Ajouté le: 9 Mars 2021 L'heure: 15:14

Les liturgies en ligne : bouée de sauvetage ou bien docétisme liturgique ?

I. 

En Autriche nous en sommes au troisième confinement, qui se prolongera – pour l’instant – jusqu’au 8 février. Pendant tout ce temps les églises ne peuvent et ne pourront célébrer des offices publics qu’avec des groupes restreints, de 10 personnes au maximum, y compris les prêtes, à huis clos. Après la fin des offices, les fidèles qui tiennent à la présence physique et immédiate à l’église peuvent venir prier, allumer une bougie, se confesser et communier en dehors du cadre liturgique. Étant par son essence une œuvre publique et « Sacrement de l’assemblée » (comme le disait le père Schmemann), la Liturgie célébrée ainsi – mais aussi les solutions de sauvetage qui essaient d’améliorer cette situation – engendre de grands problèmes identitaires. C’est l’un de ces problèmes que je voudrais aborder ici. 

Je ne commenterai pas les restrictions – d’ailleurs différentes d’un pays à l’autre – imposées (ou proposées) par les autorités aux églises et aux cultes religieux. Il y a une série de questions de principe, voire même juridiques, mais aussi beaucoup d’éléments d’ordre pratique. Je vais simplement regarder la situation – même si cela peut paraître artificiel – de la stricte perspective du culte et de la manière dont l’Église (aussi bien comme institution que par ses serviteurs à divers niveaux) comprend survivre liturgiquement dans ces conditions. Et je me concentre surtout sur la diaspora. C’est une invitation à la réflexion, rien de plus.

Étant minoritaires, les orthodoxes ont accepté jusqu’ici les approches et les manières de faire des églises chrétiennes majoritaires. Mais à la différence de celles-ci, les églises orthodoxes de la diaspora sont constituées presque exclusivement autour du culte, de la Divine Liturgie dominicale. La plupart des communautés n’ont pas d’espaces propres qui leur permettent d’autres activités, par conséquent l’événement liturgique est constitutif pour l’identité de la communauté. Mais aussi d’un point de vue théologique l’ecclésiologie orthodoxe est par excellence eucharistique. L’intuition qu’a eu Nicholas Afanassieff au milieu du siècle dernier reste – avec toutes les nuances intervenues ultérieurement – un point de repère pour comprendre ce qu’est l’Église d’un point de vue orthodoxe. L’Église s’accomplit par l’Eucharistie et devient concrète dans la communauté eucharistique : dans la célébration de la Divine Liturgie nous retrouvons aussi le prêche de la Parole, nous avons aussi la confession, mais aussi l’actualisation de l’histoire du salut, la concélébration avec la Liturgie angélique, ainsi que l’avant-goût du Royaume. De même, parmi les fondements de la foi il y a aussi le fait que la Liturgie, le Sacrement le plus important de l’Église, par excellence l’œuvre sanctificatrice de l’homme, ne peut pas être conçue sans Communion. Il suffit de lire Saint Nicolas Cabasilas pour comprendre que pour l’Église Orthodoxe la vie en Christ ne peut être conçue en dehors de l’Eucharistie, en dehors de la Divine Communion. Cabasilas est l’exemple classique. On peut aussi bien « descendre » dans l’histoire de l’Église jusqu’aux écrits du Nouveau Testament et aux premiers Pères de l’Église, ou bien « remonter » jusqu’à l’époque moderne, chez Saint Nicodème l’Hagiorite ou chez Saint Jean de Kronstadt. Chez tous nous allons rencontrer le même leitmotiv : la Liturgie signifie non seulement assister, d’une manière plus ou moins pieuse, à un office qui porte ce nom, mais participer au Sacrement du Sacrifice liturgique de Jésus-Christ et à la Communion avec Son Corps et Son Sang. Certes, nous savons tous où on en est arrivé. La piété exagérée a fait de la Communion un privilège rarement accordé, très rarement, une fois ou plusieurs fois par an. L’expression «écouter la Liturgie» ne date pas d’hier, elle est le produit d’une mutation réalisée dans la piété collective des deux ou trois derniers siècles. De même, nous savons que depuis quelques décennies dans la majorité des Églises orthodoxes autocéphales il y a un fort courant de renouveau eucharistique, qui essaie de revenir à l’ethos liturgique initial, le seul capable de donner de la vie et du sens aux belles expressions que nous utilisons lorsque nous parlons de la Divine Liturgie (le ciel sur la terre, etc.). La Liturgie ne s’écoute pas, la Liturgie est une synergie, couronnée par la Sainte Eucharistie.

