lévitique. Alors l’ancien est sorti dans le désert et abba Ammona est allé le suivre en cachette, sachant ce qu’il avait l’habitude de faire. Et, lorsqu’il fut bien loin, l’ancien, en prière, cria d’une voix forte: « Mon Dieu, envoie Moïse pour m’éclairer cette parole!» A ce moment-là une voix forte lui parla. Alors abba Ammona dit: « J’ai entendu la voix qui lui parlait, mais la force [le sens] des paroles, je ne l’ai pas comprise ».”

Plus nous avançons dans la vie en Christ, plus la parole de Dieu se remplit de force de vie. Parce que les saintes paroles sont directement liées à la Parole-Verbe de Dieu, le Christ. Et Marc l’Ascète dit (De la loi spirituelle, c. 190, in: Philocalie, vol. 1): „Dieu est caché dans ses commandements. Et ceux qui Le cherchent, Le trouvent dans la mesure où il les respectent.”

A l’automne de l’année qui a suivi, je suis parti à Bucarest, et de là je revenais rendre visite au père une fois par mois. Lui, à son tour, logeait souvent chez nous lorsqu’il était de passage à Bucarest. Avec Adrian C. ou Sabin V., nous profitions de sa présence, pour lui poser des questions sur tout sujet, l’interviewer, enregistrer ses paroles, mais aussi transcrire ses conférences et ses interviews. C’est ainsi que nous nous sommes imprégnés de lui, d’une certaine façon, même si lui nous disait que chacun est unique et différent, et il racontait souvent comment il se chamaillait avec le père Seraphim (Popescu): „Tu voudrais qu’il y ait deux Seraphim? Non, l’un c’est Seraphim, et l’autre c’est Théophile”. Plus tard, le temps est venu pour chacun de nous de suivre sa voie, en nous révélant aussi „différents” du père Théophile.

En avril 1996, en rentrant d’une série de conférences, le père s’est arrêté à Techirghiol pour s’entretenir avec le père Arsenie Papacioc. Selon son habitude, il a enregistré leur discussion, pour son propre usage. Mais, arrivé chez nous à Bucarest, il nous l’a faite écouter. Tout à fait fascinant, cet entretien entre deux grands spirituels! Plus tard, il fut la base de l’un de ses livres les plus importants: Souvenir des pères spirituels que j’ai connus (Editions Teognost, Cluj-Napoca, 2003).

Plus tard, nous avons été séparés par 2.000 km. Plus tard encore, le père est passé au Seigneur.

Par ses prières, Seigneur, aie pitié de nous!

P. Iulian Nistea (Paris)

Mon Père Théophile à moi

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