Ajouté le: 8 Janvier 2010 L'heure: 15:14

Une belle vie…

Une belle vie…

Le Père Théophile Paraian a mis beaucoup de lui-même dans les nombreux discours que nous conservons par écrit ou sur des médias, et il s’est offert à nous. Plusieurs ont établi des collections de paroles du Père Théophile, vrais ornements de la pensée, pour le bénéfice et la joie de ceux qui prennent garde à elles. Quant à moi, je n’ai pas connu un autre Père Théophile que celui que j’ai reconnu dans les paroles qu’il nous a laissées. Je ne l’ai pas connu différent de ce qu’il disait qu’un moine doit être : « doux, bienveillant et joyeux » ; pas différent non plus de ce qu’il recommandait aux prêtres, d’avoir « le cœur d’un père, d’un frère et d’un ami ». Je peux aussi confirmer que dans le cœur du Père Théophile il n’y a que des d’entrées et aucune sortie, car le Père avait préparé, comme il disait, « les amis pour l’éternité ».

Par conséquent, je crois que la meilleure façon de présenter le Père Théophile est la valorisation de ses propres mots. Mais si l’image du Père Théophile, telle qu’elle se trouve inscrite dans la conscience et la mémoire de ceux qui l’ont connu, peut apporter un hommage au Père, aussi puis-je essayer à mon tour de partager quelques souvenirs.

J’ai rencontré le père Théophile pour la première fois dans l’été de l’année 1992, lorsque j’ai visité le monastère Brancoveanu de « Sâmbăta de Sus » avec quelques amis. A cette époque, bien que je sois désireux de recevoir des conseils spirituels, je n’avais pas de conseiller et je n’étais pas non plus parti vers Sâmbăta avec l’intention précise d’en trouver. Mon manque d’intérêt était illustré par le fait que j’ai réalisé assez tardivement que le père Théophile de Sâmbăta était aveugle. Par conséquent, la première rencontre avec lui a été pour moi une rencontre inattendue et non préparée, mais qui m’a produit une forte impression.

J’ai eu hâte de retourner au monastère de Sâmbăta dès que j’en ai eu l’occasion, impatient de me confronter à l’image que je m’étais faite lors de la première visite. Est-ce que j’étais sous l’effet d’une surprise amplifiée par l’émotion d’une première rencontre, ou avais-je bien entrevu la plénitude d’un miracle confirmé ? Je suis arrivé au monastère pour la deuxième fois, le cœur plein de désir et d’espoir de revoir le même Père Théophile que j’avais connu quelque temps auparavant. J’ai trouvé, avec l’aide de Dieu, le même Père Théophile, non seulement à l’occasion de toutes les rencontres dans l’année qui suivit, mais dans toutes les rencontres et toutes les circonstances de la vie. En toutes choses, je l’ai connu d’une stabilité et d’une tempérance admirables, et par cela il me semblait voir une œuvre non seulement humaine, mais aussi renforcée par la grâce de Dieu.

Il a été dit de Père Théophile, avant même qu’il n’atteigne l’âge de la vieillesse, qu’il n’avait pas la vue, mais qu’il était illuminé. Il y a plus de dix ans, lors d’une conférence d’ASCOR à Arad, un étudiant a demandé au Père Théophile s’il espèrait retrouver la vue dans le monde. Le Père a répondu à cette question: « Non. Et si dans le royaume des cieux Dieu me disait „Que tu restes comme tu es”, je répondrai en criant „Gloire à Toi, ô Seigneur, gloire à Toi!” »

Le Père Théophile se recommandait lui-même comme un homme de joie et je pense qu’ainsi il demeurera dans la conscience de ceux qui l’ont connu. Moi aussi j’ai appris de père Théophile que la joie est un devoir pour les fidèles, et que Dieu se hâte de la rendre complète et de la faire croître. Dieu, disait le Père, nous donnerait plus de joie, autant de joie qu’on peut porter, à condition que nous menions une vie que Dieu puisse bénir. Par conséquent, à ceux qui souhaitent partager sa joie, le Père révélait: « D’abord c’est le devoir, ensuite c’est la joie! »

A l’abri de la persévérante effusion de joie du Père Théophile, il me semble que nous n’apercevions pas le fait que le Père Théophile, avant de devenir un homme de la joie, fut un homme du devoir. Un homme du devoir monastique, un homme du devoir en tant que serviteur de l’Autel, un travailleur spirituel en toutes circonstances. Lorsque j’ai connu le Père Théophile, il était déjà parvenu à certaines conclusions qu’il proposait à ceux qui voulaient être enseignés par lui, et la peine qu’il s’était donné pour les acquérir semblait appartenir au passé. En réalité, les efforts du Père passaient souvent inaperçus, tels que le simple fait qu’il passait des heures à écouter les confessions même pendant les saisons froides dans une chapelle sans chauffage. Ce détail était si ignoré, qu’il semblait presque faire partie du typikon. Peut-être les moines du Monastère Brâncoveanu nous feront mieux connaître les travaux du Père Théophile ; mais toutefois, si nous apprécions déjà chez certains orthodoxes principalement le jeûne et la veille, le travail des mains et la patience, il sera plus difficile de se rappeler une règle spécifique de l’ascèse concernant le père Théophile. Il se pourrait même qu’au fil du temps, ses nombreux mais peu connus exercices ascétiques soient assimilés à la joie même, de telle manière que le Père reste dans notre mémoire comme un travailleur « de la Joie d’en haut ».

Le Père Théophile signifie pour moi aussi un excellent exemple d’obéissance spirituelle envers son confesseur et prédécesseur, le Père Séraphin Popescu. Partout où il a fait des discours, le Père Théophile a mis devant les auditeurs la personne du Père Séraphin, en mentionnant en particulier son exhortation: « dépassez-vous et offrez-vous », qu’il a lui-même accompli selon la providence divine. En effet, Dieu a permis au Père Théophile de dépasser sa situation à bien des égards, l’ordonnant prêtre sans tenir compte de son infirmité. En tant que Père spirituel et prédicateur, le Père s’est donné à tous ceux qui souhaitaient une direction spirituelle ou cherchaient conseil.

Parmi les apophtegmes des Père du désert que le Père Théophile répétait souvent on comptait la parole de Saint Antoine le Grand: « Le grand œuvre de l’homme c’est qu’il mette son erreur à sa charge devant Dieu et qu’il attende la tentation jusqu’au dernier souffle ». Le Père Théophile a accompli aussi ce mot, en restant jusqu’à sa dernière journée de maladie, de souffrance et de tentation, le même Père Théophile, multiplicateur de joie. Bien qu’il se préparât à sa mort qu’il avait prédit, la maladie et la douleur imprévue furent une dernière épreuve avant son départ. Toutefois, même sur son lit de souffrance, il a laissé à ses proches l’assurance que, finalement, « cette vie aussi fut belle ».

Pour ceux qui ont connu le Père Théophile, il n’y a aucun doute que le Père a changé une belle vie pour la vie parfaite. On sait que le Père Théophile lui-même ne doutait pas d’aller au paradis, non pour ses actions, mais pour la miséricorde de Dieu, « qui n’a personne à perdre ». Ainsi, le passage du Père Théophile vers l’éternité semble, dans une parfaite continuité logique, une mutation du monastère de Sâmbăta – « l’antichambre du ciel et l’endroit des accomplissements » – vers le paradis de Dieu.

P. Cătălin Cordoş (Lyon)

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