II.

Ce renouveau eucharistique (qui a éveillé chez beaucoup de gens, surtout dans la diaspora, une spiritualité liturgique vivante, assumée dans la vie quotidienne) a reçu, dans la longue crise déterminée par la pandémie, un coup extrêmement dur. Forcés de fermer les églises, les prêtres ont été obligés d’expliquer aux fidèles que la Liturgie peut se faire, en cas de besoin, même sans eux. Certains se sont empressés d’y voir le retour à un paternalisme clérical. Pour calmer la frustration collective, beaucoup d’évêchés, monastères et paroisses ont adopté avec enthousiasme la solution numérique : la transmission de la Liturgie sur internet, sur les réseaux sociaux, la Liturgie en ligne, la Liturgie numérique, la Liturgie virtuelle. Ce phénomène peut être le sujet d’une recherche en théologie pratique : toute une anthologie de cultures liturgiques (au pluriel !) pourrait s’écrire seulement en étudiant ces émissions liturgiques. Mais le problème n’est pas là. Il n’est pas non plus dans le manque de professionnalisme des transmissions audio-vidéo, ni dans le caractère improvisé et implicitement artificiel des célébrations et des homélies devant les webcams, mais (sans situer les limites d’une telle démarche dans une perspective théologique) le fait qu’on a ouvert ainsi, dans un élan pastoral de bonne intention, une boîte de Pandore qui NE se refermera PAS à la fin de la pandémie.  

Avant la pandémie, la transmission télévisée et en ligne de la Liturgie était le privilège des chaînes de télévision et de radio patriarcales ou épiscopales. Elle avait un caractère strictement missionnaire, exceptionnel, pour le soutien de la pastoration des personnes âgées et des malades. Le prêtre se rendait chez ces personnes et leur portait la communion, qu’il s’agisse du prêtre de l’hôpital ou du recteur de la paroisse. Par conséquent, ces instruments, offerts avec professionnalisme et assumés par les institutions média de l’Église, étaient connus comme des prolongements exceptionnels d’une assemblée eucharistique, d’un corps eucharistique vivant, et avec un encadrement ecclésial.

Mais le rapport a changé : par la démocratisation excessive des Liturgies en ligne, le mystère de l’assemblée est devenu le mystère de la propagation audiovisuelle d’un développement religieux qui n’oblige en aucune façon celui qui regarde. Je peux me mettre à genoux mais je peux aussi être assis dans mon fauteuil, je peux arrêter ou sauter certains moments (selon certaines évaluations apparues au sujet des offices en ligne évangéliques et catholiques romains en Allemagne, le moment de l’homélie est en général « zappé » par les participants virtuels) ; je peux faire autre chose en même temps (multi-tâches liturgique-ménager !). La relation centre-périphérie s’est inversée. Le centre (la communauté eucharistique réellement existante dans l’espace sacré et réel de l’Église) est concurrencé par la périphérie anonyme, domestique, privée et aucunement neutre de ceux qui regardent (devenus des «usagers» sur les réseaux sociaux, qui obéissent à des algorithmes commerciaux et moins à des canons ou à des règles liturgiques).

