Ajouté le: 11 Mai 2021 L'heure: 15:14

Hier, ô Christ, je partageais Ton tombeau aujourd’hui, avec Toi, je ressuscite (Saint Jean Damascène, « Canon Pascal »)

Adam, par son libre choix, a sombré dans le péché et dans la mort. À partir de là, trois obstacles se dressent sur le chemin de la rencontre de l’homme avec Dieu et de son élévation vers la perfection divine, à laquelle il était destiné dès le commencement : notre nature déchue, le péché qu’a choisi Adam, et la mort elle-même, fruit du péché. Le Christ a vaincu tous les trois : notre nature par Son Incarnation, en devenant semblable à nous ; le péché par Sa Passion ; la mort, par Sa Résurrection. Ce que l’homme devait atteindre en s’élevant vers Dieu n’a pu être réalisé que par Dieu, par sa venue parmi les hommes .

Métropolite Joseph, « Aujourd’hui l’enfer a été vaincu – le Christ est ressuscité »

Aucune mère saine d’esprit ne donnerait naissance à un enfant pour lui ôter la vie après. Les bêtes sauvages elles-mêmes ne tuent jamais leurs petits, mais prennent soin d’eux et les protègent comme leur bien le plus précieux. Dieu serait-Il plus fou que les hommes et plus féroce que les bêtes sauvages pour détruire les êtres qu’Il a créés Lui-même, à Son image et à Sa ressemblance ? Non, Celui qui a donné l’être et la vie à tout ce qui existe « n’est pas le Dieu des morts mais des vivants » (Mt. 22,32) : « Dieu nous a créés non pas pour que nous mourions mais pour que nous vivions » (Mgr. Kallistos Ware, « De la mort et de la résurrection »). La mort est entrée dans le monde par le péché d’Adam qui s’est détaché ainsi de la source de Vie éternelle qui vient de Dieu : « Dieu n’a pas créé la mort. (…) La mort est venue et ne cesse de venir et de devenir de plus en plus sombre, parce que l’homme s’est éloigné et s’éloigne de Celui qui est Vivant » (Olivier Clément, « Questions sur l’homme »).

En transgressant la volonté du Dieu des vivants, Adam est tombé sous la domination de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10,28). 

Le Christ est venu dans le monde pour rétablir la situation initiale de l’homme et nous faire retrouver le chemin vers Dieu, le chemin de la vie éternelle. Car en transgressant la volonté de Dieu pour faire sa volonté propre, Adam a commis un acte suicidaire, en se donnant lui-même la mort. Notre Sauveur nous a montré la voie pour effacer le péché d’Adam et vaincre la mort : « Sur la Croix le Christ nous apprend à renoncer à notre volonté propre pour faire la volonté de Dieu » (Métropolite Joseph, « Le Christ ressuscité – fruit inestimable de la croix, le nouvel arbre de la vie). Renoncer à notre volonté propre qui nous a privé de la vie éternelle, n’est rien d’autre que renoncer à la mort. 

Les sciences modernes qui ne connaissent que l’homme mortel, considèrent la mort comme un phénomène naturel, alors qu’il s’agit là d’une maladie de l’âme, dont nous ne pouvons guérir par aucun moyen terrestre, puisque tout ce qui existe en ce monde est soumis à la loi de la mort. Nous ne pouvons contester cette loi biologique qui tue toutes les créatures vivantes, mais sans tenir compte des arguments de la science, notre âme, qui porte en elle le souvenir de sa nature immortelle, s’insurge contre cette loi criminelle et refuse de croire que la mort est la destination finale et normale de la vie : « On peut toujours me répéter que la mort est un phénomène naturel, une loi parfaitement évidente : mon moi sent très bien que pour lui, elle ne l’est pas, qu’elle est même contre nature. (…) Il est normal que l’homme désire tout ce qui est naturel. Mais personne n’aspire à la mort, à la disparition totale, à une dissolution dans le non-être » (Père Alexandre Schmemann – « Vous tous qui avez soif »).

