Ajouté le: 11 Avril 2010 L'heure: 15:14

La fondation de la Moldavie et la reconnaissance de la métropole de Suceava

La fondation de la Moldavie au XIVème siècle est le fruit de la « descente » d’un chef venu de l’au-delà des Carpates, le voïvode Bogdan. Tout comme pour la Valachie, la naissance de l’état moldave a été étroitement liée à celle de la métropole orthodoxe ; cependant, le prince et les boyards ont rencontré plus de difficultés pour en obtenir la reconnaissance de la part du Patriarcat de Constantinople. Mais leurs efforts ont été finalement couronnés de succès, ce qui fut une victoire fondamentale pour l’affirmation de l’identité du jeune état.

La fondation de la Moldavie et la reconnaissance de la métropole de Suceava

I. La fondation de la Moldavie par la « descente » du voïvode Bogdan

Avant la création de l’état, le territoire moldave était divisé en plusieurs cnézats et voïvodats qui étaient tombés sous la domination des Comans puis, après 1241, celle des Mongols de la Horde d’Or, qui menaçaient de conquérir plus à l’ouest le royaume catholique de Hongrie. Vers la moitié du XIVème siècle, le roi hongrois Louis le Grand avait projeté de créer sur ce territoire, entre la rivière Siret et les Carpates, une « marche » défensive (une formation politique de frontière destinée à protéger la Hongrie) sous la conduite d’un chef valaque (roumain) du Maramures appelé Dragos. Mais la création d’un état moldave indépendant est due à la venue d’un autre chef du Maramures, appelé Bogdan. Dès l’époque où il apparaît dans les sources, alors qu’il résidait encore au Maramures (une région du nord de la Transylvanie conservant une forte autonomie et perpétuant l’identité et l’orthodoxie de la population roumaine), Bogdan est mentionné par la chancellerie hongroise comme « un infidèle » et même un « infidèle notoire ».

Voïvode valaque de foi orthodoxe, Bogdan s’était en effet opposé à la conversion au catholicisme fortement promue à l’époque par la couronne hongroise et la papauté, ce qui fut une des raisons de son départ : vers 1359 il passa au-delà des Carpates avec sa famille et ses proches, et il y fonda un nouveau royaume, écartant de ce territoire l’envoyé de la couronne hongroise, Dragos. Toutefois, l’indépendance obtenue par Bogdan fut mise en péril par son successeur Latzco qui, sous la pression de la Hongrie et de la Pologne, se convertit au catholicisme. En conséquence, un évêché catholique fut fondé à Siret en 1370. Le sort du pays fut décidé sous le prince suivant,  Pierre Musat (1375-1391) qui, en dépit de son mariage avec une princesse polonaise, réussit avec beaucoup d’habileté à éviter l’assimilation dans la sphère catholique, devenant un grand défenseur de l’orthodoxie dans cette région ; il consolida et étendit le nouveau royaume, établissant la capitale à Suceava.

II. La reconnaissance de la Métropole : la dispute avec le Patriarcat de Constantinople

C’est sous le règne du prince Pierre Musat qu’eut lieu la première organisation en Métropole de l’Eglise de Moldavie. Désirant renforcer l’indépendance du pays par la nomination d’un hiérarque roumain proche de la cour, celui-ci demanda au Métropolite orthodoxe de Galicie alors sous contrôle polonais, d’ordonner comme Métropolite de la Moldavie un de ses proches, Joseph, ainsi qu’un évêque vicaire, Mélète. Poursuivant les démarches nécessaires à leur reconnaissance, il se heurta à la vive opposition du Patriarche de Constantinople Antoine, qui tenait à envoyer en Moldavie un hiérarque grec, fidèle au Patriarcat. En 1391 ce dernier prit l’initiative de la nomination d’un Métropolite grec, Théodose, mais, lorsque celui-ci arriva en Moldavie pour occuper son siège, il fut renvoyé par le prince et les boyards, et n’eut d’autre choix que de retourner à Constantinople. Sans se décourager, le Patriarche envoya alors un autre Métropolite de son choix, Jérémie, et les Moldaves encore plus irrités réservèrent le même sort à ce dernier et l’obligèrent à faire demi-tour. Voyant l’audace des Valaques, le patriarche se mit en colère et décida de jeter l’anathème sur tout le pays, à commencer par le prince, puis les deux hiérarques moldaves, le clergé, les boyards et enfin l’ensemble des fidèles.

Cette situation malheureuse continua sous le règne de Stéphane Musat (1394-1399), qui envoya à Constantinople une personne de confiance avec des présents et des lettres de réconciliation, mais ne réussit cependant pas à gagner la faveur du patriarche Antoine. Celui-ci envoya en Moldavie le métropolite de Mytilène, mais ses démarches diplomatiques ne réussirent pas à convaincre les Moldaves. Une seconde mission fut alors confiée à une personnalité de haut rang, le métropolite Michel de Bethléem, qui ne put lui non plus faire plier les Moldaves, bien que l’anathème pesant sur l’Eglise moldave eût été levé. Il est intéressant de rappeler qu’entre temps, le célèbre métropolite Cyprien de Kiev s’était offert pour résoudre la situation par l’inclusion de la Moldavie dans la grande Métropole de Kiev (dont le siège avait été transféré à Moscou avec la constitution de l’état moscovite). Non seulement cette solution était intolérable pour les Moldaves qui recherchaient leur indépendance, mais le Patriarcat lui-même rejeta la proposition du métropolite Cyprien, soutenant que le jeune état devait avoir sa propre métropole.

La réconciliation définitive avec le Patriarcat et la reconnaissance du Métropolite Joseph eurent eu lieu sous le règne d’une grande personnalité de l’histoire roumaine, le prince Alexandre le Bon (1400-1432). Les choses furent facilitées par l’élection d’un nouveau patriarche de Constantinople, Mathieu, qui avait compris les périls d’une prolongation de cette situation dans le contexte d’une pression catholique très forte visant à transformer la Moldavie en une simple région vassale du royaume de Pologne. Le patriarche Mathieu accueillit ainsi favorablement les envoyés du prince Alexandre et par une décision patriarcale du 26 juillet 1401 le Métropolite Joseph fut enfin reconnu comme premier Métropolite de l’Eglise de Moldavie. Pour la consécration du siège de la capitale en tant que siège métropolitain, en 1415, le prince Alexandre et le métropolite Joseph firent transporter à Suceava les reliques de saint Jean le Nouveau, jusque-là conservées à Cetatea Alba (sur les bords de la Mer Noire), lieu du martyr de ce saint, un Grec de Trébizonde, par les Mongols autour de 1330. Saint Jean le Nouveau fut proclamé protecteur de la Moldavie et il est encore grandement vénéré de nos jours dans la ville de Suceava.

Ioana Georgescu ‑Tănase (Rome)

Bibliographie :
1. Mircea Păcurariu, Istoria Bisericii ortodoxe române, Bucureşti, 2006.
2. Jean Meyendorff, Aristeides Papadakis, L’orient chrétien et l’essor de la papauté, Cerf, Paris, 2001.

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