Au vénérable ordre monacal, au révérend clergé, et à tous les fidèles orthodoxes qui écoutent ou lisent cette Lettre Pastorale, La grâce, la paix et la joie de la part du Christ Ressuscité des morts, et de notre part, pontificale bénédiction, et la salutation ancestrale : LE CHRIST EST RESSUSCITÉ !
Le Carême de Pâques est fini, mais comme on peut le voir, le temps de notre jeûne n’est pas encore fini complètement... Car nous continuons à jeûner de la fréquentation de l’église et de la communion au Saint Corps et au Sang du Seigneur, nous jeûnons de la rencontre avec nos frères dans la foi et de l’accolade pascale, nous jeûnons de la liberté de bouger et de sortir nous promener avec nos enfants, nous jeûnons de la possibilité de visiter nos parents et nos proches, nous jeûnons de tous les festivals et les projets liés à la Fête de la Résurrection du Seigneur...
La célébration de la Résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ, cette année, nous trouve donc dépourvus de toute perspective de manifestation publique vers l’extérieur, y compris de la possibilité de nous déplacer à l’église afin de recevoir la Lumière Sainte. Mais même si la perspective extérieure est fermée, si nous suivons l’exemple du Seigneur d’entrer dans notre chambre et de fermer la porte afin de prier notre Père dans le secret (cf. Mt. 6, 6), nous allons découvrir qu’une autre perspective s’ouvre à nous, une perspective intérieure, vers l’homme caché du cœur (cf. 1 Pierre 3, 4).
Même si nous ne connaissons plus la voie vers l’homme intérieur (cf. Éphes. 3, 16) et même si la descente vers l’intérieur peut effrayer les non-initiés, il est bon de savoir que la perspective de se retrouver soi-même et se rassembler pour échapper à la dispersion dans laquelle nous avons grandi et nous avons parfois été éduqués, dès notre plus tendre enfance, représente une occasion que nous devons saisir, une occasion «plutôt unique que rare», comme on dit en italien, de retrouver notre manière de vivre qui correspond au fondement que l’on a placé en nous, par le Baptême, mais dont souvent nous nous sommes éloignés, et qui nous est devenu quelque peu étranger...
Et voici, par exemple, ce que nous dit le Saint Apôtre Paul : Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. (Rom. 6, 3-4). Et il ajoute : vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé. Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout et en tous. (Col. 3, 9-11).
Ceci veut dire que, par le baptême, nous sommes devenus participants à la mort du Christ et nous nous sommes dépouillés du vieil homme et nous avons revêtu le nouveau, parce que nous sommes nés à nouveau, de l’eau et de l’Esprit (cf. Jn. 3, 5), et ce qui est mort, c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. (cf. Rom. 6, 10). A savoir, par le baptême, nous sommes devenus participants non seulement à la mort du Christ, mais aussi à Sa Résurrection, car en effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection (cf. Rom. 6, 5). Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. (1 Cor. 12, 13). C’est ainsi que nous sommes devenus le Corps du Christ et Ses membres, chacun d’entre nous (cf. 1 Cor. 12, 27). Et si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature (2 Cor. 5, 17) ! Et son corps devient temple (naos, nef) du Saint Esprit Qui est en lui, Qu’il a reçu de Dieu, par le baptême (cf. 1. Cor. 6, 19).
Celui qui regarde vers l’homme intérieur ne rencontre pas seulement son «vrai soi» – l’être nouveau –, mais il rencontre le Christ mort et ressuscité, Qui Se trouve au fondement de notre vie, à partir du baptême. Mais afin de pouvoir entrer dans la chambre de notre âme, nous devons en découvrir la clé, ou bien, comme on dit dans la modernité, «le mot de passe». Et le mot de passe qui ouvre la perspective vers notre intérieur est «Seigneur, Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur !” ou, plus brièvement, «Seigneur aie pitié !».
L’invocation du Nom de Celui Qui nous a promis qu’Il sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps (cf. Mt. 28, 20) nous révèle dans notre cœur Celui qui y a été appelé et y a été présent dès notre baptême, et rend celui qui invoque le Nom du Seigneur participant à la grâce et la vie de Celui qui est invoqué. Et ce n’est pas tout. Mais quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé (Actes 2, 21 ; Rom. 10, 13) ! Recommençons donc à invoquer le Nom de Celui à Qui nous croyons comme notre Roi et Dieu, de Celui que nous confessons comme vrai Dieu de vrai Dieu, Qui est consubstantiel au Père et Qui reviendra en gloire juger les vivants et les morts. Car heureux est l’homme qui met sa foi dans le Nom du Seigneur (cf. Ps. 39, 6). Et le Seigneur Dont nous invoquons le Nom, Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. (Hébr. 13, 8).
Et comme nous allumons, cette année, notre bougie à notre propre veilleuse, de même, l’invocation du Nom du Seigneur rallume la veilleuse de Sa présence dans notre cœur, à laquelle nous pouvons allumer la chandelle de la foi qui éclairera notre voie vers l’éternité, quelles que soient les conditions dans lesquelles il nous sera donné de vivre. Il n’est pas besoin de crier le Nom du Seigneur, pour qu’Il nous entende... Il suffit de murmurer, de chuchoter ou de penser, pour que Celui Qui voit dans le secret entende et réponde. Et celui qui écoute avec attention et avec un cœur ouvert et confiant la réponse du Seigneur, il pourra entendre comme un écho, comme un murmure doux et léger (cf. 1 Rois, 19, 12), qui traverse le ciel et la terre, en disant : le Christ est ressuscité !... le Christ est ressuscité !... le Christ est ressuscité !...
