« Telles sont nos pensées, telle sera notre vie. » Starets Thaddée
L'importance des pensées dans notre vie
Tout dans cette vie terrestre est lié à nos pensées : toutes nos tâches, tous nos efforts, tous nos mouvements. L'homme s'exprime par des pensées, non par des paroles ; nous ne cessons d'être en conflit de pensées … notre vie est à l'image des pensées qui nous occupent.
Tout est pensée
Au cours des soixante année de sa vie monastique, le Père Thaddée se souvient d'avoir été affecté à deux reprises au monastère du patriarcat de Peć. Ce fut d'abord avant la Seconde guerre mondiale, puis en 1949, conformément au souhait du patriarche Gabriel (Dozić) ; il en assuma la direction jusqu'en 1955.
Tout est pensée et la mémoire est pensée, poursuit l'higoumène. Nous sommes toujours en train de penser. Mais nos pensées ne sont pas secrètes. Elles sont publiques, elles se manifestent au cours de notre existence. Quand quelqu'un pense à nous, nous sentons ce qu'il pense, ce qu'il souhaite, quelles pensées il nous adresse. Nous voyons par nous-mêmes que nous n'avons besoin de personne pour savoir si quelqu'un nous aime et nous respecte ou non. Cela se sent, transparaît de la personne en question. Cela signifie que les traits de caractère d'un individu s'édifient par le biais des pensées. Nous sommes à l'image des pensées qui nous occupent.
Nous devons nous efforcer, pendant cette brève existence et avec l'aide de Dieu, de bâtir notre caractère sur le modèle de la générosité. Le Seigneur a dit que le Royaume céleste ne se montrera pas ici ou là-bas. Il se trouve en nous et au milieu de nous, c'est la justice, la paix et la joie.
Le peuple vétérotestamentaire n'a pas été en mesure d'accueillir l'amour infini de Dieu. Il n'a donc pas été en mesure de recevoir Ses commandements, ce qui a entraîné les méfaits bien connus : œil pour œil et dent pour dent. Même aujourd'hui au sein du monde chrétien, sans parler des autres religions, on s'en tient toujours à cette règle vétérotestamentaire, ce qui fait que nous continuons à être entourés par le mal. De nombreux désagréments nous entourent dans notre existence, qui détruisent notre paix intérieure. Nous ne sommes même pas capables de pardonner à notre frère, sans parler des autres.
Dès que de mauvaises pensées nous occupent, nous devenons mauvais en nous-mêmes. Il ne sert à rien de considérer que nous sommes bons si le mal s'attarde en nous. Comme chrétiens, nous ne devons même pas avoir une pensée mauvaise en nous, encore moins la mettre en œuvre ; cela signifierait que nous n'avons pas la force de nous y opposer.
En nous cependant, résident la force divine, la vie divine et l'énergie divine. En nous présentant devant Dieu au jour du Jugement dernier, nous devrons rendre compte comment nous avons utilisé la force divine, la vie et l'énergie qui nous ont été données et montrer si nous avons contribué ou non à l'harmonie universelle.
Nos pensées n'agissent pas seulement sur nous et sur les autres êtres raisonnables ainsi que sur le monde animal et végétal, elles influent aussi sur l'éternité. Avec nos pensées, nous ne troublons pas seulement la paix sur le globe terrestre, nous propageons aussi le mal dans le cosmos. Tout le genre humain récolte le fruit de ses pensées et de ses désirs. Le genre humain originel a dû être noyé sous les eaux à cause de mauvais désirs et de mauvaises pensées. Nous voilà tellement enfoncés dans le mal et incapables de nous en libérer que des temps pareils s'approchent de nouveau de nous.
La seule issue, avec l'aide de Dieu, est une transformation de l'intérieur, de tout notre cœur.