Nous savons très bien ce que notre âme ne désire pas – le malheur, la souffrance, le chagrin, la mort –, car ce sont là des choses terrestres que nous rencontrons partout et à toute époque dans ce monde-ci. Mais ce que notre âme désire, attend, espère, et que nous nommons Résurrection, Vie éternelle, Royaume des cieux, nous ne pouvons le connaître ici-bas, car l’esprit humain ne peut concevoir « Ce que l’œil n’a pas vu / Ce que l’oreille n’a pas entendu / Et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme. / Tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor. 2, 9).

De même que dans ce monde-ci notre vie humaine est notre bien le plus précieux, de la même façon au Royaume des cieux « la nature divine sera tout pour nous et tiendra lieu de tout (…) », car « Dieu, pour ceux qui en sont dignes, devient aussi lieu, maison, vêtement, nourriture, boisson, lumière, richesse, royauté, et toute notion et dénomination relative à ce qui contribue pour nous à la vie parfaite » (Saint Grégoire de Nysse, « Sur l’âme et la résurrection »). 

Puisque Dieu répond à tous les désirs humains et réalise parfaitement tout ce à quoi notre âme aspire, « l’homme n’est vraiment homme qu’en Dieu » (Olivier Clément, « Sources »), comme il l’était au début de la Création, avant la chute d’Adam. 

Le Christ est né en ce monde pour que l’homme puisse renaître, en suivant sa voie, au Royaume des cieux : «la résurrection est la restauration de notre nature dans son état primitif » (Saint Grégoire de Nysse, op. cit.). 

Cependant, affirment les incroyants, le Christ n’a apporté aucun changement essentiel dans le monde, puisque les hommes souffrent et meurent autant qu’avant et que les morts ne ressuscitent jamais. C’est là une vision terrestre et matérialiste des choses, puisque par Sa mort et par Sa Résurrection, le Christ, dont le royaume n’est pas de ce monde (cf. Jean 18,36) « ne nous fait pas don de ce qui appartient à la vie périssable, mais de ce qui est éternel et impérissable, non pas terrestre mais céleste » (Métropolite Joseph, « Sans la Croix, il n’y a pas de résurrection »). Nous devons suivre le chemin du Christ dans l’espace et le temps de ce monde, mais Son chemin n’est pas de ce monde et sa destination se situe elle aussi hors de l’espace et du temps. La souffrance et la mort continuent d’exister dans le monde mais le Christ nous a montré la voie pour vaincre le monde (cf. Jean 16,33) et notre nature mortelle : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (Jean 8, 51). « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54).

Manger la chair et boire le sang du Christ c’est recevoir en nous Son Esprit et Sa Vie et sanctifier les souffrances et les épreuves de notre vie, de manière à les transformer en un chemin vers la Résurrection et vers notre Père céleste : « Quand la tristesse et la solitude nous accablent, quand nous sommes abandonnés par tous, remettons notre âme entre les mains du Père céleste, de même que le Christ sur la Croix, et nous pourrons nous aussi entrevoir la Résurrection dès cette vie-ci » (Métropolite Joseph, « Du tombeau est issu le pardon »). Si nous recevons en nous l’Esprit du Christ, en suivant Sa voie, en mangeant Sa chair et en buvant Son sang, notre vie sera entièrement transfigurée, à la fois humaine et divine, terrestre et céleste, mortelle et éternelle. La Passion, la mort sur la Croix et la Résurrection du Christ, ne sont pas seulement un événement historique qui a changé la face du monde, mais une réalité vivante et toujours présente dans le cœur de ceux qui croient en Lui. C’est ce Christ intérieur qui est notre être réel, c’est en Lui que nous trouvons refuge et c’est à Lui que s’adressent les prières de notre cœur :

« Seigneur Jésus-Christ notre Dieu (…) 
Par tes souffrances apaise mes souffrances
Par tes plaies guéris mes plaies
Par ton sang purifie mon sang (…)
Que tes mains saintes percées de clous 
M’arrachent du gouffre de la perdition
et me ramènent à toi, comme tu l’as promis. (…) 
Que le Père qui dans l’éternité t’a engendré dans son sein
renouvelle en moi ton image. »

(Saint Isaac le Syrien, « Écrits ascétiques »). 

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