Comment peut-on sortir de la qualité d’« usager » ou de simple spectateur virtuel et devenir participant à une Liturgie en ligne ? Ce serait la première question à poser pour aider les gens à devenir conscients du fait que l’effort de participation est maintenant au moins triple, car ils sont dépourvus de l’espace préservé, sacré, de l’Église, et aussi de la communauté réelle-personnelle et de la réception de la grâce incarnée, à savoir de la matière spirituelle. « Liker » et écrire «Seigneur aide-nous» dans le chat Facebook est trivial lorsqu’on « participe » à une telle Liturgie. Mais les gens ne savent pas quoi faire et n’ont pas d’autres possibilités. C’est comme si on venait à l’église et après la Communion on applaudissait ou on taperait le prêtre sur l’épaule pour sa « réussite » sacramentelle. Personne ne remet en discussion la trivialité de ces instruments rudimentaires mis à disposition par les réseaux sociaux pour signaler sa présence. « La communauté liturgique » instaurée ainsi est une communauté anonyme, dépourvue de tout lien spatial, dépourvue de toute interactivité et interaction personnelle (ton « amen », dit devant l’écran, n’est entendu de personne). C’est une non-communauté, au moins d’un point de vue théologique. 

Le plus tragique (et là encore, c’est une chose que personne ne remet en discussion) c’est le fait qu’une telle participation à la Liturgie n’est pas une participation réelle à l’Eucharistie, c’est seulement le fait de suivre de l’extérieur une Eucharistie. Vous allez me demander pourquoi. Comment peut-on savoir ce que chacun sent, comment il vit ? Cet argument de la piété, quelque pertinent qu’il soit, ne peut pas être comparé avec le problème liturgique et théologique qui se crée. Parce que la lex orandi (la manière dont nous accomplissons et comprenons les offices, la Liturgie) doit correspondre avec la lex credendi (le témoignage). C’est pourquoi l’Église Orthodoxe n’est pas d’accord avec une réforme liturgique basée sur des critères de « communicabilité » ou de « sociabilité » humaines. Par conséquent, lorsque nous parlons de la Divine Liturgie, nous ne parlons pas de la réussite du vécu subjectif d’une personne ou d’une autre, mais du fait que l’Eucharistie culmine par l’appel à recevoir le Sacrement de la Divine Communion en tant que nourriture vivante, réelle. C’est une Sainte Cène réelle, et non pas le fait de se souvenir ou de regarder une cène... Regarder le Sacrement Eucharistique devant un écran (malgré toute discipline que peut mettre le spectateur à créer et respecter un contexte de prière) peut assouvir une nostalgie, mais peut tout aussi bien mener – surtout pendant la période de « confinement » eucharistique – à de réelles mutations dans la piété liturgique.

C’est ce que j’appellerai le danger d’un docétisme liturgique. Le docétisme liturgique peut être expliqué le mieux par le rapport aux autres Saints Sacrements, où le fait de le pratiquer serait absurde. Comment serait-ce de faire baptiser un enfant au moyen d’un office en ligne ? L’enfant est à la maison, et le prêtre dans l’église, devant l’écran. Comment serait-ce de faire des mariages à distance ? Ou des ordinations à distance ? Rien de plus absurde. Parce que le baptisé doit être plongé réellement dans l’eau du baptistère, parce que ceux qui viennent pour se marier doivent être réellement couronnés par le prêtre, et celui qui est appelé à l’ordination doit recevoir réellement l’imposition des mains. 

Mais la Divine Liturgie ? Quelque douloureux que ce soit, nous devons expliquer aux gens que la Divine Liturgie remplit son rôle sacramentel pour ceux qui sont dans l’Église, à ce moment-là, d’une manière physique. Pour les autres (qui suivent ce Sacrement par l’audio-visuel, en pensée et avec le cœur en prière, car nous ne parlons pas ici des voyeuristes internautes, qui cliquent une fois et puis poursuivent leur navigation), pour ces participants virtuels, la Liturgie peut être la Liturgie de la Parole (à savoir le fait de recevoir l’Évangile et une explication sous forme d’homélie) et la conscientisation de la nostalgie du Corps eucharistique. Mais elle reste seulement une consolation au goût amer, une joie anamnétique doublée par une souffrance. Un succédané.