Puisque l'énergie divine est en nous, il importe que tout notre être soit relié à la Centrale de la vie, au Seigneur, afin que cette énergie reçoive la force divine et que nous ne soyons pas enrôlés par le mal.Tournons-nous donc vers le bien afin que le bien soit en nous et autour de nous. En nous concentrant sur le bien et les pensées tournées vers Dieu, nous aurons la paix intérieure. Cette paix rayonnera à travers nous et autour de nous, ce qui contribuera à changer les choses. Tous ceux qui ne sont pas sous l'emprise du mal ou d'ambitions terrestres propres à perturber leur paix intérieure ou à peser sur elle, ressentiront une telle paix.
Une seule âme peut, dans n'importe quel milieu, apporter une forte contribution dans ce sens. C'est notamment le cas d'un maître de maison. Celui-ci doit s'efforcer d'ordonner ses pensées de façon telle qu'elles soient toujours placées sous le signe de la paix et de la sérénité. Ses soucis et ses malheurs, il doit les remettre au Seigneur.
Le Seigneur a pris sur Lui tous nos soucis et nos malheurs en disant qu'Il prendra soin de ce que nous mangeons, boirons ou nous vêtirons ; en nous crispant sur nos soucis et nos malheurs, nous nous tourmentons nous-mêmes ainsi que notre famille et tous ceux qui nous entourent.
Établir d'abord la paix en nous-mêmes
Quand je suis accablé de soucis et que je souhaite assumer seul les problèmes domestiques du monastère au lieu de les remettre au Seigneur, les malheurs apparaissent pour moi et les frères de la communauté : la tâche la plus facile se fait mal. Mais quand je remets au Seigneur tous les soucis qui m’incombent, alors l'affaire la plus délicate se dénoue avec facilité. Il n'y a plus de tension, et les rapports au sein de notre communauté sont paisibles et sereins.
On voit ainsi à quel point nos pensées représentent une puissance terrible, une puissance perturbatrice ou apaisante. Il faut alors s'efforcer d'établir la paix au sein de notre foyer, notre famille et notre pays car un pays constitue une famille.
La paix doit d'abord régner en nous-mêmes ; alors elle régnera autour de nous. Tant que nous n'avons pas établi la paix en nous, il n’y a pas de paix aux alentours. Si le maître de la maison ne possède pas la paix en lui-même, il en sera de même dans sa famille, tout cela à cause de ses pensées. C'est pourquoi il importe de nous remettre nous-mêmes ainsi que nos proches à Dieu et de prier sans cesse. Dieu est énergie, force et puissance, joie et consolation ; quand nous Le recherchons, Il nous accorde Sa paix divine. Par la prière, nous aspirons la force divine en nous.
Le Seigneur est présent partout ; sans Sa Providence et sans Sa permission, rien ne saurait se produire ni sur le globe terrestre ni dans l'éternité. Si nous consolidons cette pensée en nous, les choses nous seront plus faciles. En effet, si Dieu permettait que nous fassions ce qui nous plaît et comme nous le souhaitons, alors une catastrophe se produirait. On ne peut pas imaginer le chaos terrible qui interviendrait dans le cosmos. De diverses manières, Dieu nous rappelle Sa présence. Or nous l'oublions rapidement, notamment quand tout va bien pour nous. Nous oublions que notre présence ici-bas est provisoire et nous imaginons que nous nous y trouvons pour des siècles ; mais quand les malheurs surviennent, nous crions : « Seigneur, au secours ! » Pourquoi dès lors ne pas essayer de modifier nos traits de caractère en les orientant vers le bien ? Dieu nous commande de prier pour nos ennemis, non à cause de Lui mais à cause de nous-mêmes. En effet, tant que nous gardons en nous le souvenir des offenses infligées par des adversaires, amis ou parents, nous n'avons ni paix ni repos. Si les chefs de famille n'en possèdent pas, leurs proches n'en auront pas non plus. En fait, avec de telles pensées, nous nous tyrannisons nous-mêmes. Aussi convient-il d'apprendre à soi-même comme à autrui que la paix divine doit régner partout. Tous ceux qui nous entourent, non seulement les êtres humains mais aussi les bêtes et les plantes, nous réclament de l'attention et de l'amour. Tout est lié dans le monde. Il nous est impossible de vivre sans le monde végétal, comme le monde végétal ne peut vivre sans nous : nous sommes tous membres de la même espèce.
