Tu dis : « Ma vie est pleine de souffrances. » Mais je te réponds, ou plutôt c’est le Seigneur lui-même qui te dit : « Humilie-toi, et tu verras que tes épreuves se changeront en repos » (…). Maintenant tu es heureux parce que tu es devenu humble et que la grâce divine est venue ; maintenant, quand bien même tu serais seul dans la pauvreté, la joie ne te quitterait pas, car tu as dans l’âme cette paix dont le Seigneur a dit : « Je vous donne ma paix ». C’est ainsi que le Seigneur donne la paix à toute âme humble.
L’âme de l’homme humble est comme la mer ; si l’on jette une pierre dans la mer, elle trouble pour un instant la surface des eaux, puis s’enfonce dans les profondeurs.
Ainsi sont englouties les peines dans le cœur de l’homme humble, car la force du Seigneur est avec lui.
Saint Silouane, « De l’humilité »
Pour un homme rationnel et lucide, qui connaît ses limites et sa nature mortelle, l’humilité est la seule attitude logique et raisonnable que l’on peut avoir face au mystère insondable de la vie, de l’univers et de notre propre âme. Car devant l’infini de l’espace et du temps, notre savoir, notre intelligence, nos forces et la durée de notre vie sont aussi insignifiants que le savoir, les forces et la vie d’une fourmi. C’est pourquoi l’orgueil est une folie qui nous aveugle sur nos véritables dimensions, nous fait croire à notre propre sagesse et à notre valeur, et nous empêche de connaître notre néant : « Oui, vanité les fils de l’homme ! / Mensonge les fils de l’homme ! / Dans une balance ils monteraient / Tous ensemble, plus légers qu’un souffle » (Ps. 62, 10).
La science des temps modernes, qui dans nos sociétés désacralisées, est devenue notre principale source de vérité et de connaissance, reconnaît ses limites et son ignorance voisine de l’infini, lorsqu’elle nous apprend que l’univers est composé à 95% d’une matière et d’une énergie noires dont nous ne savons rien, et même des 5% restants, nous n’en connaissons qu’une infime partie. Dès lors, « de qui et de quoi en effet puis-je dire : « Je connais cela ! » (…) Ce cœur même qui est le mien me restera à jamais indéfinissable » (Albert Camus, « Le mythe de Sisyphe »).
L’humilité est le premier pas vers la véritable connaissance – la connaissance de Dieu.
Le péché d’Adam et de sa femme – qui ne s’appelait pas encore Ève – a été de vouloir acquérir, en mangeant du fruit défendu, une connaissance indépendante de la sagesse de Dieu et égale à l’omniscience divine. Mais en désobéissant à Dieu, ils ne pouvaient connaître que le mal, car le bien c’est la volonté de Dieu, hors de laquelle aucun autre bien ne peut exister. L’orgueil de l’homme qui s’est laissé séduire par la promesse du serpent « vous serez comme des dieux » (Genèse 3, 5), a été la cause de sa perte, si bien que l’humilité, que nous enseigne le Christ par son propre exemple, est le seul moyen de nous guérir de ce mal originel : «Si cette seule passion (l’orgueil), sans le concours d’aucune autre, a pu faire tomber du ciel, nous pouvons nous demander s’il ne serait pas possible de monter au ciel par l’humilité seule, sans l’aide d’aucune autre vertu » (Saint Jean Climaque, « L’échelle sainte »).
L’orgueil nous fait croire que nous savons mieux que Dieu ce qui est bien et ce qui est mal, en opposant à la volonté de Dieu notre volonté propre – qui est en fait celle du Malin, car « celui qui ne soumet pas à Dieu sa propre volonté, se soumet à son adversaire » (Saint Isaac le Syrien, op. cit.). Chaque fois que nous jugeons mauvaises, néfastes ou injustes les choses qui nous arrivent, nous rééditons le péché d’Adam d’insoumission à la volonté de Dieu, car « tout ce qui t’est advenu après ta naissance, aussi bien que ta naissance elle-même, c’est Dieu qui te l’a donné » (Saint Jean Climaque, op. cit.). Or Dieu ne peut donner rien de mal, mais notre intelligence est trop limitée pour comprendre le bien qu’il nous donne sous l’apparence d’une chose déplaisante, injuste ou douloureuse à nos yeux.
Qui suis-je pour juger si une chose est bonne ou mauvaise, juste ou injuste ? Pourtant, après avoir mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal, l’homme se croit autorisé à juger toute chose selon sa propre intelligence et sa propre volonté, qu’il substitue à la sagesse et à la volonté de Dieu.
L’homme orgueilleux s’imagine qu’il est le seul à connaître la vérité : « Je suis le premier à avoir découvert la vérité », proclame cet ennemi farouche du Christ et de l’humilité qu’a été Nietzsche (« Ecce homo »).
L’homme humble ne se fie pas à son intelligence – « Ne t’appuie pas sur ta sagesse » (Prov. 3, 5) – car il sait que « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Cor. 3, 19) : « Ne laisse pas s’enfler ton intelligence (…) N’aie pas foi en ta connaissance, afin que l’ennemi n’en profite pour te prendre au piège de sa malice » (Saint Isaac le Syrien, op. cit.).
L’homme orgueilleux voudrait changer la face du monde qu’il considère mal fait. Ainsi Nietzsche s’attribue un rôle messianique de sauveur de l’humanité, comme le feront plus tard les marxistes et les nazis : « Ce n’est qu’à partir de moi qu’il est à nouveau des espérances. (….) Ce n’est qu’à partir de moi qu’il y aura sur terre une grande politique » (op. cit.). Mais toutes les tentatives des hommes de bâtir un nouveau monde sans Dieu n’ont pas tenu leurs promesses et ont donné des résultats désastreux. C’est pourquoi « le malheur est aujourd’hui la patrie commune, le seul royaume terrestre qui ait répondu à la promesse » (Albert Camus, « L’homme révolté »).
L’homme humble n’ambitionne pas de changer le monde, mais s’efforce avant tout de se changer lui-même et considère que « dans le monde, tout sans exception s’accomplit selon la volonté de Dieu » (Saint Sophrony, « L’ascèse de la connaissance de Dieu »).
Le péché accompagné de l’humilité est préférable à la vertu assortie d’orgueil : « Représente-toi par la pensée deux chars : attelle à l’un la vertu et l’orgueil, à l’autre le péché et l’humilité, et tu verras le char traîné par le péché devancer celui de la vertu » (Saint Jean Chrysostome, « De l’incompréhensibilité de Dieu »).
L’orgueil fait obstacle entre nous et Dieu, car l’homme orgueilleux devient son propre dieu et n’obéit qu’à sa propre volonté, renouvelant ainsi le péché d’Adam. L’humilité est l’antidote qui nous protège contre le venin du serpent qui a causé la chute d’Adam, et c’est par l’humilité que nous pourrons vaincre le Malin et redevenir les enfants de Dieu. C’est pourquoi « quand tu viens devant Dieu par la prière, sois dans ta pensée comme la fourmi, comme ce qui rampe sur la terre, comme un ver, comme un enfant qui balbutie. Et ne dis rien devant Lui que tu prétends savoir. Mais approche Dieu avec un cœur d’enfant. (…) On l’a dit : « Le Seigneur garde les enfants ». Celui qui est comme un petit enfant approche le serpent, le prend par le cou, et le serpent ne lui fait pas mal » (Saint Isaac le Syrien, op. cit.).
L’orgueil c’est le signe que l’esprit du Malin habite en nous.
L’humilité c’est recevoir en nous l’esprit du Christ, qui a dit « je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29).

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