J'entrai donc à l'endroit où j'avais l'habitude de prier et je commençai Agios o Theos (« Saint Dieu »), quand, au souvenir des paroles du saint, soudainement j'éclatai en larmes et en transports d'amour divin, au point que je ne serais pas capable de représenter par des mots la joie et le plaisir que j'eus à ce moment. Aussi, sur-le-champ, tombant prosterné à terre, je vis, et voici une grande lumière brillant intellectuellement sur moi et attirant en même temps à elle mon intelligence tout entière et mon âme, au point que l'inattendu de la merveille me frappa de stupeur et que je fus comme en extase ; et ce n'est pas tout, j'oubliai le lieu où je me trouvais, qui j'étais et à quel endroit, me contentant de crier : Kyrie eleison – comme, en reprenant connaissance, je me surpris à le répéter. Mais qui était celui qui parlait, Père, ou qui faisait mouvoir ma langue, je ne sais – Dieu le sait.
Oui, si ce fut dans mon corps, si ce fut hors de mon corps que je m'entretins avec cette lumière, la lumière elle-même le sait, elle qui avait dissipé tout ce qu'il y avait de brume en mon âme et tout sentiment terrestre, chassé loin de moi toute matière épaisse et cette pesanteur du corps qui avait produit en mes membres lassitude et engourdissement. Car, ô merveille qui fait frissonner ! elle raidit et fortifia si bien le relâchement de mes articulations et de mes muscles que l'excès de fatigue avait à ce moment causé en moi, que je crus et m'imaginai quitter le vêtement de la corruption. Et ce n'est pas tout : sur-le-champ une joie immense, un sentiment intellectuel, une suavité surpassant toute saveur des choses visibles en découlèrent dans mon âme d'une façon indicible, avec une liberté et un oubli de toutes les pensées de cette vie, et jusqu'à la façon de sortir de la vie présente, voilà les faveurs que d'une manière merveilleuse elle me fit et me donna à connaître. En effet, à l'ineffable félicité de cette lumière et à elle seule s'étaient attachés tous les sentiments aussi bien de mon intelligence que de mon âme.
Mais voici que cette lumière infinie qui m'était apparue – car il n'y a pas d'autre nom approprié et proportionné que je pourrais lui donner – s'étant tout doucement affaiblie et pour ainsi dire contractée, je repris connaissance, je me rendis compte de tout ce que sa puissance avait soudainement opéré en moi, je réfléchis à son départ et, à la pensée qu'elle m'abandonnait à nouveau, seul, en cette vie, je fus en proie au chagrin, à une souffrance telle et si lourde que je ne sais comment expliquer suffisamment la grandeur de cette souffrance multiple, extrême, qui s'alluma comme un feu dans mon cœur. Représente-toi donc maintenant, si tu peux, Père, la douleur de ce départ, la démesure de mon amour, l'élan de ma passion, la sublimité de ce suprême bienfait ! Car pour moi, je ne puis ni exprimer avec ma bouche, ni embrasser par mon intelligence, l'infini de cette vision.
Cela réjouit, Père, en apparaissant, et cela blesse en se cachant, et cela se fait tout proche de moi, et cela me transporte dans les cieux. C'est une perle, et c'est la lumière qui me revêt, et qui m'apparaît comme un astre, et qui reste pour tous incompréhensible. Cela rayonne comme le soleil, et j'y devine toute la création enfermée : cela me montre tout ce qu'elle contient, et cela m'ordonne de respecter mes propres limites. Je suis enfermé sous un toit et entre des murs, et cela m'ouvre les cieux. Je lève les yeux, sensiblement, pour contempler les réalités de là-haut, et tout m'apparaît tel que c'était d'abord. Je m'émerveille de ce qui est survenu, et j'entends une voix me dire secrètement d'en haut : « Tout cela n'est qu'énigmes et préambules, car ce qui est parfait, tu ne le contempleras pas tant que tu es revêtu de la chair. Mais retourne en toi-même, et vois à ne rien faire qui te priverait des biens d'en haut. Si tu fais un faux-pas, c'est pour te rappeler à l'humilité. Mais ne cesse pas de t'appliquer à la pénitence : car c'est elle qui, uni à mon amour pour les hommes, efface les chutes aussi bien passées que présentes. »
Saint Syméon le Nouveau Théologien,
Catéchèses II, 16, Cerf, SC 104

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