« C'est pourquoi il faut prier le Seigneur afin qu'Il nous donne la puissance et la force de devenir bons, généreux, paisibles, tout amour et toute bonté. Je souhaite que la paix et la joie du Seigneur pénètrent dans votre foyer, dans notre pays et chez tous les hommes à travers le monde », nous transmet le Père Thaddée du monastère de Vitovnica.
Texte extrait de : Starets Thaddée – Paix et Joie dans le Saint Esprit, Éd. l'Âge d'Homme, Chap. 8.
Le futur Père Thaddée est né le 19 octobre 1914 dans une famille d'agriculteurs. À l'âge de 18 ans, il tombe gravement malade des poumons, si bien que les médecins concluent qu'il n'a plus que 5 ans à vivre. Il quitte l'hôpital sur sa propre initiative et décide de consacrer ces 5 années qu'il lui reste à vivre, entièrement à Dieu et de les passer dans un monastère. Sa foi lui obtient la guérison auprès de Dieu. Il devient novice dans le Monastère de Miljkovo, qui accueille à cette époque des moines russes réfugiés en Serbie après avoir été chassés du célèbre monastère de Valaam, conduits par le merveilleux archimandrite Ambroise (Kourganov), fils spirituel de saint Ambroise d'Optino. Il deviendra le père spirituel du futur starets Thaddée, ce qui imprégnera sa spiritualité dans la lignée de celles des startsi d’Optino et du monastère de Valaam. Le 11 mars 1935, il y devient moine et la même année, il est ordonné diacre. Il part ensuite s'installer au Monastère de Rakovica, où il est ordonné hiéromoine en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté et emprisonné à deux reprises en raison de ses activités pastorales, avant d'être libéré. Lors de sa seconde arrestation en 1943 il est condamné à mort ; Dieu lui accorde alors une vision miraculeuse, un ange lui apparaît le rassurant qu'il sera sauvé et qu'il lui reste encore un grand nombre à consoler et à fortifier. Au bout d'un mois d’emprisonnement, il est transféré à la prison au monastère de Volkilovica où il est confiné aux côtés de l'évêque Nicolas Vélimirovitch (Saint Nicolas de Jitcha). Il sera également régulièrement persécuté par les autorités communistes yougoslaves au cours du temps.
Durant sa vie, il est transféré dans plusieurs Monastères par son Évêque, et finit par devenir Higoumène du Monastère de Vitovnica en 1962 où il restera 10 ans. En 1972 il est nommé higoumène du monastère Pokajnica. Jusqu'en 1975 il vit complètement retiré, avant de redevenir en 1981, l'higoumène du monastère de Vitovnica. Obéissant au Conseil de l’Église, le starets Thaddée entreprend alors une nouvelle ascèse de service spirituel sans relâche, qui se prolongera jusqu'à sa mort. A partir des années 1980, un nombre sans cesse croissant de pèlerins commence à affluer auprès du starets Thaddée. Les conversations, recommandations, conseils spirituels et lectures de prières durent des heures, tard dans la nuit. Son don pastoral et sa vie sainte font venir beaucoup de visiteurs qu'il accueille et conseille toujours avec amour. Il a également écrit au cours de sa vie de nombreux articles spirituels. Après une longue maladie, « tout en se perfectionnant jusqu'à la fin, même très affaibli par la maladie, dans « l'amour et la paix du Christ » le starets Thaddée est rappelé à Dieu le 14 avril 2003.
Serviteur infatigable de la Divine Liturgie, pratiquant infatigable de la prière de Jésus, père spirituel et médecin infatigable de milliers d’âmes fidèles, le starets Thaddée de Vitovnica a vécu au milieu des serviteurs serbes du Christ, dans la spiritualité philocalique des Pères perpétuellement vigilants, et a confirmé par sa vie l'expérience de Saint Séraphim de Sarov : « Trouve la paix (acquiers l'Esprit Saint) et des milliers seront sauvés autour de toi ! »
Sources : extraits de l'introduction à la vie du starets Thaddée de Matej Arsenijevic, ainsi que de Wikipédia.

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