Relativiser, même dans les moments de crise, cette présence physique à la Liturgie (au-delà de tout discours sublime sur l’universalité de la Liturgie, de la prière les uns pour les autres, etc.) mène à un docétisme liturgique, et d’un point de vue pastoral à un suicide lent des communautés eucharistiques. Parce qu’on induit à long terme le sentiment, confortable religieusement, qu’il suffit que le prêtre prie, avec un ou deux « représentants », pour les autres, pour que le reste reçoivent la grâce à la maison. Non ! 

Mais qu’est-ce que, en fait, le docétisme ? C’est une tentation qui existe toujours dans la relation avec Jésus-Christ Sauveur. Le docétisme est la pseudo-croyance que l’incarnation du Christ n’a été qu’apparente, que la Crucifixion et le Sacrifice n’ont pas été réels, dans le corps, mais seulement pour « les yeux du peuple ». Le docétisme accompagne l’histoire de l’Église comme une tentation continuelle de minimiser le caractère essentiel de l’Incarnation pour le salut. C’est pourquoi le mot de spiritualité – d’ailleurs récent – ne peut être interprété du point de vue chrétien dans le sens d’un spiritualisme : la spiritualité chrétienne assume la réalité de l’histoire et de la « chair », c’est une spiritualité de l’Incarnation, pour devenir ensuite une spiritualité de la Déification. Nous retrouvons le docétisme dans différentes hypostases, par exemple sous la forme de l’aphtartodocétisme, à la fin du VIè siècle. Les aphtartodocétistes étaient une branche des monophysites, soutenus parfois même par les empereurs byzantins, comme une solution de compromis. Les aphtartodocétistes ou gaïanites croyaient que Jésus-Christ a été, durant sa vie terrestre, épargné de tout vécu physique (comme la soif, la faim, la fatigue, la douleur, les larmes), et lorsqu’on en parle (y compris des douleurs et la passion de la Crucifixion) on dit qu’elles ont été assumées par le Christ seulement « kata dokesin », d’une manière apparente, mais pas de manière réelle. C’est ainsi qu’ils voulaient chasser toute impression de « faiblesse » de l’être de Jésus-Christ.

L’Église a toujours défendu la réalité de l’Incarnation du Sauveur Jésus-Christ contre le docétisme. « Le verbe s’est fait chair », il a pris corps (Jean 1, 14 « et Verbum caro factum est » ou « incarnatus est »). La réalité de la chair devient la réalité de Jésus-Christ, qui nous sauve, nous en tant qu’unité unique corps-âme-esprit (voir Saint Irénée de Lyon). C’est pourquoi la Divine Liturgie n’est pas une simple remémoration d’une cène passée il y a longtemps et non plus un drame spirituel centré autour d’une communion invisible, mystique, mais une actualisation de la Sainte Cène et Communion matérielle-spirituelle, corporelle et spirituelle.

Croire que la Divine Liturgie – et tout autre Saint Sacrement – est complète dans sa forme digitale est une forme de docétisme liturgique, parce que cela minimise le caractère essentiel de la participation de la matière et du corps à la réalité sacramentelle. 

III.