Même si nous n’avons plus l’habitude de déceler la voix douce et légère du Seigneur Qui a fondé Son Royaume à l’intérieur de nous (cf. Lc. 17, 21), soyons persuadés qu’Il EST en nous et avec nous, tous les jours, c’est la Vie de notre vie et Il est plus proche de nous que notre propre respiration et nous est plus intérieur que notre pensée la plus secrète. C’est celui qui sonde les reins et les cœurs (cf. Jérémie 11, 20), le Connaisseur des secrets, Celui Qui sait tout avant que cela se fasse (cf. Suzanne 1, 42), et la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est à nu et à découvert aux yeux de Celui à Qui nous devons rendre compte. (Hébr. 4, 12-13).
La période de contraintes qu’il nous a été donné de traverser constitue aussi une occasion providentielle, pour reprendre, chacun d’entre nous, notre rapport personnel et immédiat avec le Christ Vivant, Qui, pour nous et pour notre salut, est mort et a ressuscité, se tient à droite du Père et Il reviendra en gloire, juger, sauver et renouveler toute Sa création. C’est le moment de mettre notre espoir en Dieu plus que dans les hommes et dans leurs «pouvoirs». C’est le moment de faire attention au temps que nous vivons, car c’est l’heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche (cf. Rom. 13, 11-12). Par conséquent, si nous sommes ressuscités avec le Christ, affectionnons-nous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre car nous sommes morts, et notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. (cf. Col. 3, 1-3). Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme nous donnera ; (cf. Jn. 6, 27). Quoi que nous fassions, œuvrons de tout notre cœur, comme pour Dieu et non pas comme pour les hommes, sachant bien que c’est du Seigneur que nous allons recevoir la récompense de l’héritage ; car c’est le Seigneur Jésus-Christ que nous servons (cf. Col. 3, 23-24). Soyons donc attentifs et utilisons le temps présent pour réorienter notre vie dans la direction et vers le but qui est en continuité avec le fondement placé en nous, par le Baptême, et ne revenons pas à notre vie d’avant, de peur de perdre le profit acquis.
Dans le Christ ressuscité, Dont nous découvrons la présence dans notre cœur, nous ne sommes pas seuls, mais nous découvrons l’Homme entier, l’Adam total, et nous devenons participants à la compassion et la miséricorde du Fils de l’Homme, le Vainqueur du péché et de la mort, envers tous les malades et ceux qui les soignent, envers tous les nécessiteux, les errants, les démunis, les affligés, les exilés, les esseulés, les découragés ou les abattus de ce monde ; envers tous ceux qui souffrent de la faim ou de la soif ou à cause de l’épidémie ; envers tous ceux qui subissent des tremblements de terre, le déluge, le feu, le glaive, l’invasion de peuples étrangers ou la guerre civile ; envers tous les persécutés, les opprimés, ou qui ne reçoivent pas le salaire de leur travail, ou à qui leur prochain fait violence ; envers tous ceux qui sont esclaves de leurs propres passions, faiblesses ou impuissances ; envers toutes nos sœurs qui attendent un enfant ou qui mettent au monde leur enfant, envers tous les enfants et les jeunes, envers les parents qui les engendrent, les élèvent et leur donnent une éducation chrétienne ; envers tous ceux qui nous aiment ou nous haïssent, qui nous font du bien ou qui nous font du mal ; envers les veuves et les orphelins et envers tous ceux qui souffrent pour le décès de leurs parents, de leurs amis ou de leurs proches, tout comme envers tous ceux qui se sont endormis depuis la nuit des temps, ancêtres, pères et mères, frères et sœurs, envers toute âme chrétienne orthodoxe qui repose ici et en tout lieu et envers tous ceux, depuis Adam et jusqu’à aujourd’hui, que plus personne ne commémore et que seul Dieu connaît... Avec tous ceux-là, avec tout l’Adam, dans lequel sont compris aussi tous ceux qui depuis des siècles ont été agréables à Dieu – les Saints, et en premier lieu la Très Sainte Théotokos –, nous célébrons aujourd’hui et nous chantons : Le Christ est ressuscité !
C’est ainsi que vivent ceux qui sont un seul corps dans le Christ et sont chacun membres les uns des autres (cf. Rom. 12, 5), et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. (1 Cor. 12, 26). Aimons-nous donc les uns les autres ; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu (1 Jn. 4, 7). Mais n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité (1 Jn. 3, 18).
En faisant mémoire, en ce jour de Fête, de tout ce qui a été fait pour nous par le Dieu Qui aime les hommes : la Passion, la Croix, le Tombeau, la Résurrection du troisième jour, l’Ascension au ciel et le second et glorieux nouvel Avènement, louons-Le, bénissons-Le, et remercions le Sauveur Jésus-Christ ressuscité des morts, car c’est à Lui que convient toute gloire, honneur et adoration, avec le Père et le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
LE CHRIST EST RESSUSCITÉ !
Avec notre paternelle accolade dans le Christ Ressuscité, votre père qui prie Dieu pour vous pour tout le bien et qui vous souhaite le salut,
† Évêque SILOUANE de l’Évêché Orthodoxe Roumain d’Italie

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