Toute personne qui a parcouru les contrées des monastères Sihăstria et Sihla a ressenti, d’une certaine manière, la mémoire vivante que les hommes et les lieux gardent du Père Païssios Olaru. Son ancienne cellule de Sihla est un lieu de pèlerinage. A son tombeau, il y a toujours des cierges allumés et des personnes qui y viennent pour prier, et si le sujet est abordé, les interlocuteurs clercs ou laïcs – racontent toujours des histoires spirituelles sur le père Païssios. Un voile de mystère enveloppe pourtant la vie intérieure de père Païssios, vécue dans la discrétion et la solitude, sans prêcher aux foules comme père Cléopas l’avait assumé avec sacrifice, mais en recevant et en construisant une relation personnelle avec des milliers et des milliers de personnes autour du Saint Sacrement de la Confession. Son élévation spirituelle atteste le surnom unique qui lui a été attribué, dans un pays qui a connu plusieurs grands spirituels : « Père Païssios, le père spirituel ».
Le samedi 22 février 2014 nous avons eu la joie et le privilège d’être initiés au mystère de la vie et de l’expérience spirituelle du père Païssios grâce à la journée qui lui a été consacrée dans le cadre du cycle « Grands Spirituels » initié par le Département culturel de La Métropole Roumaine, avec la bénédiction et la participation de Monseigneur Métropolite Joseph. Connaissant père Païssios à partir de l’expérience spirituelle transmise par ses livres et ses fils spirituels, Monseigneur Joseph nous a restitué la beauté de cette âme choisie par Dieu à travers des paroles pleines de sensibilité, inspirées du visage doux que nous montre la photographie du père. Quelques autres témoignages directs ont complété ceux réunis par le film documentaire « Le Père Païssios Olaru » réalisé en 2010 par Trinitas TV, sous la direction du père Mihai Miron. L’exposition photo « Père Païssios, le père spirituel » réalisée par le père Ioan Gânscă nous a enveloppés de la présence reposante du visage de père Païssios.
L’invité principal de la journée a été le père Païssios Furdui, le Père Supérieur du monastère Bârnova (à côté de Jassy). Il a témoigné de la façon vive et active dont le père Païssios l’a accompagné en permanence, avec son conseil et sa prière, non seulement dans les circonstances apparemment banales de l’existence (tel que l’aide prompte venue en pleine nuit pour faire sortir sa voiture de la fosse où elle était tombée, ce qui lui a permis d’arriver à temps pour célébrer la sainte Liturgie dans son monastère), mais aussi dans les moments essentiels de sa vie (tel que l’entrée dans le monachisme ou la candidature à la Faculté de Théologie). Suite au conseil plein de chaleur du père Païssios Furdui, un autre jeune, à cette époque architecte à Paris, a trouvé, lui aussi, dans le père Païssios Olaru un appui éclairant concernant son engagement dans la vie monastique, en devenant par la suite le premier (et le seul, momentanément) évêque orthodoxe d’origine française : Monseigneur Marc Alric. Quant à la décision du père Païssios Furdui de suivre les cours de la Faculté de Théologie, celle-ci a été – fortifiée suite à sa prière faite au tombeau du père Païssios Olaru, en suivant le conseil donné par le Patriarche Daniel, qui était à l’époque métropolite de la Moldavie et de Bucovine : même au-delà du tombeau, le père Païssios « a obéi » au père métropolite, en priant pour l'éclaircissement spirituel du jeune moine.
À part les nombreux événements relatés, le père Païssios Furdui nous a partagé aussi un autre moment inoubliable, en exposant plusieurs objets qui ont appartenu au père Païssios Olaru, et surtout, en nous adressant plusieurs prières individuelles et collectives sous l’omophore avec lequel le père Païssios Olaru avait officié et confessé pendant plusieurs années.