Même si elle paraît exagérée, cette vision sur les effets et la perspective des offices en ligne APRÈS la fin de la crise du covid-19 se confirme par une simple incursion dans les milieux en ligne des églises évangéliques et catholiques romaines d’Europe Occidentale. Tous les articles, interviews et les mini-études pastorales-théologiques montrent que l’écrasante majorité des paroisses souhaitent continuer l’offre liturgique digitale après le dépassement de la crise. La « révélation » pastorale de la terrible année 2020 semble être la plateforme digitale comme un nouvel espace sacré. Nous savions que le numérique et les réseaux sociaux sont des techniques et des terrains propices pour la mission pastorale. Mais nous avons maintenant appris que ce sont aussi des lieux de rassemblement ecclésial, les nouvelles « nefs » larges et généreuses de notre époque. Les offices hybrides deviennent ainsi la solution de l’avenir, une chance inespérée, surtout tenant compte du phénomène bien connu des églises occidentales à faible fréquentation. Dans les offices hybrides le prêtre, le chœur (l’organiste respectivement), quelques lecteurs et représentants de la communauté sont présents physiquement, et les autres suivent depuis la maison « l’offre » liturgique. Les avantages sont évidents : la participation est plus facile à réaliser, plus de jeunes sont attirés, les communautés deviennent flexibles, s’affranchissant d’une rigidité temporelle et spatiale (le fait d’aller à l’Église). En plus, on gagne du temps. Le religieux arrive de manière « directe » dans la sphère privée, quotidienne. « Si les gens ne peuvent plus aller à l’office, l’office va chez les gens ». Ça sonne bien ! Les tenants de cette solution pastorale proposent cependant la professionnalisation de l’« offre » liturgique hybride, dans le sens que celle-ci doit répondre au mieux aux stimuli habituels pour les « usagers » des réseaux sociaux. Il y a même une documentation pour la manière dont les communautés chrétiennes peuvent (ou doivent) arranger leurs cadres, les lumières, les attitudes etc. pour être à la hauteur des attentes. On entre ainsi dans une logique du marché de consommation numérique : comment attirer le plus d’usagers... Tout comme la Liturgie réelle a mené à une certaine architecture chrétienne, de même la liturgie numérique mène à un changement profond de l’espace ecclésial, devenu plateau liturgique. Ce n’est plus important comment il est de manière réelle, mais comment il est perçu, comment il présente à l’écran. Du Christ eucharistique plus personne ne parle, de toute façon. Il y a certes aussi des voix critiques, qui voient dans tout ce processus une transformation radicale de la manière d’aborder le culte. Même les théologiens protestants soulignent l’absence des moments participatifs, de la communauté réelle-personnelle, et donc le problème central des offices hybrides. Mais les fidèles ? Ils se sentent surtout privés de l’interaction, des agapes après l’office, du café après la célébration dominicale et des petites discussions (peut-être même l’accolade) avec les autres fidèles.

Même si la perspective paraît sombre, il y a de grands signes d’espoir, au-delà de la nostalgie du café post-liturgique. J’ai tendance à croire que l’expérience des Liturgies virtuelles sera une histoire de succès de courte durée, au moins dans le contexte orthodoxe. À long terme, la majorité des gens restent avec un goût de frustration et de mécontentement. C’est parce qu’ils ont un terme de comparaison. La communion ne fait pas que consoler, mais elle libère, elle sanctifie, elle élève, elle transfigure. Celui qui a vécu cela au moins une seule fois ne peut pas tomber amoureux des docétismes numériques. Le docétisme liturgique NE prendra PAS racine dans la tradition orthodoxe, parce qu’il NE correspond PAS aux besoins profonds de l’homme, qui, même hypnotisé par la magie numérique, ne peut pas nier son corps. Les souffrances et les joies de l’homme ne sont pas virtuelles, comme ne l’est pas la nourriture quotidienne, d’ailleurs. C’est pourquoi la nostalgie des Liturgies réelles, réellement sanctificatrices, et de la Communion corporelle-divine ne s’éteindra pas, malgré cette descente dans la Vallée des Soupirs docétiste.

La liturgie de l’écran ne peut être qu’une consolation temporaire pour une nostalgie réelle, mais n’est pas une bouée spirituelle de sauvetage.

Père Ioan Moga

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