Descendu du Ciel, Dieu s’est fait homme et partagea notre condition, puis Il s’est humilié jusqu’à nous laver les pieds, lorsque le Jeudi qui précédait sa Passion, Il s'est ceint d’un linge et lava les pieds de ses disciples. Par ce geste d’humilité extrême, Il nous a pardonnés, Il nous a lavés de tout, car en effet les pieds représentent le lieu où s’accumulent toutes les saletés. Le Christ ne pouvait montrer plus grande humilité que par ce geste, point culminant du témoignage de l’humilité de Dieu devant les hommes. Ne l’oublions jamais.
Peu de gens de nos jours comprennent qui est Dieu. Beaucoup Le perçoivent comme quelqu’un de lointain, qui nous juge, qui nous attend au tournant pour voir quel péché nous allons encore commettre et nous en punir, mais la majorité des gens ne semble pas connaître Dieu et son Fils, le Christ, tel qu’Il est. Or tel est notre Dieu : Il a tellement souffert et souffre dans son amour une telle douleur pour notre péché, qu’Il est venu nous en laver, nous en purifier. Or, « si le Christ a accepté de prendre le visage de chaque pauvre et s’est fait Lui-même semblable à tout pauvre, – écrit Saint Syméon – c’est pour qu’aucun de ceux qui croient en Lui ne s’élève au-dessus de son frère, mais que chacun, voyant son frère et son prochain comme son Dieu, considère que c’est lui le plus petit et non son frère, qu’il l’accueille et qu’il se dépouille de tout ce qu’il a pour le servir, comme le Christ notre Dieu a versé tout son sang »1.
Méchanceté, cruauté, égoïsme, mais avant tout c’est l’orgueil qui nous ronge et nous détruit de l’intérieur. Lorsque nous sommes entêtés et ne renonçons pas à notre volonté propre – qui la plupart du temps est mauvaise –, lorsque nous renonçons à faire le bien pour agir contre les autres, lorsque nous cherchons à imposer aux autres notre opinion ou notre volonté, tout cela constitue le mal essentiel que nous portons en nous, l’orgueil. C’est cela que le diable tend malicieusement à nos cœurs, mais c’est aussi de cela que le Christ nous a lavés et guéris. Il nous a en réalité lavés de la mort, car après être monté sur la Croix, après sa mort et sa résurrection, nous ne sommes plus sujets à la mort.
Ainsi sauvés de la mort par le Christ, nous devrions être différents des autres hommes, nous devrions être croyants, croire en dépit de toutes les faiblesses humaines que le Christ est le Sauveur du monde. Voilà comment le Christ est venu nous donner l’exemple. Désormais il nous est facile de nous pardonner les uns les autres, puisque nous aussi avons été pardonnés. Et sachant que moi aussi je suis pécheur, je peux m’humilier devant l’autre, me rabaisser et lui demander pardon, prendre sur moi ce qu'il a fait de mal s’il ne le reconnaît pas, et prendre sa faute sur moi et la porter, selon l’exhortation de l’Apôtre : « C’est un devoir pour nous, les forts, de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît »2.
« L’homme spirituel cache les fautes d’autrui, – écrit Olivier Clément – comme Dieu protège le monde, comme le Christ lave de son sang notre péché, comme la Mère de Dieu étend sur les hommes le voile de ses larmes... »3. Ainsi, en cachant et prenant sur moi les manquements de mon frère, je serai alors surpris de voir comme il va changer, lui qui ne pouvait reconnaître sa faute. En effet, lorsque nous trouvons la force de pardonner, nous nous rendons compte qu’un beau jour le péché de notre frère disparaît, tout simplement, il n’existe plus. Et l’on se demande alors comment il a pu disparaître si inopinément. Serait-ce parce que moi je l’ai pardonné ? Serait-ce que Dieu a permis sa faiblesse pour me faire avancer moi spirituellement ? Nous en ignorons la raison. Mais nous savons que rien ne se passe dans notre vie sans que Dieu le sache. Pourtant, bien souvent nous ignorons cela, et cherchons à résoudre nous-mêmes les conflits selon notre intelligence humaine et notre cœur déchu. Dès que les choses ne fonctionnent pas avec quelqu’un, on le tue, on veut le faire disparaître, parce qu’il nous dérange et que nous ne pouvons pas envisager de vivre avec lui. Nous trouvons n’importe quel prétexte pour ne pas nous changer nous-même, changer de vie. C’est cela que nous cultivons en nous.
Or voilà que le Seigneur nous montre une autre voie : porter les faiblesses de mon frère. Et il est tout à fait surprenant de voir qu’une fois que nous avons lavé notre prochain de nos larmes spirituelles, son péché est effacé, supprimé. « Quand tu veux exhorter quelqu’un au bien, – écrit Saint Isaac – accorde du repos à son corps, puis honore-le d’une parole pleine de charité. Rien n’incite autant l’homme à avoir honte de lui-même et à s’améliorer, que de recevoir de toi les biens du corps et de se voir honoré par toi »4. Et c’est ainsi partout dans le monde, à l’école, en famille ou au travail, car l’homme ne peut voir la bonté de Dieu que lorsqu’il goûte à la bonté d’un homme. Il ne peut comprendre l’amour de Dieu que s’il goûte à l’amour de quelqu’un qu’il voit. Si nous ne montrons pas d’amour à notre prochain, si nous ne lui en donnons pas nous-même le premier, comment apprendra-t-il à aimer ?

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