Costion Nicolescu, chercheur au Musée du Paysan Roumain et connu du public parisien depuis le temps du festival « Pour l’amour de la Beauté » nous a esquissé les impressions et le rôle formateur lors de ses nombreuses rencontres avec le père Païssios. Le respect de « primus inter pares » accordé à l'unanimité au père Païssios venait – d’une manière peut-être étonnante pour la perception moderne – grâce au fond d’une simplicité attachante, qui accomplissait avec obstination tout, jusqu’aux travaux les plus insignifiants tels que le jardinage, avec une chaleur paternelle quand il s’agissait de recevoir des visiteurs ou des fils spirituels. Les conseils, en apparence banals, atteignaient l’essentiel et témoignaient d’une compréhension spirituelle envers celui à qui il parlait. La parole « travaillante » du père faisait graduellement chemin vers le cœur de celui-ci, qui comprenait parfois seulement rétrospectivement pourquoi un certain message lui avait été transmis à une occasion précise. Un apophtegme tel que « ne dis pas tout ce que tu sais, ne crois pas tout ce que tu entends, ne fais pas tout ce que tu peux faire » peut avoir un sens spirituel profond dans une circonstance particulière de la vie – de quelqu’un, au delà de son caractère générique.
La mère Pestisa Însurățelu, – Mère Supérieure du monastère Blaga qui se trouve aussi à côté de Jassy, nous a partagé ses souvenirs, surtout son amour plein de respect et de poésie pour le père Païssios, tels qu’ils se sont gravés dans son cœur durant la période où elle vivait au monastère de Sihla. L’exemplarité de sainteté de la vie vécue par le père, transmettait à ceux de son entourage, la nostalgie et le désir d’améliorer leur propre vie en servant Dieu avec assiduité et en progressant dans la vie spirituelle.
Les témoignages de mère Pestisa se sont entrelacés d’une manière harmonieuse avec ceux du film réalisé par la chaîne de télévision Trinitas TV. Le père Païssios était bon et aimant, manifestant un amour non-conditionné à tous ceux qui venaient à lui, les recevant tous avec de la joie et de la compréhension, avec une disponibilité permanente. En aimant ses fils spirituels, il allumait, en eux aussi, la flamme de l’amour et du dévouement, d’une manière telle que, par amour pour le père, ils étaient prêts à tout moment à lui apporter de la joie ou à l’aider au cas où un besoin, même insignifiant, apparaissait. Pour donner un exemple, deux moniales vivant maintenant au monastère d’Agapia sont descendues de Sihla à Sihăstria en pleine nuit, en pleine tempête de neige, apporter immédiatement des médicaments au père Païssios, – lorsqu'elles avaient appris les nouvelles de la détérioration de son état de santé.
En portant le vêtement du grand schème monacal pendant 57 ans (sur 68 ans de vie monastique), le père Païssios accomplissait ses efforts ascétiques avec discrétion, ceux-ci étant seulement décelés (inévitablement d’une manière partielle) par les autres moines : il ne mangeait jamais au réfectoire, on le trouvait réveillé chaque fois qu’une urgence quelconque nécessitait qu'on aille le chercher pendant la nuit à sa cellule. Il confessait parfois plus de 20 heures par jour sans interruption, il lisait énormément et donnait facilement des citations des œuvres des Saints Pères de l’Eglise et des Saintes Écritures, etc...
Un de ces témoignages raconte un fait extraordinaire. Dans sa grande bonté et amour pour les hommes, le père Païssios recevait avec la même bienveillance comme fils spirituels des personnes ayant de lourds péchés sur la conscience. Comme leur force de repentir était particulièrement affaiblie, le père Païssios « luttait dans la prière » pour chacune de ces personnes, jusqu’au moment où il recevait d’une manière spirituelle la certitude que leurs péchés avaient été effacés. En connaissant cette force de la prière et en demandant les prières de plusieurs pères spirituels, l’impératrice Théodora de Byzance avait reçu jadis le même type de certitude concernant la sauvegarde de l’âme de son mari Théophile, persécuteur des chrétiens et des saintes icônes.
Cette rencontre spirituelle avec le père Païssis a réjoui nos âmes et, dans le même temps, nous a laissé un vide : existe-t-il encore des pères spirituels comme le père Païssié ? S’ils existent encore, sommes-nous capables de les reconnaître et de les rencontrer ? Si le don de Dieu nous aide à les rencontrer, sommes-nous capables de les écouter d’une manière spirituelle et de nous efforcer à travailler à la purification et au renouvellement de notre âme ? Ou nous contenterions-nous seulement, d’une manière confortable, de ce que le père spirituel soit celui qui « lutte dans la prière » pour nous ?

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